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Sénégal,Nianing,France, Mars à juillet 1974, 94°95°(+ 1) Marc Tremsal Bon°

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Sénégal,Nianing,France, Mars à juillet 1974, 94°95°(+ 1) Marc Tremsal Bon°

Message  tremsal le Mer 2 Mar - 9:08

Revenons à ces mois charnières Avril, Mai et Juin 74. Pratiquement tous les achats sont honorés et le plus difficile va être de gérer les livraisons et le transport sur Orly. De mon côté, tout avance. Par contre, il semble que cela traîne au Domaine sur les travaux de la piscine. S’il pleut beaucoup durant cet été, tout sera compliqué. J’appellerai Apo ce soir. Notre facture de téléphone a bondi depuis mars ! Nous nous retrouvons en famille et après le dîner, j’appelle NIaning pour faire le point, il y a une heure de décalage et j’ai de la chance, Elisa me le passe tout de suite. Après avoir répondu à diverses questions, je lui parle de la piscine…
--Oui, je sais, tu as raison, Jet Tours aussi me harcèle !
--Apo, c’est très important, finir la piscine, c’est la priorité, tu m’as dit que tu faisais tout sur le terrain pour être prêt la saison prochaine.
--Soit, Marc, on se rappelle, excuse moi, ce soir, on a du monde…
Apo me surprend parfois…

Je restais un moment avec les enfants . Il tarde à Christian de piloter notre bateau sur la Seine. Bonne nuit les chéris. Je retrouvais Ty au Salon qui regardait une émission de variétés. Notre conversation fut axée sur ce qu’elle avait expérimenté à Jet Tours. Cela semblait lui plaire et il était prévu qu’elle aille faire un stage dans un hôtel au Maroc.
Avant de m’endormir, je faisais le point dans ma tête de tout ce qui restait à accomplir, à régler, à faire et je sentais en moi une véritable force, pleine d’espérance. Jour après jour, j’espérais que Mathilde en viendrait à me parler, à se confier, à se libérer enfin, de ce qui « vivait » dans son cœur, « cet amour » usurpateur qui était entre elle et moi. Mais rien. Le dialogue sur ce sujet était impossible. Ty restait secrètement fermée et j’acceptais son silence, dans l’espoir d’entendre un jour…
--Marc, je vais bien, je vous aime.

*


Au milieu de la nuit, je fus réveillé par un rêve mouvementé et qui s’avérera prémonitoire…plus tard.
« …J’étais à Nianing, en hivernage et un terrible orage avait éclaté. Nous étions partis en brousse, nos deux chevaux Marcel et moi. À cette saison, les juments sont dans l’espoir de rencontrer « l’heureux élu ». Marcel m’avait prévenu et malgré mon expérience, j’avais du mal à maîtriser Hirondelle, un mâle fougueux, prêt à tout pour assouvir son désir ! Galopant dans les flaques d’eau boueuse, nous évitions les villages, lorsque, à un détour, je me trouvais face à une charrette attelée, transportant un groupe de personnes… Sans me rendre compte de rien, suite à une ruade, je me trouvais à terre, Hirondelle tournoyant autour de moi, en pleine excitation, vous me comprenez ! La jument attelée hennissant, le Cocher criant, et moi essayant d’attraper les rênes de mon cheval, qui pas d’accord du tout, se cabrant, m’asséna sur la tête, deux coups de sabots fulgurants…Puis, plus rien. Juste la vision trouble d’Hirondelle galopant vers la calèche.
--Monsieur Marc, Monsieur Marc, j’entendais la voix de Marcel me parlant… J’eus beaucoup de chance ce jour - là ! À part une plaie à la joue et une grosse bosse sur le crâne, je m’en tirais à bon compte. La situation fut plus grave pour le conducteur de la calèche, qui voulant défendre sa jument se retrouva à terre, avec une grave contusion à la jambe. Sa jument ayant tout arraché et pris la fuite, avec Hirondelle ! »


Quel réalisme que ces instants…Pourquoi prémonitoire ? Parce que je devais vivre réellement, presque à l’identique, quelques années plus tard cette aventure équestre quelque peu agitée et qui me couta comme indemnisation plus de 25000 cfa. En essayant de retrouver le sommeil, mon esprit continua à me transporter au Sénégal et vers ce Domaine que j’avais découvert et qui allait devenir mon lieu de villégiature, celui de Ty et de nos deux enfants.
Au réveil, je racontais à Christian et Isabelle mon rêve.
En chœur ils me dirent.
--Papa, au Domaine, on apprendra à bien monter à cheval ! Ty leur dit :
--Moi j’en ai fait en Tunisie, tu t’en souviens Marc ?
--Oui, et tu te débrouillais bien.

Avec toujours le même plaisir, j’accompagnais les enfants à l’école. Ma journée s’annonçait bien remplie, celle de Ty aussi, à Jet Tours. Avec la 403, je poursuivais mes haltes publicitaires et faisait en sorte de bien respecter les horaires du disque bleu. Marcelle Oury m’attendait à déjeuner et pour avancer sur nos livres. En fait, ils étaient presque finis. Nous avions reconstitué tous les premiers grands succès cinématographiques de son fils. Comme d’habitude, on déjeuna rapidement et je restais deux bonnes heures. Tout en travaillant, Marcelle s’enquit de savoir si notre départ était toujours prévu…La visite de Gérard, me permis de lui en parler et il me dit :
--Jean-Marc, j’ai toujours eu envie de réaliser un film en Afrique ! Vous allez nous manquer, surtout à notre chère Marcelle.
Ce jour-là, je reçus un petit cadeau de sa part, une reproduction d’un Dufy, ce grand peintre qu’elle avait bien connu.
*


Pas de contravention et me voilà dans le quartier des Galeries, pour saluer mes clients. Un agent artistique connu, Patrick Sermadiras, m’avoua que mon départ allait lui laisser le champ libre, dans ce secteur. Pensant à la future Boutique, je me retrouvais dans le quartier du Sentier, pour voir les grossistes en divers produits. Je commençais à avoir un tas de cartes de visite commerciale. Une halte pour téléphoner d’un café, une bonne bière. Il fallait avancer sur des maquettes pour Dassault, et autres clients.
Mon assistant, était un dessinateur pur, au pinceau, à la plume, à l’encre de chine, sur carte à gratter. Formé à l’ancienne. Mais en conception, il manquait d’imagination. Mais je garde de lui un bon souvenir.
Quand je vois maintenant en 2011, la publicité assistée par ordinateur ! Savoir dessinait n’est plus indispensable !
Mais cette année 1974, tout se fait encore à la main, maquettes, documents d’exécutions, et le bon studio photos sur place, est indispensable. Sans cela, un graphiste publicitaire ne peut être performant.




*










La Seine, aux pas de danse.
« L’enfant peul » et « l’enfant noir »
Utile Peugeot et les pavés du quartier latin.
La chasse à du plomb dans l’aile !








Hall méditerranée a appelé et le bateau est prêt à mettre à l’eau. On va s’organiser. Je dois suivre les conseils du vendeur et mon permis en poche, commencer le rodage du moteur. Cela nous prendra plusieurs jours, ensuite le colisage et l’expédition par avion. En écrivant ces pages, je vous avoue que sans toute la documentation, mes dossiers, mes archives, je ne pourrais me souvenir de cette année décisive de 1974, si importante, pour tout ce qui allait se passer…
Vers 16h30, me voici rendu au Faubourg Montmartre, j’ai du temps devant moi, et installe mes affiches de Nianing sur mon chevalet. La 403 d’Apo est bien garée.. Jacques BENSE, mon professeur de danse et content de me revoir. C’est sur le rock et le Be pop, qu’il a décidé de me donner quelques bases. J’ai la chance d’avoir une jolie danseuse qui danse très bien et qui doit m’apprendre des figures. Il y a un monde fou dans cette école réputée. J’en profite pour lui acheter deux livrets avec quantité de conseils pratiques. Cette jeune femme me propose de prendre un café au troquet d’en bas. En la regardant, en l’écoutant, je lui trouve un charme fou. Elle ne peut se douter que l’homme avec qui elle converse, mène, depuis plusieurs mois une vie de moine… Mais malgré tout le charme qu’elle met en œuvre, je reste sérieux, et nous nous quittons.

*


J’ai l’impression que ma 403 va me lâcher, je ne sens plus bien le freinage. Je m’arrête au premier garage pour avoir un avis. Ce sont les plaquettes de freins à changer au plus vite. Le devis est raisonnable et je prends rendez-vous. Ce sera l’occasion de revenir dans ce quartier de Paris, que je ne connais pas bien. À la radio, Jean Ferrat chante Aragon, « la femme est l’avenir de l’homme ». J’apprécie beaucoup ce chanteur poète, sa voix unique. Bien que considéré comme un chanteur engagé, l’ensemble de son œuvre est émouvante. Lui seul, a su chanter, une certaine beauté de la Nature, dans l’inoubliable « La Montagne »… Dans mes livres sur le continent noir, j’apprends que le proverbe mythique, « la femme est l’avenir de l’homme » est très ancien et de culture africaine …d’ Aragon ou d’un conteur africain ?
Christian et Isabelle viennent de rentrer et Ty, nous raconte sa journée. Son stage se fera au Maroc. Elle me remet des télex de Dakar, via Jet Tours, à mon intention. Armande veut savoir les dates d’expéditions des deux tennis, et de tous les petits colis. Christian sera en congé mercredi, et l’on pourra commencer à naviguer sur la Seine. Le directeur de l’école des Raguidelles, doit nous recevoir, car à la rentrée prochaine, nos deux enfants ne seront plus là ! Les professeurs sont au courant.
Soirée habituelle. Un Western en noir et blanc avec John Wayne est programmé.
Isa, me demande de poursuivre mon histoire de « L’enfant Peul », après le dîner…Je m’installais avec mon livre de poche et commençais par retrouver le paragraphe.
--Papa, on en était au portrait du père, raconté par Niélé Diembélé , « la servante mère » qui éleva Amkoullel…

« Tu veux savoir comment il était ? Eh bien, il était de taille moyenne, bien proportionné ; ce n’était pas un sac à viande aux joues en forme de pouf. Silencieux comme une caverne de haute brousse, il ne parlait presque jamais, sauf pour dire l’essentiel. Ses lèvres fines de Peul découvraient légèrement ses dents blanches dans un demi-sourire qui illuminait constamment son visage. Mais attention ! S’il regardait quelqu’un fixement, ses yeux de lion mâle pouvaient le faire pisser de terreur ! »

--Papa, comment parles-tu !
--Mais Isabelle, je lis simplement, c’est dans le texte.
On continua à parler ensemble et expliquait à ma chère petite fille qu’en Afrique Noire, le Nom du père était très important. D’après les récits que j’avais lus de Levis Strauss, le rôle de la mère passait en premier. Je penses aussi que ça dépend de la particularité des ethnies, et des pays.
--Papa, je vais réviser une leçon, je t’aime.

Je pensais que pour une petite fille de huit ans, cette littérature était peut être difficile, particulière, mais on verrait la suite…
…Des indiens, des coups de feu, des chevaux, je regardais encore un moment le film à la télé. Ty lisait et me rappela pour le lendemain de préparer les réponses au télex. Elle avait encore deux jours de formation et cela semblait de plus en plus l’intéresser. Après lui avoir raconté ma journée, on s’embrassa et avec plaisir je retrouvais mon lit et la petite main d’Isa, qui venait d'éteindre la lumière. La maison est silencieuse, tout le monde dort.

Je lis encore un moment et je trouve des similitudes entre « L’enfant Peul » d’Hampaté Bâ, publié après sa mort en 1991, et « L’Enfant noir » de Camara Leye, paru en 1953. Ces deux ouvrages nous permettent de découvrir les traditions d’une société ancrée encore dans ses valeurs et les coutumes toujours présentes, des peuples Africains. Leurs légendes vivaces et leurs qualités faites de sagesse, de courtoisie, de dignité, de courage, sont encore transmis très tôt aux adolescents. Cet enseignement réservé aux sages, « les Griots, maîtres de la connaissance », les structures pour la vie. Bien sûr, le rôle des anciens et des parents est primordial.
Pour Camara Laye, la « Mère », est toujours sublimée. Je comprends qu’Isabelle qui est encore très jeune ne comprenne pas toujours le style de l’écriture, qui est parfois complexe. Je suis de plus en plus sensible à ce que je découvre dans ces livres que j’ai acheté, dés mon retour du Sénégal. Certes, le libraire m’a bien orienté, en me conseillant ces ouvrages. Il faudra que je retourne le voir avant de partir, je reverrais avec plaisir ce « cher quartier latin… »

[justify]« …Paris, Mai 1968, quartier latin, non loin de la rue d’Assas…Les souvenirs que j’ai, c’est un de ces après-midi de mai ou avec mon frère Hubert, ou j’étais allé une nouvelle fois, manifester mon désaccord, sur les multiples dégradations, les divers slogans, « il est interdit d’interdire », « nous sommes le pouvoir », « on ne revendique rien, on prend »…Je suis contre ce désordre indescriptible, et je le fais savoir autour de moi. J’ai même un jour discuté avec Cohn-Bendit et Alain Geismar, qui encourageaient les passants à enlever les pavés ! Ce n’est pas la première fois que je viens essayer de parler à ces révolutionnaires bourgeois, mais le dialogue est impossible, la violence règne. Avec Hubert, on s’est retrouvés coincés entre deux barricades, et une charge des forces de l’ordre ! Quelques frayeurs et de justesse, on trouva refuge dans un immeuble. On y resta plus d’une heure. Je faisais comprendre à mon frère, que ce quartier était un des plus aisés de Paris et que tous ces « jeunes » sur les barricades, n’étaient vraiment pas des fils d’ouvriers. Certes on peut comprendre le malaise d’une société, une certaine envie de liberté, mais ce niveau de réaction, ces dégradations, je ne l’accepte pas. L’histoire nous prouvera, que l’Etat fit preuve de modération et de concertation avec les syndicats, dans la gestion de cette crise. Le Général De Gaulle manqua de perdre pied, mais se ressaisit fort heureusement, pour le bien de la France. Il devait néanmoins rester très marqué par ces événements. »




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