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Comme des miettes, fragment 17
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Comme des miettes, fragment 17
Fragment 17
Pendant qu'ils marchaient sur la lune dans le petit écran noir et blanc pour donner raison à Hergé, Jules Verne et Cyrano de Bergerac,
je traînais les salles de bals populaires
chercher une âme soeur et seule, ma semblable, mon intime,
un corps à serrer, des lèvres à effleurer,
un coeur à réjouir, une main à emmener en voyage,
une vie à écouter, des yeux à m'enivrer de sourire.
Une autre planète aussi pour moi ces salles obscures et enfumées
où se succédaient les danses accordéonées, prétextes à des jeux d' approche.
Seize mois de service militaire avaient joué du couperet avec le temps d'avant 68.
Et avec les liens.
Une amie de longue date aurait voulu que nous...Je lui dis non.
Avec Anne, j'aurais aimé: elle n'était plus libre ou je m'appliquais à le croire.
La nièce piémontaise du voisin mineur m'appelait du regard,
je lui préférais une cousine sicilienne frêle comme une herbe des champs.
Elle travaillait aux filatures.
Quelquefois, à quatre heures, je l'accompagnais au car avant d'aller gérer ma caisse.
Elle ne reviendrait de Tourcoing que douze heures plus tard,
rompue de bruit, de cadences et saturée des tiédeurs humides de l'usine.
Je croyais avoir décroché la lune et le bal tournait court:
elle s'échappa vers son île et j'échappais au désespoir par des courriers enflammés sans réponse
et un changement de petit boulot.
Il courait les rues et les annonces, le travail,
il suffisait de tendre des mains disponibles.
Ces jours furent noirs comme un deuil et son boulet de solitude,
le moniteur d'auto-école caractériel comme un chien mal dressé,
le vélo capricieux comme une star qu'il n'était pas avec son coach pitoyable,
les parents apeurés de ce mousse ne sachant pas larguer les amarres du coron,
lui déçu de la rupture avec son désir,
elle inquiète de sa déception et des lendemains mutiques.
Quelques mois à décoder les données météo pour l'aviation
dans les carrières souterraines de Taverny remployées comme abris antinucléaires
ne m'avaient pas éclairé le ciel pendant ces temps d'agitation.
Pour le coup, la radioactivité avait cédé la place aux étudiants actifs à la radio,
au point de nous faire consigner dans nos terriers bétonnés.
Une rupture, sans les moyens pour la lire,
un manque sentimental envahissant bercé d'Othis Redding, de Supertramp,
d'Albert Camus et de symphonie du Nouveau Monde,
pour la danse des : je voudrais et tu ne veux pas, j'ai mal,
et un permis de conduire ouvrant bien plus que la portière des automobiles,
comme un rite de passage vers la capacité à prendre de la distance
et à explorer le monde et la vie.
22, l'âge des défis.
Pendant qu'ils marchaient sur la lune dans le petit écran noir et blanc pour donner raison à Hergé, Jules Verne et Cyrano de Bergerac,
je traînais les salles de bals populaires
chercher une âme soeur et seule, ma semblable, mon intime,
un corps à serrer, des lèvres à effleurer,
un coeur à réjouir, une main à emmener en voyage,
une vie à écouter, des yeux à m'enivrer de sourire.
Une autre planète aussi pour moi ces salles obscures et enfumées
où se succédaient les danses accordéonées, prétextes à des jeux d' approche.
Seize mois de service militaire avaient joué du couperet avec le temps d'avant 68.
Et avec les liens.
Une amie de longue date aurait voulu que nous...Je lui dis non.
Avec Anne, j'aurais aimé: elle n'était plus libre ou je m'appliquais à le croire.
La nièce piémontaise du voisin mineur m'appelait du regard,
je lui préférais une cousine sicilienne frêle comme une herbe des champs.
Elle travaillait aux filatures.
Quelquefois, à quatre heures, je l'accompagnais au car avant d'aller gérer ma caisse.
Elle ne reviendrait de Tourcoing que douze heures plus tard,
rompue de bruit, de cadences et saturée des tiédeurs humides de l'usine.
Je croyais avoir décroché la lune et le bal tournait court:
elle s'échappa vers son île et j'échappais au désespoir par des courriers enflammés sans réponse
et un changement de petit boulot.
Il courait les rues et les annonces, le travail,
il suffisait de tendre des mains disponibles.
Ces jours furent noirs comme un deuil et son boulet de solitude,
le moniteur d'auto-école caractériel comme un chien mal dressé,
le vélo capricieux comme une star qu'il n'était pas avec son coach pitoyable,
les parents apeurés de ce mousse ne sachant pas larguer les amarres du coron,
lui déçu de la rupture avec son désir,
elle inquiète de sa déception et des lendemains mutiques.
Quelques mois à décoder les données météo pour l'aviation
dans les carrières souterraines de Taverny remployées comme abris antinucléaires
ne m'avaient pas éclairé le ciel pendant ces temps d'agitation.
Pour le coup, la radioactivité avait cédé la place aux étudiants actifs à la radio,
au point de nous faire consigner dans nos terriers bétonnés.
Une rupture, sans les moyens pour la lire,
un manque sentimental envahissant bercé d'Othis Redding, de Supertramp,
d'Albert Camus et de symphonie du Nouveau Monde,
pour la danse des : je voudrais et tu ne veux pas, j'ai mal,
et un permis de conduire ouvrant bien plus que la portière des automobiles,
comme un rite de passage vers la capacité à prendre de la distance
et à explorer le monde et la vie.
22, l'âge des défis.

gerard hocquet- MacadAdo

- Messages: 157
Date d'inscription: 24/10/2009
Re: Comme des miettes, fragment 17
La vie n'est elle pas un éternel défit?
Texte très prenant et qui donne l'impression de vécu...mais ces fragments le sont, je pense.
Au plaisir
Sylvie
Texte très prenant et qui donne l'impression de vécu...mais ces fragments le sont, je pense.
Au plaisir
Sylvie
Re: Comme des miettes, fragment 17
Tiens, ne serait-ce que pour ça :
une main à emmener en voyage
Nilo, module lunaire.
une main à emmener en voyage
Nilo, module lunaire.
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Comme des miettes, fragment 17
22, l'âge des défis, peut-être, mais aussi des débuts des ennuis et des désillusions ...
âge difficile, passage d'un monde à l'autre ...
mon fils a cet âge-là et il ne va pas bien ... comme sa mère au même âge !!!
on s'arrange comme on peut avec la vie, après, on s'adapte, bref, on vit ...
encore une miette difficile à avaler, Gérard ...
mais je les avale, et ça me fait du bien ...
Yzaé
âge difficile, passage d'un monde à l'autre ...
mon fils a cet âge-là et il ne va pas bien ... comme sa mère au même âge !!!
on s'arrange comme on peut avec la vie, après, on s'adapte, bref, on vit ...
encore une miette difficile à avaler, Gérard ...
mais je les avale, et ça me fait du bien ...
Yzaé

Yzaé- MacadAccro

- Messages: 684
Date d'inscription: 07/10/2009
Age: 51
Localisation: touraine
Re: Comme des miettes, fragment 17
Encore un clic-Dédé qui n'est pas tombé sous les yeux d'un ingrat.
Up donc !
Nilo, et pour le reste aussi.
Up donc !
Nilo, et pour le reste aussi.
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
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