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Guerre de la joie (ii)
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Guerre de la joie (ii)
Quelque chose, aux heures noires, se déconnecte. Il est amusant de constater que je n’ai jamais cherché à analyser ces voyages nocturnes. Le cerveau tourne, évidemment, puisque j’écris. Mais la fatigue m’empêche d’y penser. Le processus habituel où d’une image, d’un son ou d’une odeur, naissent des formes, pâte à modeler lumineuse en gestation aux phrases, est enrayé. Le rituel même de l’écriture n’existe plus.
Autour, j’ai éteins les lumières. Les choses naissent comme ça, de l’obscurité, du silence. Je suppose qu’à ces instants glacés où ni l’œil ni l’oreille ne fonctionnent, un état second s’installe. La musique – le piano ou les basses, seuls sons recevables – n’est plus seulement un fond sonore ; elle joint sa respiration au cerveau qui ronronne. J’ai créé le vide propre à l’émergence. Créer, est-ce réveiller un monde quand un autre s’endort ?
Il est possible que la sinusoïde créative ait, en sens contraire, le rythme des crépuscules et des aubes. A cinq heures je m’endors, comme tout s’agite. J’y vois la contradiction primitive, la révolte à ses balbutiements : sitôt que le monde dort, les enfants-rois braillent pour le réveiller. Je n’appartiens qu’aux heures mortes ; où le temps, privé d’expressions sensibles, semble figer ses cris, ses larmes et ses cadavres.
Privé de cette obligation de vivre – d’agir – je me borne à la dispersion. La jouissance de vivre est là : l’éparpillement immobile. Les agressions du jour sont là, quelque part ; le jour, malgré mon absence de vivre, je sens leur morsure. Elles creusent, dans la gélatine étourdie de mes contemplations, quelques niches ; peut-être aux errances broient-elles les possibilités de miracles. Elles sont interférences : la vie me rappelle, d’un coup de laisse à me briser le cou.
Pourtant j’y suis bien, dans ce rhume à merveilles : le nez bouché par la nuit, les yeux gonflés par l’espoir ; à grands éternuements de joie, je m’exprime. Qu’on m’y laisse. En dépassant la dépendance aigüe de l’autre, je suis bien plus qu’une tignasse, un regard ou une moue ; l’écriture m’offre, dans la fumée d’une cigarette, le sein, le ventre ou l’oreille à mordiller. Les corps nouveaux s’inventent dans la brume : je fais l’amour, sans passé ni futur.
Évidemment, d’autres considérations se pointent – bien moins brumeuses. La pensée se débat, tente de nouvelles résurgences ; elle me rappelle à l’heure, et à l’instant. Malgré tout, j’ai quelques victoires : je suis prêt à quitter ce monde. Pas physiquement, bien sûr ; mais ce que j’avais de tangible, je l’ai brûlé. Un autre subterfuge que cette pensée qui, au grand ménage, me rappelle à mon propre poids. En fuyant, j’entends gémir l’anneau vissé au mur.
Que sont ces mots, sinon la soif d’un territoire : j’ai cette image d’une frontière, sans mot pour la nommer. Elle propose, au-delà d’une ligne symbolique – factice, tant que ma propre réalité ne s’y incarne pas – une obscure liberté. J’entendais, derrière ce dernier cran, le gémissement des songes : ils vibrent autrement. Là, je touche aux aspirations primaires : l’éclosion diffuse et somptueuse d’un havre. Comme à ces terres promises où, n’ayant pas encore été foulées, la permission des joies est absolue.
L’ailleurs est une plaine après la neige : les plantes du rêve en percent la mousse, le relief y dessine l’algorithme incontrôlable d’un rire. A ce stade, je ne sais plus si je souhaite partir seul. Qu’y faire ? Y planter l’empreinte sale et conquérante du fauve ? Y joindre le pied complice d’une autre fuyarde – mangerons-nous le vent à deux, sur les collines ? La joie s’en va t-en guerre : où serez-vous, mes amis de chair et d’os, dans la paix grandiose de ces mirages ?
Aux petites morts, où la nicotine écrase au palais le goût permanent du feu, j’ai voulu joindre mes bras aux vôtres. Je ne sais pas qui vous êtes ; je vous ai, au détour d’une phrase mieux ajustée que les autres, aperçus parfois. Pourtant, je n’y rencontre jamais la certitude inébranlable d’un départ commun. La possibilité douloureuse d’être seul à bord me glace. Où êtes-vous, apatrides, zonards menteurs qui vendraient, pour l’espoir, le moindre morceau de carcasse ? M’avez-vous entendu – faites-vous vos valises ?
(..)
Autour, j’ai éteins les lumières. Les choses naissent comme ça, de l’obscurité, du silence. Je suppose qu’à ces instants glacés où ni l’œil ni l’oreille ne fonctionnent, un état second s’installe. La musique – le piano ou les basses, seuls sons recevables – n’est plus seulement un fond sonore ; elle joint sa respiration au cerveau qui ronronne. J’ai créé le vide propre à l’émergence. Créer, est-ce réveiller un monde quand un autre s’endort ?
Il est possible que la sinusoïde créative ait, en sens contraire, le rythme des crépuscules et des aubes. A cinq heures je m’endors, comme tout s’agite. J’y vois la contradiction primitive, la révolte à ses balbutiements : sitôt que le monde dort, les enfants-rois braillent pour le réveiller. Je n’appartiens qu’aux heures mortes ; où le temps, privé d’expressions sensibles, semble figer ses cris, ses larmes et ses cadavres.
Privé de cette obligation de vivre – d’agir – je me borne à la dispersion. La jouissance de vivre est là : l’éparpillement immobile. Les agressions du jour sont là, quelque part ; le jour, malgré mon absence de vivre, je sens leur morsure. Elles creusent, dans la gélatine étourdie de mes contemplations, quelques niches ; peut-être aux errances broient-elles les possibilités de miracles. Elles sont interférences : la vie me rappelle, d’un coup de laisse à me briser le cou.
Pourtant j’y suis bien, dans ce rhume à merveilles : le nez bouché par la nuit, les yeux gonflés par l’espoir ; à grands éternuements de joie, je m’exprime. Qu’on m’y laisse. En dépassant la dépendance aigüe de l’autre, je suis bien plus qu’une tignasse, un regard ou une moue ; l’écriture m’offre, dans la fumée d’une cigarette, le sein, le ventre ou l’oreille à mordiller. Les corps nouveaux s’inventent dans la brume : je fais l’amour, sans passé ni futur.
Évidemment, d’autres considérations se pointent – bien moins brumeuses. La pensée se débat, tente de nouvelles résurgences ; elle me rappelle à l’heure, et à l’instant. Malgré tout, j’ai quelques victoires : je suis prêt à quitter ce monde. Pas physiquement, bien sûr ; mais ce que j’avais de tangible, je l’ai brûlé. Un autre subterfuge que cette pensée qui, au grand ménage, me rappelle à mon propre poids. En fuyant, j’entends gémir l’anneau vissé au mur.
Que sont ces mots, sinon la soif d’un territoire : j’ai cette image d’une frontière, sans mot pour la nommer. Elle propose, au-delà d’une ligne symbolique – factice, tant que ma propre réalité ne s’y incarne pas – une obscure liberté. J’entendais, derrière ce dernier cran, le gémissement des songes : ils vibrent autrement. Là, je touche aux aspirations primaires : l’éclosion diffuse et somptueuse d’un havre. Comme à ces terres promises où, n’ayant pas encore été foulées, la permission des joies est absolue.
L’ailleurs est une plaine après la neige : les plantes du rêve en percent la mousse, le relief y dessine l’algorithme incontrôlable d’un rire. A ce stade, je ne sais plus si je souhaite partir seul. Qu’y faire ? Y planter l’empreinte sale et conquérante du fauve ? Y joindre le pied complice d’une autre fuyarde – mangerons-nous le vent à deux, sur les collines ? La joie s’en va t-en guerre : où serez-vous, mes amis de chair et d’os, dans la paix grandiose de ces mirages ?
Aux petites morts, où la nicotine écrase au palais le goût permanent du feu, j’ai voulu joindre mes bras aux vôtres. Je ne sais pas qui vous êtes ; je vous ai, au détour d’une phrase mieux ajustée que les autres, aperçus parfois. Pourtant, je n’y rencontre jamais la certitude inébranlable d’un départ commun. La possibilité douloureuse d’être seul à bord me glace. Où êtes-vous, apatrides, zonards menteurs qui vendraient, pour l’espoir, le moindre morceau de carcasse ? M’avez-vous entendu – faites-vous vos valises ?
(..)

Zlatko- MacadAccro

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Age: 20
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Re: Guerre de la joie (ii)
la guerre continue : joie.
pour ma part, je récupère quelques munitions, comme celles-ci :
pour ma part, je récupère quelques munitions, comme celles-ci :
Zlatko a écrit:
L’ailleurs est une plaine après la neige : les plantes du rêve en percent la mousse, le relief y dessine l’algorithme incontrôlable d’un rire. A ce stade, je ne sais plus si je souhaite partir seul. Qu’y faire ? Y planter l’empreinte sale et conquérante du fauve ? Y joindre le pied complice d’une autre fuyarde – mangerons-nous le vent à deux, sur les collines ? La joie s’en va t-en guerre : où serez-vous, mes amis de chair et d’os, dans la paix grandiose de ces mirages ?
Re: Guerre de la joie (ii)
Je retiens que
L’ailleurs est une plaine après la neige
même si j'ai moins aimé cette deuxième bataille de la guerre de la joie.
Elle me semble moins bien préparée, comme si la première victoire engrangée suffisait au stratège qui laisserait sa place au tacticien.
Nilo, sur le front.
L’ailleurs est une plaine après la neige
même si j'ai moins aimé cette deuxième bataille de la guerre de la joie.
Elle me semble moins bien préparée, comme si la première victoire engrangée suffisait au stratège qui laisserait sa place au tacticien.
Nilo, sur le front.
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... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Guerre de la joie (ii)
Disons que contrairement aux griffouillis, je n'écris pas qu'en état d'extrême urgence. Il y a plus de réflexion, de travail de mise en place. Je suppose que ça perd en punch ce que ça gagne en recherche. Je ne peux pas faire mouche à toutes les phrases ! Puisque je ne sais pas exactement où je vais.
Z.
Z.

Zlatko- MacadAccro

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