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Sénégal,France Mars à Juillet 1974, Marc Tremsal, 87°88°89° Bon°

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Sénégal,France Mars à Juillet 1974, Marc Tremsal, 87°88°89° Bon°

Message  tremsal le Mar 22 Fév - 10:42


Je passais quelques coups de fil urgents du restaurant, pris un deuxième café. Avant de retrouver ma 403, je visitais deux agences de voyage pour parler de Nianing. Les mois d’avril et Mai, devaient me permettre de boucler toutes les commandes, de faire le tour de ma clientèle, et de préparer l’installation du fils Sicard à Suresnes. Les expéditions à partir d’Orly, étaient prévues pour début Juillet. René Tabone et le service accompagnement Jet tours, filiale d’Air France, en assureraient la logistique. La vieille radio de la 403 était brouillée et je n’entendais rien. De toute façon, à part les commentaires sur les candidats à la présidentielle, il n’y avait rien d’intéressant. En rentrant par Puteaux, les quais de Seine, j’en profitais pour passer à Hall Méditerranée, pour savoir quand j’aurais le bateau.
Pour la deuxième quinzaine d’Avril, ça devrait être bon. Dans ce grand hangar, des ouvriers s’afféraient sur ces coques rigides et leurs boudins pneumatiques, une révolution dans ce type de bateau, capable de recevoir de gros moteurs. Ce jour là, en longeant les quais, j’admirais la seine toute brillante et argentée. Mon esprit vagabondait vers cette terre d’Afrique Noire qui allait nous accueillir bientôt.

*


Ty, allait commencer sa formation et au fond de moi, j’attendais qu’elle prenne conscience que sa vie serait agréable, sous le soleil, les pieds dans l’océan et avec une activité journalière faite surtout de relationnel et de rencontres. Ce qui était une nouveauté, c’est qu’elle semblait plus disponible à mon égard, plus à l’écoute des enfants depuis notre retour. Monsieur François avait bien avancé sur un catalogue de peintre, pour la galerie Odermatt, et un dépliant pour Promrel. De nouveaux petits colis étaient arrivés, jeux de cartes, de dames, etc. Ty n’était pas rentrée de sa journée à Saint Cloud, et les enfants de l’école non plus. Le temps s’était refroidi et le chauffage dans l’atelier était déréglé. Tant d’années étaient passées, d’heures de travail, d’heureux moments, avec ce plaisir immense d’être en profession libérale, à deux pas de l’école primaire, et ne notre logement. Organiser son temps en mettant en priorité sa vie privée, familiale…J’avais voulu cela, ne dépendre de personne et vivre au rythme que je m’imposais, pour être le plus près des miens… C’est vrai que notre situation actuelle, pouvait être considérée comme un échec et qu’il nous fallait le surmonter. Je n’ai aucun regret sur le choix de notre vie et notre nouvelle existence, allait, je le croyais profondément, nous permettre de nous retrouver heureux en famille. Cette semaine passa très vite. Ty, passait beaucoup de temps à Jet Tours et semblait vraiment s’intéresser à sa formation. De mon côté, je répondais aux télex d’Armande et d’Apo et nous étions dans les délais.
*


Envisageant d’être à Nompatelize pour le 14 Juillet, notre départ au Sénégal, fut prévu pour le 20 juillet. Denis s’installant dans sa maison, il recevrait au 14 juillet, les parisiens, les vosgiens, et nos parents. Je passais mon permis bateau sans difficulté, ce qui me permettrait de naviguer sur la seine.
Les candidatures de François Mitterrand et de Valéry Giscard d’Estaing sont maintenant officielles, et aussi bien à droite qu’à gauche, d’autres candidats seront présents. Je ne suis pas passionné par cette élection, pourtant importante. Jean-marie Le Pen sera candidat, rassemblant toujours dans son électorat, les déçus de l’Algérie Française, des années soixante. En tant qu’ancien combattant, appelé en Algérie, j’ai ressenti cette terrible « fracture française », dés l’année 61 et qui se creusa en 62. J’ ai connu quelques-uns de mes amis officiers parachutistes, sous officiers, qui sont peu à peu, devenus sympathisants ou actifs dans l’OAS... Sur les conseils du Capitaine V, qui commandait au 1er RCP, notre 2eme compagnie, rouge 2, je n’ai jamais basculé dans cette organisation. Mon désarroi était réel. Ma rupture avec la politique du Général de Gaulle, sur les moyens employés pour en finir avec les partisans de l’Algérie française, fut totale. « Tu défendras nos idées par ta plume et tes pinceaux », m’avait recommandé et presque ordonné mon capitaine, dés 1961, lors d’une discrète rencontre à Paris. Le temps a passé depuis ces années brûlantes, et les blessures ne sont pas encore guéries. On ne peut oublier l’exode massif des Français d’Algérie, la terrible et sanglante année 1962 en Algérie, les procès des généraux en France, la tragédie des harkis, la grâce rejetée au Colonel Bastien Thiry et à Degueldre…
*


Mon esprit est complètement pris par mon projet africain et ma situation familiale. J’ai la hantise que Mathilde craque avant le départ. Je la sais toujours préoccupée par son histoire d’amour et le risque financier que j’ai pris. Les jours passent et j’ai tant de choses à accomplir ! Il fait beau sur Paris et il me tarde de rentrer à Suresnes. En arrivant, je vois la Taunus, Ty et là. Son récit sur sa journée de stage m’intéresse. Je la vois motiver et cela me rassure. Nos nouveaux amis de Jet tours, font tout pour que cela se passe bien. Ils sont aussi conscients de l’effort financier que je fais envers le Domaine, ce premier produit qu’ils ont au Sénégal, et par conséquent, leur appui sera très important pour les expéditions. Tout en parlant, Ty me propose une bière fraîche. Un peu de répit fait du bien. Ce soir les enfants me poseront encore des questions sur l’Afrique, et notre projet. J’ai préparé une lecture pour Isa.
Un petit extrait de « l’Enfant peul », d’Amadou Hampâté Bâ, écrivain Malien, né au début du siécle, à Bandiagara, en pays Dogon. C’est un livre autobiographique, qui retrace la vie de cet écrivain universellement connu. qui eut comme surnom Amkoullel…Leurs devoirs finis, on se mit à table. Ty, nous parla de sa journée et j’annonçais que j’avais eu mon permis fleuve et bord des côtes. !
--Papa, on va avoir notre bateau ?
--Oui Christian, très bientôt.
Le téléphone sonna ! C’était Apo qui voulait des nouvelles et nous dire bonjour…Isabelle après avoir révisé une leçon, na tarda pas à se coucher…Le rituel… elle m’appela de sa chambre.
--Papa, tu me racontes une histoire…
Sa douce voix, me fit quitter le salon et le poste de télévision. Lui ayant parlé de cet écrivain Malien, je commençais à lire un extrait des premières pages de cet ouvrage mondialement connu.

« Mon père Hampâté :
l’ agneau dans la tanière du lion »

Je n’ai gardé aucun souvenir de mon père, car malheureusement je l’ai perdu alors que je ne comptais guère que trois ans de séjour en ce monde houleux où tel un tesson de calebasse emporté par le fleuve, je flotterais plus tard au gré des événements, politiques ou religieux, suscités par la présence coloniale. Un jour, âgé de quatre ou cinq ans, j’étais en train de jouer auprès de Niélé Dembélé, l’excellente femme qui fut ma « servante mère » depuis ma naissance et qui avait passé toute sa vie auprès de mon père, quand tout à coup je me tournai vers elle : « Niélé, lui demandai-je, comment était mon père ? » Surprise, elle resta un moment sans voix. Puis elle s’écria :
« Ton père ! Mon bon maître ! » Et à mon grand étonnement, elle fondit en larmes, m’attira contre elle et me pressa fortement contre sa poitrine. « Ai-je dit quelque chose de mal ? Demandai-je. Ne doit-on pas parler de mon père ? »
--Non, non, tu n’as rien dit de mal, répondit Niélé. Tu m’as simplement émue en ravivant dans mon esprit le souvenir de celui qui m’a sauvé la vie, lorsque j’étais enfant, en m’arrachant des mains d’une maîtresse méchante et capricieuse qui me battait constamment et me nourrissait à peine. Hampâté, n’a pas seulement été ton père ; par sa bonté, son affection, il était aussi le mien…


Isabelle s’était endormie et l’on reprendrait cette lecture, un autre soir. J’embrassais Ty et réfléchissais au programme du lendemain. Jours après jours, on avait bien avançé. Je faisais tout pour répondre positivement aux commandes de travaux publicitaires, tout en poursuivant ma tournée d’adieu de ma clientèle. Ayant promis à Marcelle Oury, d’aller travailler une fois par semaine chez elle, nous avions convenu un rendez-vous pour le fin de semaine. J’avais pris des gants pour lui annoncer mon départ et elle ne cessait de m’appeler, voulant qu’on avance le plus possible sur les pages des livres de Gérard…

*


Le grand Marcel Pagnol fit son « dernier au revoir », à la mi-avril, laissant une œuvre romanesque magistrale. « La Gloire de mon Père », « Le Château de ma Mère », « Jean de Florette », « Manon des sources », etc. Ouvrages mythiques, qui furent adaptés au cinéma. Avec lui, c’est le poète provençal, du soleil, de la mer, de la lavande et du mistral qui s’en est allé…Je me souviens d’avoir appelé ma mère à cette époque, pour parler de ce grand écrivain. Je savais que maman, authentique provençale, possédait plusieurs ouvrages de Pagnol, et lorsqu’ elle entendit la sonnerie du téléphone…Elle me dit avoir en main « Le Temps des Amours »…
Avec Paul, que je rencontrais souvent, tout était mis par écrit. Ainsi, avec ces documents contractuels, j’aurais plus de poids dans mes relations avec Apo. Paul tenait absolument à ce que je demande à Apo, un contrat en bon et du forme. Il tenait à ce que sur place je mette au point des documents juridiques. Le peu d’expérience que j’avais eu sur place, ne me permettait pas d’être aussi sur d’y arriver, mais je m’y emploierai. On changea de sujet, et c’est la politique qui prit le dessus. Paul était plus au centre que moi…J’avais une brochure bilingue à faire et besoin de conseils de mise en pages. Paul était très judicieux et comme toujours, il solutionna le problème. Revenant vers ma voiture « publicitaire », je trouvais deux policiers entrain de lire mes affiches.
--Monsieur, savez-vous que c’est interdit de faire cela !
Faisant l’honnête homme surpris, je dis :
--Ah bon !
Pliant bagages, ils me laissèrent partir sans sanction. Il ne se passait pas une journée, sans que je passe dans une agence de voyage parisienne. Je ne me limitais à aucune enseigne et en tant que publicitaire, savais que c’était la meilleure méthode de faire connaître le Sénégal et le Domaine. Je vous l’ai déjà dit, mais j’ai fais cela pendant des années, à mon retour d’Afrique, pendant les deux mois d’été, dits de vacances, que nous avions. On avait prévu avec Ty, de revoir nos amis de Poissy. Le prêt que Patrice m’avait accordé discrètement, me permettait de fermer la boucle. Son affaire marchait bien et il ne m’imposa pas d’échéance à court terme.

Christian avait une compétition de natation pour cette fin de semaine. Son niveau était excellent et ces années d’entraînement toutes nages, s’arrêteraient bien sur, à notre départ. Comme pour Isabelle, la perspective de trouver une nouvelle vie si loin en Afrique, leur permettait pour l’instant, de tourner la page française assez facilement. Mathilde, je le savais, n’avait pas coupé toute relation avec son ami, mais à partir du moment où je la retrouvais alerte, attentive à notre projet et près de ces enfants, j’essayais de ne pas avoir de réactions d’impatience à son égard.
Le dimanche soir, il y avait une émission sur les futures élections. Le fait qu’elles allaient avoir lieu début Mai, avec pléthore de candidats, laissé présager des émissions de radio et de télévision animés, pratiquement tous les jours. Les semaines ont passé, très actives, sans surprise, essentiellement dominées par des vifs débats télévisés, radios diffusées des divers candidats à l’élection présidentielle. Le face à face, qui a marqué le plus, c’est entre les deux tours, François Mitterrand et VGE qui s’affrontent. Plus de 20 millions de téléspectateurs le suivront. Pour la première fois sous la Ve république, une femme de 34 ans, est candidate, Arlette Laguiller, sous l’étiquette «lutte Ouvrière», un parti révolutionnaire !...



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