Derniers sujets
» Les suppos de Satan (partie 1)
Hier à 22:52 par Zlatko

» halètements (extrait)
Hier à 20:41 par Lalou

» Whatsthat?! Anecdotique ma chère Watson
Hier à 14:35 par Dam

» L'aigle et le cochon
Hier à 13:38 par solweig

» Polar
Hier à 13:24 par solweig

» Mourir me fait hurler de rire
Hier à 13:13 par solweig

» Pas de ligne droite en marge de la nuit
Hier à 12:58 par solweig

» Douze lignes
Mar 22 Mai - 23:09 par Carmen P.

» Pensées flottantes
Mar 22 Mai - 23:07 par Carmen P.

MacadaRoulette

Chaque clic vous envoie vers un univers différent au hasard
 
MACAD’Actu
 
********
Un auteur à la Une de Macadam:

 

 ___________________________________________________________________

Le mot du mois

de Mars:

 SUEUR...   Transpirez sur ce mot !

___________________________________________________________________

  • et notre superbe dico de l'improblable, Donnez votre définition de ROMESBIQUE
  • _________________________________________________


-
Le Macadam se déroule

RETROUVEZ TOUS LES
INTERVIEWS DES AUTEURS


LO

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

LO

Message  Swann le Lun 14 Sep - 16:49

Lo



La colline formait un monde à part. Au dessus de la bergerie, la lande laissait apparaitre la roche et de rares genévriers venaient distraire le regard vite habitué aux touffes jaunâtres des graminées qui faisaient le reste du paysage.
Au dessus encore, c’était une barre rocheuse formant un à pic d’une cinquantaine de mètres quasiment sans aspérité. Le chemin passait à l’ouest dans une gorge naturelle où des pierres tombaient sur les voyageurs suffisamment intrépides pour s’y aventurer.
Jadis, des peuples avaient occupé ces lieux et des vestiges de pierres sèches rappelaient de loin en loin l’humain. Des abris subsistaient utilisant, comme c’était le cas de la bergerie de Giovanni, les affleurements de rochers comme socles et parfois comme muret.
Les habitants de ces lieux avaient construits des terrasses afin de maintenir la terre et cultiver de petits lopins. Giovanni les imaginait remontant la terre précieuse avec des paniers fait de tiges de ronce comme il en existait encore dans le village.
Ailleurs, des bassins avaient été creusés dans la roche pour garder un peu d’eau en prévision de la sécheresse qui pouvait être redoutable dans ces contrées et durer de longs mois .Et Giovanni s’arrêtait, assis sur un de ces murets, et rêvait à ces gens rudes et travailleurs. Il imaginait les moissons d’épeautre, et peut-être les vendanges de quelques vignes. Etaient-elles en paliers comme en Italie ou bien basses comme aujourd’hui ? Ces gens lui semblaient bien loin de ceux du village… il se demandait quel mystère de l’être en avait fait ces individus décadents et vils, noyés dans une gangue de bêtise et de méchanceté.
Ceux qui connaissaient les lieux savaient aussi retrouver les signes.
Ces caractères étranges, gravés dans la pierre et qui ne se retrouvaient que sur les rochers gravés de l’ile de Gozo, voisine de Malte.
Giovanni rêvait encore au lointain passé peuplé par l’auteur des épitres et de cette Méditerranée matinée d’Afrique, des splendeurs baroques des églises de La Valette.
Au dessous de la bergerie était la forêt puis on arrivait à la rivière. Le village, plus à l’est lui tournait le dos depuis longtemps. Elle était sauvage et imprévisible. Giovanni descendait par un sentier secret contournant le village, un sentier connu des bohémiens et des braconniers et que le village ignorait. Il passait parmi les pins qui semblaient prêt à s’embraser à tout moment tellement leur résine embaumait.
Giovanni aimait les rives de cette rivière qui ne se laissait pas apprivoiser. Elle était dangereuse et peuplée de couleuvres d’eau et cela épouvantait les villageois. Ils étaient nombreux à penser que des poissons monstrueux enlevaient les enfants et les chiens et cela tenait lieu de raison pour ne plus y aller pécher. La rivière échappait ainsi à la venimeuse emprise de ces gens et par ricochet adoptait amoureusement les autres.
Giovanni partait à l’aube pour s’y baigner.
C’était pour lui plus qu’un plaisir, une façon incomparable de revenir à un passé heureux ; l’eau courante, l’eau sauvage représentait la vie naturelle où chacun a besoin de se ressourcer. Giovanni s’élançait dans le courant sans crainte et sentait aussitôt la présence de la nature sauvage le long de ses flancs.
Des branches et des feuilles l’effleuraient, et il nageait dans le courant frais et avançait sans aucune préoccupation, comme si tout n’existait plus et comme si la vie était là et rien d’autre.
Quand l’île arrivait, il savait que le meilleur venait de se terminer, qu’il faudrait revenir par la berge ou affronter le courant en remontant vers l’amont.
Ce jour là, la rivière grondait en charriant des branches et du limon. Contrairement à son habitude, Giovanni fit l’intrépide, il s’élança du bord pour atteindre rapidement le mitan d’une rivière rageuse et âpre.
Il eut l’étrange impression d’être plongé nu dans un buisson d’épines, tant la rivière emmenait de débris de toutes sortes.
Déposé rapidement et brutalement au bout de l’ile, il s’étonna de ne pas être couvert de sang et de griffures et la souffrance s’éteignis prestement. Il n’était pas seul sur l’ile, tout au bout, une fumée s’élevait de ce qui devait être un campement de bohémiens ; Ces derniers s’installaient là en empruntant un gué naturel lorsqu’ils savaient que l’eau monterait et que personne ne pourrait les atteindre avant longtemps. Ils savaient parfaitement vivre en autarcie, pêchant avec un fil muni d’une épingle comme hameçon, et faisant des festins des petits animaux divers qui avaient l’innocence de se laisser approcher. Dés l’enfance, ils maniaient la fronde avec dextérité comme le violon qui était leur bien le plus précieux. Giovanni, de mère tsigane connaissait leurs coutumes, celles-ci laissait peu de place à la faiblesse et une parfaite intégration dans la nature demandait une discipline impitoyable, des qualités et des sens que l’être humain dit civilisé avait perdu depuis longtemps.
Giovanni était fasciné par eux et par ce qui aurait pu être son existence si le destin du monde n’avait pas séparé ses parents en le plongeant dans une errance sans racines. Il avait cependant l’impression qu’une multitude de radicelles avaient remplacé la racine tournante de ceux qui sont implantés dans une certitude vernaculaire.
Au loin, un violon arpégeait dans les graves, au point que l’on aurait cru entendre un violoncelle au son si proche de la voix humaine. Giovanni ne pouvait se montrer, mouillé et presque nu mais il approchait sans bruit des camps attiré par cette étrange plainte musicale.
Il eut tout de suite l’impression d’une présence toute proche, puis l’entendit. Une plainte semblable aux sanglots d’un chevreuil à l’agonie ; A trois mètres de lui, une forme se tordait sur le sol.
Elle paraissait ne pas avoir plus de quinze ans, et elle enfantait seule dans la douleur ancestrale. Ses efforts étaient tels que l’apparition de Giovanni ne paru même pas l’étonner. Il l’aida, l’allongea sur le dos dans une position qu’il avait apprise des matrones d’Europe de l’est et entrepris de l’aider à sortir l’enfant. Ces peuples enfantent au camp et il y a longtemps que celles dont le bassin est trop étroit pour donner naissance ont disparu sans descendance ou en mourant en couches aussi l’enfant sorti naturellement dans les mains de Giovanni. La jeune mère repris son souffle et ses traits un peu de sérénité.
Giovanni dut couper le cordon comme il pu d’un coup de dent et constata que l’enfant respirait normalement alors qu’il n’avait émis aucun cri primal : il semblait vouloir se faire oublier.
Le peintre savait.
Une fille de ces peuples qui est grosse hors des liens sociaux - ce que nous avons coutume d’appeler le mariage – voit sa grossesse ignorée. Le plus souvent, elle accouche seule loin du camp et revient sans son enfant. Elle l’étouffe des les premières minutes de vie.
Ainsi en aurait été le sort de Lo.
Il prit l’enfant du bras gauche et du droit aida la fille à se lever. Elle échappa aussitôt à son emprise, farouche, ajusta sa jupe longue ignorant la douleur et se tourna vers le campement sans un regard pour l’enfant.
Giovanni presque nu, serrait un enfant nu dans ses bras. Elle fit quelques pas, puis, d’un geste dédaigneux se retourna prestement et lui lança son foulard de laine comme on jette un présent sans valeur à un indigent.
Lo faisait son entrée au chant du monde, aussitôt abandonné, aussitôt adopté.

Giovanni courrait sur la berge, pied nu vêtu d’un short mouillé et un curieux paquet bariolé dans les bras. Ignorant les pierres et les épines, il courait au dessus des eaux grondantes un trésor poisseux et vagissant dans une étoffe de laine brute, seul souvenir maternel.

Giovanni ne parvint jamais à donner à l’enfant le développement affectif nécessaire à son jeune âge. De santé fragile, Lo s’étouffait et le peintre passait des nuits entières à son chevet inquiet et triste. Très précoce, Lo parlait couramment à deux ans. Il apprenait les choses tout seul, la station debout, la marche, la propreté ; il était capable, le matin, de prendre son bol dans le placard, et d’aller chercher les éléments de son premier repas sans aide.
Jamais il ne cassa une assiette, un verre. Mais il était grave, ne souriait pas, préférait observer plutôt que jouer.
Lo semblait manquer des choses simples de son peuple pour exister. Il restait des heures debout sur le siège du vieux piano de la maison, essayant des notes sur l’ivoire et l’ébène patinés, faisant vibrer les câbles métalliques du cadre bois désaccordé ; Et Giovanni reconnaissait parfois des ensembles de notes qui auraient pu être tsiganes. Lo n’avait pas le teint mat de son peuple, il était pale et ne pesait rien. Il rappelait à Giovanni ces enfants juifs des ghettos que le destin des hommes condamnait, privés de soins médicaux et sous alimentés. Mais Lo était bien nourri, recevait l’affection du vieux peintre qui ne s’expliquait pas pourquoi son petit protégeait crachait du sang et ne poussait pas plus qu’un jeune chiot parasité.
In "Le Crétin des montagnes"

Swann

Swann
MacadAccro
MacadAccro

Messages: 924
Date d'inscription: 31/08/2009
Age: 60
Localisation: entre deux cafés

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  Nilo le Lun 14 Sep - 17:45

Que dire que je n'aurais pas déjà dit ?
Beaucoup de choses sans doute tant ces extraits sont riches de sens et d'effets.
Rien qui me vienne cependant mais le cœur y est.
Mais je ne peux m'abstenir de citer ceci :

Giovanni rêvait encore au lointain passé peuplé par l’auteur des épitres et de cette Méditerranée matinée d’Afrique, des splendeurs baroques des églises de La Valette.

Tant ces choses là me parlent...

Nilo, Swann fan.

_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"

Nilo
MacadAngel
MacadAngel

Messages: 7486
Date d'inscription: 27/08/2009
Age: 60
Localisation: Tours

http://pagesperso-orange.fr/cavazza/

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  sasvata le Mer 16 Sep - 23:17

Description parfaite, comme toujours. Le paysage nous apparaît comme s'il était devant nous. Jusqu'aux parfums. Royal! Very Happy
Et puis la réalité d'une naissance racontée avec pudeur mais émotion.
Je ne sais pas... c'est juste parfait... study

sasvata
MacadMalade
MacadMalade

Messages: 495
Date d'inscription: 31/08/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  Nilo le Mar 22 Déc - 6:12

Encore un Clic-Dédé qui tombe bien. En même temps c'est vrai qu'ici les malchance de mal tomber ne sont pas légion.
Ceci dit ce n'est pas une raison pour se priver d'en profiter et de relire LO.

NiLO.

_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"

Nilo
MacadAngel
MacadAngel

Messages: 7486
Date d'inscription: 27/08/2009
Age: 60
Localisation: Tours

http://pagesperso-orange.fr/cavazza/

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  Nilo le Lun 22 Fév - 21:20

Et bien après le Clic Dédé c'est l'Auteur à la Une qui me conduit ici. Et encore une fois j'ai eu beaucoup de plaisir à te lire.

Nilo, vous avez dit LO ?

_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"

Nilo
MacadAngel
MacadAngel

Messages: 7486
Date d'inscription: 27/08/2009
Age: 60
Localisation: Tours

http://pagesperso-orange.fr/cavazza/

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  Yzaé le Mer 24 Fév - 18:31

décidément, je les adore ces portraits, ces descriptions de paysages ...
on plonge dans tes textes, Swann et on se régale, comme Giovanni dans la rivière !
Yzaé

Yzaé
MacadAccro
MacadAccro

Messages: 696
Date d'inscription: 07/10/2009
Age: 52
Localisation: touraine

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  Zlatko le Mer 24 Fév - 19:24

En voilà un que j'ai loupé - lu, bien sûr, mais sans laisser de trace... Je rectifie le tir ! Parce que comme les autres, il mérite qu'on s'y attarde. Le personnage de Lo me touche.

Z.

Zlatko
MacadAccro
MacadAccro

Messages: 1554
Date d'inscription: 30/08/2009
Age: 20
Localisation: Centre

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  Nilo le Mer 24 Fév - 21:34

Je vais le dire ici tout de go
Je suis très heureux que l'Auteur à la Une honore ici un auteur que je suis heureux de lire et fier de promotionner.

Nilo, qu'on se le dise.

_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"

Nilo
MacadAngel
MacadAngel

Messages: 7486
Date d'inscription: 27/08/2009
Age: 60
Localisation: Tours

http://pagesperso-orange.fr/cavazza/

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  Dam le Ven 27 Mai - 17:15

Passionnant.

Dam.

Dam
MacadAccro
MacadAccro

Messages: 2672
Date d'inscription: 27/08/2009

http://membres.multimania.fr/bartolo_damien

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  Swann le Sam 28 Mai - 16:32

Merci à tous... A l'auteur à la une, et in fine à Dam d'être passé.

Swann,

Swann
MacadAccro
MacadAccro

Messages: 924
Date d'inscription: 31/08/2009
Age: 60
Localisation: entre deux cafés

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  Dédé le Lun 7 Nov - 17:49

J'ai fait le vœu de mettre mon aumône dans la sébile de tous les mendiants que je trouverai sous toutes les portes cochères qui mènent au Petit Etablissement de Crédit que je viens d'ouvrir au profit de ceux qu'en ont pas besoin. En particulier à la Quatrième liste que j'vous ai filée.
Juste histoire de pas avoir bossé pour rien à les chercher pasque si j'compte que sur vous j'crains qu'y en ait qu'entendent pas le son de votre obole tombant dans leur coupelle.
Charité bien ordonnée...

Dédé.

_________________
Ciao les gonzesses, c'était Dédé. Cool

Dédé
MacaDédé
MacaDédé

Messages: 1885
Date d'inscription: 04/09/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: LO

Message  Nilo le Mar 8 Nov - 18:35

Un cinquième passe ici de ma part. Et alors ?
J'aime ces pages, je l'ai dit, je le redit, et le redirai.

Nilo, NiLO.

_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"

Nilo
MacadAngel
MacadAngel

Messages: 7486
Date d'inscription: 27/08/2009
Age: 60
Localisation: Tours

http://pagesperso-orange.fr/cavazza/

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum