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Essai IX - La dissonance (2006)
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Essai IX - La dissonance (2006)
Aujourd’hui, au contraire des autres jours où il m’était venu l’envie d’écrire, la pensée prédominera. Je ne ressens pas le besoin de toucher le vide qu’appelle parfois mes pensées, bien que ce soir – et je te prie de me croire, nul besoin de licences où de mensonges, l’écrivain étant avant tout un vaste menteur – j’ai la tête prête à exploser, trop de choses s’y sont entassées et souhaitent ressortir.
Mais vraiment, quel est ce corps qui me dicte mes envies comme un réveil ? Il semblerait qu’il me menace, qu’il me prévienne que si je n’écris pas, si je ne libère pas mes pensées dans ce flot noir ininterrompu, ma tête explosera ! Ainsi l’écriture est-elle une drogue ? Serait-elle simplement une soupape, un confessionnal libre où l’on pourrait raconter ce que l’on veut et pas seulement les péchés ? Je pense qu’enfin je commence à trouver la définition plus exacte de l’écriture ; peut-être un jour de violent mal de tête la trouverais-je enfin ?
L’écriture serait alors les rêves des écrivains, puisqu’elle sert de soupape à la réalité ; et m’apparaît alors l’hypothèse fabuleuse qu’un écrivain n’a plus besoin de dormir. Son sommeil est dans l’écriture... Ainsi, quoi qu’on raconte, que nos pensées soient claires ou confuses, que notre personnage soit suspendu dans le vide ou en train de somnoler dans sa mezzanine, le récit est un sommeil... l’absolu est endormi. C’est forcément inquiétant.
M’apparaît enfin la raison pour laquelle mon cerveau stupide, réglé comme une horloge, m’a fait prendre la plume (nous cherchions une licence en voici une) pour malaxer joyeusement mes états d’âme devant un clavier froid. J’ai envie de parler de la dissonance. C’est un sujet qui me fascine et m’intrigue à la fois.
Il est étrange, à vrai dire, que je ne saisisse pas le sens de dissonance dans l’écriture elle-même. L’écriture qui me permet d’employer ce mot, “dissonance”, refuse de me donner la clef de sa compréhension... A quoi l’associer, à quoi rattacher ce terme ?
L’écriture a tout répertorié, l’écriture s’est protégée; elle associe pluie ardente à un oxymore ; elle associe deux termes opposés d’une phrase à une antithèse ; que veut-elle dire par dissonance ?
J’entends la dissonance un peu partout ; elle revient, elle plaît toujours, séduit toujours ; chaque chanson contient ces sonorités perdues dans les autres, cette révolte des notes refusant de suivre le système. Elles savent qu’on les entend plus que toute la foule qui hurle devant elles... quoi de pire qu’un fa au milieu d’un mi-sol ? Sublime horreur des oreilles, car enfin la musique est toujours sublime ; mais horreur tout de même ; pourtant n’y trouverions-nous pas un goût ? N’aimons-nous pas que la main du pianiste, glissant avec ses doigts d’araignées sur les touches polies, laisse résonner comme une ultime vaguelette ce son discordant, éphémère, presque irréel ? Posons-nous la question.
Je pense bien sûr à tous ces poètes, à cette nature qui préfère l’impair, à ces manipulations de structure des alexandrins qui dansaient d’un pied sur l’autre, et nous faisaient entendre comme un balancier déréglé... et pourtant quelle musique, ô puritains ! Quels sons ! J’aime cette dissonance. J’aime à te découper, te hacher menu, mon ami alexandrin, même si c’est joliment. J’aime sortir des sentiers battus de la musicalité.
C’est un bonheur que je souhaite à tout poète qui cherche sa propre résonnance ; comme toujours, elle n’est pas là où on l’attend. Elle est capricieuse, effarouchée. Elle se cache. Poètes, venez la chercher.
Z 27 08 06
Mais vraiment, quel est ce corps qui me dicte mes envies comme un réveil ? Il semblerait qu’il me menace, qu’il me prévienne que si je n’écris pas, si je ne libère pas mes pensées dans ce flot noir ininterrompu, ma tête explosera ! Ainsi l’écriture est-elle une drogue ? Serait-elle simplement une soupape, un confessionnal libre où l’on pourrait raconter ce que l’on veut et pas seulement les péchés ? Je pense qu’enfin je commence à trouver la définition plus exacte de l’écriture ; peut-être un jour de violent mal de tête la trouverais-je enfin ?
L’écriture serait alors les rêves des écrivains, puisqu’elle sert de soupape à la réalité ; et m’apparaît alors l’hypothèse fabuleuse qu’un écrivain n’a plus besoin de dormir. Son sommeil est dans l’écriture... Ainsi, quoi qu’on raconte, que nos pensées soient claires ou confuses, que notre personnage soit suspendu dans le vide ou en train de somnoler dans sa mezzanine, le récit est un sommeil... l’absolu est endormi. C’est forcément inquiétant.
M’apparaît enfin la raison pour laquelle mon cerveau stupide, réglé comme une horloge, m’a fait prendre la plume (nous cherchions une licence en voici une) pour malaxer joyeusement mes états d’âme devant un clavier froid. J’ai envie de parler de la dissonance. C’est un sujet qui me fascine et m’intrigue à la fois.
Il est étrange, à vrai dire, que je ne saisisse pas le sens de dissonance dans l’écriture elle-même. L’écriture qui me permet d’employer ce mot, “dissonance”, refuse de me donner la clef de sa compréhension... A quoi l’associer, à quoi rattacher ce terme ?
L’écriture a tout répertorié, l’écriture s’est protégée; elle associe pluie ardente à un oxymore ; elle associe deux termes opposés d’une phrase à une antithèse ; que veut-elle dire par dissonance ?
J’entends la dissonance un peu partout ; elle revient, elle plaît toujours, séduit toujours ; chaque chanson contient ces sonorités perdues dans les autres, cette révolte des notes refusant de suivre le système. Elles savent qu’on les entend plus que toute la foule qui hurle devant elles... quoi de pire qu’un fa au milieu d’un mi-sol ? Sublime horreur des oreilles, car enfin la musique est toujours sublime ; mais horreur tout de même ; pourtant n’y trouverions-nous pas un goût ? N’aimons-nous pas que la main du pianiste, glissant avec ses doigts d’araignées sur les touches polies, laisse résonner comme une ultime vaguelette ce son discordant, éphémère, presque irréel ? Posons-nous la question.
Je pense bien sûr à tous ces poètes, à cette nature qui préfère l’impair, à ces manipulations de structure des alexandrins qui dansaient d’un pied sur l’autre, et nous faisaient entendre comme un balancier déréglé... et pourtant quelle musique, ô puritains ! Quels sons ! J’aime cette dissonance. J’aime à te découper, te hacher menu, mon ami alexandrin, même si c’est joliment. J’aime sortir des sentiers battus de la musicalité.
C’est un bonheur que je souhaite à tout poète qui cherche sa propre résonnance ; comme toujours, elle n’est pas là où on l’attend. Elle est capricieuse, effarouchée. Elle se cache. Poètes, venez la chercher.
Z 27 08 06
Dernière édition par Zlatko le Sam 10 Oct - 8:51, édité 1 fois

Zlatko- MacadAccro

- Messages: 1553
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Age: 20
Localisation: Centre
Re: Essai IX - La dissonance (2006)
La muse est capricieuse Zlat, elle aime bien tirer les ficelles et non faire connaître les affres de la page blanche. C'est ça l'amour vache...
Swann, philosophe
Swann, philosophe

Swann- MacadAccro

- Messages: 924
Date d'inscription: 31/08/2009
Age: 60
Localisation: entre deux cafés
Re: Essai IX - La dissonance (2006)
Tu cherches, tu aimes, tu aimes ce que tu cherches et cette dissonance nous est une caisse de résonance.
Tes questions sont légitimes, poète. Prends tes mots et "fous leur une trempe" *
Nilo, combien de nuits.
* d'après "Poète, vos papiers" - Léo Ferré.
Tes questions sont légitimes, poète. Prends tes mots et "fous leur une trempe" *
Nilo, combien de nuits.
* d'après "Poète, vos papiers" - Léo Ferré.
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... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Essai IX - La dissonance (2006)
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