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Genèse (II)
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Genèse (II)
- Une lune à l’oeil droit, et le soleil à gauche.
La tête comme un ciel évanescent qu’ébauchent
Une barbe de nuit, des cheveux en étoiles.
Sous mes yeux, une Muse a déchiré le voile
Et mon souffle se mêle aux vents qui se lamentent,
Et mon sang se nourrit de ce qui le tourmente.
- A mon coeur est le feu, à mes poumons, le fer ;
Mes articulations sont les cycles lunaires ;
Mes quatre membres sont les saisons à l'envers,
Le bois est à mon foie ; à ma rate, la Terre.
Au début, le grand Oeuf abritait le grand Tout.
Pendant dix-huit mille ans, l’Origine, P’an-kou,
Y dormit. Ennuyé, comme il se réveillait,
Il le brisa en deux et ce qu’il contenait,
Les Choses qu’un néant conservait immobiles,
Se répandirent autour en formes malhabiles.
Le Yang, les choses pures, ensemble s'élevèrent ;
Les éléments grossiers, le Yin, eux, s’affaissèrent.
P’an-kou, le Créateur, engendra toute vie
Quand il éparpilla son corps autour de lui.
Une brise naquit de son souffle tranquille,
Ses muscles, sur le sol, se firent champs fertiles,
Ses veines furent les routes aux quatre points d’espace,
Ses membres les montagnes où les nuages passent
Et sa voix fut, les nuits d’orage, le tonnerre
Qui hurle sur les vagues, éblouissant la mer.
Ses dents, comme ses os, se changèrent en perles ;
Sa sueur, la rosée où boit la coccinelle
Et pour la recueillir, le duvet de sa peau
Se changea en prairies où paissent les troupeaux.
P’an-kou se constella dans une beauté calme
Et devint le Berger gardien de dix mille âmes.
A sa suite naquirent de ces êtres hybrides,
Qui voguent ailés, sur des dragons tenus en bride.
Empereurs descendant de P’an-kou, ils veillaient
Que sa création reste comme elle était.
Nüwa était d’entre eux, femme au corps de serpent.
Un jour qu’elle rampait, la terre sous son flanc
Exhuma le parfum de la vie qui sommeille ;
Et de ses mains, Nüwa enfanta d’une abeille.
L’homme suivit bientôt, plus beau et plus complexe,
Nüwa donna des noms, des dialectes, des sexes
Et fit de ses enfants, dignes, libres et forts,
Des êtres dont la vie appelait une mort,
Sans qu’ils fussent troublés de cette condition.
Le monde et l’homme unis dans la corrélation
Du respect de l’enfant, de l’amour du vieillard.
Alors, elle s’éteignit et laissa au Hasard
Le soin d’écrire son Histoire à son envie,
Au gré des choses, au gré des cycles de la vie.
Le temps passait le long des nuits, le long des jours.
Il advint que Hua Xu, paysanne aux atours
Si beaux, que la plus belle en étaient affadie,
Rencontra, en passant près d’un lac endormi
Le Dieu qui commande aux foudres et aux tempêtes.
Subjugué, celui-ci lui fit une requête :
Mettre au monde un enfant qui, au plus haut niveau
Serait le plus puissant des hommes, le plus beau.
Fu Xi fut leur enfant, mi-serpent, mi-mortel.
Il régna six cent ans, apaisant les querelles
Et ralliant, vainqueur, tous les hommes à sa cause.
Les nuages pleurèrent en pétales de roses
A sa mort. Et la paix se changea en désordre.
Tout était gris ; l’on voyait les hommes se tordre
Ensemble de douleurs, discordes et griefs.
Aussi, les Empereurs forgèrent un nouveau chef.
Une nuit, un éclair, jailli de la Grande Ourse
Descendit sur la terre et laissa dans sa course
Une femme endormie dont le ventre était rond.
D’or étaient ses yeux fins ; et Fubao, son nom.
Deux ans, un mois après, vagissait Houang-Ti,
Le Roi jaune. Inventeur des chars, de l’alchimie,
Des bateaux, des maisons, grand amateur de sexe...
Le peuple, sous sa main, retrouva l’allégresse.
Les maisons de couleur, de tesson ou de brique,
Résonnaient, jour et nuit, de cris et de musique.
Les arbres sentaient bon ; les mares crépitaient
De mouches, moucherons, vivaces, affairés.
L’air était doux comme les trilles de la flûte,
Les prunes dégorgeaient de coulis et de sucre.
Les Dieux, vers qui montaient les trompettes, les rires,
Se consacrèrent dès lors à leur propre plaisir.
Cependant, Houang-Ti, dont le peuple riait
Sentait qu’au fond de lui la vie s’affaiblissait.
Il arriva qu’en rêve, pays du vol de l’âme,
Hoa-Su-Chou, Dieu des éloges et des blâmes,
L’appelle. Et lui parlant comme parlent les songes,
Ne l’éclaire.
- Il n’est point de maladie qui ronge
Autant que la question ; aussi, je te soulage.
Apprend qu’en mon pays, les choses sont volages.
Il n’y a pas de chef. Tout y marche sans bruit.
On n’aime pas la mort, on n’aime pas la vie.
Le peuple ne convoite ou désire les choses,
Pas de pertes ou gains, et rien qu’on te propose,
Et rien que tu ne gagnes aux actions que tu fis.
Chacun vit, à son terme, et s’en va. C’est la vie
Que tu devras mener, jour pour jour, mot pour mot ;
Ton salut, Houang-Ti, se nomme le Tao.
Au réveil, il était de sueur et de larmes.
Il termina sa vie en paix ; contre les armes,
Contre ceux qui défendent une cause trop fort ;
Contre ceux que l’envie, la paresse, dévorent ;
Contre ceux qui n’ont eu ni haine, ni remord.
Et son peuple pleura deux cent ans, à sa mort.
Pendant ce temps les Dieux s’amusaient dans les cimes.
Guan-Di, dieu de la guerre et de ceux qu’on opprime,
Géant à longue barbe, au visage écarlate,
Aux sourcils de soie où les vers bougent les pattes,
Chevauchait son dragon aux écailles de sang.
Il écoutait gronder la terre, les volcans,
Le doux crépitement des roches sulfuriques
Et le lourd tremblement des secousses sismiques.
Déesse du pardon, Kouan-Yin, lumineuse,
Aux yeux purs, au front blanc, patronne des oracles,
Dont le nom seul à prononcer est un miracle,
Volait. Elle sentait, dans la nuit bienheureuse,
La mer, le samsara, dégager ses embruns,
Le clapotement sourd contre les rochers bruns,
Les souffles endormis des humains, réguliers,
La Terre, aux sombres heures, et vivaces clartés.
Houang-Ti n’était plus, et les Dieux oublièrent
Les humains ; et le calme et le beau sur la terre
S’en allèrent, comme meurt en la nuit la lumière.
Comme elles étaient venues, les choses s’en allèrent.
Le monde va devant, les yeux à l’horizon,
Charriant sous ses pas de vagues brumes noires.
Je suis le vagabond et garde en ma mémoire
Un rêve singulier qu’ignorent les prisons.
Z non-daté
La tête comme un ciel évanescent qu’ébauchent
Une barbe de nuit, des cheveux en étoiles.
Sous mes yeux, une Muse a déchiré le voile
Et mon souffle se mêle aux vents qui se lamentent,
Et mon sang se nourrit de ce qui le tourmente.
- A mon coeur est le feu, à mes poumons, le fer ;
Mes articulations sont les cycles lunaires ;
Mes quatre membres sont les saisons à l'envers,
Le bois est à mon foie ; à ma rate, la Terre.
Au début, le grand Oeuf abritait le grand Tout.
Pendant dix-huit mille ans, l’Origine, P’an-kou,
Y dormit. Ennuyé, comme il se réveillait,
Il le brisa en deux et ce qu’il contenait,
Les Choses qu’un néant conservait immobiles,
Se répandirent autour en formes malhabiles.
Le Yang, les choses pures, ensemble s'élevèrent ;
Les éléments grossiers, le Yin, eux, s’affaissèrent.
P’an-kou, le Créateur, engendra toute vie
Quand il éparpilla son corps autour de lui.
Une brise naquit de son souffle tranquille,
Ses muscles, sur le sol, se firent champs fertiles,
Ses veines furent les routes aux quatre points d’espace,
Ses membres les montagnes où les nuages passent
Et sa voix fut, les nuits d’orage, le tonnerre
Qui hurle sur les vagues, éblouissant la mer.
Ses dents, comme ses os, se changèrent en perles ;
Sa sueur, la rosée où boit la coccinelle
Et pour la recueillir, le duvet de sa peau
Se changea en prairies où paissent les troupeaux.
P’an-kou se constella dans une beauté calme
Et devint le Berger gardien de dix mille âmes.
A sa suite naquirent de ces êtres hybrides,
Qui voguent ailés, sur des dragons tenus en bride.
Empereurs descendant de P’an-kou, ils veillaient
Que sa création reste comme elle était.
Nüwa était d’entre eux, femme au corps de serpent.
Un jour qu’elle rampait, la terre sous son flanc
Exhuma le parfum de la vie qui sommeille ;
Et de ses mains, Nüwa enfanta d’une abeille.
L’homme suivit bientôt, plus beau et plus complexe,
Nüwa donna des noms, des dialectes, des sexes
Et fit de ses enfants, dignes, libres et forts,
Des êtres dont la vie appelait une mort,
Sans qu’ils fussent troublés de cette condition.
Le monde et l’homme unis dans la corrélation
Du respect de l’enfant, de l’amour du vieillard.
Alors, elle s’éteignit et laissa au Hasard
Le soin d’écrire son Histoire à son envie,
Au gré des choses, au gré des cycles de la vie.
Le temps passait le long des nuits, le long des jours.
Il advint que Hua Xu, paysanne aux atours
Si beaux, que la plus belle en étaient affadie,
Rencontra, en passant près d’un lac endormi
Le Dieu qui commande aux foudres et aux tempêtes.
Subjugué, celui-ci lui fit une requête :
Mettre au monde un enfant qui, au plus haut niveau
Serait le plus puissant des hommes, le plus beau.
Fu Xi fut leur enfant, mi-serpent, mi-mortel.
Il régna six cent ans, apaisant les querelles
Et ralliant, vainqueur, tous les hommes à sa cause.
Les nuages pleurèrent en pétales de roses
A sa mort. Et la paix se changea en désordre.
Tout était gris ; l’on voyait les hommes se tordre
Ensemble de douleurs, discordes et griefs.
Aussi, les Empereurs forgèrent un nouveau chef.
Une nuit, un éclair, jailli de la Grande Ourse
Descendit sur la terre et laissa dans sa course
Une femme endormie dont le ventre était rond.
D’or étaient ses yeux fins ; et Fubao, son nom.
Deux ans, un mois après, vagissait Houang-Ti,
Le Roi jaune. Inventeur des chars, de l’alchimie,
Des bateaux, des maisons, grand amateur de sexe...
Le peuple, sous sa main, retrouva l’allégresse.
Les maisons de couleur, de tesson ou de brique,
Résonnaient, jour et nuit, de cris et de musique.
Les arbres sentaient bon ; les mares crépitaient
De mouches, moucherons, vivaces, affairés.
L’air était doux comme les trilles de la flûte,
Les prunes dégorgeaient de coulis et de sucre.
Les Dieux, vers qui montaient les trompettes, les rires,
Se consacrèrent dès lors à leur propre plaisir.
Cependant, Houang-Ti, dont le peuple riait
Sentait qu’au fond de lui la vie s’affaiblissait.
Il arriva qu’en rêve, pays du vol de l’âme,
Hoa-Su-Chou, Dieu des éloges et des blâmes,
L’appelle. Et lui parlant comme parlent les songes,
Ne l’éclaire.
- Il n’est point de maladie qui ronge
Autant que la question ; aussi, je te soulage.
Apprend qu’en mon pays, les choses sont volages.
Il n’y a pas de chef. Tout y marche sans bruit.
On n’aime pas la mort, on n’aime pas la vie.
Le peuple ne convoite ou désire les choses,
Pas de pertes ou gains, et rien qu’on te propose,
Et rien que tu ne gagnes aux actions que tu fis.
Chacun vit, à son terme, et s’en va. C’est la vie
Que tu devras mener, jour pour jour, mot pour mot ;
Ton salut, Houang-Ti, se nomme le Tao.
Au réveil, il était de sueur et de larmes.
Il termina sa vie en paix ; contre les armes,
Contre ceux qui défendent une cause trop fort ;
Contre ceux que l’envie, la paresse, dévorent ;
Contre ceux qui n’ont eu ni haine, ni remord.
Et son peuple pleura deux cent ans, à sa mort.
Pendant ce temps les Dieux s’amusaient dans les cimes.
Guan-Di, dieu de la guerre et de ceux qu’on opprime,
Géant à longue barbe, au visage écarlate,
Aux sourcils de soie où les vers bougent les pattes,
Chevauchait son dragon aux écailles de sang.
Il écoutait gronder la terre, les volcans,
Le doux crépitement des roches sulfuriques
Et le lourd tremblement des secousses sismiques.
Déesse du pardon, Kouan-Yin, lumineuse,
Aux yeux purs, au front blanc, patronne des oracles,
Dont le nom seul à prononcer est un miracle,
Volait. Elle sentait, dans la nuit bienheureuse,
La mer, le samsara, dégager ses embruns,
Le clapotement sourd contre les rochers bruns,
Les souffles endormis des humains, réguliers,
La Terre, aux sombres heures, et vivaces clartés.
Houang-Ti n’était plus, et les Dieux oublièrent
Les humains ; et le calme et le beau sur la terre
S’en allèrent, comme meurt en la nuit la lumière.
Comme elles étaient venues, les choses s’en allèrent.
Le monde va devant, les yeux à l’horizon,
Charriant sous ses pas de vagues brumes noires.
Je suis le vagabond et garde en ma mémoire
Un rêve singulier qu’ignorent les prisons.
Z non-daté

Zlatko- MacadAccro

- Messages: 624
Date d'inscription: 30/08/2009
Age: 19
Localisation: Centre
Re: Genèse (II)
Le cirque est sur la place, les badauds tout autour attendent le spectacle.
Z. jongle avec les mots et les Dieux sont ses balles.
Les éléments s'entrechoquent, marionnettes dans ses mains, dans le temps et l'espace.
Sa jeunesse lui fait des rêves de Mathusalem nous livrant le testament de l'avenir d'une épique époque.
On se laisse embarquer.
Et on applaudit aux farces des héros qui ouvrent les portes des prisons.
Nilo, éleveur de chimères.
Z. jongle avec les mots et les Dieux sont ses balles.
Les éléments s'entrechoquent, marionnettes dans ses mains, dans le temps et l'espace.
Sa jeunesse lui fait des rêves de Mathusalem nous livrant le testament de l'avenir d'une épique époque.
On se laisse embarquer.
Et on applaudit aux farces des héros qui ouvrent les portes des prisons.
Nilo, éleveur de chimères.
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Genèse (II)
Même impression que Nilo...tu jongles en effet avec les mots et les dieux, comme avec des balles colorées...et tu t'amuses en plus!..d'ailleurs,ça donne envie de te l'entendre dire et conter ..
Non seulement c'est didactique, comme un résumé imagé de ces mythes anciens, mais c'est vigoureux comme un bon film d'action !
Tu deviens scénariste plus que conteur et c'est sincèrement du beau boulot !
lalou révise
Non seulement c'est didactique, comme un résumé imagé de ces mythes anciens, mais c'est vigoureux comme un bon film d'action !
Tu deviens scénariste plus que conteur et c'est sincèrement du beau boulot !
lalou révise
_________________
LaLou
Re: Genèse (II)
Ouh la la (forme pré-civilisée de "Oh Put'ain") il est fichtrement beau celui-là, beaucoup d'inventivité et de maitrise de bout en bout. Ouh la la, Bravo !
_________________
Nicolas Gleyze
bon, on va attendre qu'elle se tasse un peu cette histoire de vol de soucoupe !
Re: Genèse (II)
J’ai lu essoufflée, émerveillée et en admiration.
Des images très animées, la richesse des faits, du vocabulaire, des sentiments.
Comme si c’était juste le prologue d’une épopée d’Homère… et la suite ?
Bravo - Solweig
Des images très animées, la richesse des faits, du vocabulaire, des sentiments.
Comme si c’était juste le prologue d’une épopée d’Homère… et la suite ?
Bravo - Solweig

solweig- MacadAdo

- Messages: 126
Date d'inscription: 05/09/2009
Age: 61
Localisation: Szczecin/LGC
Re: Genèse (II)
tu m'avais parlé de ce poème, que je n'avais pas lu :
quel bonheur, quelle maîtrise !!!
tu allies le plaisir de lire tes alexandrins à un autre plaisir : de découverte de cette légende que tu as si bien transcrite ...
bravo, doublement bravo
bises
yzaé
quel bonheur, quelle maîtrise !!!
tu allies le plaisir de lire tes alexandrins à un autre plaisir : de découverte de cette légende que tu as si bien transcrite ...
bravo, doublement bravo
bises
yzaé

Yzaé- MacadAccro

- Messages: 684
Date d'inscription: 07/10/2009
Age: 51
Localisation: touraine
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