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Dead of Winter.
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Dead of Winter.
De temps en temps je vais dans la nuit de l’hiver.
Sur l’escalier de bois où rêvent les poussières
Je pose un pied ; le froid me saisit la cheville
Et la rampe glacée brûle mes doigts de fille.
Les murs sont sales, gris, tachés de traces brunes,
Cafards et araignées, blattes et bêtes diurnes
Ont tripes et boyaux tout en éclaboussures !
Victimes d’un mouchoir, ou bien d’une chaussure.
Un carreau me sourit ; une trappe en cadence
Cogne sur le plafond rauque de ma conscience ;
Aux sons hallucinés de clameurs carcérales,
Les barreaux de mes murs changent de diagonales...
Le plafond, écrasé de poutres colossales
Descend, et sur mon front pose son dernier râle.
Les dalles accrochées sous mes pas, je me glisse
Au second escalier ; trois marches qui frémissent
A mon pied familier, à mon ombre légère.
Une ampoule à leur joues disperse sa lumière ;
Et puis, je sens frotter contre ma peau à vif
L’âpre rugosité du plancher corrosif
En briques désossées ; la cuisine m’accueille.
Ne reste que la porte à ouvrir ; puis le seuil.
Une table est posée, mastodonte, chimère,
Gigantesque fatras de bois vernis, de fer,
Elle trône ; et sujets d’une princesse obèse,
Les verres et couverts s’épient ; les vieilles chaises
Ont pour leur tenir chaud des coussins de velours.
Aux murs, les plats brillants sont comme des tambours
Dont les ventres seraient d’or tendu, et de cuivre,
Et sur la cheminée, des bols, verts, bleus, des livres.
Une horloge m’a vu, et sonne le quart d’heure ;
Quelques dessins d’enfant, un gros lion, une fleur
Me semblent être des yeux qui cherchent les vestiges
De l’enfant que j’étais, mes douleurs, mes vertiges,
Et le malheur divin qui sourdait dans ma prose
Avant que de tomber dans l’adulte cirrhose.
Je suis seul... Ignorant mes plaintes, mes suppliques,
Ils scandent ce “menteur!” qu’on jette aux hérétiques !
Ô meubles édentés, décombres qui s’effritent,
Vieilles harpies, démons lancés à ma poursuite,
Ce sont vos traits hideux que je fuis... car vos voix
Me chantent le passé, le calvaire, la croix,
Me chantent le passé comme on attise un feu ;
Pâle, je me souviens que j’étais malheureux.
Où je rêvais enfant d’avoir une famille ;
La mienne, dispersée, déracinée, brindille
Au gré des vents mauvais ne me suffisait pas.
J’étais seul, toujours seul ; ni maman, ni papa
Ne pouvaient rien savoir des grandes steppes blanches
Où mon coeur dérivait, où mon âme se penche
Encore, certains soirs où quasi-nu, transi,
Je foule le gravier de mes démons la nuit.
Alors je suis parti ; les yeux pleins d’avenir,
A l’oreille le son grave des souvenirs...
Au-dehors, je n’ai plus ni repère ni place,
Le vent gonfle les arbres et me porte, m’enlace,
Il essaye d’entrer et se brise en douceur
Au seuil de ma maison, à son front de chaleur ;
Et puis il me déploie, apaise ma violence,
Soulage mon coeur noir de blanches résonnances.
Z 20 09 09
Sur l’escalier de bois où rêvent les poussières
Je pose un pied ; le froid me saisit la cheville
Et la rampe glacée brûle mes doigts de fille.
Les murs sont sales, gris, tachés de traces brunes,
Cafards et araignées, blattes et bêtes diurnes
Ont tripes et boyaux tout en éclaboussures !
Victimes d’un mouchoir, ou bien d’une chaussure.
Un carreau me sourit ; une trappe en cadence
Cogne sur le plafond rauque de ma conscience ;
Aux sons hallucinés de clameurs carcérales,
Les barreaux de mes murs changent de diagonales...
Le plafond, écrasé de poutres colossales
Descend, et sur mon front pose son dernier râle.
Les dalles accrochées sous mes pas, je me glisse
Au second escalier ; trois marches qui frémissent
A mon pied familier, à mon ombre légère.
Une ampoule à leur joues disperse sa lumière ;
Et puis, je sens frotter contre ma peau à vif
L’âpre rugosité du plancher corrosif
En briques désossées ; la cuisine m’accueille.
Ne reste que la porte à ouvrir ; puis le seuil.
Une table est posée, mastodonte, chimère,
Gigantesque fatras de bois vernis, de fer,
Elle trône ; et sujets d’une princesse obèse,
Les verres et couverts s’épient ; les vieilles chaises
Ont pour leur tenir chaud des coussins de velours.
Aux murs, les plats brillants sont comme des tambours
Dont les ventres seraient d’or tendu, et de cuivre,
Et sur la cheminée, des bols, verts, bleus, des livres.
Une horloge m’a vu, et sonne le quart d’heure ;
Quelques dessins d’enfant, un gros lion, une fleur
Me semblent être des yeux qui cherchent les vestiges
De l’enfant que j’étais, mes douleurs, mes vertiges,
Et le malheur divin qui sourdait dans ma prose
Avant que de tomber dans l’adulte cirrhose.
Je suis seul... Ignorant mes plaintes, mes suppliques,
Ils scandent ce “menteur!” qu’on jette aux hérétiques !
Ô meubles édentés, décombres qui s’effritent,
Vieilles harpies, démons lancés à ma poursuite,
Ce sont vos traits hideux que je fuis... car vos voix
Me chantent le passé, le calvaire, la croix,
Me chantent le passé comme on attise un feu ;
Pâle, je me souviens que j’étais malheureux.
Où je rêvais enfant d’avoir une famille ;
La mienne, dispersée, déracinée, brindille
Au gré des vents mauvais ne me suffisait pas.
J’étais seul, toujours seul ; ni maman, ni papa
Ne pouvaient rien savoir des grandes steppes blanches
Où mon coeur dérivait, où mon âme se penche
Encore, certains soirs où quasi-nu, transi,
Je foule le gravier de mes démons la nuit.
Alors je suis parti ; les yeux pleins d’avenir,
A l’oreille le son grave des souvenirs...
Au-dehors, je n’ai plus ni repère ni place,
Le vent gonfle les arbres et me porte, m’enlace,
Il essaye d’entrer et se brise en douceur
Au seuil de ma maison, à son front de chaleur ;
Et puis il me déploie, apaise ma violence,
Soulage mon coeur noir de blanches résonnances.
Z 20 09 09
Dernière édition par Zlatko le Lun 21 Mar - 12:54, édité 1 fois

Zlatko- MacadAccro

- Messages: 1554
Date d'inscription: 30/08/2009
Age: 20
Localisation: Centre
Re: Dead of Winter.
Tu as ce talent magnifique de dire les choses avec cette clarté déconcertante empreinte de sentiments , d'images, d'odeurs, de ressentis...et de le dire si bien !
Tu as tout simplement un talent fou Z !
lalou indeboulonnée
Tu as tout simplement un talent fou Z !
lalou indeboulonnée
_________________
LaLou
Re: Dead of Winter.
C'est comme un détachement de la réalité pour mieux servir les images éparpillées ici, un texte long et c'est pourtant du concentré. Bien joué Z.
Je le relirai.
Je le relirai.

spandrell- MacadAccro

- Messages: 532
Date d'inscription: 14/09/2009
Re: Dead of Winter.
Du Zlatko, tel qu'en lui même.
Riche, rythmé, scandé.
Des mots, du sens, une musique.
Un poème, en somme.
Nilo, Zlatkiste.
Riche, rythmé, scandé.
Des mots, du sens, une musique.
Un poème, en somme.
Nilo, Zlatkiste.
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Dead of Winter.
Ce poème est renversant ! Je l'ai lu il y a déjà quelque temps, mais j'y reviens. Des images riches, des alexandrins presque* parfaits. Ça c'est pour la forme, que tu maitrises avec bonheur et légèreté, Zlatko. Quant au fond, il a une profondeur qui ne trompe pas, poésie sur le fil de la confidence, imaginaire exacerbé, très rimbaldien en somme. Tu nous parles là d'une bien belle façon.
J'aurais 2 petites choses, 2 riens du tout, à dire :
1 ) "Cafards et araignées, blattes et bête diurnes" = > vu que je prononce di-urne, je verrais plutôt : "...blattes, bêtes diurnes"
2) "Me semblent être des yeux qui cherchent des vestiges" = > j'enlèverais le "Me" pour retomber sur mes 12 pattes sans changer trop gravement le sens.
J'ai en tête une chanson de Léo Ferré qu'une partie de ton poème m'évoque, et que j'aime beaucoup, la voici :
LA CHAMBRE
"On m'a prêté quatre vieux murs
Pour y loger mes quatre membres
Et dans ce réduit très obscur
Je voulus installer ma chambre
Pour lui donner un air coquet
Je suspendis aux murs en pente
Les diplômes que j'ai manqués
Et mes décorations absentes
Sur une table les photos
De celles que se refusèrent
Sur des rayons les in-quarto
Des livres que je n'ai su faire
J'ai mis derrière les fagots
Les grands crus de notre royaume
Les Chambertin et les Margaux
Dont j'ignore jusqu'à l'arôme
Et dans un vaste coffre-fort
Rangés en piles régulières
Toutes les valeurs et tout l'or
Que j'aurais pu gagner naguère.
Par la fenêtre se glissant
Voici qu'un doux rayon bleuâtre
Est venu remplir mon théâtre
D'un mobilier étourdissant
Voici des tapis d'ambition
Voici des tentures de rêve
Voici qu'un rideau se soulève
Sur un chevalet d'illusions
Voici des coussins de serments
Couvrant des fauteuils de promesses
Et puis des colliers de tendresse
Et des bouquets de sentiments
Voici le mirage de l'Art
Voici des songes en rasades
Le divan de Schéhérazade
Et le clavecin de Mozart
La chimère en quatre secondes
Décorateur sur champ d'azur
A fait de mes quatre vieux murs
La plus belle chambre du monde.
La, la, la, la, la, la, la..."
Tu n'as rien à lui envier.
J'aurais 2 petites choses, 2 riens du tout, à dire :
1 ) "Cafards et araignées, blattes et bête diurnes" = > vu que je prononce di-urne, je verrais plutôt : "...blattes, bêtes diurnes"
2) "Me semblent être des yeux qui cherchent des vestiges" = > j'enlèverais le "Me" pour retomber sur mes 12 pattes sans changer trop gravement le sens.
J'ai en tête une chanson de Léo Ferré qu'une partie de ton poème m'évoque, et que j'aime beaucoup, la voici :
LA CHAMBRE
"On m'a prêté quatre vieux murs
Pour y loger mes quatre membres
Et dans ce réduit très obscur
Je voulus installer ma chambre
Pour lui donner un air coquet
Je suspendis aux murs en pente
Les diplômes que j'ai manqués
Et mes décorations absentes
Sur une table les photos
De celles que se refusèrent
Sur des rayons les in-quarto
Des livres que je n'ai su faire
J'ai mis derrière les fagots
Les grands crus de notre royaume
Les Chambertin et les Margaux
Dont j'ignore jusqu'à l'arôme
Et dans un vaste coffre-fort
Rangés en piles régulières
Toutes les valeurs et tout l'or
Que j'aurais pu gagner naguère.
Par la fenêtre se glissant
Voici qu'un doux rayon bleuâtre
Est venu remplir mon théâtre
D'un mobilier étourdissant
Voici des tapis d'ambition
Voici des tentures de rêve
Voici qu'un rideau se soulève
Sur un chevalet d'illusions
Voici des coussins de serments
Couvrant des fauteuils de promesses
Et puis des colliers de tendresse
Et des bouquets de sentiments
Voici le mirage de l'Art
Voici des songes en rasades
Le divan de Schéhérazade
Et le clavecin de Mozart
La chimère en quatre secondes
Décorateur sur champ d'azur
A fait de mes quatre vieux murs
La plus belle chambre du monde.
La, la, la, la, la, la, la..."
Tu n'as rien à lui envier.
Re: Dead of Winter.
Bravo pour avoir retrouvé ce Leo des débuts, Mess, et sa concordance avec le poéme de Zlat,
Swann, Léophile
Swann, Léophile

Swann- MacadAccro

- Messages: 924
Date d'inscription: 31/08/2009
Age: 60
Localisation: entre deux cafés
Re: Dead of Winter.
premier clic sur le mur à Dédé, sur qui je tombe ?
il est pas beau, le mur à Dédé ? et très bien foutu ?...
en plus, c'est un poème que je n'avais pas lu !
bref, un instant de bonheur à te lire ...
Yzaé, vive le mur à Dédé !!!
il est pas beau, le mur à Dédé ? et très bien foutu ?...
en plus, c'est un poème que je n'avais pas lu !
bref, un instant de bonheur à te lire ...
Yzaé, vive le mur à Dédé !!!

Yzaé- MacadAccro

- Messages: 696
Date d'inscription: 07/10/2009
Age: 52
Localisation: touraine
Re: Dead of Winter.
Le mur de Dédé est devin ou divin?
Long mais agréable, comme à chaque fois. Une vraie plume que j'apprécie de lire sans "conter"!
Les images se succèdent en cadence et je vois que les idées dansent, intense!
Je me rassure de te savoir en étude de droit, la justice n'a qu'à bien se tenir!
Long mais agréable, comme à chaque fois. Une vraie plume que j'apprécie de lire sans "conter"!
Les images se succèdent en cadence et je vois que les idées dansent, intense!
Je me rassure de te savoir en étude de droit, la justice n'a qu'à bien se tenir!

Batsie- MacadAdo

- Messages: 143
Date d'inscription: 28/03/2010
Age: 32
Localisation: Val d'Oise
Re: Dead of Winter.
J'ai pensé à la maison où je vis en lisant ton poème
J'ai beaucoup aimé cette image:
"Une ampoule à leur joues disperse sa lumière ;"
Mais le reste n'en est pas moins intéressant car oui, je reconnais le don que tu as de manier les images et le son pour un régale à la lecture.
Merci
Sylvie
J'ai beaucoup aimé cette image:
"Une ampoule à leur joues disperse sa lumière ;"
Mais le reste n'en est pas moins intéressant car oui, je reconnais le don que tu as de manier les images et le son pour un régale à la lecture.
Merci
Sylvie
_________________
Sylvie
J'aime vraiment faire tourner les aiguilles des horloges à l'envers
Re: Dead of Winter.
A lire et à relire sans modération.
De l'excellent Zlatko !
De l'excellent Zlatko !
_________________
LaLou
Re: Dead of Winter.
Oh oui, du bon, du très bon Zlatko. Comme toujours même si celui-ci m'a beaucoup touché.
Re: Dead of Winter.
Clic Lalou !
un nouveau truc de Macadam : je remonte ce que j'ai envie!
un nouveau truc de Macadam : je remonte ce que j'ai envie!
_________________
LaLou
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