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Ronds de fumée
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Ronds de fumée
Expiration, comme un orgasme. Relâcher la fumée, et faire des ronds dans l’air. De petits soupirs successifs, comme ces petits cris de plaisir que soupire ou clame la femme dans sa jouissance, au rythme des coups de hanche sensuels ou violents de l’homme qui s’abandonne totalement, à ce moment où il n’est plus que gland.
Des petits ronds de toutes les tailles planent dans mon atmosphère. Comme des bulles en scission, comme des satellites de la vie ordinaire, comme les ronds dans l’eau de mon enfance.
Un rond de fumée.
J’y immisce mon phallus, et l’enveloppe d’une fumée caressante qui le fait se raidir. Décoration d’une érection dans tout l’art du Kokigami. Bandaison planante.
Un rond de fumée.
Un mince filet circulaire autour duquel s’accroche un acrobate au visage exagérément pâle, au regard présentant un charmant strabisme. Strabisme: qualité esthétique qui me fait fondre. Nuf et nu, il se frotte à l’anneau de fumée, l’apprivoise d’une aisance remarquable, en en faisant l’objet total de ses acrobaties déstructurées, parfois déstabilisées par cette exigence de ne pas briser le rond. Lui offrant la paume de ma main comme tatami, j’ai la sensation de tenir la vie du petit acrobate entre les mains, et de tenir le monde, qu’un seul petit souffle innocent pourrait détruire.
Un rond de fumée.
Brillant par le vide en son centre. Un point de départ à ma chute, un petit aperçu du vertige qui m’attend. Rond impeccable, qui s’avance vers le haut, sans en avoir l’ « air ». Un vertige à l’envers. Vers quels ciels? Quels néants? Un rond sans surface, dans lequel passer à travers mène, j’imagine, vers une autre matrice. Un autre calice.
Un rond de fumée.
Intimidation comme rarement la chance nous permet d’en avoir. La tête inclinée, je rougis d’avoir vu, la seconde précédente, ce regard si troublant. N’osant relever la tête, je commence prudemment par lever le sourcil, mais le globe oculaire ne suit pas. Profonde et intense, la lueur éclatante du regard jaillissant m’a peut-être aveuglé, et je n’ose, pour me délivrer, dématérialiser ce rond de fumée qui m’observe. Une petite voix me dit: « Relève la tête, et accepte de voir un instant ce paranoma, panorama de ta paranoïa… » Mais une fois mes yeux résolus, le rond a « fondu ».
Un rond de fumée.
Celui-ci, je le vois planer fixement, sur-place, et tourner doucement sur lui-même. Sa substance gazéiforme étonnamment résistante, se laisse suivre à la légère, comme une traînée de poudre pétillante qui inspire le désir de faire corps avec l’air, de se dissoudre, éphémère. Je le vois tourbillon à mesure des secondes fracassantes, et alors que j’établis par une inspiration dissimulée le projet d’une nouvelle expiration en voyant tous mes ronds devenir invisibles, c’est mon corps tout entier qui se trouve attiré dans le rond-tourbillon, se dégonflant comme un ballon.
Alors que mes soupirs moirent mes mirages circulaires, avant de les faire pour de bon disparaître, je me préoccupe déjà de la prochaine inspiration qui devra s’approfondir encore davantage, si je veux donner un allant, un élan, éclatant à mes prochains ronds de fumée…

Tof'
Des petits ronds de toutes les tailles planent dans mon atmosphère. Comme des bulles en scission, comme des satellites de la vie ordinaire, comme les ronds dans l’eau de mon enfance.
Un rond de fumée.
J’y immisce mon phallus, et l’enveloppe d’une fumée caressante qui le fait se raidir. Décoration d’une érection dans tout l’art du Kokigami. Bandaison planante.
Un rond de fumée.
Un mince filet circulaire autour duquel s’accroche un acrobate au visage exagérément pâle, au regard présentant un charmant strabisme. Strabisme: qualité esthétique qui me fait fondre. Nuf et nu, il se frotte à l’anneau de fumée, l’apprivoise d’une aisance remarquable, en en faisant l’objet total de ses acrobaties déstructurées, parfois déstabilisées par cette exigence de ne pas briser le rond. Lui offrant la paume de ma main comme tatami, j’ai la sensation de tenir la vie du petit acrobate entre les mains, et de tenir le monde, qu’un seul petit souffle innocent pourrait détruire.
Un rond de fumée.
Brillant par le vide en son centre. Un point de départ à ma chute, un petit aperçu du vertige qui m’attend. Rond impeccable, qui s’avance vers le haut, sans en avoir l’ « air ». Un vertige à l’envers. Vers quels ciels? Quels néants? Un rond sans surface, dans lequel passer à travers mène, j’imagine, vers une autre matrice. Un autre calice.
Un rond de fumée.
Intimidation comme rarement la chance nous permet d’en avoir. La tête inclinée, je rougis d’avoir vu, la seconde précédente, ce regard si troublant. N’osant relever la tête, je commence prudemment par lever le sourcil, mais le globe oculaire ne suit pas. Profonde et intense, la lueur éclatante du regard jaillissant m’a peut-être aveuglé, et je n’ose, pour me délivrer, dématérialiser ce rond de fumée qui m’observe. Une petite voix me dit: « Relève la tête, et accepte de voir un instant ce paranoma, panorama de ta paranoïa… » Mais une fois mes yeux résolus, le rond a « fondu ».
Un rond de fumée.
Celui-ci, je le vois planer fixement, sur-place, et tourner doucement sur lui-même. Sa substance gazéiforme étonnamment résistante, se laisse suivre à la légère, comme une traînée de poudre pétillante qui inspire le désir de faire corps avec l’air, de se dissoudre, éphémère. Je le vois tourbillon à mesure des secondes fracassantes, et alors que j’établis par une inspiration dissimulée le projet d’une nouvelle expiration en voyant tous mes ronds devenir invisibles, c’est mon corps tout entier qui se trouve attiré dans le rond-tourbillon, se dégonflant comme un ballon.
Alors que mes soupirs moirent mes mirages circulaires, avant de les faire pour de bon disparaître, je me préoccupe déjà de la prochaine inspiration qui devra s’approfondir encore davantage, si je veux donner un allant, un élan, éclatant à mes prochains ronds de fumée…

Tof'
Re: Ronds de fumée
étrange enfant de Novembre visionnaire, étranges circonvolutions opaques ou éclairées. Entre magma d'éther et autres stupéfiants... fumée et brouillard, je te perds parfois dans tous ces entrelacs de tes pensées!

Roseline-and-the-Moon- MacadAdo

- Messages: 95
Date d'inscription: 24/10/2010
Localisation: Paris
Re: Ronds de fumée
Un rond de fumée
Comme l'univers, en expansion jusqu'à sa perte...
Nilo, Dieu et moi sommes des fumeurs de Havane.
Comme l'univers, en expansion jusqu'à sa perte...
Nilo, Dieu et moi sommes des fumeurs de Havane.
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Ronds de fumée
Bien vu Nilo; plus loin, d'autres ronds m'ont exprimé cet univers "en expansion juqu'à sa perte"... A suivre...
Merci à vous trois, du fond du rond.
Merci à vous trois, du fond du rond.
Re: Ronds de fumée
ces ronds méritent bien de s'élever à nouveau, j'ai beaucoup aimé les lire en tout cas
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