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Psaume 151 (Léo Ferré) - Swann
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Psaume 151 (Léo Ferré) - Swann
L'auteur : Swann
La chanson : Psaume 151 (Léo Ferré)
Le texte (accrochez-vous, c'est un peu long)
Et puis je vous mets aussi le lien Le curé Philipe, pour que vous puissiez y laisser un mot...
Pourquoi Swann ? Parce que j'aime ce qu'il écrit. Par proximité, de génération, de formation, d'expérience, de "continent", intellectuelle aussi sans doute. Et pour l'ensemble de son "œuvre" publiée ici que je lis toujours avec plaisir tant elle me parle et tant elle est bien écrite.
Pourquoi cette chanson ? Parce que je trouve que son "impertinence" s'accorde bien à ces "pas de côté" du curé de Swann.
Nilo, la messe est dite.
La chanson : Psaume 151 (Léo Ferré)
Le texte (accrochez-vous, c'est un peu long)
Le curé Philipe
Philipe aimait la vie. Serviteur d’une religion où la félicité vient après la mort, ce trait de son caractère le lestait d’un véritable handicap.
Enfant d’une grande famille de métayers, il occupait, parmi ses nombreux frères et sœurs, le rôle peut enviable de mouton noir. Bien avant sa vocation opportuniste pour la prêtrise il avait pour religion, dès qu’il pu articuler un mot intelligible, de contredire ses parents. Seuls ses frères et sœurs soumis à la domination parentale se permettaient alors d’intervenir en fonction d’un ordonnancement bien réglé : ils le rabrouaient, le moquaient, sans oublier de l’agonir… bien entendu, le brouhaha lui était imputable. La punition tombait, inévitable, stupide et cruelle. Il comprit vite, que lorsqu’il y a dans un groupe social, un pouvoir fort, c’est une aubaine pour les pleutres de gagner du galon à force de flagorneries et de bassesses. Heureusement, et c’est dans l’ordre des choses, et peut-être même une preuve de l’existence de Dieu, le pouvoir fort soutenu par les imbéciles et les incapables, finit par s’affaiblir du boulet qu’ils représentent. Cruel destin des dictateurs, qui tombent inévitablement : beau fruit mur rongé de l’intérieur par les immondes asticots qu’il hébergeait et protégeait.
De fait, le père de Philipe finit seul, abandonné de sa progéniture servile et rejeté par ceux qui avaient soufferts de son autorité abusive.
Du temps de son autorité et de son pouvoir, il honorait une tradition familiale qui remontait au déluge de l’ancien testament si tant est que celui-ci eut existé : il injuriait Dieu à chaque repas, postillonnait en blasphémant, traitait la très sainte mère de putain adultère et menaçait le Saint Esprit d’un coup de fusil salutaire.
Nonobstant le caractère habituel et régulier de ses diatribes, il faisait preuve dans cet exercice, d’une réelle inventivité qui le rendait moins médiocre que le reste du temps: Il se révélait dans l’insulte céleste.
Philipe se devait de relever le défi et de contrer son géniteur dans son meilleur morceau de bravoure : il décida de se faire ordonner prêtre.
Oh, il aurait aussi bien célébré la fête des cabanes si son père avait été juif mécréant et récité le kaddish aux obsèques de sa grand-mère, mais il était de ce village, ilot papiste dans un pays plutôt parpaillot, alors…
Il est vraisemblable que sa pauvre mère n’en sut jamais rien. Depuis longtemps, sa passion pour l’alcool de betterave, qu’elle sirotait dans un appentis au fond de la cour, lui avait fait perdre le sens des réalités familiales. Quand elle rentrait à quatre pattes de son lieu d’intempérance en planches vermoulues et traversait la cour, elle suscitait la concupiscence du chien patou qui l’attendait et essayait de l’honorer.
Cela lui aurait peut être rappelé son premier contact avec son seigneur et maître père de ses enfants qui l’avait culbuté sans façon sur une caisse de pommes deux décennies auparavant et douze enfants plus tôt.
Philipe donc, fut prêtre après son passage au grand séminaire où personne ne se préoccupa de sa foi. Une foi qui n’était même pas celle du charbonnier. On enrôlait alors comme dans les armées napoléoniennes et le clergé grossissait ainsi de mercenaires indésirables ailleurs. Le goupillon aussi eut sa chair à canons et ses sergents recruteurs.
Contrairement à toute attente, Philipe fut un bon pasteur.
Son désir de la chair aurait pu l’entrainer vers les fragiles jeunes filles à peine pubères tant appréciées des mâles prédateurs ; il n’en fut rien.
Philipe leur préféra les mûres femmes de notables, prenant ainsi des risques considérables…à quoi tient l’ascèse…
Il aurait pu, profitant de son autorité, abuser des petits garnements du catéchisme ; encore, Il n’en fut rien. Il protégeait les petits qu’il sentait vulnérables et prenait des risques en menaçant les parents indignes entendus en confessions.
A l’alcool frelaté de ses brebis, il préférait des breuvages de qualité : Les vins de messe venaient rouges de Bourgogne et jaunes du Jura et ne pervertissaient pas la tête. La gourmandise même restait limitée à des préparations naturelles où la truffe entrait, mais pas le beurre noir.
Philipe avait un ennemi mortel, un vrai, le rebouteux, son contraire, aussi fut-t-il flatté d’être soupçonné par le commissaire lors de l’élimination salutaire de cet odieux personnage.
Les gens du village avaient la foi. Une foi utile cependant. Persuadés que la confession permettait la remise des péchés, ils réalisaient les pires horreurs puis se précipitaient à l’église à n’importe quelle heure afin de ne pas risquer de trépasser dans le péché.
Philipe avait l’habitude de confesser tout le monde avant Pâques. C’était alors la grande lessive, le nettoyage des écuries d’Augias. Les pénitences de prières qu’il infligeait devaient faire du village le champion du royaume es prières. Dieu Lui-même, certainement blasé pourtant, devait être abasourdi par une pareille avalanche de louanges et de supplications.
Philipe, raffiné et joueur commença à inventer des punitions inédites réservées à ses clients les plus pervers. Il contraignit le cantonnier qui abusait de ses petites voisines quand leurs parents étaient saouls à traverser la rivière en cru à la nage. Le village et les jeunes voisines furent débarrassés du vilain satyre.
L’ancien maire, tyran pervers qui n’exploitait pas seulement le frêle fondement des mouches mais étendait sa pratique à ses neveux et nièces, fut contraint de gravir la colline à main nu et jusqu’au sommet précédé de dix à quinze mètres de falaise, afin de faire, là haut, des dévotions prés du divin. Il rejoignit celui-ci plus vite que prévu, et définitivement.
Il fit preuve d’un peu d’humour, et de moins de férocité le jour où il convainquit l’énorme épicière, comme pénitence pour les messes noires organisées avec le rebouteux dans l’église même, à se faire rebaptiser comme elle avait du l’être cinquante ans auparavant.
Tout le village pu voir alors, la divine Tante Zulma, vêtue d’un lange, s’installer assise dans les fonds baptismaux, les fesses dans l’eau bénite, comme un œuf monstrueux dans un coquetier trop petit.
Philipe n’aimait pas Giovanni, ni le châtelain d’ailleurs, il avait l’impression qu’ils le laissaient tout deux seul sur le front de la bêtise et des perversités. Sans la foi, il n’avait même pas le recours de la prière… Lorsqu’il n’eut plus la force de lutter, il fit retraite dans un monastère voisin.
Deux jours après son arrivée, inutile, il se pendit avec la cordelette de son habit.
Philipe aimait la vie. Serviteur d’une religion où la félicité vient après la mort, ce trait de son caractère le lestait d’un véritable handicap.
Enfant d’une grande famille de métayers, il occupait, parmi ses nombreux frères et sœurs, le rôle peut enviable de mouton noir. Bien avant sa vocation opportuniste pour la prêtrise il avait pour religion, dès qu’il pu articuler un mot intelligible, de contredire ses parents. Seuls ses frères et sœurs soumis à la domination parentale se permettaient alors d’intervenir en fonction d’un ordonnancement bien réglé : ils le rabrouaient, le moquaient, sans oublier de l’agonir… bien entendu, le brouhaha lui était imputable. La punition tombait, inévitable, stupide et cruelle. Il comprit vite, que lorsqu’il y a dans un groupe social, un pouvoir fort, c’est une aubaine pour les pleutres de gagner du galon à force de flagorneries et de bassesses. Heureusement, et c’est dans l’ordre des choses, et peut-être même une preuve de l’existence de Dieu, le pouvoir fort soutenu par les imbéciles et les incapables, finit par s’affaiblir du boulet qu’ils représentent. Cruel destin des dictateurs, qui tombent inévitablement : beau fruit mur rongé de l’intérieur par les immondes asticots qu’il hébergeait et protégeait.
De fait, le père de Philipe finit seul, abandonné de sa progéniture servile et rejeté par ceux qui avaient soufferts de son autorité abusive.
Du temps de son autorité et de son pouvoir, il honorait une tradition familiale qui remontait au déluge de l’ancien testament si tant est que celui-ci eut existé : il injuriait Dieu à chaque repas, postillonnait en blasphémant, traitait la très sainte mère de putain adultère et menaçait le Saint Esprit d’un coup de fusil salutaire.
Nonobstant le caractère habituel et régulier de ses diatribes, il faisait preuve dans cet exercice, d’une réelle inventivité qui le rendait moins médiocre que le reste du temps: Il se révélait dans l’insulte céleste.
Philipe se devait de relever le défi et de contrer son géniteur dans son meilleur morceau de bravoure : il décida de se faire ordonner prêtre.
Oh, il aurait aussi bien célébré la fête des cabanes si son père avait été juif mécréant et récité le kaddish aux obsèques de sa grand-mère, mais il était de ce village, ilot papiste dans un pays plutôt parpaillot, alors…
Il est vraisemblable que sa pauvre mère n’en sut jamais rien. Depuis longtemps, sa passion pour l’alcool de betterave, qu’elle sirotait dans un appentis au fond de la cour, lui avait fait perdre le sens des réalités familiales. Quand elle rentrait à quatre pattes de son lieu d’intempérance en planches vermoulues et traversait la cour, elle suscitait la concupiscence du chien patou qui l’attendait et essayait de l’honorer.
Cela lui aurait peut être rappelé son premier contact avec son seigneur et maître père de ses enfants qui l’avait culbuté sans façon sur une caisse de pommes deux décennies auparavant et douze enfants plus tôt.
Philipe donc, fut prêtre après son passage au grand séminaire où personne ne se préoccupa de sa foi. Une foi qui n’était même pas celle du charbonnier. On enrôlait alors comme dans les armées napoléoniennes et le clergé grossissait ainsi de mercenaires indésirables ailleurs. Le goupillon aussi eut sa chair à canons et ses sergents recruteurs.
Contrairement à toute attente, Philipe fut un bon pasteur.
Son désir de la chair aurait pu l’entrainer vers les fragiles jeunes filles à peine pubères tant appréciées des mâles prédateurs ; il n’en fut rien.
Philipe leur préféra les mûres femmes de notables, prenant ainsi des risques considérables…à quoi tient l’ascèse…
Il aurait pu, profitant de son autorité, abuser des petits garnements du catéchisme ; encore, Il n’en fut rien. Il protégeait les petits qu’il sentait vulnérables et prenait des risques en menaçant les parents indignes entendus en confessions.
A l’alcool frelaté de ses brebis, il préférait des breuvages de qualité : Les vins de messe venaient rouges de Bourgogne et jaunes du Jura et ne pervertissaient pas la tête. La gourmandise même restait limitée à des préparations naturelles où la truffe entrait, mais pas le beurre noir.
Philipe avait un ennemi mortel, un vrai, le rebouteux, son contraire, aussi fut-t-il flatté d’être soupçonné par le commissaire lors de l’élimination salutaire de cet odieux personnage.
Les gens du village avaient la foi. Une foi utile cependant. Persuadés que la confession permettait la remise des péchés, ils réalisaient les pires horreurs puis se précipitaient à l’église à n’importe quelle heure afin de ne pas risquer de trépasser dans le péché.
Philipe avait l’habitude de confesser tout le monde avant Pâques. C’était alors la grande lessive, le nettoyage des écuries d’Augias. Les pénitences de prières qu’il infligeait devaient faire du village le champion du royaume es prières. Dieu Lui-même, certainement blasé pourtant, devait être abasourdi par une pareille avalanche de louanges et de supplications.
Philipe, raffiné et joueur commença à inventer des punitions inédites réservées à ses clients les plus pervers. Il contraignit le cantonnier qui abusait de ses petites voisines quand leurs parents étaient saouls à traverser la rivière en cru à la nage. Le village et les jeunes voisines furent débarrassés du vilain satyre.
L’ancien maire, tyran pervers qui n’exploitait pas seulement le frêle fondement des mouches mais étendait sa pratique à ses neveux et nièces, fut contraint de gravir la colline à main nu et jusqu’au sommet précédé de dix à quinze mètres de falaise, afin de faire, là haut, des dévotions prés du divin. Il rejoignit celui-ci plus vite que prévu, et définitivement.
Il fit preuve d’un peu d’humour, et de moins de férocité le jour où il convainquit l’énorme épicière, comme pénitence pour les messes noires organisées avec le rebouteux dans l’église même, à se faire rebaptiser comme elle avait du l’être cinquante ans auparavant.
Tout le village pu voir alors, la divine Tante Zulma, vêtue d’un lange, s’installer assise dans les fonds baptismaux, les fesses dans l’eau bénite, comme un œuf monstrueux dans un coquetier trop petit.
Philipe n’aimait pas Giovanni, ni le châtelain d’ailleurs, il avait l’impression qu’ils le laissaient tout deux seul sur le front de la bêtise et des perversités. Sans la foi, il n’avait même pas le recours de la prière… Lorsqu’il n’eut plus la force de lutter, il fit retraite dans un monastère voisin.
Deux jours après son arrivée, inutile, il se pendit avec la cordelette de son habit.
Et puis je vous mets aussi le lien Le curé Philipe, pour que vous puissiez y laisser un mot...
Pourquoi Swann ? Parce que j'aime ce qu'il écrit. Par proximité, de génération, de formation, d'expérience, de "continent", intellectuelle aussi sans doute. Et pour l'ensemble de son "œuvre" publiée ici que je lis toujours avec plaisir tant elle me parle et tant elle est bien écrite.
Pourquoi cette chanson ? Parce que je trouve que son "impertinence" s'accorde bien à ces "pas de côté" du curé de Swann.
Nilo, la messe est dite.
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... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Psaume 151 (Léo Ferré) - Swann
Belle association.
Toujours contente quand je vois que quelqu'un pense à quelqu'un.
Sylvie
Toujours contente quand je vois que quelqu'un pense à quelqu'un.
Sylvie
_________________
Sylvie
J'aime vraiment faire tourner les aiguilles des horloges à l'envers
Re: Psaume 151 (Léo Ferré) - Swann
Oui Sylvie, et merci pour ta belle idée.
Un regret cependant, que ces pensées restent trop souvent lettres mortes (ou simplement non vues) pour ceux qui ont vu passer ces cartes postales sans les lire ou sans voir ce qu'elles portent de sens. Ou simplement qui n'ont même pas pris la peine de venir les lire.
Et je ne parle pas pour celle-ci particulièrement, parce que j'ai remarqué que de très belles pensées sont restées avec très peu de signe de passage de lecteurs attentifs ou attentionnés.
Ou alors peut-être sont-ils simplement indifférents aux auteurs concernés, ou encore ils s'en tapent parce que ce n'est pas d'eux dont il est question.
Enfin bref, prêcher dans le désert, et écrire de nouveaux psaumes, pour qui, pour quoi ?
Nilo, pour ceux qui le méritent.
Un regret cependant, que ces pensées restent trop souvent lettres mortes (ou simplement non vues) pour ceux qui ont vu passer ces cartes postales sans les lire ou sans voir ce qu'elles portent de sens. Ou simplement qui n'ont même pas pris la peine de venir les lire.
Et je ne parle pas pour celle-ci particulièrement, parce que j'ai remarqué que de très belles pensées sont restées avec très peu de signe de passage de lecteurs attentifs ou attentionnés.
Ou alors peut-être sont-ils simplement indifférents aux auteurs concernés, ou encore ils s'en tapent parce que ce n'est pas d'eux dont il est question.
Enfin bref, prêcher dans le désert, et écrire de nouveaux psaumes, pour qui, pour quoi ?
Nilo, pour ceux qui le méritent.
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... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Psaume 151 (Léo Ferré) - Swann
Bon, voila, j'avais raté cette association... Mea culpa, c'est le cas de le dire. Pourtant, elle méritait bien mon passage, d'autant que "Amour Anarchie 70", je l'ai (en vinyl) depuis sa sortie. Merci Nilo...Mais je suis un peu triste d'être venu si tard te le dire.
Swann,
Le Curé Philippe réapparait dans la suite de" l'Eglise" que je posterai bientôt.
Swann,
Le Curé Philippe réapparait dans la suite de" l'Eglise" que je posterai bientôt.

Swann- MacadAccro

- Messages: 924
Date d'inscription: 31/08/2009
Age: 60
Localisation: entre deux cafés
Re: Psaume 151 (Léo Ferré) - Swann
Super !
Nilo, en attente.
Nilo, en attente.
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Psaume 151 (Léo Ferré) - Swann
Beau clin d'oeil Nilo, fait à un auteur que j'apprécie aussi beaucoup !
Dam.
Dam.
Re: Psaume 151 (Léo Ferré) - Swann
Oui, bien vu Nilo à tous les niveaux !
Autant pour ce clin d'oeil que pour ce constat...un peu déprimant.
Autant pour ce clin d'oeil que pour ce constat...un peu déprimant.
_________________
LaLou
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