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Premier voyage,Nianing,Sénégal, mars 1974 40°41°42°(+..) Bon °

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Premier voyage,Nianing,Sénégal, mars 1974 40°41°42°(+..) Bon °

Message  tremsal le Ven 4 Fév - 9:49



Apo, un aveu contrariant.
Une réponse, très attendue !
Marc, un engagement sans retenue.






La voiture d’Apo arriva à l’entrée. Il en descendit et de loin me fit un grand bonjour. Puis à grands pas il me rejoignit.
--Alors, tout s’est bien passé, pas trop déçu?
Ne voulant pas trop montrer une certaine déception dans ma réponse, je lui disais que le dépaysement était réel, mais que le manque de grands animaux, nous avait effectivement surpris. Apo me demanda des nouvelles de ma femme et proposa qu’on aille vers la plage. L’océan, toujours envoutant, était calme. Il était un peu tôt pour se baigner et assis tous les deux dans la jeep, on commença à parler.
Ce jeudi-là, serait-il, le « jour réel », du véritable bouleversement de notre vie ? Bien que circonspect, par ce qu’Apo allait certainement me dire sur de graves soucis qu’il rencontrait, ma décision de venir m’installer en famille à ses cotés, était presque prise. J’avais jour après jour, acquis la certitude, que c’était la solution, dictée par le destin, pour le sauvetage de notre couple et de notre famille.

Notre présence à la plage, Apo y venant rarement, intrigua le personnel et lorsqu’on alla s’asseoir sur le sable, poursuivre notre conversation, on nous amena deux grandes nattes de roseaux. Le sable était humide et allongés sur ces agréables tapis, notre conversation reprit. Je sentais Apo tendu, pas très à l’aise.
--Marc, je suis impatient de connaître votre réponse, mais je dois aussi vous dire avant quelque chose d’important…J’aurais déjà dû vous le dire. Je me reproche de ne pas avoir commencé par un sérieux souci que je rencontre. Je suis actuellement confronté à des soucis financiers et ce que vous avez constaté sur le Domaine, comme certains retards dans des équipements, les travaux en cours arrêtés, en sont une des conséquences... Mes affaires à Dakar, surtout la concession Hertz, me préoccupent beaucoup.
J’interrompais Apo, tout en réalisant que j’avais vu juste…
--Mais Apo, n’étiez-vous pas conscient depuis deux ans, que votre Domaine, étant commercialisé en France par Jet Tours, et commençant à recevoir des vacanciers, à être plus prévoyant ? Vous avez tout misé sur la qualité de la table, et la «nature» . Votre priorité dans tous vos tracas, aurait dû être une gestion rigoureuse. Est-ce vraiment vos sociétés de Dakar qui sont désastreuses ? Comment se fait-il, que vous ayez pris autant de retard ici? J’imagine que les gens de Jet tours, vous en on parlé?
--Marc, vous voyez juste, j’étais mal secondé. Ici, si j’avais eu au début un homme comme vous…

Je sentis dans ces derniers propos un certain désarroi et une manière facile, peut être maladroite, de me flatter.
--Mais Apo, sans objectifs, sans de véritablesmoyens financiers, sans du matériel de sports, de loisirs, sans programme d’animation, aucun homme n’aurait pu réussir à vos cotés, c’est impossible.
--Marc, une personne m’est indispensable, c’est Armande à Dakar, elle est la charnière avec Jet Tours et aussi s’occupe de mes autres affaires, avec elle Marc, vous vous entendrez bien…Si vous êtes partant…Et je sais que vous y penser.

Apo tout en jouant avec du sable, me parla longuement de lui. Tout en l’écoutant, je pensais à Ty, et à ce qu’elle redoutait au sujet de la personnalité de ce Grec, hier un inconnu pour nous et dont je m’étais fait presque un ami aujourd’hui. Je me retrouvais dans une situation nouvelle. Pour réussir avec femme et enfants, notre départ de France, le sauvetage de notre couple, et la prochaine saison, je devais chiffrer les urgences et les soumettre à Apo. J’avais déjà réfléchi, à certains équipements, à ce qu’il manquait…Mais, si Apo était dans l’impossibilité d' agir, qui serait alors, en mesure d’investir? Je pressentais qu’Apo, tout en m’ayant fait l’offre de venir à Nianing, avait dans la tête, d’attendre de moi, que je participe aussi au financement de certains équipements. J’avais en France quelques fonds et dans la limite de mes moyens, je ne me voyais pas tout seul, prenant ce risque. Apo continuait à sa façon, de me rassurer, mais je voyais bien que sans mon engagement total, nous allions à l’échec. Au fond de moi, une force me poussait à lui dire tout de suite, que nous étions d’accord, mais Ty le serait-elle ? De toutes les manières je ne me voyais pas revenir en arrière et il fallait se décider.
Au bout d’un moment, malgré le caractère pessimiste des propos d’Apo, tout était clair dans ma tête, je commençais à lui répondre positivement.
--Je ne m’attendais pas à apprendre de votre bouche un constat aussi sévère, mais j’avais l’intuition que tout n’allait pas bien. Nous avions avec mon épouse décidé de répondre oui à votre offre...
--Apo, sii je m’engage à vous rejoindre, si je suis prêt à vous aider en étudiant, en finançant ce que je considère comme urgent et indispensable, pour réussir pleinement la prochaine saison 74/75, pourrais-je compter sur votre total engagement sur le terrain?
--Apo, Le votre, celui de votre équipe, il me faudra tout votre soutien technique, sans réserve. Sur le plan financier, je vous demande de vous engager à un plan de remboursement de mon investissement, dès que vous le pourrez.

Toujours assis côte à côte, la réaction d’Apo, fut de m’embrasser avec une certaine émotion. Je fis de même.
--Que je suis heureux Marc, vous verrez, tout se passera bien, votre présence au Domaine avec Mathilde apportera jeunesse et compétence. Je serai là, vous pourrez en être sûr!
Il ne s’attendait peut-être pas, ce matin-là, à une décision aussi rapide de ma part. Puis il reprit :
--Marc, pour vous mettre à l’aise, je vous propose que tout le département des sports payants et des loisirs que vous allez financer et créer, sera sous votre responsabilité et toutes les recettes, seront pour vous.
--Apo, attention, sous notre responsabilité commune, j’aurais besoin de vous, des moyens du Domaine, du personnel qualifié et de celui que nous formerons.
--Oui, bien entendu. Je suis d’accord. Pour Mathilde, on va voir avec Jet Tours, pour qu’elle devienne leur représentante permanente au Domaine.
…Il me fallait me pencher sur cette question ? Quels seraient le montant de nos revenus ? Savoir Ty sous contrat dés notre arrivée, était très sécurisant .Mais moi ? Nous n’avions pas nos maillots et l’on rentra en Jeep, Apo me déposa devant la réception.
--Marc, vous m'avez redonné confiance, ce soir, vous êtes à ma table…

Nous avions convenu de nous revoir en début d’après-midi. Après cette longue conversation, je ressentais comme un soulagement, malgré l’ampleur de la tâche à accomplir, ce pari fou, car je n’avais que quatre mois devant moi ! Constatant que je raisonnais toujours comme si Mathilde choisirait de partir avec nous, je me trouvais trop optimiste et m’engageais à être prudent. Certes, je ne voulais pas la brusquer, mais je mettrais tout en œuvre, pour la motiver à partir avec nous... Sans elle ici, tout ce que j’allais entreprendre n’avait plus de sens… Elle viendrait…

Je la retrouvais vers la pépinière, bavardant avec N’Diaye, qui lui montrait des boutures d’hibiscus. Le moment était venu de lui dire que ma décision avait été prise et que je faisais tout celà à cause d’elle, mais pour elle avant tout. Quelle allait être sa réaction ? Je savais combien serait difficile ce départ de France en si peu de temps, d’autant plus que je prenais un risque financier, qu’il fallait acheter beaucoup de matériels, et l’acheminer dans un temps record. Il fallait que je sache par Apo, comment transporter au Sénégal, tous les équipements. La Sotair (Jet Tours) étant une filiale d’Air France, le transport devrait être facilité.
Mon esprit était en ébullition…

Ty et moi, allions avoir le temps au déjeuner pour parler de tout ce qui me passer par la tête. Comment allaient réagir les enfants ainsi que nos familles ? Je tenais toujours à ce que personne ne sache, la véritable raison de notre départ, pourquoi tourmenter tous les êtres qui nous aimaient et que nous aimions. L’argument serait que nous voulions, tourner une page et qu’on m’avait proposé en Afrique, un nouveau métier….On s’installa à notre table habituelle. Le buffet toujours varié et copieux était déjà servi. Nos assiettes bien remplies, Ty commença à me questionner. Moi, Je voulais être, précis et persuasif.
--Marc comment s’est passé votre entretien?
--Très bien. Ty chérie, il est temps que tu saches que ma décision est prise et qu’à partir d’aujourd’hui, toi et moi, allons tout mettre en œuvre pour réussir notre changement de vie. Je comprends que tu sois inquiète, surprise aussi, mais tu dois me faire confiance. Je te demande d’accepter, que nous tentions cette expérience, même hasardeuse, nous ferons notre bilan au bout d’un an.
--Marc, une fois de plus, tu décides toujours seul, je ne me sens pas le courage. Tu es fou. Tu ne changeras jamais. Comment vas-tu faire avec ta clientèle. Quel gâchis…
--Mais j’en aurais pour nous deux du courage et puis Apo, va demander à Jet Tours de t’engager comme leur représentante au Domaine. Tu auras des occupations, des rapports humains, un bon salaire, et cela à mes côtés. Ma clientèle ? Et bien j’irais tous les voir…Ty accusait le choc.
--Marc, quand envisagez vous avec Apo, notre arrivée ici ?

J’expliquais à Ty, que pour être prêt pour le début de la saison d’hiver en novembre, il était plus prudent de venir en juillet, malgré la saison des pluies. Il était prévu quelques touristes et la clientèle Dakaroise. Je préférais attendre un peu avant de dire à Ty, que j’avais décidé de financer le matériel sport et loisirs. Elle me reprochait toujours mes prises intempestives de risques. Le repas se déroulait mieux que j’avais imaginé et je la regardais finir sa sole, en l’imaginant faisant le tour des tables, en tant qu’hôtesse Jet Tours…Le beau Georges nous apporta deux cafés glacés et en quittant le restaurant, on se sépara, Ty allait faire une sieste, moi, je devais retrouver ce cher Monsieur Apo.

Finalement, je regrettais de ne lui avoir rien dit, au sujet de l’investissement, la sachant toujours inquiète en France sur notre situation financière. Ty n’avait jamais travaillé. Parfaite mère au foyer, elle s’occupait très bien de suivre la comptabilité de mon affaire depuis 1964. Ce début d’année 74 avait été très positif et nous avions eu des revenus très corrects dans mon entreprise de publicité. Prenant le temps de lire mes notes, je retrouvais le croquis du parc, que j’avais fait en vue du dépliant quatre pages. Je commençais la rédaction des textes…Comment Ty, allait-elle réagir à froid. Pour moi, tout était clair, mais pour elle ? Elle ne m’avait plus parlé de son ami, ni de lui téléphoner, ni de lui écrire. Mais l’avait-elle fait ? J’appréhendais le moment où je lui annoncerais, qu'étant donné la situation critique d’Apo, nous allions intervenir financièrement dans le secteur des sports, des loisirs, dont j’aurais l’entière responsabilité. J’essayais déjà, de faire le récapitulatif du matériel à acheter en France et ici, sur le terrain, l’inventaire de l’existant et le nombre de personnel qu’il faudrait !
En attendant Apo au bar, je reprenais un café glacé. Bien que je me lançais dans un nouveau métier, inconnu pour moi, qu’il me faille trouver les bons fournisseurs, faire une étude sur les moyens, les hommes, j’avais la conviction de réussir. Il fallait tenir les délais, et grâce à Jet Tours et ses responsables que je rencontrerais, j’avais confiance.
Monsieur Estival qui passait là fit un détour et me salua.
--J’ai appris que vous aviez décidé de venir vous installer ici, mais avez-vous bien réfléchi ? Êtes-vous au courant des difficultés d’Apo ?
J’interrompis ce monsieur en lui disant que j’avais appris tout cela de la bouche même d’Apo, et que je savais que lui-même était associé à Apo depuis longtemps.
--Bon, et bien je vous souhaite bonne chance!
--Monsieur Estival, j’ai appris que les piscines, c’est votre spécialité ? Quand commencez-vous celle du Domaine ?
--Marc, demandez-le à votre nouvel ami !

L’après-midi s’annonçait bien remplie. Notre départ était pour samedi soir et Apo aurait voulu que je m’entretienne avec Armande. Il nous restait deux soirées et elle viendrait de Dakar un soir. On se retrouva au bureau et Apo me demanda si j’avais déjà pensé à faire la liste du matériel.
--Oui, j’ai fait le tour des urgences. J’envisage deux catamarans, des voiliers optimistes, un bateau pour le ski avec son moteur, des vélos, des selles de chevaux, du matériel de loisirs, deux tables de ping-pong, des raquettes, les grillages plastifiés pour les deux tennis…
--Bon, je ne connais pas grand choses dans tout ça ! Mais c’est très bien, et pour la sono du restaurant, de la discothèque, les disques…
--Je verrais tout cela avec le reste. Il y avait d’autres choses à voir, mais ce que je voulais, c’était son engagement à faire la piscine.
--Oui, la piscine, on la fera….J’avais prévu de faire un grand tour du Domaine, à pied, pour noter des idées, m’imprégner de ce lieu, où nous allions vivre.
Avant de partir, je demandais à Apo, où nous serions loger, Mathilde, moi, et nos enfants, dès notre arrivée ?
--Pas de problème Marc, tout ira bien. J’ai mon idée. Parfois ses réponses étaient assez floues, ou catégoriques, mais étant tellement engagés, nous étions maintenant embarqués dans le même train, et dans le même sens.
--Marc, ce soir, n’oubliez pas notre dîner, on fêtera notre alliance ! Ty devait être à la case, non loin des petits babouins, et je lui demandais en passant, si elle voulait venir avec moi.
--Marc, je finis un livre, ensuite j’irais à la réception. Allait-elle appeler son ami, ou les enfants ?

Ne voulant pas la contrarier, j’allais vers le marigot qui était asséché et embroussaillé étant donné la saison. J’imaginais qu’avec l’eau du forage, quelques travaux, on pourrait avoir ici, un plan d’eau pour les oiseaux, les varans…Sur le plan de l’environnement, il était indispensable de poursuivre de nouvelles plantations d’arbres à croissance rapide et d’arbres fruitiers, dans les grandes parcelles, qui étaient loin des habitations. En cette année de 1974, le domaine pouvait recevoir environ quatre-vingt personnes par semaine. Apo comptait beaucoup sur le dimanche, et jours fériés, où malgré la distance, pas mal de Dakarois, venaient déjeuner. Les relations qu’Apo avait nouées avec une base militaire Française, Ouakam, à Dakar, étaient excellentes. Il en était de même avec la Marine et cela se concrétisait par des achats de matériel très divers, mais aussi des séjours au Domaine, et des journées comme le Dimanche, à des tarifs intéressants pour les familles de militaires. Je reviendrai souvent sur ces relations, qui durèrent en ce qui me concerne, jusqu’à mon départ définitif du Sénégal. En arrivant au centre équestre, je croisais Monsieur Diop, le garde forestier.
--Bonjour Monsieur, savez-vous qu’avant l’arrivée d’Apo, ce lieu s’appelait « Le Ranch de Nianing », il y a toujours eu des chevaux ici.
--Monsieur Diop, vous devez savoir beaucoup de choses, on se reverra…
Sur mon calepin, déjà bien rempli, je notais que de véritables box aérés seraient à construire ainsi que l’acquisition de nouveaux chevaux. Apo en avait achetés quelques uns à son arrivée, ainsi qu'une calèche, à l'un des marchants le plus connu de Dakar. En 1974, dans toutes les villes provinciales, il y avait des calèches équipées de roues pneumatiques. Celles-ci laissèrent en partie la place, aux taxis et aux camionnettes.

*


L’heure passait et avec Cheick Ba, marin de la plage, on prit les mesures des deux cours de tennis, pour la commande des futurs grillages. Depuis qu’Apo avait fait goudronner ces cours, ils n’avaient jamais été utilisés. Ces grillages étaient une urgence, mais comment les faire parvenir, vu leur hauteur et leur poids ? Mathilde voulait que l’on aille au Club Aldiana, faire quelques achats. Au Domaine, la boutique avait le strict minimum. Je la retrouvais vers la réception. L’idée me vint de faire atteler la calèche par Daouda et il nous conduisit là-bas. Je vous ai déjà parlé de cet hôtel. Le coin-boutique très plaisant était tenu par un garçon qui s’appelait Gilbert et qui devait devenir un très bon ami…Malheureusement il devait disparaître plus tard, lors d’un accident de voiture à Paris. Ty trouva ce qu’elle voulait et en profita pour aller se baigner dans la piscine. Nous reparlerons de cet endroit, d’autant qu’après avoir été un fleuron de l’hôtellerie, et un village club de haut niveau, cet établissement vendu en Allemagne par un important voyagiste Nekerman, devait péricliter et fermer dans les années 2007. En libérant Daouda, on rentrerait à pied par la plage. Je voulais passer par le club nautique et leur centre équestre. On fit quelques photos et l’on s’en retourna. Par rapport au Domaine, ce club de six cents lits, était situé sur moins de dix hectares et concentré côté océan. Ty m’avait fait remarqué que leur plage était beaucoup moins large que celle du Domaine. Un plan d’eau, alimenté d’eau de mer, était relié par des tuyauteries enfouies vers la plage. Cela attirait les oiseaux de mer, mais sentait fort. Un vol de pélicans gris nous survola, rejoignant l’océan pour pécher au large. Ty, un peu crispée, se confia, pour me dire qu’elle avait eu son ami au fil, mais qu’elle ne lui avait rien dit de nos projets.
--Ty, il faudra bien lui en parler, et les enfants, les as-tu joints?
--Non, on le fera ensemble.




*

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