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Griffouillis (III)
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Griffouillis (III)
1. Chaque feuille blanche est un grand écart. Dans le filtre du mot, le cerveau fouille la bonne langue. Chants de la veille : vécu-synthèse, masques au crépuscule? Chant-souvenir à chialer, chant mortel - indigne ! - pour ces ogres aux âmes immenses?
Arrache-toi de ta glaise : prose-succion pour morts pas froids. Ce sont des ritournelles maladroites, des cris fouillis. J'y voyais des champs de coudes : l'écriture-os tendue sous la peau qui tente, de tous ses tendons, de toute sa rage de caniche, de la percer.
[..]
3. Écrire-boire, écrire-manger : se nourrir. Au fil des repas, j'envisageais mes préférences: et toujours, quoiqu'on m'ait fait manger, quoiqu'on me fourre dans la gorge, elle subsistent. J'ai dans le ventre une bête. Ce n'est pas tout à fait la mienne. Les contours en sont tracés par mes bourreaux. J'en protège le dernier enfant : ne le mangez pas.
Pire, le pire ! L'ascendance débarrasse la table. La descendance pleure-exulte - ils m'ont renié ; elle geint, triste-libre. Elle abandonne, mêlés, la joie et le chagrin sur un billot : la douceur, la colère, au hachoir des rages tues.
Parfois, aux pires instants, une sorte d'exultation me mène : as-tu menti? Mens-tu tout sans cacher sans mensonge? Tête de bois qui flambe - gratuitement? Petites dents à musique sans âme? Ritournelle : mot, mot, mot - locomotive : l'acier brille, des kilomètres de raclements de gorge et l'entrée en gare, dans la fumée, une odeur de terre et de sang sur les épaules. Veste : suis-je moi?
Si vérité gronde, j'aurais tort. Les ficelles seraient trop grosses. J'aurai, pantin aux mains d'un dieu trop grand pour moi, tout perdu. L'écriture joue t-elle : suis-je faux? Camion rouge, aux mains-collines d'un tyran? Ils travaillent tous ensemble ! L'écriture, l'ascendance, l'alentour vivant et inerte ! J'entends : ils me déchirent !
[..]
5. S'il s'agissait d'en nommer la fronde : le mépris. 'il babille'. Ils ont des yeux de toute autorité. L'ascendance a des relents de cimetière. Congestionnés de la mort en smoking. Avant elle, après elle : en tenaille, entre les tombes. Elle vieillit quand je suis homme. Elle affirme son existence, à la cravache.
Descendance : ombre portée? Je suis le poisson, hameçon dans la viande, le corps brisé par un gant noir. Je suis l'oeil qui cherche la vie, la bouche qui n'a besoin, pour vivre, que de l'écriture. C'est mon air, filtré aux mots-branchies, dans la puanteur du monde.
6. 'donne un axe à ta colère'. Laissez-moi déborder. La dictée dans les marges. Écrire : dire de joie!
Z 12 02 11
Arrache-toi de ta glaise : prose-succion pour morts pas froids. Ce sont des ritournelles maladroites, des cris fouillis. J'y voyais des champs de coudes : l'écriture-os tendue sous la peau qui tente, de tous ses tendons, de toute sa rage de caniche, de la percer.
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3. Écrire-boire, écrire-manger : se nourrir. Au fil des repas, j'envisageais mes préférences: et toujours, quoiqu'on m'ait fait manger, quoiqu'on me fourre dans la gorge, elle subsistent. J'ai dans le ventre une bête. Ce n'est pas tout à fait la mienne. Les contours en sont tracés par mes bourreaux. J'en protège le dernier enfant : ne le mangez pas.
Pire, le pire ! L'ascendance débarrasse la table. La descendance pleure-exulte - ils m'ont renié ; elle geint, triste-libre. Elle abandonne, mêlés, la joie et le chagrin sur un billot : la douceur, la colère, au hachoir des rages tues.
Parfois, aux pires instants, une sorte d'exultation me mène : as-tu menti? Mens-tu tout sans cacher sans mensonge? Tête de bois qui flambe - gratuitement? Petites dents à musique sans âme? Ritournelle : mot, mot, mot - locomotive : l'acier brille, des kilomètres de raclements de gorge et l'entrée en gare, dans la fumée, une odeur de terre et de sang sur les épaules. Veste : suis-je moi?
Si vérité gronde, j'aurais tort. Les ficelles seraient trop grosses. J'aurai, pantin aux mains d'un dieu trop grand pour moi, tout perdu. L'écriture joue t-elle : suis-je faux? Camion rouge, aux mains-collines d'un tyran? Ils travaillent tous ensemble ! L'écriture, l'ascendance, l'alentour vivant et inerte ! J'entends : ils me déchirent !
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5. S'il s'agissait d'en nommer la fronde : le mépris. 'il babille'. Ils ont des yeux de toute autorité. L'ascendance a des relents de cimetière. Congestionnés de la mort en smoking. Avant elle, après elle : en tenaille, entre les tombes. Elle vieillit quand je suis homme. Elle affirme son existence, à la cravache.
Descendance : ombre portée? Je suis le poisson, hameçon dans la viande, le corps brisé par un gant noir. Je suis l'oeil qui cherche la vie, la bouche qui n'a besoin, pour vivre, que de l'écriture. C'est mon air, filtré aux mots-branchies, dans la puanteur du monde.
6. 'donne un axe à ta colère'. Laissez-moi déborder. La dictée dans les marges. Écrire : dire de joie!
Z 12 02 11

Zlatko- MacadAccro

- Messages: 1554
Date d'inscription: 30/08/2009
Age: 20
Localisation: Centre
Re: Griffouillis (III)
Et si tout était dit dans le silence de ce 4. absent...
Sans rire, chaque feuille blanche est un grand écart auquel nous nous soumettons dans les marges...
Nilo, ombre déportée.
Sans rire, chaque feuille blanche est un grand écart auquel nous nous soumettons dans les marges...
Nilo, ombre déportée.
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... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Griffouillis (III)
le soucis de l'instant présent, d'en faire quelque chose sinon c'est l'enfer. Alors oui parfois on peut se voir en bête, un ours, qui court après sa dernière glaciation, et j'aime les bêtes, les ours.
Dam.
Dam.
Re: Griffouillis (III)
Il est clair que l'écriture est comme le confessionnal de l'auteur.
Une marge est très souvent nécessaire pour y placer une annotation quelconque qui saura retrouver sa place sur l'autre feuille.
J'aurais même vu ton texte présenté sur la fameuse feuille à carreaux avec sa grande marge délimitée par ce trait rouge.
Sylvie
Une marge est très souvent nécessaire pour y placer une annotation quelconque qui saura retrouver sa place sur l'autre feuille.
J'aurais même vu ton texte présenté sur la fameuse feuille à carreaux avec sa grande marge délimitée par ce trait rouge.
Sylvie
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Sylvie
J'aime vraiment faire tourner les aiguilles des horloges à l'envers
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