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Madame,

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Madame,

Message  Messaline le Sam 24 Juil - 7:23

Madame,

Vous ayant aperçue dans le fond du bistrot, serrant votre fichu mité sur votre peau, quelques rides au cou se voulant camoufler…
Vous ayant regardée comme on voit l’horizon découvrir des passions au crépuscule des hommes et des chiens que vous teniez en laisse, là où votre bas blesse ; las ! Vous n’aviez plus rien…Juste ce rien d’adresse et tant de cet allant qui me faisait défaut…
Je me vis ridicule et me mis en devoir de vous acclimater en venant vous chercher dans la miséricorde où j’étais prisonnier, un rebut de parloir où, à chaque virgule, vous me tendiez la corde, à prendre ou à laisser.
Je pris le tout, l’entier, nombre de vos atouts ainsi que les reliefs, de peur que sombre à jamais votre nef.

Apprendre : me contiez. Lire : vous m’appreniez. Écrire j’escomptais, sans compter les secondes ; votre faconde seule ayant fait un linceul de toute vanité.

Et, tirant l’opercule d’un alcool en boite que je vidai en verre, à l’autre bout du bar, maladroit comme boitent mes mots de misère, de ceux que l’on racole afin d’allitérer son dernier opuscule, de ces feuillets épars ne tenant de l’écrit que par inadvertance…
… Puis, étouffant mes cris en un seul incipit…

… Afin de tutoyer d’un silence infini les poètes maudits…
Et de rendre jolies, autant que des hachures esquissées au crayon, ma prose hésitation, la valse de mes maux, et la cause des mailles tombées du tricot…
… De jouer de l’épure… Pur plaisir vers lequel, du fond de votre empire, vous me laissiez aller, jusqu’au bout la faille…

…. Je bus dans le liquide un frisson de mon être, puis, repu et plaintif, je vous laissai connaître l’esquif où je voguais ; mes belles ambitions et les oscillations dans lesquelles je tanguais entre le devenir de mes papiers noircis de l’encre où j’arrimais des phrases indigestes.

C’est alors que, Madame, fîtes vers moi ce geste tenant de l’invite, d’une main qui agite l’ombre de quelque plume d’allure bien féconde.

Je n’eus pas le loisir de finir mon breuvage.

Je me mis à l’ouvrage.

En rondes arabesques, en pleins et déliés que la nappe en papier prit pour une blessure qu’il lui fallait soigner, j’alignai quelques notes, et bien plus de ratures, quelque tourment dantesque gardé au plus profond de mes pleurs infinis.

Un bonheur si fragile qu’il fit battre mes cils.

Madame, vous aviez alors ouvert mes yeux frappés de cette cécité qui rend le corps meurtri, met le cœur en compote.
Je vous rimai au port que vous m’aviez offert ; vous ancrai à mon quai, et sans plus de manière.

Et le corps du sujet ouvrit ses parenthèses – point n’est question de thèse, ni d’encyclopédie.
J’eus tous les sens ravis et la tête bien faite afin de vous compter, plutôt que mes déboires, toute félicité, et des plus dérisoires.

Tout au fond du café, tapie dans votre geste, vous guidiez mes cursives et me rendiez modeste.
Attentive et discrète, vous aviez ce regard, en dessous de vos fards, empli de compassion, qu’ont les muses, et que n’usent jamais le temps ni l’émotion que vous portiez au monde. Vos lèvres arrondies en toute gentillesse me firent comme un signe, un début de tendresse. Vous fûtes ma déesse à partir de ce jour, où, de lignes en lignes, je tente, je m’essaie.
Je lutte.
Je culbute.
Et m’échoue…

Car voilà que soudain, Madame si galante, vous avez disparu.

Une pute aux yeux pers, une fée de comptoir qui de dedans ses verres dans lesquels je me perds, a pris, toutes vesprées jusque aux matins levés, votre place au café.

Si je m’ennuie de vous, n’en prenez pas ombrage.

Si ma plume s’enroue, je vous prie, soyez sage.

Si je n’ai plus le goût d’écrire des messages, de lire mes pensées, c’est funeste présage.

Si de verts paysages ont eu raison de moi, si je fus las d’attendre, et de tendre vers vous ma quête de bon goût, c’est que me ligotaient les charmes si faciles de la prostituée. Elle sut me surprendre et me laisser sans arme. Je ne vis pas l’alarme.

Depuis ce temps, Madame, j’ai lâché tous les drames, toutes les comédies, les mots de mon esprit, et suis resté épris aux vouloirs de la dame. Je brade mes folies sur la chair alanguie de ma chère endormie…

…oublieux de ce rade où vous m’aviez promis de curieuse manière une belle aventure avec les dictionnaires et la philosophie.
Avec la poésie, les tables de matières.
Et Charles Baudelaire dont les chats sont si doux.
Gaston de Lamartine, contant si bien sa mie et sa mélancolie à des flots très chéris.
Ou bien Arthur Rimbaud, ivre de son bateau.

Mais voilà ma misère : être homme je ne puis sans marcher sur le fil d’une fée singulière qui me brise les os, se noue à mon cerveau. Je meurs à petit feu de bien triste façon.

Et si je vous écris, c’est que toutes ces nuits et tous ces jours passés à ne songer à vous m’ont rendu bien contrit.

Je confie cette lettre au garçon de café qui vous la remettra, si vous passez par là, belle dans l’abandon où je vous ai laissée.
Je vous demande bien pardon.

Vous cacherez, coquette, avec votre fichu et quelque fard en plus, les plis de votre peau, et vous aurez peut-être le cœur et le loisir de lire ma requête :

Revenez m’apparaître ! Me faire ce regard dont vous avez secret. Je saurai le comprendre. Ce sera un bonheur où déjà je m’égare.


Votre serviteur.



_____________________________________________Messaline, Janvier 2010

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Re: Madame,

Message  Tinuviel le Sam 24 Juil - 17:32


Superbe...
Quel hommage à la muse.
Et cette façon de la présenter : en fichu mité et quelques rides au cou... tapie au fond d'un bar.

J'adore cette épître qui se déguise en prose, et navigue tranquillement sur des alexandrins... et rimés s'il-vous-plaît !
Je me suis laisser noyer par ces phrases virtuoses qui vous roulent comme des galets, sans aucun répit. Pas encore repris mon souffle.

Je m'incline, admirative, et pars porter une lettre au garçon de café...


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Re: Madame,

Message  Nilo le Sam 24 Juil - 17:48

Au fur et à mesure que j'avançais dans cette lecture je me faisais des "Oh !" des "Ah !" des "Superbe !", je me disais "que de poésie" dans cette prose feinte.
Et puis à la in de ma lecture j'ai lu le commentaire précédent et là je me suis dit "tout est dit".

Nilo, sur la pointe des pieds.

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Re: Madame,

Message  Ratoune le Sam 24 Juil - 19:23

Entièrement " raccord " avec Nilo. Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven

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Re: Madame,

Message  Messaline le Dim 25 Juil - 5:14

Merci, vos éloges me vont droit au cœur.
Mais j'y songe, ce texte n'aurait-il pas eu plutôt sa place dans les macadépitres ?

Mess cat line, dans l'attente...

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Re: Madame,

Message  Nilo le Dim 25 Juil - 7:01

Il aurait également eu sa place dans les poèmes.
Alors on va dire qu'il est bien où il est. A moins que tu ne veuille le dépayser.

Nilo, ouvreuse.

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