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Comme un semblant d'ordinaire (11)

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Comme un semblant d'ordinaire (11)

Message  Epiphyte le Jeu 20 Mai - 15:27

Je ne me souviens pas avoir joué aux petits soldats lorsque j’étais enfant.
Je veux dire, je me souviens l’avoir fait, mais je ne me souviens pas y avoir pris plaisir.
Les seuls souvenirs que j’en ai sont les petits soldats de mon père, comme des jouets d’un temps dépassé légués sans aveu de détresse, comme une obligation paternelle, au même titre que ses petites voitures en fer, histoire de transmettre cet héritage des fausses joies de l’enfance.
Le dimanche matin, je me levais tôt, et je jouais sur le sol de ma chambre, genoux repliés au menton, comme si rien d’autre n’avait d’importance.
Et rien d’autre n’avait d’importance.

Plus tard, j’ai joué aux cow-boys et aux indiens, j’ai joué à la guerre, j’ai joué à tous ces poncifs inévitables d’une enfance masculine, comme j’ai joué au foot aux cours de récréation.
Mais encore une fois je n’ai aucun souvenir de plaisir à ces jeux là.
Ce ne seront jamais que des obligations instinctives s’emparant de nous dès le plus jeune âge, comme quoi finalement l’espèce humaine est pourrie jusque dans ses instincts les plus profonds, encore qu’on l’y soumet peut-être, d’une manière ou d’une autre.
Les filles jouent à la poupée, au papa et à la maman, même sans papa, même sans enfant, avec des poupées qui font caca comme des vrais enfants quand même, histoire de comprendre le plus vite possible tous les inconvénients d’une telle vie, histoire de les assimiler le plus vite possible à défaut de passer outre ; les garçons jouent aux petits soldats, histoire de se battre les uns avec les autres, et s’il ne s’agit pas de se tuer, il faut au moins gagner la course de voitures ou le match de football.
Une société qui n’accepte plus ses loosers depuis longtemps.
Une société où il faut gagner à tout prix pour survivre, à défaut d’être avocat ou médecin, on peut à présent devenir banquier, ce n’est pas si mal finalement, à bien y réfléchir.

Je crois réellement qu’il faudrait interdire les jeux de guerre aux enfants, et par extension tout ce qui touche simplement à l’extinction du prochain, d’une manière ou d’une autre.
Bien sûr, je reconnais avoir pris du plaisir à jouer à Risk, mais à l’époque, les pions restaient des pièces en plastique abstraites, tandis qu’aujourd’hui ils sont devenus de vrais soldats, de vrais chars, de vrais cavaliers.
A force d’ancrer l’imagination dans une réalité qui ne devrait pas lui ressembler, on pousse finalement l’être humain vers ce qu’il peut avoir de plus sombre en lui. A force de le modifier, on finit par ancrer le jeu dans la vraie vie, et la télé réalité de notre société moderne s’emparera de la prochaine guerre à coup sûr, pour envoyer au front nos jeunesses décadentes sans bien leur laisser le temps de s’en rendre compte.
Bien sûr, je reconnais aussi que se défendre d’une espèce étrangère qui viendrait exterminer l’espèce humaine paraît fort à propos quant à la stimulation de nos instincts les plus bestiaux, mais je prône malgré tout l’interdiction de tous les jeux violents à nos chères têtes blondes.

Ou alors, je voudrais que les créateurs de jeux soient contraints au stage, tel que je l’ai vécu, au pied des Alpes au mois de février, pour se baigner vraiment de l’enfer humain au quotidien, pas celui de la vraie guerre, mais celui qu’on invente pour les autres en temps de paix.
Dormir dans des tentes par grand froid blotti contre son Famas, prendre son quart de garde vers deux heures du matin, le fameux fusil à la main, pour faire le tour du campement, se faire trimballer dans des camions ouverts en tenue camouflage, serrés les uns contre les autres pour essayer de se tenir chaud, tirer à balles réelles sur des cibles improbables, et rentrer malade dans une caserne où l’entretien du même fusil primait sur la santé des propriétaires providentiels.

Je sais bien que je n’arrive plus à être objectif.
Je sais bien que cela n’avancerait à rien.
Je sais bien ce qu’on va me répondre.

Je les vois venir, les assoiffés de théories, en train de justifier tout jeu de guerre par cette nécessité à évacuer le trop-plein d’énergie, par cette nécessité de se confronter au monde réel pour avancer et se construire, devenir un guerrier le temps d’un jeu, ce n’est jamais que canaliser ses pulsions les plus négatives en faisant semblant d’y répondre.
Bien entendu.
Mais puisque mes propos ne regardent que moi et n’ont aucune vocation prophétique, je me permets de donner mon humble avis sur le sujet.
Et je me permets d’ajouter aux certitudes des théoriciens que le jour où la raison se rangera à leurs côtés, quelques esprits bien placés ré-ouvriront alors peut-être les maisons closes, histoire de canaliser l’énergie négative de tous nos pédophiles qui arpentent en toute liberté les espaces salutaires de nos chères têtes blondes.
Mais après tout je n’ai pas d’enfant, et n’ai pas forcément envie d’en avoir dans une société qui ressemble à la notre. Alors ce que j’en dis, vous savez bien ce que j’en fais.

Quand les autres espèces essayent de survivre, nous ne parvenons qu’à nous détruire.
On m’a imposé dix mois de service militaire pour défendre la Nation, alors que La Tordue chantait depuis longtemps que nous n’habitions qu’un seul pays qui s’appelait La Terre ; on m’a imposé de jouer à la guerre bien longtemps après l’avoir bannie moi-même de mes activités d’être humain, et même si tout cela n’en est pas la cause principale, j’avoue que cette période a grandement contribué à me détruire.
Voilà ce que c’est, jouer à la guerre.
Et libre à vous d’éduquer vos enfants comme bon vous semble.
Ca ne regarde plus l’humanité, désormais.
Ca vous regarde, vous.
Moi, je préfère ne pas me souvenir vraiment de ce qui me regardait à travers les autres.
Mais oublier est un leurre.
Et je me leurre depuis toujours.

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Re: Comme un semblant d'ordinaire (11)

Message  Dédé le Mer 31 Aoû - 16:59

Dans le cadre de Mon Concours pour moi tout seul j'ai décidé de pas me poser de questions, et tant pis si ça va pas faire ressortir que des trucs brillants...
Mais on sait jamais, peut-être que des perles ont échappé à l'œil acéré des poètes du Macadam.

Dédé.

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Ciao les gonzesses, c'était Dédé. Cool

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