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...Sorcellerie à Nianing, Sénégal, Marc Tremsal, années 80. 1° à 10° Bon°

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...Sorcellerie à Nianing, Sénégal, Marc Tremsal, années 80. 1° à 10° Bon°

Message  tremsal le Jeu 23 Sep - 14:32


Les Talismans.
Sorcellerie au village de Nianing, Sénégal,
Années 1980…






…Depuis plusieurs mois, Isidore n’était plus le même à son travail, comme serveur au restaurant du Domaine de Nianing. Il avait perdu du poids, et il était souvent fatigué. Deux nouvelles journées passèrent et Isidore étant de nouveau absent, je décidais d’aller au village de Nianing, situé entre brousse et océan à quelques kilomètres. Je fus accueilli par sa femme qui me conduisit dans une chambre où je le trouvais allongé sur une natte de roseaux, les yeux hagards. Son état s’emblait s’être aggravé. Dans le coin de la pièce, une vieille femme était assise et marmonnait. Je sentis un instant qu’il m’avait reconnu, mais il était trop las, pour que nous puissions parler. Je le quittais, bien sur inquiet de le voir aussi diminué.
Dans la cour, poules, coqs et quelques chèvres allaient dans tous les sens en faisant un bruit assourdissant. Je venais malheureusement de constater que l’état général de mon ami Isidore, s’était sérieusement aggravé…
« La mort d’Isidore avait surpris tout le personnel, mais aussi les vacanciers qui séjournaient au Domaine de Nianing. Pour nous, pour ses amis, revenaient en mémoire les souvenirs, les derniers mois qui précédèrent sa disparition et tous les efforts mis en œuvre pour l’aider à s’en sortir. En ce qui me concerne, il m’avait fait quelques confidences, lors de mes allers et retours au village, mais rien de plus que des souvenirs de son enfance. Le bruit s’était répandu, qu’il avait été victime d’une action de sorcellerie ? Cela m’avait décidé à en savoir plus, et à agir »…

Isidore était né au village de Nianing, situé à la limite des clôtures du Domaine, qui devait devenir un village de vacances en 1972. Isidore était de religion catholique, comme il y avait, avant la progression de l’Islam, beaucoup de villageois baptisés dans ce village. Il avait fait ses études primaires et secondaires à Nianing, commençait à travailler tôt, et il participait volontiers aux travaux des champs à chaque hivernage. C’était un exemple pour les jeunes. Il fut embauché au Domaine dans les années soixante-seize. J’avais remarqué son allure, apprécié son sens de l’humour et surtout sa gentillesse. Il était manifeste que les estivants l’appréciaient et faisaient tout pour qu’il soit « leur serveur » au restaurant. Il aimait à se faire remarqué en se coiffant d’un véritable chapeau de cow-boy, à la manière de John Wayne…
*


Plusieurs saisons touristiques passèrent jusqu’au moment où il commença à maigrir, à se plaindre de douleurs au ventre. Puis il commença à s’absenter. Après concertation avec ses proches, un médecin fut appelé qui fit un diagnostic précis d’une maladie d’origine hépatique. À partir de ce moment, il reçut un traitement classique. On eu l’impression d’un léger mieux, mais il était souvent au repos. La fermeture annuelle du Domaine arriva et Isidore m’informa que de très bons amis à lui, des Français, avait préparé, organisé un voyage en France, pour faire un bilan médical complet. Tout avait été fait, passeport et papiers en règle pour un séjour d’environ trois semaines. Je précise que cela se passait à peu près deux années avant les événements tragiques qui précédèrent sa disparition…
Le village de Nianing auquel était très attaché Isidore, comprenait beaucoup d’agriculteurs et de pêcheurs et plusieurs villageois, avaient pu être engagé au Domaine comme jardiniers, cuisiniers, serveurs, mais aussi comme gardiens etc. Ce village Sérère (ethnie) ancré dans les traditions, avait aussi une réputation d’un endroit, ou des sorciers, hommes ou femmes y séjournaient clandestinement, secrètement, pour le jour, la nuit, le moment venu, commettre leur forfait.

Au Sénégal, ces pratiques maléfiques se pratiquaient encore dans la région de la petite côte et en Casamance chez les Diolas (ethnie). Elles perdurent de nos jours…Isidore revint de France avec plein de souvenirs et il ne cessait de nous raconter son voyage. Il avait encore maigri et son bilan médical n’était pas encourageant. Les médecins avaient constaté une forte dégradation du foi mais pas de cancer. En fait malgré tous les moyens modernes, les examens précis, on se retrouvait au même point. Un de nos gardiens Dabo, me prit à part et me dit :
--Monsieur Marc, faites venir Wabili Camara.
Dabo était considéré comme un religieux et un sage…C’est à ce moment-là, suivant ce conseil et devant ce flou complet que je me décidais à aller avertir un homme que j’avais appris à connaître, à apprécier. Wabili Camara « était » son nom, car ce personnage haut en couleurs, si attachant, n’est plus de ce monde. Ses compétences, ses pouvoirs, d’anti-sorcellerie, en tant que féticheur étaient reconnus. « Le rôle du féticheur étant de découvrir l’action néfaste du sorcier ». Je lui demandais de venir au Domaine pour parler du cas d’Isidore. Wabili était un Peulh (ethnie), généralement nomade…Il s’était sédentarisé, aussi devenu un véritable artiste, à la tête d’un groupe familial important. Il venait une fois par semaine, avec femmes et enfants et ses proches parents, tous musiciens, présenter un spectacle époustouflant. Dansant avec le feu sur une énorme calebasse, des brins de pailles enflammées dans la main, qu’il plaçait dans sa bouche !

J’avais au fil des années lié avec lui une belle amitié et il me tardait de le voir au Domaine, discrètement. Wabili vint jusque chez moi au fond du parc et sans tarder, je lui racontais tous les événements et les faits concernant Isidore. Ma dernière visite ou je lui avais dit, que Wabili viendrait peut être le voir, l’avait ravit. Il me fit part aussi de sa conversion à l’islam… A ma dernière visite, Je l’avais trouvé de plus en plus absent, très essouffler, et personne dans son entourage ne semblait optimiste…En arrivant à la nuit tombante au village, quelques jours avant la mort d’Isidore, Wabili me demanda de contourner les maisons et les cases, de longer la route, pour que je le guide discrètement, à la maison d’Isidore. La vielle femme qui nous accueillait sans dire un mot nous fit une drôle d’impression. Puis ce fut au tour de la femme d’Isidore de nous faire entrer dans la chambre. Après avoir saluer mon ami, heureux de nous voir, je me mit à l’écart. La femme d’Isidore étant sortit, Wabili s’approcha du lit. Isidore ragaillardit, se confia, nous dit qu’il avait décidé de reprendre sa religion première. Il nous parla de sa jeunesse, de sa communion à l’église de M’Bour, de ses études…Wabili buvait ses paroles, le temps passa et l’unique lampe champêtre donna des signes de fatigue. Une dernière fois Wabili examina Isidore qui souffrait fortement du bas-ventre, et puis nous nous quittâmes, le cœur serré.
Il faisait nuit et notre visite fort discrète nous sembla l’avant garde de moments à venir,
malheureusement douloureux. Wabili avait une certitude, des actes maléfiques étaient à l’origine de la maladie d’Isidore. Il fallait agir, mais était-il encore temps ? En rentrant au Domaine, nous entendions les battements sourds des pileuses de mil dans les mortiers, et le bruit des tambours qui venaient de la savane…Wabili me demanda de marcher plus vite, car il fallait qu’il rejoigne M’Bour, la ville la plus proche.

Ce féticheur réputé devait préparer pour le lendemain les talismans ou gris-gris de protection, sorte d’ anti-dote, pour tenter une action pour sauver Isidore. Je quittais Wabili très inquiet…Dés mon retour au Domaine, je vous rappelle, mon lieu de villégiature depuis quelques années, dont je vous parlerai au fil de mon récit, un comité d’accueil m’attendait.
En effet, le bruit avait couru que nous étions allers avec Wabili au village et ce groupe d’anciens voulait savoir ! Tout le monde fut rassuré au bout d’un moment, voire satisfait. Wabili s’en alla rassurer, après avoir appris qu’un groupe de féticheurs de Casamance (région du sud du Sénégal) était attendus à Nianing. Malgré tout, il fallait espérer, mais nous tous réunis, inquiets ce soir-là, avions l’impression que ce pauvre Isidore avait du vivre un véritable calvaire…



*








Intermède sur un parcours.
Du nord au sud.





« L’histoire vécue, que vous découvrez, a trouvé son origine dans l’intérêt que j’ai toujours et naturellement porté à l’Afrique. Étant natif de Tunisie, le doux pays de ma jeunesse insouciante, entre méditerranée et sahel, ruines romaines et musique orientale, agréables rencontres, je me devais de me présenter à vous. Dominé par l’amour de nos parents, et l’affection de mes frères et sœurs, j’eus néanmoins, une scolarité difficile, du à un caractère instable. De ces années, il me revient à l’esprit, un de mes plus beaux souvenirs… Les périodes de semailles et de moissons, passées chez mon oncle, Joseph Charmetant, à Edékilà. Bien sur, il y eu mes années à l’école des Beaux Arts de Tunis, beaucoup de sports, et le parachutisme prémilitaire à dix sept ans, encadré par un fringant officier de la légion, dont le nom est gravé en moi. Le capitaine Gaumman…Je ne peux vous cacher que comme tous jeunes gens, j’eus de saines aventures féminines, et qu’un soir mémorable, lors d’une de ces surboums très recherchées, mon ami Jean-Claude Revel, me présenta à Mathilde ! Très jeune, très belle, et déjà une séduisante jeune fille …
…Puis ce fut mon incorporation en septembre 1957, le brevet para à Pau, l’école de moniteur de sport à Antibes, quelques mois comme instructeur de sports de combats, à la base d’ Idron et ma mutation en Algérie, courant 1958, au 1er RCP.En avril soixante, et mes soixante quinze kilos, me voici libéré et de retour d’Alger la blanche, à Tunis pour revoir ma fiancée, mes frères et sœurs et mes chers parents…Sans tarder, je préparer mon départ à la conquête de Paris en organisant en peu de temps ma première exposition de peintures, dessins, « Souvenirs d’un temps passé », pour le bonheur de mon père, et de mes proches…Puis ce fut l’envolé vers la ville de Paris, qui peut être, en belle courtisane, m’attendait pour me séduire…
Je ne veux pas passer sous silence le drame politique et le départ de Tunis, en juillet 1961, en tant qu’expulsé, du Docteur Jean Tremsal, mon père. Le reste de la famille encore en Tunisie, devait le rejoindre quelques mois après. De cette ingrate et inoubliable Tunisie, je devais malgré tout, toujours en apprécier les doux souvenirs, dans mon expérience artistique parisienne… Puis je poursuivi ma route…
…C’est quelques années plus tard que mon voyage me guida au sud du Sahara, en Afrique Noire, y découvrant les traditions, les coutumes…Mon périple s’arrêta à Nianing, petit village Sérére (ethnie), de la Petite Côte Sénégalaise. Certes mon arrivée, mon implantation au Sénégal, dans cette région ne fut pas que le fruit du destin. Notre couple en crise, des péripéties hasardeuses surprenantes, me firent rencontrer un homme hors du commun, « Apo ». Cette rencontre fut décisive dans l’orientation nouvelle de ma vie. Elle fut aussi pensée, organisée et en famille. Mon épouse Mathilde et nos deux enfants Christian et Isabelle furent du voyage et de cette captivante aventure... Là, tout mon être, alors tourmenté et blessé, se mit à revivre…



*





Les Talismans.
Sorcellerie au village de Nianing, Sénégal,
Années 1980…





…Mais reprenons notre récit, au lendemain de la visite de Wabili. Dés le matin nous fûmes réveillés par des battements sourds de tambours (tam-tam) qui venaient du village de Nianing. Les amis d’Isidore nous informé que les féticheurs Casamançais, avaient commencé leur délicate enquête. « Le rôle premier du féticheur est de découvrir l’action néfaste du sorcier » J’attendis ce jour-là avec impatience l’arrivée de Wabili…
Cela faisait longtemps d’après ce que disait notre personnel, que des événements de ce genre, la présence secrète de sorciers, ne s’était produit dans la région.
Mais en réalité, quand il y avait un décès suspect, comment pouvait-on savoir s’il n’était pas d’origine maléfique et d’actes de vengeance des « morts ».

Wabili mon ami, arriva enfin au Domaine vers midi. Pour gagner du temps je prenais la jeep et en dix minutes en zigzagant entre les crevasses de la piste rouge, (terre latéritique), nous arrivions au village. Une nuée de gosses entourèrent le véhicule, à la fois curieux de voir la jeep, mais surtout Wabili et ce qu’il transportait de si précieux…Il nous fallut un certain temps pour rejoindre la maison d’Isidore, ou se pressait les villageois et d’où sortait le groupe de féticheurs en tenue d’apparats, accompagnés des joueurs de sabars et autres diembés. Wabili entra le premier dans la chambre et je fus autorisé à le suivre. Dans la cour, je remarquais cette vieille femme s’activant sur un feu de bouses de zébus séchées. En entrant dans la pièce aux fenêtres mi-fermées, déjà le féticheur était à l’œuvre, penchait sur Isidore, il priait. Puis il plaça les talismans, l’un autour du bras, l’autre autour de la taille. Faisant fonction d’anti-dote, ces gris-gris confectionnés en cuir, cousu, sont composés à l’intérieur, de documents écris en arabe, en français, d’informations sur la personne, de formules magiques et secrètes, qui ont pour but de soulager, d’aider, de guérir…
Wabili parlait à voix basse et Isidore qui semblait alors, dormir, eut un sursaut, sa poitrine se souleva et un long gémissement, une sorte de râle commença…Wabili se retourna vers moi les yeux mouillés, les épaules affaissées. La femme d’Isidore rentra et un de ses parents parla à Wabili. Nous vivions des moments terribles. Je sortais, et dehors un magnifique soleil contrastait avec la tristesse de l’événement.. Les attroupements avaient augmenté et j’attendis Wabili. Plus d’une heure passa lorsque l’on m’appela de nouveau auprès d’ Isidore, je me retrouvais à côté des proches.
Le féticheur priait toujours…. Une nouvelle fois notre « ami » ouvrit grand ses yeux, et puis ils restèrent fixes. Un grand silence suivit la longue agonie et les râles. Isidore venait d’expirer malgré tous les efforts des uns et des autres.

Les condoléances furent des instants pénibles. On nous fit comprendre aimablement, qu’il fallait que nous partions…Les gestes de remerciements étaient sincères et Wabili était bouleversé. L’on sentait le désir de tout ce village de poursuivre avec les féticheurs désignés par le Chef du village, la famille, la recherche de la vérité, c’est-à-dire, à savoir de découvrir les responsables de la mort, très suspecte d’Isidore.

*


« Depuis que j’ai commencé à relater cette partie importante de ma vie qui se situe en Afrique Noire, au Sénégal, à Nianing, de 1974 à 1991, j’ai l’impression de revivre avec émotion, clarté, ces moments qui me reviennent en mémoire avec force. J’ai voulu commencer ce livre, sorte de carnets de voyages, par cet épisode de sorcellerie, qui fut pour moi, de riches moments de découvertes, de doutes, de douleurs et de surprises ».

De retour au Domaine, il nous restait à attendre des nouvelles du village. Des enfants étaient montés dans la jeep avec nous. Wabili me quitta après avoir pris un bon café. Cet homme exceptionnel m’avait impressionné quelques années au paravent. Ma fille Isabelle poursuivait ses études à Paris et c’était l’année du bac ! Wabili arriva un soir et avec un sourire éclatant, il me dit :
–Monsieur Marc votre fille, votre fille, Isabelle à réussit à son examen !
Wabili connaissait ma fille et l’appréciait beaucoup, mais je n’avais jamais dis à Wabili qu’elle passait son bac. Cela m’avait vraiment impressionné...Aussi d’autres événements démontrèrent que cet homme posséder des pouvoirs de divination…En fin de journée, les battements de tambours se firent de plus en plus fort et puis arriva du village un homme d’un certain âge nous disant que le travail des féticheurs aller bon train, et qu’une piste concernant les « très proches » d’Isidore était suivie...

Ce Domaine appartenait à un Grec « Apo », diminutif d’Apollon, qui l’avait été acheté en 1969. Assez fataliste et très pris par ses occupations entre Dakar et son Domaine, il avait suivi de très loin cet événement. Néanmoins tous ces va et viens qui venaient perturber quelque peu la vie du Domaine, le préoccupait. J’étais un des responsables du « Domaine », qui avait pris le nom du village voisin, Nianing.
Au coté d’Apo, ce colosse, « un amoureux de la nature », j’avais pris conscience, peu à peu et avec passion, de la protection de l’environnement, de ce que on appelle « l’écologie ». Dame nature, devait prendre de plus en plus de place dans ma vie. Mes journées étaient bien remplies. Jusqu’au lendemain, il ne se passa rien de nouveau et nous sentions par le comportement des employés, une forte tension. Un groupe de jeunes arriva au Domaine et l’on me fit appeler à l’entrée. J’étais vraiment attentif en apprenant que deux personnes avaient été « désignées », à la suite du long travail d’enquête des féticheurs, comme étant responsables d’actes de sorcellerie, ayant entraîné la mort d’Isidore. Il s’agissait finalement de deux femmes, qui avaient au fil des années, entrepris d’empoisonner Isidore à petit feu, la vieille tante d’Isidore et sa propre femme, que je connaissais …Ce jour-là, devant l’effervescence qui régnait, je décidais de changer le programme des activités à la plage et côté parc. Suite à cet événement, il fallut donner quelques jours de repos aux très proches et aux amis d’Isidore. Nos touristes, eux, furent concernés, surtout les curieux, mais particulièrement ceux qui avaient bien connu « l’homme au chapeau de cow-boy ».

Mais qu’étaient devenues ces femmes de Nianing? La jeune femme d’Isidore qui était donc passé à l’acte, ainsi que sa tante, assez âgée, qui vivait auprès d’Isidore. Comment imaginez, qu’elles étaient deux véritables sorcières héréditaires ! Les sorciers, souvent de la même famille, se passent en héritage des « contrats », des meurtres à réaliser dans le secret et peuvent ne jamais être pris…Mais par des erreurs, des fautes de comportement, aussi bien dans la brousse que dans un immeuble moderne à Dakar, ils peuvent être démasquer…Au Domaine, la vie continuait et il fallait aussi que les journées se passent bien. L’après-midi, j’avais fait une balade écologique, visite à pied du parc forestier avec des vacanciers. Le soir, j’avais prévu une animation thématique « découvrir l’Afrique », basée sur des questions-réponses appropriées et un effort des participants de se vêtir en costumes traditionnels. À la boutique, on trouvait tout cela en vente ou à la location. La soirée eut un certain succès et très vite minuit arriva.
Au loin, toujours le bruit des tambours, nous rappelait les événements de Nianing…
Je me couchais, avec dans ma chambre mon fidèle vautour « Gaspard », que j’avais eu tout petit, tombé du nid, une vraie boule de duvet, et qui maintenant adulte, venait le soir me retrouvait, après une journée en totale liberté dans le parc. Nous aurons l’occasion de parler de lui…
*


Un événement se produisit cette nuit-là. Vers quatre heures du matin, un gardien me réveilla, pour me dire, le souffle couper, qu’une personne m’attendait devant mon local sono et infirmerie, (celui-ci se trouve à l’entrée du Domaine). N’ayant pas perdu de temps, je me présentais là, et quelle ne fut pas ma surprise de reconnaître la femme d’Isidore, le visage cachait sous un voile et ensanglantée. Dans l’intimité de la pièce, je découvris des plaies, des doigts cassés et un regard plein d’effroi. J’imaginais les scènes de tortures, de violences que cette femme, qui était considérée comme sorcière par les enquêteurs, avait subie ! Les soins d’urgence terminés, elle me demanda de ne rien dire à personne, car elle s’était enfuie du village…Je lui recommandais d’aller au dispensaire de M’Bour, faire des radios et des plâtres. Je lui donnais quelques antibiotiques, un peu d’argent. On appela un taxi-brousse…et demandais au gardien de ne rien dire. Je ne devais jamais plus revoir cette femme…
Dès mon réveil et pour me détendre, après un petit-déjeuner copieux, je filais au centre équestre, la balade à cheval étant prévue à sept heures, retrouver mon fidèle « hirondelle »,. Je retrouvais Marcel, le palefrenier, qui deviendra plus tard chef du centre équestre. Marcel Diouf, était originaire d’un village d’agriculteurs, à majorité Sérère (ethnie catholique), situé à quelques kilomètres de Nianing. Ce matin-là, je fis un grand tour du Domaine avant d’aller en brousse, au retour je passais par le village maudit et après avoir attaché mon cheval à un pieu, j’allais vers un attroupement près de l’arbre à palabre. Tout allait m’être dit !
--Monsieur Marc, la tante d’Isidore et sa femme ont empoisonné à petit feu Isidore, avec des poils de chèvres savamment coupés en petits brins et mis dans les repas…et d’autres actions ! Ainsi, sur plusieurs années, la dégradation progressive du foie s’était opérée, jusqu'à la fin. J’appris que le jugement de la tante était en cours. Dix heures arriva, déjà ! il était temps pour moi de rentrer. Il faut savoir que dès qu’ il y a intervention de féticheurs la police d’Etat est rarement présente. Tout ce qui touche à la sorcellerie fait peur, très peur ! Le lendemain matin, on avait trouvé la vieille femme, les membres brisés, pendue à un arbre, une espèce d’acacia. L’histoire raconte que l’arbre avait perdu toutes ses feuilles…Quant à la femme d’Isidore, elle restait introuvable…

*


Les préparatifs de l’enterrement qui devait avoir lieu ce jour-là ne furent pas longs. La tension était réelle, au point que la famille voulut que, même les féticheurs n’assistent pas aux obsèques. Un cortège de quelques personnes pris la direction du cimetière où se côtoyaient des tombes catholiques et musulmanes. Un Imam et un Prêtre étaient présents. Les circonstances de la mort voulaient que le corps soit vite mis en terre, ce qui fut fait dans un grand silence. Les « blancs » s’étaient tenus à l’écart et avaient tenté d’en savoir plus en allant palabrer avec les féticheurs. J’avoue, qu’il me tardait de rentrer au Domaine, lorsque j’aperçus Wabili qui s’était mêlé aux discussions avec les gourous. Ce fut l’occasion pour moi, d’aller saluer tout le monde. Les enfants étaient autour de nous et ils étaient les plus bavards. Wabili nous quitta et avec quelques membres du personnel, des touristes nous primes à pied le chemin du retour.

Comme nous, les féticheurs de Casamance quittaient le village, un petit car rapide les attendait sur la route. La journée fut calme.
Apo me fit appeler et je lui fis un compte-rendu des événements. Il me sembla affecter de la mort d Isidore, qu’il avait apprécié comme nous tous, pendant de longues années. Après le dîner sous la grande paillote, une soirée dansante animée par l’irremplaçable Guitou, véritable musicien, chanteur, dragueur et djidji, nous fit quelque peu oublier ce drame. J’avais découvert Guitou, un véritable pied-noir, pendant un voyage, ou il était accompagnateur et animateur. Nous avions besoin de matériel sono et avant qu’il reparte, je lui achetai deux enceintes et commandais d’autres choses. Son talent avait séduit tout le monde et après l’accord d’Apo, je lui proposais de revenir en séjour, comme animateur de certaines soirées…Cela dura des années !
Les heures à venir, s’annonçaient belles et ensoleillées. À la plage, située à cent mètres de la route, j’avais dès mon arrivée créé un centre pour la voile et la pêche qui plaisait bien aux vacanciers. Cheikh ba en était le responsable avec un adjoint Malik. Deux catamarans, hobbies 4, deux optimistes et deux voiliers genre Laser suffisaient alors. Une coque plastique de cinq mètres équipait d’un moteur de quarante chevaux, pouvait permettre une pêche palangrotte de qualité. Pendant toutes les saisons d’Octobre à Août, ces activités de bord de mer, offraient une vraie détente physique et du plaisir.

*


Ce jour-là, Cheikh ba, tenait à me parler et il me confia son inquiétude, que Malik, le deuxième marin, s’absentait très souvent…Aujourd’hui disparu, je vais vous raconter ce qui lui arriva et où là aussi, au sein d’une famille, certains pouvoirs, certains gris-gris, jouèrent un rôle. Malik était de Nianing, un vrai athlète, vivant avec sa famille et avec ses frères. Je m’empressais d’aller au village où je rencontrais l’un d’eux, qui m’annonça sans égard, que Malik avait disparu le matin même et que je ne devais pas intervenir…Deux à trois jours passèrent et j’allais à M’Bour voir le commandant de gendarmerie, que je connaissais bien, pour lui dire mon inquiétude et voir ce qu’il pouvait faire. Plus de trois semaines passèrent et le bruit couru que Malik avait été trouvé à moitié nu, dans une décharge d’ordure, complètement hagard et dans un triste état. Ramené chez lui, il était paraît-il, au plus mal. Sans perdre un instant et avec notre médecin, nous partions pour le village. Notre arrivée ne sembla pas plaire à ses frères, réunis chez Malik, qui nous firent comprendre que c’était une affaire de famille. Je pus aller à son chevet quelques instants, avec le médecin et on ne pu ni l’examiner ni le soigner…
En réalité, d’après les dires… Malik s’était approprié un terrain appartenant à la famille, sans autorisation. Il fut alors la victime de jeteurs de sorts et d’actions maléfiques. Il rentra en dépression et s’enfuit de chez lui. Ce garçon que j’appréciais beaucoup ne se remit jamais de cette déchéance coupable et décéda quelques mois après. Cette nouvelle histoire qui concernait un de nos employés originaire de Nianing était un thème de discussion qui intéressait tout le monde. Pour ma part, la mort de Malik, un garçon que j’appréciais beaucoup, m’avait peiné. Les plus anciens racontaient qu’ils avaient connu de tout temps, à Nianing, les arbres sacrés, les autels, la puissance des esprits, les sacrifices, les offrandes, la croyance sur l’action des vivants sur les morts, et des morts sur les vivants…À ce sujet, j’avais remarqué dès mon arrivée au Sénégal, que tous les hommes portaient des gris-gris, même les nouveaux-nés. Quant aux femmes, cela était moins évident, car elles les mettaient sous leurs vêtements, autour de la taille. Bien que la religion islamique, condamne ses pratiques, celles-ci perdurent. J’ai moi-même eu l’occasion d’en porter, avant la mort de Wabili Camara, à sa demande, pour être protégé du mauvais sort. D’autres religieux assez agés, appelé aussi, « Marabout » que je devais connaître tout au long de ces années m’offrirent des talismans de toutes sortes, pour me remercier de leur avoir donné des conseils, des médicaments pour leur famille, rendu des services, ou favoriser l’embauche d’un de leurs enfants.

*


Djigueul Cossé fut un de mes premiers amis au Domaine. Nous étions arrivé la même année 74 et très compétent, avec beaucoup de relations, il devint directeur financier assez rapidement. Il venait d’une grande chaîne hôtelière de Dakar. Apo par la suite, aimait à le présenter aux autorités Sénégalaises, comme,
--Mesdames, messieurs, voici, « Monsieur le Directeur »…
Et Cossé aimait bien se prêter à cet exercice !

«A la tête du Domaine, dés son origine en 1969, il y avait Apo et… par la suite, Armande qui devait devenir plus tard son épouse et à la disparition d’Apo, la propriétaire du Domaine. Ma première fonction, dés mon arrivée en juillet 74, fut de poursuivre la publicité du Domaine, commençait à Paris, et de mettre en place, tout le secteur des sports, des loisirs et de l’animation…Le temps viendra de vous parler des uns et des autres »…

J’ai voulu vous parler aussi de mon ami Cossé, car je fus témoin d’un événement qui touchait, là aussi, aux maléfices. Nous étions entrains de déjeuner, au restaurant du personnel, face aux cuisines, lorsque Cossé eut un malaise digestif sérieux, et m’attrapant au bras, il me dit :
--Marc, Marc, j’ai été touché, on me veut du mal…
…Et il regardait tout autour de lui, complètement affolé. J’essayais de le rassurer, de le calmer, et puis il fixa les cuisines, il se leva et bondit dans une pièce. Quelques minutes après, dans un bruit de voix, il en ressortait tenant au col un employé, qui nous prenant à témoin, nous dit en criant,
--Ce n’est pas moi, ce n’est pas moi !
Cossé le lâcha et il m’appela, me disant :
--Marc, Marc, tu es témoin ! Il a voulu m’empoisonner ! Il me veut du mal, je le sais…
Je file à Dakar voir mon Marabout (Sage religieux, aussi devin et féticheur)… Il fallait qu’il achète un poulet pour le sacrifice, un cadenas, et qu’il revienne avec de nouveaux talismans, qui feraient office d’antidote…

*



« Je vais clore cet épisode sur la sorcellerie, et nous reviendrons plus tard, sur ce sujet, si présent dans la vie et les traditions des peuples d’Afrique Noire, malgré les deux grandes religions pratiquées. ( l’ Islam et le Christianisme). Le paganisme, le vaudou, bien que condamnés par ces religions, surtout l’Islam, perdurent encore, sur tout le continent noir et de par le monde. Le Christianisme, et les églises évangélistes de tout bord, sont plus tolérants, avec les animistes. Haïti, en est un exemple vivant.
Le long récit qui va suivre, est ma propre histoire, ou la chronologie des événements va nous permettre de découvrir, avec certes, quelques retours en arrière, une partie de mon parcours, dominé largement par l’épopée Sénégalaise, et à Nianing. Celle-ci, m’a profondément marqué. Les êtres, les personnes que nous rencontrerons ou que nous connaissons déjà, ont fait partie intégrante de ce que l’on pourrait appeler :
« l’existence de plusieurs vies ».




*


Dernière édition par tremsal le Sam 20 Aoû - 15:14, édité 13 fois (Raison : Bon document)

tremsal
MacadAdo
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concerne pages corrigées,Pour l'équipe

Message  tremsal le Jeu 23 Sep - 14:34

Pour l'équipe, j'ai fais les corrections que vous m'aviez demandés, Page 1° merci salutations marc tremsal

tremsal
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