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Refaire le monde. (Movelle)

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Refaire le monde. (Movelle)

Message  Dédé le Sam 9 Jan - 14:35

Refaire le monde. (Movelle)


Salut les gonzesses. C'est Dédé. Cool


La déprime ça prévient pas. Et quand je déprime, j’écoute My funny Valentine dans un bar sombre où y a même pas de gonzesses. Heureusement qu’avec Papy, P’pa et M’man, on picole, on refait le monde et puis sur le coup ça va mieux.
A ce propos, il m’est arrivé un truc pas banal ces temps-ci.
Et puis comme ça fait longtemps que je ne vous ai pas raconté de movelle, je m’en vais vous en raconter une bonne :

L’histoire abracadabrantesque de l’ours en peluche qui avait refait le monde.

Il était une fois, il y a très très longtemps dans une contrée fort lointaine un ours en peluche qui déprimait.
C’était moi, le mois dernier à Barbès. Je venais de me faire exclure de mon site de polésie. Je marchais l’âme écorchée le long des trottoirs sales, mes yeux étaient devenus gris par la force du chagrin. Je me suis posé dans le premier bistrot que j’ai trouvé, je cherchais le réconfort des plus malheureux que moi. Je n’avais plus goût à rien, je pris un thé à la menthe sans alcool alors que dans le transistor le chant plaintif d’un amour déçu roulait sur mon cœur blessé d’ours en peluche. C’était une langue que je ne comprenais pas mais qui pourtant me parlait. Je devinais l’homme amoureux de la femme à la fenêtre, une histoire tragique de quelqu’un qui, traversant le désert, espère dans un mirage. Mon téléphone sonna et la sonnerie que j’avais enregistrée la vieille (une chanson que j’ai composé qui s’intitule : tripote-moi la bite avec les doigts) ne me fit même pas esquisser un sourire. C’était Papy. Je décrochais après plusieurs sonneries. Il savait que je déprimais, il me cherchait avec P’pa pour me remonter le moral. Ça a du bon la famille me disais-je. Je me souvenais d’un film où un papy traverse les Etats-Unis en tondeuse pour retrouver son frère. Quand quelqu’un sur la route lui demande pourquoi il fait ça, il explique que la famille c’est comme des brins d’herbe. Quand on en prend un il est facile à briser mais quand on en prend une poignée entière on y arrive pas.
Nous nous sommes retrouvés un peu plus tard, Papy avait acheté une bouteille de whisky parce que dans ces cas-là, il faut quelque chose de fort. Après quelques verres, je me sentais déjà mieux.
Le ciel retrouvait sa belle teinte bleue, les gens autours me semblaient joyeux. Je me souvenais cette phrase de W.C. fields : "quand on boit c’est pour rendre les autres intéressants." C’est alors que l’on a commencé à refaire le monde. On a résolu la crise monétaire internationale, les guerres, l’intolérance et le fait qu’Ezra Pound soit tellement méconnu en France. On a remplacé la fête du Beaujolais nouveau par celle du château Petrus nouveau. On a imaginé un monde où la Ratp ne ferait plus grève, où il n’y avait plus la queue à la poste, où les gonzesses ne voudraient plus qu’on leur achète plein de sacs à mains, de chaussures et de bijoux, où les gamins ne se mettaient plus à hurler dans les restos…
Bref un refaisage de monde comme d’habitude.
Je me réveillais avec le mal au crâne habituel, la bouche pâteuse et cette phrase des lendemains de cuite qui trottait dans ma tête : "c’est fini, je ne boirai plus jamais !" Je réveillais délicatement la gonzesse qui dormait à mes côtés, surpris que ce ne soit pas une camionneuse Est-Allemande. Elle s’habilla avec grâce et légèreté, enfilant un bas, puis l’autre. J’aurais pu rester des heures à la regarder, c’était comme le calendrier Aubade ou une photo de Man Ray. La lumière la découpait dans la chambre à travers les persiennes par petites touches jaunes. Je lui dis que par principe je fuyais l’attachement et qu’il fallait qu’elle parte mais qu’elle resterait gravée dans ma mémoire comme un bijou précieux aussi éternel qu’un diamant. Elle ne fit aucun scandale, elle se contenta de ramasser ses cheveux en chignon et de m’embrasser sur la joue.
Je me suis pris le petit déjeuner spécial à base de café et de doliprane. J’avais la gueule de bois mais ça allait mieux, je ne pensais plus à mon exclusion ni à ma déprime. Papy, P’pa se levèrent aussi, contents de voir que j’avais retrouvé ma bonne humeur.
Je sortais faire un tour pour lire le journal au bistrot, le ciel était bleu, les oiseaux chantaient. Libération titrait en caractères gras : "le monde va mieux !". Les habitués riaient de bon cœur. Les blancs et les noirs se tenaient par l’épaule. Dans les rues, les gens se saluaient avec des gestes polis, les couples s’étaient réconciliés et partaient travailler ensemble. Joe le clodo avait des gros billets dans sa casquette et avait arrêté de boire, il avait même pris une douche. Sur la devanture du bistrot une affiche annonçait une exposition à la BNF sur Ezra Pound, une autre annonçait la nouvelle fête du Petrus nouveau.
Je devais me rendre à l’évidence, on avait réussi, je ne sais pas comment à VRAIMENT refaire le monde. Plus de guerre, plus d’exclusion, plus de bagarre, rien que des gens qui s’aiment et des enfants qui jouent. Plus de drogue, plus d’ivrognes, plus de rap mais des pianistes qui jouent du Debussy dans la rue. Plus d’ordinateurs, plus de portable mais des gens qui s’adressent la parole et qui se tapent dans le dos. Dans le bistrot, les gosses ne pleuraient plus et le calme était apaisant quand à un moment une phrase sortit de ma bouche sans que je puisse la retenir : "mais est-ce que je vais descendre de ce manège à la con !". Une maman couvrait les oreilles de son petit pour qu’il n’entende pas de vulgarité, elle ne me regarda pas avec mépris mais au contraire avec bienveillance. "Mais qu’est ce qu’il se passe ? C’est Disney qui a gagné la guerre ou quoi ?"
Je retournais me barricader chez moi et je constatais que P’pa et Papy avait arrêté de fumer, ils s’étaient mis à boire du coca avec modération par petites gorgées. J’observais la monde par la fenêtre ou plutôt j’observais ma créature. Je partis chercher une bouteille de whisky et posais trois verres sur la table. "Vite, il faut qu’on redéfasse le monde !" disais-je à Papy. Il me répondit : "à quoi ça sert, il est parfait, en plus je ne bois jamais d’alcool fort".
À la guerre comme à la guerre, je les attachais et versais le whisky avec un entonnoir. "Désolé les gars mais je ne veux pas vivre dans un monde parfait où l’on a plus rien à refaire, je veux me balader dans un quartier qui craint et siffler les filles qui passent, me prendre des gifles et des cuites. Perdre au poker et me créer des emmerdes. Je veux de la musique de merde pour apprécier la bonne et que personne ne connaisse Ezra Pound à part moi ! Je veux continuer d’écrire les chronicles. Je veux me ruiner en sacs à mains pour les yeux d’une fille, qu’elle me laisse tomber comme une vieille chaussette pour déprimer et ensuite REFAIRE le monde."
Alors voilà, on a tout redéfait et le lendemain, le ciel était gris, les gens partaient travailler la mine basse et Libération titrait : "Encore un supporter blessé pendant un match de football". C’est bon me disais-je le monde est redevenu con. On allait pouvoir se remettre au boulot avec Papy, P’pa et M’man et le refaire.
Je m’installais sur le zinc et commandais un café. Roger le poivrot qui buvait son Ricard de neuf heures me dit : "Tu sais ce que disait Fernandel ? Le pastis c’est comme les seins, un c’est pas assez et trois c’est trop !".


Ciao les gonzesses. C'était Dédé. Cool

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Re: Refaire le monde. (Movelle)

Message  Yzaé le Dim 10 Jan - 22:58

ben, mon Dédé préféré, personne l'a lue, ta movelle ?
pourtant, elle m'a beaucoup plu, on y a vu un autre Dédé, une autre facette du Dédé des chronicles, ou du Dédé tenancier de clandé ...
bref, à part le fait que t'aimes ton papy, ton p'pa et ta m'man, et pigalle et t'bourrer la gueule avec tes potes, et r'garder les filles à poil dans play-boy ... et boire un coup d'Margaux, on en apprend tous les jours avec toi et tant mieux !
biz mon Dédé
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Re: Refaire le monde. (Movelle)

Message  Lalou le Lun 11 Jan - 8:37

J'adore ces soirées où l'on refait le monde....et où ça part dans tous les sens.
Tu as raison dédé, ya pas de risques que le monde devienne parfait!

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Re: Refaire le monde. (Movelle)

Message  Nilo le Mar 12 Jan - 15:00

Pour Dédé refaire le monde c'est surtout un prétexte pour boire un coup.
A moins que ce ne soit l'inverse.

Nilo, chamboule tout.

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Re: Refaire le monde. (Movelle)

Message  Swann le Mar 12 Jan - 15:47

Je suis tout de même surpris que dans le monde "parfait" de DEDE, Libération paraisse toujours...Moralité: Même les mondes parfaits sont encore perfectibles.

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