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carnets avril 2010
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16112010
carnets avril 2010
Carnet 2
Jeudi 1 avril 2010
Terrain de Julie, accoudé à l’étang de Salses. J’ai vécu des moments merveilleux ici. Je pensais les trouver a cette heure ci (il est environ 19.30), le ciel est dégagé, paisible dans ma tête. Dans ce monde Bubu est mort, absent, mort. J’ai rêvé de lui la nuit dernière. Un silence émietté par le vent, un souffle tout au plus.
Vendredi 2 avril 2010
Le rêve est vécu. Dieu a faim de nos nuits avec corps, salive et le reste idiot.
Studio de Greg après quelques bières. Des pas assez rapides au bout de la rue.
Le jour, forcer le jour !
Misère de l’évangile !
Samedi 3 avril 2010
Ciel blanc, œil cyclopéen du soleil sous ma paupière. J’ai rêvé de conflits, de sourires.
Soirée avec François hier soir puis au studio avec Greg. Je ne sais pas trop ou je serais ce soir. J’ai envie de me poser chez moi à Perpignan.
Chez Blaise, il travaille sur une suite de visage. Terme assez énigmatique quant on le relie à la notion d’identité, à la personne.
Ensuite le ciel est blanc, encore !
Première phrase du « tropique du cancer » : « nous vivons villa Borghèse et nous vivons mort ». Un peu cette sensation de l’usure lente du corps, imperceptible et un jour le visage, les visages se ressemblent quand la fin les dépouille de l’identité, de la personne. Reste t il la un visage vrai ? Le visage dont l’expression est la dynamique.
Pierre est en Espagne avec sa copine. François aussi avec Marianne sont partis acheter des clopes.
Les hommes souvent sont piégés par la vie et la vie ce sont les femmes qui la donnent, la reprennent et parfois vous y enferment.
Ce silence devant l’œuvre d’art plutôt que le partage. L’œuvre est en pâture aux mâchoires du gout.
La fatigue éduque au rien, au vacant de l’existence, de la pensée. L’organe se répercute sur une éthique.
Un geste de tension pulmonaire
La haine invente du silence
Une frontière s’abolit par le meurtre !
Idiot, idiot à mourir de soif !
Vestiges et symétrie.
Mardi 6 avril 2010
O la rage, l’envie de tuer, de tuer la mère, l’enfant, d’écraser un monde.
Place de la république dans l’attente d’un plan cul. J’ai envie de tuer, moi ? Un autre ?! Quelle importance. Je mets les pieds dans un monde aléatoire et le désir, les personnes y sont aléatoires.
Ma mort, cela n’est rien. A nouveau, autre chose : le néant bien entendu.
Je vois bien que les gens se tiennent, se contrôlent dans leurs douleurs et leurs souffrances. Ils affrontent, avalent.
J’ai pris mon traitement. Ho simplement une « rage de dents ». Il me faudrait lever les épaules et quitter cette place.
Aude m’a quitté hier. La liberté, pourquoi faire ?
Mercredi 7 avril 2010
Hier soir chez Jennifer. son fils va apparemment mieux. Nous avons beaucoup discuté tout en buvant quelques bières. En fait un besoin de parler de ma rupture.
Levé 4h du matin, j’émerge a peine après une douche. Nous devrions terminer la maquette ce matin.
Un temps gris mais agréable sur Perpignan. Je rentre sur st Hippo par le premier bus.
En attendant le bus, je note : que les hommes ai été des enfants m’étonnes toujours.
Jeudi 8 avril 2010
Une tension sexuelle dont je sors a peine.
Gorillaz : « demon days ».
« Les scizos miment la vie » me disait une amie lesbienne. Elle mourra elle aussi et petit a petit bien sur, souhaitons lui.
Je prends une distance supplémentaire face à la vie. Je regarde les autres en marchant comme des ombres et mon orgueil les couvre de faiblesses, de tares, de tous les loisirs de la bêtise.
Un cauchemar terrible la nuit dernière.
« D’un amour maternel, elles finissent par s’amputer du cœur et du con »
Vendredi 9 avril 2010
Téléphoner a Yves en fin d’après-midi
Téléphoner a Sandra ce matin
La journée commence. Je balbutie ma vie dans le jour.
Encore des sourires naïfs croisés dans la rue. Mais cela dit sans ironie ni cynisme. C’était des sourires bruns, méditerranéens.
On va détruire le regard « brick by brick »
Et la beauté n’y résistera pas !
Il respire dans l’assurance des quotidiens
La révérence du suicidé comme fantasme.
Je ne reconnais plus personne ici…sur les marches du théâtre.
J’ai épuisé cette ville jusqu'à la moelle, même les souvenirs en sont devenus vieux.
L’uba et sa population de lesbienne…qui s’éclaboussent avec et dans la cruauté.
Les bars bourgeois du centre-ville désossés dans leurs bavardages.
On a envie de choisir une personne, une cible et pulvériser son corps, son imaginaire…jusqu'à la honte.
Les délires vous poussent au Christ !
Dans la mémoire, « des mots, des mots, des mots »
Seulement un rêve liquide à fouiller.
Fumer une cigarette devant sa jouissance.
Je suis prisonnier de la chair, j’en ai honte.
Redevenir un avant
Indéterminé
Un enfant d’avant
Et même une époque.
Un moment tranquille. La lumière me sourit danse à travers les fentes du store. La crise d’euphorie a atteint son climax vers 13h, j’étais dehors a m’en repaitre comme d’une rage.
Puis
Posé là
Calme voire vide. Ces montées m’épuisent.
Manon va peut-être passer ce soir vers 20h.
Place de la république…encore. Le « républic café », un café médiocre et bien fringué. Je me sens mal à l’aise aux milieux de tous ces bavardages de fin de semaine. Une grosse dame sort du bar, passe devant un ersatz de DJ. Mis a part quelques couples dans leurs bulles, le reste n’est qu’un affichage du dérisoire.
Samedi 10 avril 2010
Manon est partie alors que je dormais. Le plaisir, le sommeil, la solitude confortable des 4h du matin après les débauches.
J’ai peu bu hier soir mais beaucoup fumé d’herbes, ce matin aussi.
Moment éthéré de la conscience presque naufragée.
Vague a vague, une onde de choc souple.
Rencontre avec Yves hier en fin d’après-midi. Il n’a aucun intérêt pour moi, un bavard, rien d’autre.
Nous partons avec Manon en Espagne pour l’après-midi. Le soleil tombe sur Perpignan aujourd’hui.
Comment retrouvez une insouciance ?
Libre ?
Cette journée pour l’instant est en un seul bloc, clos, ensoleillée.
Le visage tacheté de rouge. L’impression du paysage au dessus du sein, comme une prairie inondée par un flot de sang. Le mont de venus rebondi et son sexe, cœur irradiant et liquide.
Le monde est tout entier devenu ton image, en jouissance.
Le visage retombé dans le sommeil maintenant. Le double cœur de la poitrine. Le cul qui vous avale entier.
Le règne tranquille dans mes guerres intestines.
Mon esprit est sans cesse un autre, il est mangé par le monde. Je sais que mon bonheur et ma « rage » ne sont pas compatibles.
Je regarde son cul
Son cul
Le monde !
Mercredi 14 avril 2010
La ville bruyante comme la vie, là, dans mon crâne et au-dehors (y a-t-il un au-dehors ?)
Et l’esprit ronge lentement et accélère parfois, avale des part entière de la psyché. Souvenirs du confort, de l’agréable vie, de la profondeur vertueuse, raisonnable de ma vie avec Aude.
Maintenant, à quelques endroits de la journée, la solitude se touche du doigt comme une femme et se caresse dans une agitation frénétique qui vous mange les yeux !
Un dessin, le seul dessin de Paul représente une femme aux yeux clos, les jambes écartés et un sexe d’homme
Une musique veillotte de Jarre.
Plus on plonge dans la chair plus on s’y devine plus son empire s’étend jusqu’au cœur. Je voudrais devenir le million de bavardage dans ce monde ce soir et devenir aussi les embrassades stériles et la laideur solitaire.
Je vais rentrer chez mes parents pour la soirée, peut-être y aller cet après-midi.
Les cheveux ébouriffés de Manon. Elle ne jouit pas avec moi ou rarement. Je veux simplement jouir sur elle, la souiller.
Après cela m’éteindre, dormir sans un rêve.
-« je méprise mon mari »
-« on en prend l’habitude »
La trahison s’enracine.
Une photo d’Aude sur face book. La profondeur et quelque chose de triste, surtout une force que je ne posséderais jamais. On y sent une capacité d’aimer immense.
Claude me radote ses plaies au téléphone, sur MSN. La seule chose qu’il ne dit pas c’est son besoin d’amour et la mort qui s’avance vers lui, vers nous.
Les hommes avec qui je couche ne devraient avoir aucun visage, des amants sans yeux. Une brume sur leurs visages.
Discussion avec Jean-Paul sur gay vox.
Jeudi 15 avril 2010
J’ai finalement demandé a Manon de passer hier soir et très vite l’ennui a germé dans ma tête. Un comportement erratique, cacophonique. J’ai parlé, parlé comme on s’écorche, s’arrache des plaies pour saigner.
Je pensais au regard de Aude, a la profondeur, la clairvoyance de ce regard et ce regard ne sous-entend plus, ne pleure plus. Notre vie, là dans cette soirée avec Manon terminait une histoire. Je suis devenu un autre, un autre lâché dans l’existence, détaché de la sienne. Une violente ivresse me montait aux yeux.
Malgré le store cassé chez moi, j’ai laissé la fenêtre ouverte pour laisser passer un peu de lumière et le bruit du chantier, le bruit tout simplement, chair, métal, sueur !
Jean-Paul, artiste peintre. Le soleil musical des années 60/70. Une réflexion assez poussé sur sa vie, une résurrection après l’alcool.
Après une sieste, l’achat de livres. J’ai pris le bus pour st Hippo.
Soirée chez mes parents. Après des déconnections récurrentes, je me suis dis que passer cette soirée ailleurs que sur le net serait une bonne chose. Lecture de Tocqueville, d’une biographie de Schelling, écoute d’albums des Beatles et de cypress hill.
Vendredi 16 avril 2010
Prise de lexomil pour m’endormir et malgré cela un réveil à 4h du matin. Je regarde rapidement cette chambre, je tente de m’occuper et cela sans enthousiasme. Ma vie me tombe des mains.
Les poches au-dessous des yeux de Jean-Paul marquant la charge féroce de l’alcool. Le dernier, le seul stigmate apparent de ses années en enfer.
La fin de nuit passée sur le canapé du salon, la matinée a rangé ma chambre au second où j’ai sortis cinq sacs d’ordures. Maintenant à voir cela, a être assez confortablement installé je n’ai pas envie de rentrer sur Perpignan ce soir. Le regard heureux de mon père et le calme relatif de ma mère (un calme sous les inquiétudes qui la mine quotidiennement). Ces regards, cette tranquillité plus qu’apparent m’engageraient à passer quelques jours ici.
Arrivé à Perpignan en fin de journée. Prise d’un quart de Lexomil. Jean-Paul n’a pas disparu comme l’on fait tant d’amants qui avaient promis un retour.
Petit coup de téléphone a mon dealer pour une barrette. Je devrais l’avoir au plus tard demain après-midi ou même ce soir si tout se passe bien. Jean-Claude et moi devrions nous voir demain.
Le vacarme des voitures s’atténuent sur la voie rapide et le rap insipide de mon voisin diminue jusqu'à disparaitre. J’ai ramené chez moi une valise pleine de livres.
J’écoute le tic-tac du réveil dans son étui. L’obscurité ronge tranquillement les dernières pâleurs du jour.
Ma peur de la mort n’existe que lorsque je tiens au monde, à quelque chose dans ce monde. La honte et la colère de me savoir mourir un jour ne tient qu’au fait de savoir des yeux amis se poser un jour sur ma dépouille. J’ai envie, la, comme un sursaut nerveux de ne plus voir personne. J’écris cela en début de weekend. Comme j’aimerais que celui-ci soit ensoleillé mais la grisaille semble s’installer. Finalement je m’y confondrai.
Je dois des sommes d’argent assez importantes mais lorsque je vais voir ma curatrice, je me sens réduis à l’état d’un handicapé, d’un quémandeur pitoyable et rampant. Il me vient alors une rage désordonné.
Samedi 17 avril 2010
Je n’ai dormis que 2 ou 3h comme si en dormant mon organisme forçait le réveil. Ensuite malgré une somnolence qui s’étire jusqu’au matin je cherche un enthousiasme, une dynamique…
Je suis allé passer l’après-midi chez Jean-Paul dans les environs de Perpignan. Une grande terrasse qui se noie sous la lumière. Après quelques joints d’herbes et sur de la musique seventies nous avons fais l’amour.
Il me parle de ses anciens, de ses « plusieurs ».
Il se passionne pour la musique africaine et bien entendu pour le blues. Au dehors de ces musiques selon lui aujourd’hui flotte quelque chose de plus noir. Lui-même flotte dans la nostalgie et invective notre époque avec rage. Je ne lui donne pas vraiment tort moi qui suis en admiration devant la chute de l’homme et la culture sublime d’agonie qui l’accompagne.
Je viens de me réveiller d’une courte sieste chez lui, l’endroit y est engageant, propice au repos.
Pour avoir mal ou du moins pour rompre un bonheur, le transformer brutalement en un appétit satisfait, je me rappelle le visage et le corps de Aude et je sais que je suis exclu de ce regard et de toute sa vie. Je note cette lumière de fin d’après-midi en attendant le bus pour rentrer chez moi.
Soleil homogène auquel chacun a part.
Dimanche 18 avril 2010
Après avoir dormis 3h je me suis réveillé. Une radio sur le net diffusait du classique. Je suis dénué de sexe a cette heure ci. Il va être bientôt 6h. il y a quelques années, mon esprit vacillait a ces heures ci. Le sommeil me reprend un peu. Un bruit de talon passe dans le couloir. J’attends avec impatience la faible lueur qui annonce le matin pour me recoucher.
Midi, l’absence de travail sur le chantier. Des personnes, surtout des jeunes repeuplent a droite et a gauche, par fragment l’espace devant chez moi. On est là, presque à entendre des murmures, des intimités sortant des fenêtres ouvertes.
Rentré de la gare chercher des clopes. Comme en 98, cet avenue m’apparait au devant d’un été.
Une fin d’après-midi douloureuse. Quelle heure est-il ?
J’ai trainé dans le hall et sur les quais. Des problèmes de trafics accumulent les voyageurs prenant patience.
Je les regarde
Avoir à renier la vie ?!
Ses racines ?
Libre de ronger ma liberté jusqu'à l’os.
Lundi 19 avril 2010
Alex dans la nuit du cœur. Il avait du en prendre plein le cul pour arrivé, exilé ici, dans cette solitude.
Aude et moi avons discuté hier. Triste mais sans colère
J’ai eu envie d’elle
J’ai encore envie d’elle.
Je me suis roulé un joint en fin de nuit. Ecoute de Coltrane, Monk, Mingus
Je lui ai imaginé un amant ce weekend. Je pourrais rentrer ce matin chez mes parents pour digérer mes « retrouvailles » avec Aude. Je ne souffre pas. Je ne pense qu’a moi
Le jour
Enfin le jour !
Alex se levait avec une dent en moins
Une voiture en moins
Amputé du cœur !
Je fume depuis vendredi soir. Je n’ai pris que 20 euros, pas grand-chose mais cela me dure assez longtemps. « Tu as bonne mine me dit mon dealer ». Je ne pense pas prendre le premier bus pour rentrer ce matin ni les suivants d’ailleurs.
J’ai téléphoné a Jean-Paul. J’avais envie de passer la journée et la nuit chez lui. De m’y lever avant le jour.
Deux joints plus tard. Une pétasse est sortie de l’ascenseur au rez-de-chaussée. Une jeune arabe m’a sourit au 6ieme puis je passe, ferme ma porte, ferme l’autre porte. Le soleil au travers des stores. Prise du traitement.
Un soleil qui pourrait être celui d’un été. Une fille, le cul serré dans un jean. Une autre le visage en beauté et ma nostalgie estivale. Marcher sans poser de but.
Deux types, deux jeunes montent à mon étage.
Murmure dans les appartements, cela s’imagine dans mon crâne.
Je repensais à quelques amants qui sont passés, ont trainés dans mes soirées, ma vie. Ces dernières semaines : Jeff puis trois inconnus sortis et repartis nulle part. Je les ai vécus dans une seule et pauvre intimité pornographique.
Nous y sommes des acteurs, de mauvais acteurs jouant autour de minuit. Jeff par exemple était une personnalité plutôt abjecte à mes yeux. Il ne parlait qu’argent, réussites et maudit soient les perdants !
Je voulais sortir mais très vite des lieux, des souvenirs de ces lieux tel que j’y étais encore, encore. Cette ville, cette ville ridicule est rongée par mon ennui. Fin d’après-midi, je roule un joint, mes poumons m’oppressent.
Mardi 20 avril 2010
Je rentre sur st Hippo ce matin, fatigue
Sur la place du village, ils ont taillé les platanes, peu d’ombres sous ce soleil éclatant. Prise d’anxiolytiques, Aude peut bien prendre la main d’un autre, dans quelques minutes cela n’aura plus aucune importance. Passer un maximum d’heures « en dehors » de ma vie, de la vie.
Retour chez mes parents donc jusqu'à Jeudi au plus tard je pense. Je dois voir mon généraliste pour renouveler mon traitement, achat d’un peu de H aussi.
Il n’y a plus personne en moi, un long, long exil. J’imagine Aude faisant l’amour, simple image avec laquelle je peux jouer désormais, avec les anxiolytiques, nous devenons en quelque sortes flottant, abstrait a soi. La conscience altérée est une priorité ici. Je ne touche absolument pas à la posologie du Tegretol et de l’Abilify.
Je ne vais ni bien ni mal, je ne vais tout simplement.
Me concentrer sur quelques lectures, musiques et organiser mon quotidien autour de celles-ci.
Je suis sorti faire un tour dans le village, il y a des réactions agressives…
Le banc accolé au mur blanc du cimetière. Une soirée magnifique, rose et bleu.
Je m’endors comme si je m’éteignais, cela y ressemble peut-être…
Je suis assez satisfait de m’imaginer cela.
Vendredi 23 avril 2010
Rentrée chez moi à Perpignan.
Journée pluvieuse. Je suis chez Jean-Paul. Manuel a perdu son grand-père. Depuis que je suis rentré, je ne ressens que la laideur du monde, sa laideur jusqu'à la beauté.
Et cela tourne
Tourne
Jusqu'à la bêtise !
P rallume un joint d’herbe.
Dans l’esprit, une distorsion de la morale et quelques projets.
Est-ce que mon orgueil a la taille d’un ciel ? Les nerfs tendus à l’ extrême. Dormir, expurger du rêve.
Placebo : « running up that hill »
Le ciel, ce ciel est une île, un reflet de mon âme.
Arrêt de bus en fin d’après-midi. J’ai précipité mon départ de chez Jean-paul qui m’a fait gentiment comprendre que je ne pouvais pas passer la nuit chez lui, j’attends donc le bus pour le centre-ville. 5 joints de ganja dans la tête, la bouche sèche. Un père et sa fille passe devant moi, la jeune fille me parait ailleurs. J’ai passé mon Bac pas loin d’ici il y a plus de 10 ans. Il vaut mieux ne pas trop penser à ca.
Dés mon arrivée chez moi, je m’allonge et sombre dans un profond sommeil
Samedi 24 avril 2010
Réveil a 7h. Je suis sorti sur la terrasse pour admirer le ciel se remplir d’encre bleue.
La fille de Philipe est enceinte à 18 ans. Je l’ai toujours trouvé superficielle comme nombres de jeunes filles aujourd’hui mais maintenant le sérieux s’impose à elle et creuse dans son ventre. Ma sœur m’a dit qu’elle n’avait pas de boulot mais qu’elle vivait avec un type qui deal un peu de H. je trouve cela presque réjouissant, en tout cas intéressant comme début de parcours ne serai-ce que parce qu’il est aux antipodes de la morale et de la vie de son père.
Assis sur les marches devant chez Greg. J’ai frappé mais il n’y a apparemment personne. J’écoute donc les bruits qui trainent dans cette après-midi. Cascades de rires et de cris d’enfants se disputant des territoires imaginaires, les sonorités qu’entraîne le soleil à cette heure : volets que l’on ferme pour repousser la chaleur, télévision étouffée pour tranquillement flâner dans une sieste…
/
J’ai discuté avec Aude et j’ai terminé en écrivant « je t’embrasse et au diable tout le reste ! ». Malgré l’éros pornographique de Manon, mes souvenirs se tournent vers la sagesse d’Aude. Je ne peux pas vivre uniquement de la consommation de ces parties de jambes en l’air. Aude reste donc un axe dans ma vie, dans mon souvenir maintenant.
/
Les enfants continuent de faire du bruits. Ce sont les bruits de leurs bonheurs.
Place de st Hippolyte, je suis venu m’assoir pour fumer tranquillement ma clope. Deux vieux de l’autre côté de la place discutent en catalan. Je comprends plus ou moins ce qu’ils disent.
Les soirées hybrides du printemps
Plus silencieusement, un couple de vieux espagnols discutent eux aussi assis sur un banc. Un type passe devant eux et ils échangent tous trois quelques mots.
Il est 21.20 au clocher
Dimanche 25 avril 2010
Je suis toujours chez mes parents. Ma nuit, comme souvent, a été fragmenté en plusieurs morceaux. Un climax d’enthousiasme quasi délirant m’a saisi à mon premier réveil et je me suis empressé d’écrire.
Il ne reste qu’une plaie qui cicatrise. Aude avait la voix tremblante et la mienne s’emballait. Il ne reste qu’une plaie que j’entretiens. J’ai préféré que nous nous arrêtions de discuter ce soir là.
J’ai retravaillé le texte de cette nuit et je lui ai envoyé par mail cette après-midi. J’ai pas mal écris hier, aujourd’hui beaucoup de lectures aussi (Matzneff et Edmond Jabès). J’ouvre une bouteille de muscat.
J’ai discuté avec un couple d’hommes sur un site de rencontre. Mes fantasmes ressurgissent à vitesse grand V en m’imaginant faire l’amour à trois. Ils cherchent un actif et je serais plutôt partant. Je verrais bien les suites de ce dialogue dans la semaine qui vient.
Lundi 26 avril 2010
« La culture c’est la conscience privilégiée » Kertesz.
Je me suis couché assez tard hier. J’ai même pris un café vers les 1h du matin. Un ami d’un site de publication de textes venait de se connecter sur MSN et nous avons dialogué tout le début de la nuit de dimanche à lundi. Le couple homo avec qui j’avais un peu dialogué s’est lui aussi connecté en début de soirée. Celui avec lequel j’avais dialogué est chanteur et travaille le chant lyrique.
Yoann est venu me dire bonjour ce matin alors que j’étais toujours à st Hippolyte. Il est gay, le vit et l’assume bien on dirait. J’imagine la difficulté d’être homo et de vivre cette identité dans un village comme celui-ci.
Jeudi 1 avril 2010
Terrain de Julie, accoudé à l’étang de Salses. J’ai vécu des moments merveilleux ici. Je pensais les trouver a cette heure ci (il est environ 19.30), le ciel est dégagé, paisible dans ma tête. Dans ce monde Bubu est mort, absent, mort. J’ai rêvé de lui la nuit dernière. Un silence émietté par le vent, un souffle tout au plus.
Vendredi 2 avril 2010
Le rêve est vécu. Dieu a faim de nos nuits avec corps, salive et le reste idiot.
Studio de Greg après quelques bières. Des pas assez rapides au bout de la rue.
Le jour, forcer le jour !
Misère de l’évangile !
Samedi 3 avril 2010
Ciel blanc, œil cyclopéen du soleil sous ma paupière. J’ai rêvé de conflits, de sourires.
Soirée avec François hier soir puis au studio avec Greg. Je ne sais pas trop ou je serais ce soir. J’ai envie de me poser chez moi à Perpignan.
Chez Blaise, il travaille sur une suite de visage. Terme assez énigmatique quant on le relie à la notion d’identité, à la personne.
Ensuite le ciel est blanc, encore !
Première phrase du « tropique du cancer » : « nous vivons villa Borghèse et nous vivons mort ». Un peu cette sensation de l’usure lente du corps, imperceptible et un jour le visage, les visages se ressemblent quand la fin les dépouille de l’identité, de la personne. Reste t il la un visage vrai ? Le visage dont l’expression est la dynamique.
Pierre est en Espagne avec sa copine. François aussi avec Marianne sont partis acheter des clopes.
Les hommes souvent sont piégés par la vie et la vie ce sont les femmes qui la donnent, la reprennent et parfois vous y enferment.
Ce silence devant l’œuvre d’art plutôt que le partage. L’œuvre est en pâture aux mâchoires du gout.
La fatigue éduque au rien, au vacant de l’existence, de la pensée. L’organe se répercute sur une éthique.
Un geste de tension pulmonaire
La haine invente du silence
Une frontière s’abolit par le meurtre !
Idiot, idiot à mourir de soif !
Vestiges et symétrie.
Mardi 6 avril 2010
O la rage, l’envie de tuer, de tuer la mère, l’enfant, d’écraser un monde.
Place de la république dans l’attente d’un plan cul. J’ai envie de tuer, moi ? Un autre ?! Quelle importance. Je mets les pieds dans un monde aléatoire et le désir, les personnes y sont aléatoires.
Ma mort, cela n’est rien. A nouveau, autre chose : le néant bien entendu.
Je vois bien que les gens se tiennent, se contrôlent dans leurs douleurs et leurs souffrances. Ils affrontent, avalent.
J’ai pris mon traitement. Ho simplement une « rage de dents ». Il me faudrait lever les épaules et quitter cette place.
Aude m’a quitté hier. La liberté, pourquoi faire ?
Mercredi 7 avril 2010
Hier soir chez Jennifer. son fils va apparemment mieux. Nous avons beaucoup discuté tout en buvant quelques bières. En fait un besoin de parler de ma rupture.
Levé 4h du matin, j’émerge a peine après une douche. Nous devrions terminer la maquette ce matin.
Un temps gris mais agréable sur Perpignan. Je rentre sur st Hippo par le premier bus.
En attendant le bus, je note : que les hommes ai été des enfants m’étonnes toujours.
Jeudi 8 avril 2010
Une tension sexuelle dont je sors a peine.
Gorillaz : « demon days ».
« Les scizos miment la vie » me disait une amie lesbienne. Elle mourra elle aussi et petit a petit bien sur, souhaitons lui.
Je prends une distance supplémentaire face à la vie. Je regarde les autres en marchant comme des ombres et mon orgueil les couvre de faiblesses, de tares, de tous les loisirs de la bêtise.
Un cauchemar terrible la nuit dernière.
« D’un amour maternel, elles finissent par s’amputer du cœur et du con »
Vendredi 9 avril 2010
Téléphoner a Yves en fin d’après-midi
Téléphoner a Sandra ce matin
La journée commence. Je balbutie ma vie dans le jour.
Encore des sourires naïfs croisés dans la rue. Mais cela dit sans ironie ni cynisme. C’était des sourires bruns, méditerranéens.
On va détruire le regard « brick by brick »
Et la beauté n’y résistera pas !
Il respire dans l’assurance des quotidiens
La révérence du suicidé comme fantasme.
Je ne reconnais plus personne ici…sur les marches du théâtre.
J’ai épuisé cette ville jusqu'à la moelle, même les souvenirs en sont devenus vieux.
L’uba et sa population de lesbienne…qui s’éclaboussent avec et dans la cruauté.
Les bars bourgeois du centre-ville désossés dans leurs bavardages.
On a envie de choisir une personne, une cible et pulvériser son corps, son imaginaire…jusqu'à la honte.
Les délires vous poussent au Christ !
Dans la mémoire, « des mots, des mots, des mots »
Seulement un rêve liquide à fouiller.
Fumer une cigarette devant sa jouissance.
Je suis prisonnier de la chair, j’en ai honte.
Redevenir un avant
Indéterminé
Un enfant d’avant
Et même une époque.
Un moment tranquille. La lumière me sourit danse à travers les fentes du store. La crise d’euphorie a atteint son climax vers 13h, j’étais dehors a m’en repaitre comme d’une rage.
Puis
Posé là
Calme voire vide. Ces montées m’épuisent.
Manon va peut-être passer ce soir vers 20h.
Place de la république…encore. Le « républic café », un café médiocre et bien fringué. Je me sens mal à l’aise aux milieux de tous ces bavardages de fin de semaine. Une grosse dame sort du bar, passe devant un ersatz de DJ. Mis a part quelques couples dans leurs bulles, le reste n’est qu’un affichage du dérisoire.
Samedi 10 avril 2010
Manon est partie alors que je dormais. Le plaisir, le sommeil, la solitude confortable des 4h du matin après les débauches.
J’ai peu bu hier soir mais beaucoup fumé d’herbes, ce matin aussi.
Moment éthéré de la conscience presque naufragée.
Vague a vague, une onde de choc souple.
Rencontre avec Yves hier en fin d’après-midi. Il n’a aucun intérêt pour moi, un bavard, rien d’autre.
Nous partons avec Manon en Espagne pour l’après-midi. Le soleil tombe sur Perpignan aujourd’hui.
Comment retrouvez une insouciance ?
Libre ?
Cette journée pour l’instant est en un seul bloc, clos, ensoleillée.
Le visage tacheté de rouge. L’impression du paysage au dessus du sein, comme une prairie inondée par un flot de sang. Le mont de venus rebondi et son sexe, cœur irradiant et liquide.
Le monde est tout entier devenu ton image, en jouissance.
Le visage retombé dans le sommeil maintenant. Le double cœur de la poitrine. Le cul qui vous avale entier.
Le règne tranquille dans mes guerres intestines.
Mon esprit est sans cesse un autre, il est mangé par le monde. Je sais que mon bonheur et ma « rage » ne sont pas compatibles.
Je regarde son cul
Son cul
Le monde !
Mercredi 14 avril 2010
La ville bruyante comme la vie, là, dans mon crâne et au-dehors (y a-t-il un au-dehors ?)
Et l’esprit ronge lentement et accélère parfois, avale des part entière de la psyché. Souvenirs du confort, de l’agréable vie, de la profondeur vertueuse, raisonnable de ma vie avec Aude.
Maintenant, à quelques endroits de la journée, la solitude se touche du doigt comme une femme et se caresse dans une agitation frénétique qui vous mange les yeux !
Un dessin, le seul dessin de Paul représente une femme aux yeux clos, les jambes écartés et un sexe d’homme
Une musique veillotte de Jarre.
Plus on plonge dans la chair plus on s’y devine plus son empire s’étend jusqu’au cœur. Je voudrais devenir le million de bavardage dans ce monde ce soir et devenir aussi les embrassades stériles et la laideur solitaire.
Je vais rentrer chez mes parents pour la soirée, peut-être y aller cet après-midi.
Les cheveux ébouriffés de Manon. Elle ne jouit pas avec moi ou rarement. Je veux simplement jouir sur elle, la souiller.
Après cela m’éteindre, dormir sans un rêve.
-« je méprise mon mari »
-« on en prend l’habitude »
La trahison s’enracine.
Une photo d’Aude sur face book. La profondeur et quelque chose de triste, surtout une force que je ne posséderais jamais. On y sent une capacité d’aimer immense.
Claude me radote ses plaies au téléphone, sur MSN. La seule chose qu’il ne dit pas c’est son besoin d’amour et la mort qui s’avance vers lui, vers nous.
Les hommes avec qui je couche ne devraient avoir aucun visage, des amants sans yeux. Une brume sur leurs visages.
Discussion avec Jean-Paul sur gay vox.
Jeudi 15 avril 2010
J’ai finalement demandé a Manon de passer hier soir et très vite l’ennui a germé dans ma tête. Un comportement erratique, cacophonique. J’ai parlé, parlé comme on s’écorche, s’arrache des plaies pour saigner.
Je pensais au regard de Aude, a la profondeur, la clairvoyance de ce regard et ce regard ne sous-entend plus, ne pleure plus. Notre vie, là dans cette soirée avec Manon terminait une histoire. Je suis devenu un autre, un autre lâché dans l’existence, détaché de la sienne. Une violente ivresse me montait aux yeux.
Malgré le store cassé chez moi, j’ai laissé la fenêtre ouverte pour laisser passer un peu de lumière et le bruit du chantier, le bruit tout simplement, chair, métal, sueur !
Jean-Paul, artiste peintre. Le soleil musical des années 60/70. Une réflexion assez poussé sur sa vie, une résurrection après l’alcool.
Après une sieste, l’achat de livres. J’ai pris le bus pour st Hippo.
Soirée chez mes parents. Après des déconnections récurrentes, je me suis dis que passer cette soirée ailleurs que sur le net serait une bonne chose. Lecture de Tocqueville, d’une biographie de Schelling, écoute d’albums des Beatles et de cypress hill.
Vendredi 16 avril 2010
Prise de lexomil pour m’endormir et malgré cela un réveil à 4h du matin. Je regarde rapidement cette chambre, je tente de m’occuper et cela sans enthousiasme. Ma vie me tombe des mains.
Les poches au-dessous des yeux de Jean-Paul marquant la charge féroce de l’alcool. Le dernier, le seul stigmate apparent de ses années en enfer.
La fin de nuit passée sur le canapé du salon, la matinée a rangé ma chambre au second où j’ai sortis cinq sacs d’ordures. Maintenant à voir cela, a être assez confortablement installé je n’ai pas envie de rentrer sur Perpignan ce soir. Le regard heureux de mon père et le calme relatif de ma mère (un calme sous les inquiétudes qui la mine quotidiennement). Ces regards, cette tranquillité plus qu’apparent m’engageraient à passer quelques jours ici.
Arrivé à Perpignan en fin de journée. Prise d’un quart de Lexomil. Jean-Paul n’a pas disparu comme l’on fait tant d’amants qui avaient promis un retour.
Petit coup de téléphone a mon dealer pour une barrette. Je devrais l’avoir au plus tard demain après-midi ou même ce soir si tout se passe bien. Jean-Claude et moi devrions nous voir demain.
Le vacarme des voitures s’atténuent sur la voie rapide et le rap insipide de mon voisin diminue jusqu'à disparaitre. J’ai ramené chez moi une valise pleine de livres.
J’écoute le tic-tac du réveil dans son étui. L’obscurité ronge tranquillement les dernières pâleurs du jour.
Ma peur de la mort n’existe que lorsque je tiens au monde, à quelque chose dans ce monde. La honte et la colère de me savoir mourir un jour ne tient qu’au fait de savoir des yeux amis se poser un jour sur ma dépouille. J’ai envie, la, comme un sursaut nerveux de ne plus voir personne. J’écris cela en début de weekend. Comme j’aimerais que celui-ci soit ensoleillé mais la grisaille semble s’installer. Finalement je m’y confondrai.
Je dois des sommes d’argent assez importantes mais lorsque je vais voir ma curatrice, je me sens réduis à l’état d’un handicapé, d’un quémandeur pitoyable et rampant. Il me vient alors une rage désordonné.
Samedi 17 avril 2010
Je n’ai dormis que 2 ou 3h comme si en dormant mon organisme forçait le réveil. Ensuite malgré une somnolence qui s’étire jusqu’au matin je cherche un enthousiasme, une dynamique…
Je suis allé passer l’après-midi chez Jean-Paul dans les environs de Perpignan. Une grande terrasse qui se noie sous la lumière. Après quelques joints d’herbes et sur de la musique seventies nous avons fais l’amour.
Il me parle de ses anciens, de ses « plusieurs ».
Il se passionne pour la musique africaine et bien entendu pour le blues. Au dehors de ces musiques selon lui aujourd’hui flotte quelque chose de plus noir. Lui-même flotte dans la nostalgie et invective notre époque avec rage. Je ne lui donne pas vraiment tort moi qui suis en admiration devant la chute de l’homme et la culture sublime d’agonie qui l’accompagne.
Je viens de me réveiller d’une courte sieste chez lui, l’endroit y est engageant, propice au repos.
Pour avoir mal ou du moins pour rompre un bonheur, le transformer brutalement en un appétit satisfait, je me rappelle le visage et le corps de Aude et je sais que je suis exclu de ce regard et de toute sa vie. Je note cette lumière de fin d’après-midi en attendant le bus pour rentrer chez moi.
Soleil homogène auquel chacun a part.
Dimanche 18 avril 2010
Après avoir dormis 3h je me suis réveillé. Une radio sur le net diffusait du classique. Je suis dénué de sexe a cette heure ci. Il va être bientôt 6h. il y a quelques années, mon esprit vacillait a ces heures ci. Le sommeil me reprend un peu. Un bruit de talon passe dans le couloir. J’attends avec impatience la faible lueur qui annonce le matin pour me recoucher.
Midi, l’absence de travail sur le chantier. Des personnes, surtout des jeunes repeuplent a droite et a gauche, par fragment l’espace devant chez moi. On est là, presque à entendre des murmures, des intimités sortant des fenêtres ouvertes.
Rentré de la gare chercher des clopes. Comme en 98, cet avenue m’apparait au devant d’un été.
Une fin d’après-midi douloureuse. Quelle heure est-il ?
J’ai trainé dans le hall et sur les quais. Des problèmes de trafics accumulent les voyageurs prenant patience.
Je les regarde
Avoir à renier la vie ?!
Ses racines ?
Libre de ronger ma liberté jusqu'à l’os.
Lundi 19 avril 2010
Alex dans la nuit du cœur. Il avait du en prendre plein le cul pour arrivé, exilé ici, dans cette solitude.
Aude et moi avons discuté hier. Triste mais sans colère
J’ai eu envie d’elle
J’ai encore envie d’elle.
Je me suis roulé un joint en fin de nuit. Ecoute de Coltrane, Monk, Mingus
Je lui ai imaginé un amant ce weekend. Je pourrais rentrer ce matin chez mes parents pour digérer mes « retrouvailles » avec Aude. Je ne souffre pas. Je ne pense qu’a moi
Le jour
Enfin le jour !
Alex se levait avec une dent en moins
Une voiture en moins
Amputé du cœur !
Je fume depuis vendredi soir. Je n’ai pris que 20 euros, pas grand-chose mais cela me dure assez longtemps. « Tu as bonne mine me dit mon dealer ». Je ne pense pas prendre le premier bus pour rentrer ce matin ni les suivants d’ailleurs.
J’ai téléphoné a Jean-Paul. J’avais envie de passer la journée et la nuit chez lui. De m’y lever avant le jour.
Deux joints plus tard. Une pétasse est sortie de l’ascenseur au rez-de-chaussée. Une jeune arabe m’a sourit au 6ieme puis je passe, ferme ma porte, ferme l’autre porte. Le soleil au travers des stores. Prise du traitement.
Un soleil qui pourrait être celui d’un été. Une fille, le cul serré dans un jean. Une autre le visage en beauté et ma nostalgie estivale. Marcher sans poser de but.
Deux types, deux jeunes montent à mon étage.
Murmure dans les appartements, cela s’imagine dans mon crâne.
Je repensais à quelques amants qui sont passés, ont trainés dans mes soirées, ma vie. Ces dernières semaines : Jeff puis trois inconnus sortis et repartis nulle part. Je les ai vécus dans une seule et pauvre intimité pornographique.
Nous y sommes des acteurs, de mauvais acteurs jouant autour de minuit. Jeff par exemple était une personnalité plutôt abjecte à mes yeux. Il ne parlait qu’argent, réussites et maudit soient les perdants !
Je voulais sortir mais très vite des lieux, des souvenirs de ces lieux tel que j’y étais encore, encore. Cette ville, cette ville ridicule est rongée par mon ennui. Fin d’après-midi, je roule un joint, mes poumons m’oppressent.
Mardi 20 avril 2010
Je rentre sur st Hippo ce matin, fatigue
Sur la place du village, ils ont taillé les platanes, peu d’ombres sous ce soleil éclatant. Prise d’anxiolytiques, Aude peut bien prendre la main d’un autre, dans quelques minutes cela n’aura plus aucune importance. Passer un maximum d’heures « en dehors » de ma vie, de la vie.
Retour chez mes parents donc jusqu'à Jeudi au plus tard je pense. Je dois voir mon généraliste pour renouveler mon traitement, achat d’un peu de H aussi.
Il n’y a plus personne en moi, un long, long exil. J’imagine Aude faisant l’amour, simple image avec laquelle je peux jouer désormais, avec les anxiolytiques, nous devenons en quelque sortes flottant, abstrait a soi. La conscience altérée est une priorité ici. Je ne touche absolument pas à la posologie du Tegretol et de l’Abilify.
Je ne vais ni bien ni mal, je ne vais tout simplement.
Me concentrer sur quelques lectures, musiques et organiser mon quotidien autour de celles-ci.
Je suis sorti faire un tour dans le village, il y a des réactions agressives…
Le banc accolé au mur blanc du cimetière. Une soirée magnifique, rose et bleu.
Je m’endors comme si je m’éteignais, cela y ressemble peut-être…
Je suis assez satisfait de m’imaginer cela.
Vendredi 23 avril 2010
Rentrée chez moi à Perpignan.
Journée pluvieuse. Je suis chez Jean-Paul. Manuel a perdu son grand-père. Depuis que je suis rentré, je ne ressens que la laideur du monde, sa laideur jusqu'à la beauté.
Et cela tourne
Tourne
Jusqu'à la bêtise !
P rallume un joint d’herbe.
Dans l’esprit, une distorsion de la morale et quelques projets.
Est-ce que mon orgueil a la taille d’un ciel ? Les nerfs tendus à l’ extrême. Dormir, expurger du rêve.
Placebo : « running up that hill »
Le ciel, ce ciel est une île, un reflet de mon âme.
Arrêt de bus en fin d’après-midi. J’ai précipité mon départ de chez Jean-paul qui m’a fait gentiment comprendre que je ne pouvais pas passer la nuit chez lui, j’attends donc le bus pour le centre-ville. 5 joints de ganja dans la tête, la bouche sèche. Un père et sa fille passe devant moi, la jeune fille me parait ailleurs. J’ai passé mon Bac pas loin d’ici il y a plus de 10 ans. Il vaut mieux ne pas trop penser à ca.
Dés mon arrivée chez moi, je m’allonge et sombre dans un profond sommeil
Samedi 24 avril 2010
Réveil a 7h. Je suis sorti sur la terrasse pour admirer le ciel se remplir d’encre bleue.
La fille de Philipe est enceinte à 18 ans. Je l’ai toujours trouvé superficielle comme nombres de jeunes filles aujourd’hui mais maintenant le sérieux s’impose à elle et creuse dans son ventre. Ma sœur m’a dit qu’elle n’avait pas de boulot mais qu’elle vivait avec un type qui deal un peu de H. je trouve cela presque réjouissant, en tout cas intéressant comme début de parcours ne serai-ce que parce qu’il est aux antipodes de la morale et de la vie de son père.
Assis sur les marches devant chez Greg. J’ai frappé mais il n’y a apparemment personne. J’écoute donc les bruits qui trainent dans cette après-midi. Cascades de rires et de cris d’enfants se disputant des territoires imaginaires, les sonorités qu’entraîne le soleil à cette heure : volets que l’on ferme pour repousser la chaleur, télévision étouffée pour tranquillement flâner dans une sieste…
/
J’ai discuté avec Aude et j’ai terminé en écrivant « je t’embrasse et au diable tout le reste ! ». Malgré l’éros pornographique de Manon, mes souvenirs se tournent vers la sagesse d’Aude. Je ne peux pas vivre uniquement de la consommation de ces parties de jambes en l’air. Aude reste donc un axe dans ma vie, dans mon souvenir maintenant.
/
Les enfants continuent de faire du bruits. Ce sont les bruits de leurs bonheurs.
Place de st Hippolyte, je suis venu m’assoir pour fumer tranquillement ma clope. Deux vieux de l’autre côté de la place discutent en catalan. Je comprends plus ou moins ce qu’ils disent.
Les soirées hybrides du printemps
Plus silencieusement, un couple de vieux espagnols discutent eux aussi assis sur un banc. Un type passe devant eux et ils échangent tous trois quelques mots.
Il est 21.20 au clocher
Dimanche 25 avril 2010
Je suis toujours chez mes parents. Ma nuit, comme souvent, a été fragmenté en plusieurs morceaux. Un climax d’enthousiasme quasi délirant m’a saisi à mon premier réveil et je me suis empressé d’écrire.
Il ne reste qu’une plaie qui cicatrise. Aude avait la voix tremblante et la mienne s’emballait. Il ne reste qu’une plaie que j’entretiens. J’ai préféré que nous nous arrêtions de discuter ce soir là.
J’ai retravaillé le texte de cette nuit et je lui ai envoyé par mail cette après-midi. J’ai pas mal écris hier, aujourd’hui beaucoup de lectures aussi (Matzneff et Edmond Jabès). J’ouvre une bouteille de muscat.
J’ai discuté avec un couple d’hommes sur un site de rencontre. Mes fantasmes ressurgissent à vitesse grand V en m’imaginant faire l’amour à trois. Ils cherchent un actif et je serais plutôt partant. Je verrais bien les suites de ce dialogue dans la semaine qui vient.
Lundi 26 avril 2010
« La culture c’est la conscience privilégiée » Kertesz.
Je me suis couché assez tard hier. J’ai même pris un café vers les 1h du matin. Un ami d’un site de publication de textes venait de se connecter sur MSN et nous avons dialogué tout le début de la nuit de dimanche à lundi. Le couple homo avec qui j’avais un peu dialogué s’est lui aussi connecté en début de soirée. Celui avec lequel j’avais dialogué est chanteur et travaille le chant lyrique.
Yoann est venu me dire bonjour ce matin alors que j’étais toujours à st Hippolyte. Il est gay, le vit et l’assume bien on dirait. J’imagine la difficulté d’être homo et de vivre cette identité dans un village comme celui-ci.

marc- MacadAccro

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carnets avril 2010 :: Commentaires
Je déménage aussi mon com
Beaucoup d'intimité et je pense que c'est là aussi le talent d'un auteur...s'exposer et lors de cette lecture, j'ai ressenti ce balancement des moments de plaisir aux moments de douleurs et de souffrances psychiques.
Mais ta plume a aussi le côté poétique malgré tout avec des passages très forts comme:
"-Ciel blanc, œil cyclopéen du soleil sous ma paupière. J’ai rêvé de conflits, de sourires.
-Les hommes souvent sont piégés par la vie et la vie ce sont les femmes qui la donnent, la reprennent et parfois vous y enferment.
-Ce silence devant l’œuvre d’art plutôt que le partage. L’œuvre est en pâture aux mâchoires du gout.
La fatigue éduque au rien, au vacant de l’existence, de la pensée. L’organe se répercute sur une éthique.
Un geste de tension pulmonaire
La haine invente du silence
Une frontière s’abolit par le meurtre !
Idiot, idiot à mourir de soif !
Vestiges et symétrie.
-Je prends une distance supplémentaire face à la vie. Je regarde les autres en marchant comme des ombres et mon orgueil les couvre de faiblesses, de tares, de tous les loisirs de la bêtise.
-Le règne tranquille dans mes guerres intestines.
Mon esprit est sans cesse un autre, il est mangé par le monde. Je sais que mon bonheur et ma « rage » ne sont pas compatibles.
Je regarde son cul
Son cul
Le monde !
-Avoir à renier la vie ?!
Ses racines ?
Libre de ronger ma liberté jusqu'à l’os."
Sylvie
Beaucoup d'intimité et je pense que c'est là aussi le talent d'un auteur...s'exposer et lors de cette lecture, j'ai ressenti ce balancement des moments de plaisir aux moments de douleurs et de souffrances psychiques.
Mais ta plume a aussi le côté poétique malgré tout avec des passages très forts comme:
"-Ciel blanc, œil cyclopéen du soleil sous ma paupière. J’ai rêvé de conflits, de sourires.
-Les hommes souvent sont piégés par la vie et la vie ce sont les femmes qui la donnent, la reprennent et parfois vous y enferment.
-Ce silence devant l’œuvre d’art plutôt que le partage. L’œuvre est en pâture aux mâchoires du gout.
La fatigue éduque au rien, au vacant de l’existence, de la pensée. L’organe se répercute sur une éthique.
Un geste de tension pulmonaire
La haine invente du silence
Une frontière s’abolit par le meurtre !
Idiot, idiot à mourir de soif !
Vestiges et symétrie.
-Je prends une distance supplémentaire face à la vie. Je regarde les autres en marchant comme des ombres et mon orgueil les couvre de faiblesses, de tares, de tous les loisirs de la bêtise.
-Le règne tranquille dans mes guerres intestines.
Mon esprit est sans cesse un autre, il est mangé par le monde. Je sais que mon bonheur et ma « rage » ne sont pas compatibles.
Je regarde son cul
Son cul
Le monde !
-Avoir à renier la vie ?!
Ses racines ?
Libre de ronger ma liberté jusqu'à l’os."
Sylvie
L'intransigeance du regard, l'errance immobile, en traits secs, en piques fulgurantes parfois. On n'est pas loin d'une vérité. Ce cher Cioran disait : "on ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne" J'ai pensé à ça au terme de ma lecture.
Je me sens mal à l’aise aux milieux de tous ces bavardages de fin de semaine.
Toujours cette écriture rapide et fugitive, forte, assassine parfois, format AK47.
Nilo, J'en suis au 15 avril. Je reviendrai.
Toujours cette écriture rapide et fugitive, forte, assassine parfois, format AK47.
Nilo, J'en suis au 15 avril. Je reviendrai.
J'aime et j'aime lire ces instants de vie et d'intime, à la manière un peu d'une correspondance presque rimbaldienne qui s'étire au fil des jours sans que jamais elle ne réussisse à être envoyée et ne trouve destinataire... Je rejoins aussi la citation de Cioran par Vivant ("on ne devrait écrire des livres (et des lettres) que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne")
J'adore espionner mes voisins et leur inventer une vie, percer un p'tit secret...chercher l'intime dans l'ordinaire.
Cette une écriture qui me va, en quelques instants, elle nous rend plus proche de l'Autre, à lire quand on se sent un peu en marge, quand on a croisé 40 types gris dans le métro du matin... Merci.
Cette une écriture qui me va, en quelques instants, elle nous rend plus proche de l'Autre, à lire quand on se sent un peu en marge, quand on a croisé 40 types gris dans le métro du matin... Merci.
Oui, des morceaux de toi qui se livrent à nous, des morceaux de vie qui parlent.
Avec parfois cette fulgurance ou cette douceur que j'aime chez toi,
"Les enfants continuent de faire du bruits. Ce sont les bruits de leurs bonheurs."
Z.
Avec parfois cette fulgurance ou cette douceur que j'aime chez toi,
"Les enfants continuent de faire du bruits. Ce sont les bruits de leurs bonheurs."
Z.
Ce qui est intéressant sur Macadam, c'est qu'on peut à loisir revenir sur des textes que l'on avait lu trop vite. Ici ces instants de vie volés au néant, ces traces lapidaires sont gorgées de pépites poétiques :
Redevenir un avant
Indéterminé
Un enfant d’avant
Et même une époque.
Redevenir un avant
Indéterminé
Un enfant d’avant
Et même une époque.
Et je suis revenu. Enfin !
Ceci dit j'ai suivi tes carnets un peu partout sur Macadam, là où tu les as postés au fur et à mesure de ton inspiration du jour de publication.
Nilo, spirale.
Ceci dit j'ai suivi tes carnets un peu partout sur Macadam, là où tu les as postés au fur et à mesure de ton inspiration du jour de publication.
Nilo, spirale.
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