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Griffouillis (extrait)

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Griffouillis (extrait)

Message  Zlatko le Mer 11 Aoû - 6:12

A d’autres carrefours, ils m’ont vu la main vers le ciel. Dans l’espace clôt de la pensée elles arrivent par bribes : elles me courent après. Je ne cherche plus : elles me prennent au collet comme un chiffon. Quand les chiens lapent de grands bols d’ombre, l’écriture est un prémisse à la sarabande. A d’autres carrefours, ils m’ont vu écouter sur les rails l’arrivée d’énormes trains de victuailles de rêves, ils m’ont vu chercher des yeux les fantômes de Celle-là, la jolie rouge qui s’enroulait contre moi comme un double. Elle parlait : “n’arriver pas aux chevilles de sa joie, ni de sa terreur !” Elle comprenait l’écriture. L’écriture ne parle qu’à moi par vous, pour moi, entre moi, au-dessous au-dessus de moi, et toute l’architecture bâtie résonne encore de vos essoufflements. Regardez-moi ! J’ai bâti toutes vos cathédrales ! J’en bâtirai encore ! L’écriture se rappelle toute seule. Elle mélange toutes les laisses, n’en reste qu’un noeud informe de soi d’elle et de vous qui tournoie jusqu’à la nausée. A d’autres carrefours, ils m’ont vu courir dans la poussière, plein de grands éclats de vide. Les garnements dansent par colère. Elles dansent parfois comme eux et lèchent les flammes avec gourmandise. Pour qui rêvent-ils ? Elle parlait : “les racines brûlent, les racines ont le parfum des souterrains de prose”. Je ne sais même plus m’en souvenir. Dans les cheveux blancs qui m’inondent : pour quelle odeur chanter ? Les vieilles gloires ? Les prochaines ? La voix qui s’affaiblit, pâle, congestionnée, et ne trouve plus qu’au râle une certaine absolution ? A d’autres carrefours, ils m’ont vu boire, et rire les cadavres dans les fossés d’herbes folles. L’écriture déroulait le long tapis de ses rumeurs, le froid soulèvement des eaux dans les recoins murés de soi, les bains de métaphores aux mers infinies, et le murmure des embruns. Toutes les chimères dans un hall de gare. A d’autres carrefours, des esprits se soûlent de réconfort, ils se massent, ils font des grandes foules de non-sens : ils cherchent. J’ai serré contre moi des fumées. Hauteurs, gouffres spirituels, ils ne m’ont jamais donné plus de force. Ils n’ont pas mieux dansé dans l’harmonie. N’en reste qu’une âcre débâcle puante de certitudes, les griffouillis d’égo qui marmonnent : personne. Ils ne m’ont jamais écouté. Ils n’ont pas pris le temps pour mes états de grâce. A d’autres carrefours, Celle-là la jolie rouge écoutait mes ébats de vieillard et mes éclats de gosse, elle disait “comme il gueule fort, comme il se tait”. Elle comprenait l’écriture. Le dégoût est une langue qui se paye. La conscience de soi est une masse chevelue de poésie qui nous écrase, dont les doigts griffus nous palpent la nuque ployée, dont les éclairs frontaux nous étourdissent, et son ventre gargouille comme un débarras plein de poussières d’astres, ses veines courent sur les routes où les enfants, dans leurs petits souliers de poésie, dans leurs pieds crades et solaires de vagabonds, apprennent le désespoir.


Z 10 08 10

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Re: Griffouillis (extrait)

Message  marc le Mer 11 Aoû - 7:05

j'ai pas tout lu, pas une affaire d'indigestion, simplement pris ma dose

ps: si tu sors un recueil papier zlatko je suis preneur

du talent
vraiment

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Re: Griffouillis (extrait)

Message  Nilo le Mer 11 Aoû - 18:30

Et bien moi je ne l'ai pas lu.
Non, je l'ai écouté. Oui E COU TE !
Je les aime bien ces griffouillis qui se coupent, se recoupent, vont, viennent, reviennent sur leurs pas. Sur les pas de la poésie où tu te cherches, où tu te trouveras.

Nilo, pas sourde oreille.

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Re: Griffouillis (extrait)

Message  Lalou le Mer 18 Aoû - 11:33

Ecrire ainsi sur l'écriture, la poésie mieux que sur une histoire d'amour, non pas mieux, c'en est une, et pas des moindres, et pas des moins passionnées, et pas des plus tranquilles.

Une passion, un talent, une certitude.

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Re: Griffouillis (extrait)

Message  Dam le Jeu 19 Aoû - 22:11

Quand toi tu as tes "griffouillis", moi j'avais mes "gribouillis" ; j'appelais ça "ma période gribouillis" ; même si j'ai voulu la dépasser par tous les bouts, pour arriver à ordonner plutôt qu'à délirer, délier les brins de ma dentelle trop hésitante et laborieuse, accélérer la cadence pour atteindre l'épure de mes rêves, cette vie me laisse un bon souvenir, celui des premiers pas, que j'aspire à retrouver à chaque nouvelle danse...

Dam, pardon pour les trois p'tits points

Ta prose est vivante, virevoltante, plaisante (sans plaisanter) car elle fige sans fixer l'instant de vérité ainsi changé en grâce.

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