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Aux matins croisés Lady Jane était nue

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Aux matins croisés Lady Jane était nue

Message  LCbeat le Jeu 23 Sep - 20:04



J'ai croisé Lady Jane dans la rue
aux matins croisés Lady Jane était nue

je lui ai dit, à chacun sa veuve
à chacun ses singes du passé
elle a rit, je crois, Lady Jane
t'es un drôle d'homme, qu'elle m'a répondu
j'ai rougi et je me suis déshabillé

elle veut toujours en savoir plus
même si ça déborde, si ça s'emmêle
alors je lui ai dit que j'aimais me souvenir
de ce que je sais déjà perdu
que rien ne m'effraie plus que l'oubli
j'écoute des vieilles chansons ringardes
sur les stations ringardes

J'ai croisé Lady Jane dans la rue
aux matins croisés Lady Jane était nue

elle est confortable Lady Jane
comme une chambre rangée par sa mère
la couette qui ne dépasse pas du lit
comme des jouets qu'on ne sort plus
parce qu'on croit n'avoir plus l'âge
et puis, elle tire les rideaux, Lady Jane
elle sait que je n'ai pas peur du noir

c'est une rue, puis un chemin, puis un champ
je sors de mon sac une théière et des feuilles de thé
on fait un tas de brindilles, c'est la nuit
c'est pleine lune, c'est comme un vendredi soir
le soir des vacances
on est deux indiens perchés sur nos embellies
quand elle penche sa tête à droite
la lune l'évite et me transperce
on est des apaches avec des paquets de signes
gravés sur la poitrine

elle me swingue la nuit des confidences
on écoute un peu de jazz, doucement
on laisse le temps nous effacer peu à peu
nus et enroulés de peaux de bêtes
mais ce ne sont que nos manteaux trop grands
elle me raconte sa mère magicienne
et son père mort trop tôt
je lui demande dans le détail
les tours de magie et l'absence du père

J'ai croisé Lady Jane dans la rue
aux matins croisés Lady Jane était nue

avec un bâton dans les cendres
on fait un concours de dessins
j'ai pas de talent pour ça
les dessins de Lady Jane
sont des tours de passe-passe
des règles du jeu, de cartes éparpillées
je lui dis, Lady Jane je voudrais
jouer toute la nuit avec toi

le visage de Lady Jane
c'est la plus belle des tapisserie
un mélange de peur et de désirs incroyables
elle me dit le corps, les courbes et les plis
je cherche sur sa peau la définition
de tous les mots que je ne comprends pas
le corps de Lady Jane est une jungle convulsive
un chaos de beauté et de rires enfouis
je voudrais lui dire que je l'aime
mais on est nus, courbés comme les flammes du braséro

J'ai croisé Lady Jane dans la rue
aux matins croisés Lady Jane était nue

alors il y a le matin des aubes pénombre
vagues comme le sang qui tend à s'écouler
dans l'inverse du temps
Lady Jane dans la sépulcrale de l'aube
c'est les années 30 du jazz d'Amérique
un condensé d'ombres et de mirages
de ces envies dont on perce à jour
les voluptés de la désobéissance

je suis sans mémoire, murmure-t-elle
dans ses derniers mots, je lui dis
raconte-moi les mots, raconte-moi la poésie
elle me répond, tu sais petit homme
les mots c'est rien de plus
qu'un corps s'ébattant dans le flot du vent
dans le fluide de l'espace, la poésie c'est le cosmos
auquel on ne comprend pas grand chose
ses paroles rebondissent entre ses seins
et le vent nous avale dans sa bouche
d'azalées d'Inde et du Japon

J'ai croisé Lady Jane dans la rue
aux matins croisés Lady Jane était nue


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Re: Aux matins croisés Lady Jane était nue

Message  Nilo le Ven 24 Sep - 18:18

Un LC inattendu et tellement LC à la fois.
Ce LC du Jazz que j'aime retrouver et celui qui m'étonne avec ses éclairs de tendresse cachés derrière les cendres comme s'il voulait nous les cacher pour qu'on s'attarde à mieux les découvrir.

Nilo, chercheur qui trouve.

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Message  léo le Ven 24 Sep - 21:17

J'adore !
La poésie c'est le cosmos auquel on ne comprend pas grand chose

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