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Premier voyage,Nianing,Sénégal,Marc Tremsal 53°54°55° Mars 1974 Bon°

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Premier voyage,Nianing,Sénégal,Marc Tremsal 53°54°55° Mars 1974 Bon°

Message  tremsal le Jeu 3 Fév - 9:01

En rejoignant la paillote restaurant, je revoyais la scène, là, à l’entrée du parc…une semaine auparavant…

« Le car était déjà là… Au même endroit… Avec le même chauffeur… Pendant un instant, j’imaginais Apo, frappant si fort, à la portière du car, en appelant, Monsieur Tremsal, Monsieur Tremsal, descendez, descendez, vous êtes mon invité ! »

Ty était entrain d’arriver de la case, accompagnée d’un des garçons de chambre, portant les valises. Il restait nos deux sacs et j’allais les prendre. Au retour, je fis un petit salut aux singes et après avoir déposé les sacs au car, je retrouvais Apo à son bureau. Il me demanda si tout était prêt pour la publicité, ce que je confirmais en rajoutant, que j’envisageais de faire une affiche pour les agences de Paris et un auto collant pour les pares brises. Après une bonne conversation, le moment vint de nous dire au revoir. Apo fit le tour de son bureau et l’on s’embrassa. Que fallait-il lui dire? Merci, pour ses attentions et de ce beau séjour…
--Marc, voilà un courrier pour la Sotair, (Jet Tours), Miss Bach, rencontrez là avec Mathilde, elle aime le Domaine.
Et puis on se quitta, j’avoue que j’étais assez ému.

*


Le car se remplissait et Philippe, le représentant Jet Tours, pressait les gens pour qu’ils montent dans le véhicule. Il me regardait d’un drôle d’œil, mais avec un sourire narquois.
Ty, avait disparu… Jacqueline, des chambres nous fit un petit signe. Enfin Ty arriva, elle était allée dire au revoir à Apo. Je montais le dernier, préférant me mettre près du chauffeur, Ty, derrière moi. On aperçu Apo au loin, nous faisant des grands signes, au moment ou nous sortions du parc. Pendant le trajet, combattant contre la somnolence, je réalisais qu’un nouveau cap allait être franchi dès notre arrivée en France. Il me tardait d’embrasser les enfants, de les serrer dans mes bras. Comment allaient-ils prendre le choix que j’avais fait, avec leur maman… D’une nouvelle existence ailleurs, et si loin? Le problème financier me préoccupait. Le plus urgent serait de trouver les bons fournisseurs, chiffrer les plus importants achats. Pour Mathilde, j’étais certain que tout se passerait bien. Elle avait presque toutes les qualités pour cette profession. Tout semblait possible et réalisable. Seule restait l’inconnue, à savoir que celle que j’aimais, l’épouse, la mère de nos enfants, change d’avis, et remette tout en question, malgré le fait qu’elle fut toujours mise au courant, du seul choix que le destin m’avait en quelque sorte imposé. La route nous parue moins longue que les autres fois et l’on arriva à l’aéroport Yoff de Dakar, en avance. Nous étions une trentaine à partir. Les formalités habituelles, la cohue, et, surprise Armande était là, près du comptoir Jet Tours.
--Je voulais vous souhaiter, un bon vol. J’ai été très heureuse de vous connaître.
--J’ai eu le service accompagnement de Jet Tours au fil, ils attendent votre venue. Leur télex nous permettra de se joindre régulièrement. Bon voyage, bon courage pour tout. Il nous tardait d’être dans l’avion, car la salle d’embarquement Archie pleine, était sans climatiseurs. Le décalage horaire était d’une heure, on arriverait à Orly, avant vingt-trois heures... Au bout d’un moment, les hauts parleurs crépitèrent et une voix à peine audible, annonça un retard d’une heure!

Nous n’avions pas parlé avec Ty depuis un certain temps, de son comportement à l’arrivée, vis-à-vis des enfants. Ce que je lui avais demandé était de garder pour elle «son aventure», et de faire face, notre devenir étant l’organisation de notre départ en Afrique. Assoupie à côté de moi, je regardais son beau visage, au teint hâlé. Je la retrouvais là, aussi belle qu’ à Tunis, dans les années 1955, époque où nous nous étions connus…Enfin, l’embarquement eut lieu, dans un confortable Boeing. Après le repas, tout le monde dormait, mis à part quelques pleurs de nourrissons, le vol fut sans encombre. Mon frère Bernard, devait nous attendre, à notre arrivée. Le compte à rebours avait commencé pour moi, dès mon départ du Sénégal et je n’avais pas droit à l’erreur.
Notre première journée serait la plus délicate, les retrouvailles à Suresnes, et la façon la plus naturelle d’annoncer à nos enfants, notre décision de changer de vie.




*









Retrouvailles familiales, Suresnes.
Véritable séisme,
Branle bas de combat,





France, de Mars à Juillet 1974.



L’attente fut assez longue, enfin on prit nos valises. En 1974, les longs courriers étaient concentrés sur Orly, et il y avait un monde fou. Mon frère Bernard était présent, avec son bon sourire. Il faisait froid, et l’on arriva à Suresnes rapidement. Les enfants nous attendaient avec Geneviève. Ce fut des instants de joie et de bonheur pour nous tous. J’observais Ty, pour voir ses réactions, s’il y avait du changement après ce voyage et nos péripéties! Sa joie n’était pas feinte et Isabelle ne cessait de lui dire, raconte maman, raconte! Ne voulant pas brusquer les événements, je remettais sagement au lendemain, l’annonce de «notre décision», voulant y associé pleinement Mathilde…
Bernard nous quitta. Geneviève avait été un amour de s’occuper d’eux et René son compagnon, l’avait rejoint pour la fin de semaine. René après avoir été un de ces héros anonymes, pendant la deuxième guerre mondiale, puis l’Indochine, où il fut blessé, s’installa dans le Nord, où il créa une entreprise de filtration industrielle…Geneviève ce soir-là, devait le retrouver, dans leur studio de la rue Championnet, à Paris. Je la remerciais encore, les enfants l’embrassèrent. Christian et Isabelle, toujours curieux, nous posaient des quantités de questions. Nous avions acheté deux animaux en bois, une girafe et un hippopotame, pour eux. On resta un moment dans leur chambre, puis on se retrouva tous les deux au salon, assis sur le canapé.
--Marc, comment vas-tu entreprendre tout ça! Pour moi, ça me semble insurmontable, presque irréel…Je ne réalise pas encore vraiment que nous allons partir en Afrique…
Dans la troisième pièce, notre lit s’escamotait dans la journée, sous le lit d’Isabelle, par une ouverture judicieuse. Dès que le lit fut en place, Ty se coucha, un peu soucieuse. Je lui confiais, combien je comptais sur elle, et qu’elle ne s’inquiète pas, demain elle pourrait appeler son ami…Pour qu’il soit mis au courant.

Depuis tout ce qui s’était passé, je dormais seul, au salon. Par la fenêtre, je voyais Paris au loin avec toutes ses lumières. Cette nuit-là fut interminable, je tentais de faire le programme de tout ce que j’aurais à faire durant ses quatre mois! La journée du lendemain, dimanche, serait propice pour commencer à parler aux enfants, de leur dire notre décision, de ce que serait leur nouvelle vie, en Afrique Noire. Aussi, par le téléphone et le courrier, il me faudrait sans tarder, appeler mes chers parents, écrire à certains frères et sœurs, aux amis proches…Au réveil, Christian et Isabelle étaient venus dans mon lit. Ils ne pouvaient pas se douter de ce que j’avais à leur annoncer. Mais Ty dormait encore.
Christian me parla de ses entraînements de natation et de l’école. Isabelle voulait savoir si nous avions vu des animaux sauvages, et posait pleins de questions. Ty fit son apparition, au moment où je préparais le petit-déjeuner familial.
--Bonjour, maman firent en chœur les enfants, tu as bien dormi ?
--Bonjour…
Il fallait un certain temps à Ty pour se réveiller. Nous étions là, tous les quatre, et je ne savais vraiment pas la meilleure approche choisir, pour leur annoncer…Puis il me vint une idée.
--Christian et Isabelle, j’ai fait un rêve cette nuit. À Dakar, à la fin de notre voyage, vous nous aviez rejoint, par je ne sais quel miracle. Vous étiez si heureux d’être là, avec nous, qu’on prit la décision de rester en Afrique plus longtemps…
--Christian prit la parole,
--Mais c’est un rêve ! Papa, tu ne crois pas, que l’on pourrait vivre là-bas?
--Papa, ne nous fais pas de blagues !
--Mes enfants. Ecoutez-moi bien. Ce n’était pas un rêve, C’est bien une histoire vraie. Il s’est passé beaucoup de choses nouvelles…Et puis, l’ambiance se fit plus sérieuse. Isabelle nous dit :
--Mais Papa, ce n’est pas possible, est ton affaire, ton travail, tes clients? Ta famille !
Ce fut la première remarque, et puis Isabelle continua.
--Mais pourquoi partir ? On était heureux, ici.
Christian qui écoutait alors, s’exprima et avec un air grave…
--Je crois papa, car il a les yeux mouillés.
Et je racontais ma rencontre avec Apo et leur expliquais un peu comment ça s’était passé…
--Papa, ce Apo, il te commandera ?
--Non Christian, nous aurons une association…
--Papa et maman, il y a une école là-bas?
Ty répondit :
--Bien sûr Isabelle, mais…
Je savais que l’on n’avait pas étudié en détail, cet important problème! Puis Christian nous dit :
--Papa, et nos grands-parents, on ne les verra plus ?

Christian songeait à papy et mamy yette des Vosges et aux parents de Mathilde à Tunis.
--Ne vous inquiétez pas, Vous aurez des vacances, et votre maman aussi et je l’espère moi aussi ! Nous reverrons tous ceux que l’on aime et qui nous aime. Notre conversation était bien enclenchée,
Ty ne disait presque rien et c’est moi qui appris aux enfants que leur maman allait avoir un emploi d’hôtesse, de représentante Jet Tours au Domaine.
--Maman va travailler ?
--C’est qui Jet tours, papa?
--C’est l’agence de tourisme, qui vend le domaine en France. Puis on s’éternisa, leur racontant notre histoire, la rencontre avec les Sénégalais, et je finissais en leur disant que j’allais personnellement acheter du matériel de sports et de loisirs.
--Papa, tu as beaucoup d’argent de côté?
--Non, mais ne vous souciez pas de ça.
--Papa, quand partirons-nous? Cet été ?
--Vers la fin Juillet, dès que vous serez en vacances.

Mes chéris, je sais que tout ce que nous vous avons dit doit vous surprendre, mais notre vie va complètement changer, vous devez nous faire confiance.
On continua à se parler, à s’écouter, les enfants étaient heureux…Je savais que Ty trouverait un moment dans la journée, pour appeler discrètement son ami. À son sujet, je m’étais conforté dans l’idée, que le plus dur du chemin était fait. Mais, je restais humble, dans ce genre de crise, la prudence est de rigueur. Dès lundi m’attendait un véritable marathon…
Toujours attablés au petit-déjeuner, ne voulant pas quitter les enfants pour répondre à toutes leurs questions, la matinée se poursuivit, très animée. Voyant les pellicules, ils leur tarder de voir les photos du voyage. Ty, vidait les valises et me donna les boutures de bougainvilliers qui avaient besoin d’eau. Elles seraient pour Hubert, mon petit frère, le onzième, qui était mon filleul. Il avait la main verte, et habitait Rueil-malmaison, la ville voisine. On le voyait souvent. Il travaillait à Avia Plans à Suresnes. Mon atelier de publicité était situé au rez-de-chaussée et après une douche, j’allais voir les travaux en cours.
Pour le repas de midi, je proposais à Ty, aux enfants qu’on aille au Père Lapin, (aujourd’hui restaurant réputé), à deux pas de la maison.

Monsieur François, mon assistant, avait préparé une liste de rendez-vous et la semaine s’annonçait chargée. Mon meilleur ami, Jean-claude Eger, devait être à la campagne et je l’appelais sans tarder, on convenu de se voir chez lui à Paris dans la semaine. Nous nous connaissions depuis 1960, et notre amitié fut forte, exceptionnelle et sans faille. J’en parle au passé, car sa disparition, beaucoup plus tard, lorsque j’étais en séjour chez mon fils, puis à Tombouctou, au Mali, m’attrista profondément.
Les enfants aimaient venir à l’atelier, dessiner, faire des maquettes, et me regarder travailler. J’avais déjà sorties toute mes notes, mes croquis, pour réfléchir à la publicité pour le Domaine. Mon premier rendez-vous de la semaine serait à Jet Tours, leurs bureaux étaient à la colline de Saint Cloud. Vers midi, Ty nous rejoignit et l’on alla à pied au restaurant pour déguster des saucisses frites. Il faisait beau, mais froid. Quel changement avec la chaleur du Sénégal!



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