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Journal de Zette : les carottes sont cuites,
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Journal de Zette : les carottes sont cuites,
Hello mes feuilles de vigne,
Je ne sais pas par quel bout de gras commencer à planter les dents du stylo. Il y en a tellement !
Tu sais que je suis partie en exil à la campagne chez des cousins cousus de fumier et de tics. Sur ordre de maman qui ne sait plus par quel côté m’attraper. « Donnez-lui le sens des réalités Seigneur, je vous en supplie, je n’en peux plus ! » La sérénade au « clair de prune », je la connais tellement par cœur qu’elle finit par tapisser ma mémoire à trous.
Donc les cousins, la famille Ernest, se dévoue et m’accueille à gueule ouverte pour les vacances de la Toussaint.
Dans la famille je « crève l’abcès » le père : Thomas Ernest, vieux comme un litre de rouge labellisé, rouge comme ma tirelire quand elle est vide, tellement raide dans les principes qu’il n’aura jamais besoin de canne pour marcher droit. A la première minute, il me toise de ses gros yeux « exorbitifs », annonce la couleur du séjour : « Toi ma petite, va falloir que tu files droit, pas question de nous faire chier comme tu le fais avec ta mère trop faible, ici, c’est moi le patron ! ».
Purée.
De pois cassés.
Un brouillard épais me tombe sur la perspective bluette de jours à glander en Haute Provence. En plus, j’apprends que mes petits cousins ne viendront pas, ils sont en séjour « lingustique » en Croatie. Je vais donc rester seule avec le vieux et sa vieille.
La cousine, sa femme légitime depuis des lampadaires : Paule Ernest, pleine de poussière dans les yeux, aussi grande que le « patron », aussi éteinte qu’un poêle au mazout sans carburant, se tient à ses côtés en robe d’ennui.
Elle me dévisage d’un air entendu qui semble confirmer les dires de maman « Une petite salopiote sans personnalité, bien trop grasse pour son âge, moche et sale qu’il va falloir recadrer dard dard » .
Le « patron » m’annonce qu’il est hors de question de paresser au lit, debout à huit heures, je viendrai l’aider à surveiller les oliviers, ramasser les dernières salades, biner la planche sous le chêne et porter le bois pour la cheminée.
Les douze travaux de Zette, à côté Hercule c’est du RTT à tous les étages.
La Paule opine, yeux mi-clos de chat gourmand.
Ses cheveux trempent dans le contre-jour et me collent un cafard immonde.
J’ai envie de pleurer une tonne de mélasse. Je me retiens. Je n’ai pas de mouchoir paravent.
Je ne peux même pas supplier maman de me reprendre en jurant sur ma tête que « promis, promis, je serai sage et obéissante », elle est partie en croisière.
Le premier jour je file dans les planches derrière le « patron » qui m’explique que la « terre, elle ne ment pas », merde alors !
Pourquoi sens-je que je m’enfonce dans la gadoue ?
Huit de jours de campagne humide et rousse y’a de quoi flanquer les rêves par terre et leur marcher dessus.
Je n’aime pas les buissons anémiques, les fleurs fanées au bord des chemins caillouteux sur lesquels tu te tords les chaussettes à chaque avancée, encore moins les pins moites, les oliviers sans paix et tout le cirque de la nature « bonne et généreuse » z’œil.
Ce ne sont ni les sangliers ni les perdrix qui me diront le contraire.
Encore moins les champignons que je dois trier tous les soirs.
D’une manière générale, je n’aime pas les voyages forcés en terre hostile. Les Ernest ne me connaissent pas, ils me regardent à travers le « kaléidoscope » de maman qui manque singulièrement de couleurs. Tout est gris ou noir. Je suis dans la tranche noire. Point. Là-dessus, ils ne reviendront pas sur leur impression.
On ne s’aime pas.
Je les trouve ploucs, ils me jugent idiote et mal élevée. J’entends leurs voix basses tricoter les images : « voilà les résultats d’une éducation relâchée, aucune autorité de nos jours, z’ont tout ce qu’ils veulent, abrutis par la télévision, connaissent rien à la nature, analphabètes de la tête, heureusement que les nôtres sont différents » et de patate en pati, de patati en patatrac on fait le tour des sentiments sans rien rencontrer.
J’entre dans l’hiver des plus vieux.
Ils passent loin du printemps.
Encore sept jours à tenir à tenir dans cette cambrousse épinée.
Pour la première fois de ma scolarité, j’ai hâte que la rentrée me reprenne dans son tablier tâché d’encre asséchée pour me momifier.

Ratoune- MacadAccro

- Messages: 1618
Date d'inscription: 01/09/2009
Re: Journal de Zette : les carottes sont cuites,
Ah que c'est savoureux Zette !
Et que de belles expressions.
Nilo, encore.
Et que de belles expressions.
Nilo, encore.
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... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Journal de Zette : les carottes sont cuites,
J(ai adoré ce passage tellement les images sont justes et recherchées:
"Dans la famille je « crève l’abcès » le père : Thomas Ernest, vieux comme un litre de rouge labellisé, rouge comme ma tirelire quand elle est vide, tellement raide dans les principes qu’il n’aura jamais besoin de canne pour marcher droit. A la première minute, il me toise de ses gros yeux « exorbitifs », annonce la couleur du séjour : « Toi ma petite, va falloir que tu files droit, pas question de nous faire chier comme tu le fais avec ta mère trop faible, ici, c’est moi le patron ! »."
L'ensemble m'a fortement fait penser au film
"Le grand chemin" avec Richard Bohringer et Anémone
Ha Zette, si tu n'existais pas, je t'inventerai
Vive la campagne !!!
Sylvie
"Dans la famille je « crève l’abcès » le père : Thomas Ernest, vieux comme un litre de rouge labellisé, rouge comme ma tirelire quand elle est vide, tellement raide dans les principes qu’il n’aura jamais besoin de canne pour marcher droit. A la première minute, il me toise de ses gros yeux « exorbitifs », annonce la couleur du séjour : « Toi ma petite, va falloir que tu files droit, pas question de nous faire chier comme tu le fais avec ta mère trop faible, ici, c’est moi le patron ! »."
L'ensemble m'a fortement fait penser au film
"Le grand chemin" avec Richard Bohringer et Anémone
Ha Zette, si tu n'existais pas, je t'inventerai
Vive la campagne !!!
Sylvie
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Sylvie
J'aime vraiment faire tourner les aiguilles des horloges à l'envers
Re: Journal de Zette : les carottes sont cuites,
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LaLou
Re: Journal de Zette : les carottes sont cuites,
Oh putain Zette.
Si j'm'étais pas promis de jamais être amoureux j'suis sûr que ça aurait été de toi.
Heureusement qu'y a ici des jeunes qui savent écrire. Ca change des ailleurs où y font que pleurnicher.
Dédé.
Si j'm'étais pas promis de jamais être amoureux j'suis sûr que ça aurait été de toi.
Heureusement qu'y a ici des jeunes qui savent écrire. Ca change des ailleurs où y font que pleurnicher.
Dédé.
_________________
Ciao les gonzesses, c'était Dédé.

Dédé- MacaDédé

- Messages: 1885
Date d'inscription: 04/09/2009
Re: Journal de Zette : les carottes sont cuites,
des moments vécus aussi... le p'tit gars qui est dégoûté par la peau du lait, qui fait son délicat quand y a une mouche dans le potage et qui f'rait mieux de savoir pousser une brouette correctement plutôt que de perdre du temps à jouer et à lire...
mais dard dard ? c'est volontaire ?
mais dard dard ? c'est volontaire ?
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"Chaque pensée devrait rappeler la ruine d'un sourire." Cioran.
Re: Journal de Zette : les carottes sont cuites,
pour les amis de la plumeVi " dard dard " c'est piqué exprès !

Une paille spéciale pour l'ours.

Ratoune- MacadAccro

- Messages: 1618
Date d'inscription: 01/09/2009
Re: Journal de Zette : les carottes sont cuites,
Ah ces carottes-là j'en voudrais tous les jours dans mon potage ! Je ne pourrais même pas choisir une rondelle à citer :
"Tout est bon chez elle, y a rien à jeter"
Merci Zette !
"Tout est bon chez elle, y a rien à jeter"
Merci Zette !

Arielle- MacaDeb

- Messages: 35
Date d'inscription: 07/11/2010
Localisation: Brocéliande
Re: Journal de Zette : les carottes sont cuites,
J'ai fait le vœu de mettre mon aumône dans la sébile de tous les mendiants que je trouverai sous toutes les portes cochères qui mènent au Petit Etablissement de Crédit que je viens d'ouvrir au profit de ceux qu'en ont pas besoin. En particulier à la Sixième liste que j'vous ai filée.
Juste histoire de pas avoir bossé pour rien à les chercher pasque si j'compte que sur vous j'crains qu'y en ait qu'entendent pas le son de votre obole tombant dans leur coupelle.
Charité bien ordonnée...
Dédé.
Juste histoire de pas avoir bossé pour rien à les chercher pasque si j'compte que sur vous j'crains qu'y en ait qu'entendent pas le son de votre obole tombant dans leur coupelle.
Charité bien ordonnée...
Dédé.
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Ciao les gonzesses, c'était Dédé.

Dédé- MacaDédé

- Messages: 1885
Date d'inscription: 04/09/2009
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