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Au Bois des Hommes
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Au Bois des Hommes
Tenez, voilà ce qui va avec "Dryade"
Elle attend. Sa peau fraîche contre l'écorce reçoit des pulsations infimes. Son sang ? La sève ? Elle se fait silence et oubli. Elle absorbe ce qui bruisse et ce qui vit.
Tout le tilleul rit d'abeilles. Leur bourdonnement dans la ramure accentue l'effet hypnotique du parfum qui l'enveloppe, l'enlace, l'emporte.
Il est midi. L'ombre est pleine de trous qui dansent un ballet lumineux. Elle espère que ce sera pour aujourd'hui.
Violente et proche, la sirène la fait sursauter. Dans quelques instants le parc va s'animer, elle connaît depuis des mois les usagers habituels : ceux qui le traversent au pas de course, ne le considérant que comme un commode raccourci pour rejoindre leur destination, ceux qui profitent du beau temps pour venir lire au soleil en mangeant distraitement un sandwich, les curieux qui prennent le temps de déchiffrer les étiquettes usées du jardin botanique, les petits amoureux presque fondus l'un dans l'autre sur un banc isolé. Tous l'ont considérée avec étonnement. Elle a suscité bien des curiosités, bien des commentaires : " qu'est-ce qu'elle fabrique, cette nana, tous les jours, par tous les temps, adossée à cet arbre ? Jolie, ça oui, on aurait bien envie de la draguer, mais elle affiche un air qui dit clairement que ce n'est pas la peine d'essayer."
Elle les ignore. Au début, c'était difficile, elle avait sans cesse envie de se justifier. Elle sent une vague réprobation dans leur attitude ; pourtant elle ne fait rien d'interdit : quel mal y a-t-il à rester immobile contre un arbre ?
Oui, mais tous les jours.
Et alors ? Si c'est tous les jours, c'est suspect ?
Disons que c'est inhabituel. Et ce qui est inhabituel dérange…
Une abeille s'est posée entre ses seins. Elle la laisse butiner. Des enfants, intrigués par son immobilité, continuent de traîner leurs minuscules baskets dans la poussière du sentier, la tête toujours tournée vers elle : "Qu'est-ce qu'elle fait, la dame?"
Elle mesure son détachement : elle n'a plus, comme au début, envie de leur crier " attention, tu vas te cogner!" Ils se cogneront : on ne peut pas sans risque avancer en regardant derrière soi.
Elle ne regarde plus derrière elle.
Ne regrette plus cet amour si plein de manques qu'elle a voulu vivre. Regrette seulement que le temps des humains soit si bref et leurs émois si vifs.
Elle va redevenir de bois. On n'échappe pas à sa nature. Elle est dryade.
Elle sent l'arbre frémir contre son corps.
Ça y est, il va s'ouvrir…
- Alors, on prend racine ? interroge Sylvain, désinvolte. Puis, plus désinvolte du tout, car c'est exactement ce qu'elle fait.
Elle attend. Sa peau fraîche contre l'écorce reçoit des pulsations infimes. Son sang ? La sève ? Elle se fait silence et oubli. Elle absorbe ce qui bruisse et ce qui vit.
Tout le tilleul rit d'abeilles. Leur bourdonnement dans la ramure accentue l'effet hypnotique du parfum qui l'enveloppe, l'enlace, l'emporte.
Il est midi. L'ombre est pleine de trous qui dansent un ballet lumineux. Elle espère que ce sera pour aujourd'hui.
Violente et proche, la sirène la fait sursauter. Dans quelques instants le parc va s'animer, elle connaît depuis des mois les usagers habituels : ceux qui le traversent au pas de course, ne le considérant que comme un commode raccourci pour rejoindre leur destination, ceux qui profitent du beau temps pour venir lire au soleil en mangeant distraitement un sandwich, les curieux qui prennent le temps de déchiffrer les étiquettes usées du jardin botanique, les petits amoureux presque fondus l'un dans l'autre sur un banc isolé. Tous l'ont considérée avec étonnement. Elle a suscité bien des curiosités, bien des commentaires : " qu'est-ce qu'elle fabrique, cette nana, tous les jours, par tous les temps, adossée à cet arbre ? Jolie, ça oui, on aurait bien envie de la draguer, mais elle affiche un air qui dit clairement que ce n'est pas la peine d'essayer."
Elle les ignore. Au début, c'était difficile, elle avait sans cesse envie de se justifier. Elle sent une vague réprobation dans leur attitude ; pourtant elle ne fait rien d'interdit : quel mal y a-t-il à rester immobile contre un arbre ?
Oui, mais tous les jours.
Et alors ? Si c'est tous les jours, c'est suspect ?
Disons que c'est inhabituel. Et ce qui est inhabituel dérange…
Une abeille s'est posée entre ses seins. Elle la laisse butiner. Des enfants, intrigués par son immobilité, continuent de traîner leurs minuscules baskets dans la poussière du sentier, la tête toujours tournée vers elle : "Qu'est-ce qu'elle fait, la dame?"
Elle mesure son détachement : elle n'a plus, comme au début, envie de leur crier " attention, tu vas te cogner!" Ils se cogneront : on ne peut pas sans risque avancer en regardant derrière soi.
Elle ne regarde plus derrière elle.
Ne regrette plus cet amour si plein de manques qu'elle a voulu vivre. Regrette seulement que le temps des humains soit si bref et leurs émois si vifs.
Elle va redevenir de bois. On n'échappe pas à sa nature. Elle est dryade.
Elle sent l'arbre frémir contre son corps.
Ça y est, il va s'ouvrir…
- Alors, on prend racine ? interroge Sylvain, désinvolte. Puis, plus désinvolte du tout, car c'est exactement ce qu'elle fait.
Re: Au Bois des Hommes
Je préfère ceci au premier de tes envois.
Nettement.
Nilo, bois des hâtes.
Nettement.
Nilo, bois des hâtes.
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Au Bois des Hommes
Pendant un instant j'ai cru qu'elle était morte ? 

Ratoune- MacadAccro

- Messages: 1618
Date d'inscription: 01/09/2009
Re: Au Bois des Hommes
Un univers fantastique et irréel dans lequel il fait bon se promener.
Il y a de la magie et de la sagesse dans tes mots et c'est très agréable à lire.
Amitiés.

Il y a de la magie et de la sagesse dans tes mots et c'est très agréable à lire.
Amitiés.

Invité- Invité
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