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Fantaisie - de l'éveil des Cimes.
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Fantaisie - de l'éveil des Cimes.
Dans un rêve, où le ciel par-dessus les montagnes
Transvasait un or rouge dans les blancs chapiteaux ;
La toute-fin des heures – il était tard et tôt,
Décorait de soies mauves une terre de Cocagne.
Cima della Pala ! Vezzana ! Waxenstein !
Un crâne à mes yeux fous émerge du silence ;
Mon œil s’élève et voit ! Ici Finsteraarhorn
Transperce l’écume et les algues de sa corne –
Madatsch, hideux gros nez, qui se remplit la panse,
Croque dans les nuages un rire évanescent.
Mon œil s’élève, et voit ! Deux nonnes sous la mousse
Elèvent leurs nez froids que la mer éclabousse
Et restent là, commère aux bravaches accents –
Zugspitze ! Zugspitze ! Cervin, Ortler, Altmann.
Aux squelettes sereins des cimes édentées
Poussent, oranges, les fleurs d’une sagesse immense –
Et jaillissant des flots parmi les transparences,
Les hideuses figures de monstres enchantés !
La montagne chinoise, cailloux jaunes et noirs,
Enlace Capucine au sourire de faïence
Et lui tend ce rayon que le mistral offense,
Perché, flamme éphémère, au-dessus du blizzard ;
Ortler au bras noueux élève sa chopine
Et le sang du ciel rouge s’écoule dans sa barbe ;
Ortler ! Défiguré, boursouflé ! que lézardent
Entailles et coteaux, crevasses et ravines ;
Et toi, père Säntis : là, ton crâne aplati,
Sourcils écarquillés – geysers de sapins blancs ;
Au ciel ras, ton sommet comme un prolongement
Semble s’enfoncer, fier comme un sexe brandi ;
A ton œil bleu, l’éclat des vieilles dynasties ;
A tes cheveux, posée en couvre-chef ardent,
Ecrasant ton visage, ancêtre décadent,
La hutte du couchant plante ses pilotis.
Le long de vos mentons troués, asymétriques,
Des larmes éternelles vont féconder les lacs
Assoupis ; a vos pieds comme vilaines flaques,
Ils dorment en frémissant dans les creux ataviques.
Frénésie !
A vous, Géants rouges des montagnes.
Bergriesen aux yeux lourds, aux veines emplies de bière,
Une aube de haillons, nimbée de dragons verts,
Enlace vos vieux corps – et l’espoir qui me gagne,
Quand, sur l’étirement infini de vos transes,
Au milieu des crachats fébriles de la gouache,
Peinturluré, bardé comme les chefs Apaches,
Poète, lutin noir, à vos cimes je danse.
A l’instant où ciel et terre se réinventent, il faut croire à l’espoir après l’obscurantisme.
Emil Nolde, « artiste dégénéré » sous un régime à la poigne de fer, ivre d'oppression et de dirigisme à outrance, Emil Nolde symbolise cet espoir plus que jamais nécessaire.
Ce texte lui est un hommage.
D’autres lui ont été rendus, involontairement, par ceux qui ont brûlé ses toiles... c’est parfois un honneur d’être banni, d’être honni, quand ceux qui bannissent le font au nom de valeurs dévoyées.
Z
Transvasait un or rouge dans les blancs chapiteaux ;
La toute-fin des heures – il était tard et tôt,
Décorait de soies mauves une terre de Cocagne.
Cima della Pala ! Vezzana ! Waxenstein !
Un crâne à mes yeux fous émerge du silence ;
Mon œil s’élève et voit ! Ici Finsteraarhorn
Transperce l’écume et les algues de sa corne –
Madatsch, hideux gros nez, qui se remplit la panse,
Croque dans les nuages un rire évanescent.
Mon œil s’élève, et voit ! Deux nonnes sous la mousse
Elèvent leurs nez froids que la mer éclabousse
Et restent là, commère aux bravaches accents –
Zugspitze ! Zugspitze ! Cervin, Ortler, Altmann.
Aux squelettes sereins des cimes édentées
Poussent, oranges, les fleurs d’une sagesse immense –
Et jaillissant des flots parmi les transparences,
Les hideuses figures de monstres enchantés !
La montagne chinoise, cailloux jaunes et noirs,
Enlace Capucine au sourire de faïence
Et lui tend ce rayon que le mistral offense,
Perché, flamme éphémère, au-dessus du blizzard ;
Ortler au bras noueux élève sa chopine
Et le sang du ciel rouge s’écoule dans sa barbe ;
Ortler ! Défiguré, boursouflé ! que lézardent
Entailles et coteaux, crevasses et ravines ;
Et toi, père Säntis : là, ton crâne aplati,
Sourcils écarquillés – geysers de sapins blancs ;
Au ciel ras, ton sommet comme un prolongement
Semble s’enfoncer, fier comme un sexe brandi ;
A ton œil bleu, l’éclat des vieilles dynasties ;
A tes cheveux, posée en couvre-chef ardent,
Ecrasant ton visage, ancêtre décadent,
La hutte du couchant plante ses pilotis.
Le long de vos mentons troués, asymétriques,
Des larmes éternelles vont féconder les lacs
Assoupis ; a vos pieds comme vilaines flaques,
Ils dorment en frémissant dans les creux ataviques.
Frénésie !
A vous, Géants rouges des montagnes.
Bergriesen aux yeux lourds, aux veines emplies de bière,
Une aube de haillons, nimbée de dragons verts,
Enlace vos vieux corps – et l’espoir qui me gagne,
Quand, sur l’étirement infini de vos transes,
Au milieu des crachats fébriles de la gouache,
Peinturluré, bardé comme les chefs Apaches,
Poète, lutin noir, à vos cimes je danse.
A l’instant où ciel et terre se réinventent, il faut croire à l’espoir après l’obscurantisme.
Emil Nolde, « artiste dégénéré » sous un régime à la poigne de fer, ivre d'oppression et de dirigisme à outrance, Emil Nolde symbolise cet espoir plus que jamais nécessaire.
Ce texte lui est un hommage.
D’autres lui ont été rendus, involontairement, par ceux qui ont brûlé ses toiles... c’est parfois un honneur d’être banni, d’être honni, quand ceux qui bannissent le font au nom de valeurs dévoyées.
Z

Zlatko- MacadAccro

- Messages: 624
Date d'inscription: 30/08/2009
Age: 19
Localisation: Centre
Re: Fantaisie - de l'éveil des Cimes.
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Fantaisie - de l'éveil des Cimes.
certes, Z...
tellement profond et maîtrisé mais si ..."sérieux"
quand même j'aimerais tellement t'entendre une fois rien qu'une fois péter, déchirer un peu tout ça, rentrer dans le chou des vieilles lunes du haut de ta "modernité"
je crois que cela ferait un mélange terrible
ouais, ça me ferait bien plaisir...
Affectueusement
B...ez
tellement profond et maîtrisé mais si ..."sérieux"
quand même j'aimerais tellement t'entendre une fois rien qu'une fois péter, déchirer un peu tout ça, rentrer dans le chou des vieilles lunes du haut de ta "modernité"
je crois que cela ferait un mélange terrible
ouais, ça me ferait bien plaisir...
Affectueusement
B...ez
Re: Fantaisie - de l'éveil des Cimes.
C'est vraiment bien écrit, un peu lourd, mais je pense que je ne suis pas un exemple dans ce domaine.
Je sais que c'est un vieux texte, le remonter irritera peut être... mais je pense qu'il possède une assez bonne qualité pour être remontré à ceux qui ne l'avaient pas lu.
Je sais que c'est un vieux texte, le remonter irritera peut être... mais je pense qu'il possède une assez bonne qualité pour être remontré à ceux qui ne l'avaient pas lu.
_________________
Heureux soit celui qui fracasse le crâne des petits enfants (A. Fish, mon idole).
Re: Fantaisie - de l'éveil des Cimes.
Oh encore une fois, bonne initiative Pheukiou que de remonter ce poème de Z...
"Quand, sur l’étirement infini de vos transes,
Au milieu des crachats fébriles de la gouache,
Peinturluré, bardé comme les chefs Apaches,
Poète, lutin noir, à vos cimes je danse."
ça décoiffe ...
Du Z puissant.
"Quand, sur l’étirement infini de vos transes,
Au milieu des crachats fébriles de la gouache,
Peinturluré, bardé comme les chefs Apaches,
Poète, lutin noir, à vos cimes je danse."
ça décoiffe ...
Du Z puissant.
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LaLou
Re: Fantaisie - de l'éveil des Cimes.
pheukiou a écrit:Je sais que c'est un vieux texte, le remonter irritera peut être... mais je pense qu'il possède une assez bonne qualité pour être remontré à ceux qui ne l'avaient pas lu.
Mais il n'y a aucune raison que ça irrite.
Donner une nouvelle chance de les lire à des textes anciens c'est même la vocation première de cette merveilleuse invention qu'est Le Mur à Dédé
Tu devrais aller t'y cogner plus souvent.
En tout cas c'est bien de relire ce texte.
Sans compter que la remarque d'Ez... est tout à fait pertinente et que j'en serais curieux également. Il faut dire que je suis assez joueur.
Nilo, fantaisiste croupier.
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... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Fantaisie - de l'éveil des Cimes.
Merci Z pour ce texte qui montre toute la richesse de ta fertile palette.
Une autre façon de voir la réalité en face et d'avancer en connaissance de cause : la vie est dure!
Dam.
Une autre façon de voir la réalité en face et d'avancer en connaissance de cause : la vie est dure!
Dam.
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