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Juego y Libertad !

Jeu 19 Nov - 20:36 par Zlatko

J’ai faim, j’ai toujours faim, l’amour est là, me tire
En avant sur la brèche et me souffle d’écrire ;
J’ai en moi mélangés l’enfant et le vieillard,
Le roman, l’écrivain, le conteur et l’histoire,
Le rêve, le rêveur. J’ai grandi comme un fou,
M’accrochant à ces mots qui me suivent partout.
Avant que de savoir marcher, je savais lire...
J’ai faim, j’ai toujours faim de tout, et faim d’écrire !

Comme Voltaire enfant j’étais petit, chétif,
Curieux de tout, le teint grisâtre, maladif,
Et vieux déjà, braillant de ces longues répliques
Ou les mots se cherchaient sans trouver de logique.
J’ai grandi séparé dans le coeur, dans la tête ;
Mon père, un homme un peu mistral, un peu tempête
Avait pour moi l’amour qu’ont deux êtres ensemble ;
Une force sans nom. Ma mère était moins tendre.
J’ai cherché quelquefois réconfort à mes peines,
Elles étaient légions... Ma mère en bonne reine
Aimait que ses enfants, animaux et maris
Soient domptés, encadrés, ligotés - sans merci.
Oh, maman ! Les chagrins même de tes enfants,
Quoique tous désirés, portés parfaitement,
Te gênaient ! Voilà peu, en relisant mes proses,
J’ai perçu le chagrin, j’ai senti la nécrose,
J’ai compris la raison des rancoeurs, des stigmates...
L’enfant, par quatre fois, avait écrit “diktat”!

Si je cherche plus haut, messieurs de la police,
Si je vous réponds “coeur” tandis que vos mains fouissent
Au fond de mes erreurs, de mes imperfections,
C’est que je me fous bien de vos structurations !
Les ordres du passé, les ordres de ma mère,
Sont du même acabit que vos dogmes précaires :
Bardés de conventions. Un enfant trop mature
Est puni par ce don : jugements, inculture
Auraient bientôt raison des beautés qu’il façonne...
Regardez-moi, messieurs : cet enfant vous questionne.

Dites-moi le plaisir de se ranger, de plaire,
De débattre de pieds, d’incendier l’incendiaire,
Dites-moi quel amour vous donnent ces bouquins
Que vous lisez le soir espérant qu’au matin
Vous trouverez les proies sur qui les pratiquer !
Elles ont l’amour des mots ; pourquoi les provoquer?
Ecoutez-moi, requins, chamailleurs de misère ;
C’est “tordre, écarteler, écraser les barrières”
Qu’il faut chanter ! Louer la cadence infidèle !
Tambouriner plus fort aux châteaux, aux chapelles
Où quelques chevaliers imbus, où quelques prêtres,
Ont donné plus de coût au paraître qu’à l’être,
Ont, après des succès et trop de compliments,
Imposé des barreaux aux adeptes suivants !
Ces chevaliers bouffons, ces prêtres parpaillots
Ce sont les écrivains qui pensent que leurs mots
Ont valeur ou de glaive ou de commandement...
Ils ont la force - et moi, le coeur impénitent !

Vous aimez bien le mot, et le mot vous ignore.
Vous le voudriez vieux - il se débat encore
Dans les langes si doux où l’homme le coucha !
Utile mot, qu’un jour une beauté toucha !
Osez ! Contemplez-le ! Vos ambitions sont tristes,
Vos règles, vos sermons utilitatéristes
Empoignent l’homme libre et en font un forçat ;
Moins qu’une trahison, c’est un assassinat !
Songez que les enfants aiment les choses folles,
Où les discours carrés, où les vaines glorioles
N’ont pas force de loi. Nous sommes différents ;
Vous êtes les gardiens, je suis le firmament
Qu’observent au petit jour certaines âmes saoules
Qui rêvent de chambardement, de bruits de foule,
De rires chamarrés, d’odeurs appétissantes,
De musique, de chants - et d’étoiles filantes !
Cessez, je vous en prie, vos litanies mortelles...
Amusez-vous ! Jouez, mélangez les voyelles !
Couchez la poésie sur votre partition,
Griffonnez, raturez - osez l’imprécation !
Une muse a sonné cette nuit à ma porte :
Ne me haïssez pas, si votre fougue est morte !
Je suis le garnement, vous êtes les pontifes ;
Vous êtes professeurs : je suis un créatif.

Si vos règles, c’est vrai, mènent la poésie,
D’Occident en Orient, de l’Europe à l’Asie
Les chanteurs, les conteurs vous clament votre faute :
Les règles sont un socle et la beauté plus haute !
Ne vous contentez pas des haillons ou des fripes :
Le coeur vole, messieurs, au-dessus des principes !
Essayez de grandir, voyez par l’oeil de l’aigle :
Le coeur vole, messieurs, au-dessus de vos règles.
Il n’est pas d’absolu dans la littérature,
Et les claudications rendent les mots plus purs,
Plus proches du divin, plus humains, plus parfaits ;
Ils existent en mourant un peu de leurs excès !
Notre siècle est mourant ; les discours y sont mornes ;
Jonchés de médisants, de machines énormes
Et de règles surtout ! Vous en défendez d’autres !
Gardez-les vous : cette prison n’est pas la nôtre.

Ecoutez-moi chanter sans volonté de grâce,
Sans compter, sans vouloir chaque chose à sa place,
Ecoutez-moi chanter sans effort, sans calcul,
Sans pavaner, bercé par les mots, les virgules,
Ecoutez-moi chanter, ne pas me joindre au bruit...
Toujours je suis vainqueur puisque je m’affranchis !
Et toutes ces beautés que Muse me fabrique
Ont bien plus de valeur que vos élans cyniques.

Voilà la liberté, mon coeur, mon sang, ma sève ;
Vous avez oublié derrière vous vos rêves,
Et tuez sans remord puisque les livres disent.
Je suis un chien, messieurs, pissant sur votre église.


Z 09 08 09.
Pour N, faiseur de cathédrales.

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