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Sénégal,Nianing,France, Mars à Juillet 1974, Marc Tremsal, 111° à 111° Bon°

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Sénégal,Nianing,France, Mars à Juillet 1974, Marc Tremsal, 111° à 111° Bon°

Message  tremsal le Mer 4 Mai - 16:47

Ayant du mal à trouver le sommeil, je songe avec émotion à cette imprévisible bourrasque que nous avons vécue Mathilde et moi, en cette année 1974. C’est vrai que la situation est meilleure. Mais rien n'est gagné. L’extrême prudence est toujours présente. Je pense à nos deux enfants qui jusque-là, ont été protégés par notre attitude. Laquelle ? Un sage sentiment de précaution que j’ai demandé à Mathilde de respecter, c’est-à-dire, en leur cachant son grand désarroi.
*


Acceptez de vivre, dans un perpétuel mensonge, dans la crainte de faire souffrir, c’est la voie que j’ai choisie. Vivre pour que deux jeunes enfants ne soient pas broyés par le déchirement d’une séparation. C’est le combat que j’ai choisi de mener. Vivre, pour tenter de nous sauver, en remettant en cause toute notre vie en région parisienne et ma réussite professionnelle. Vivre, en quittant chacun nos parents, loin de s’imaginer le drame que nous vivions, en s’exilant en Afrique Noire. Vivre bientôt cette vie nouvelle, parce que le destin nous a fait rencontrer un Grec, Apo, le jour où nous devions quitter le Sénégal !...Et qu’il nous convainc, d'être ses invités une semaine de plus…pour finalement nous demander de venir nous installer à ses cotés! Vivre enfin, pour que nous puissions nous retrouver heureux, en famille, un jour prochain…

Ai-je fait le bon choix en l’imposant à nous tous ? Ai-je bien fait de garder le secret et de demander à Ty, de faire de même ?
C’est vrai, qu’Apo, en m’avouant ses graves soucis financiers, m’a, en quelque sorte, incité à investir. Mais, je ne regrette rien. Je suis au milieu du guet. Je regarde devant moi, sans m’apitoyer sur mon sort. Je n'ai que trente sept ans !....Je me sens fort malgré tout… Je prie Dieu de me guider, de me pardonner mes erreurs et de nous protéger… Le sommeil m’envahit. Comme dans un rêve, mon esprit est transporté avec la force du vent chaud Africain, au-delà des mers, vers cette terre, vers ces populations que ma curiosité m’a déjà fait connaître. Je découvre au loin, cette nature désertique du Sahel, et ces refuges verdoyants, que l’on appelle « Oasis »…Et puis, je m’endors.

Toute la famille s’est levée tôt. Les enfants viendront avec moi à Orly, accompagner leur maman. Etant allé de bonne heure à la boulangerie, on a eu droit aux croissants chauds et à des tartines de pain frais, beurrées.
--Merci papa, pour le bon petit-déjeuner ! Abandonnant la 403, me voici au volant de la Taunus. Il faudra la vendre avant notre départ.
Ty, revient dans deux jours et la semaine va être, très chargée. Après l’avoir déposée à Orly, je montre aux enfants la zone de fret, lieu où vont arriver toutes les livraisons pour le départ du matériel, de samedi prochain.
--Vous m’aiderez à faire les cantines à l’atelier mes chéris. On y mettra tout ce qui n’est pas trop lourd. Tous les jeux de sociétés. Vous ferez le tri dans vos affaires, vos livres préférés, je pense à ta collection de Tintin et Milou Christian, et à tes livres de la bibliothèque rose Isabelle.
--Papa, on y mettra tes livres sur l’ Afrique et sur la nature, il y en a beaucoup !




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A Paris, visiter le Jardin des Plantes !
Amkoullel.
Une gare sur notre route.
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En rentrant dans Paris par la porte d’Orléans, de retour d’Orly, je propose aux enfants d’aller découvrir Le Jardin des Plantes, quai d’Austerlitz. Toujours en transformation, ce lieu est à voir à l’approche de l’été, nous y sommes allés, il y a trois ou quatre ans. Ce parc où la nature est reine et où il fait bon flâner, a été crée par Louis XIII. A cette époque, les « naturalistes », font partis des grandes expéditions maritimes. Ils sont à la recherche de plantes et d’animaux inconnus en Europe, qu’ils ramèneront du bout du monde. Dans ces trente et quelques hectares, sans cesse réaménagés, se développera le premier parc animalier d’espèces rares et de plantes européennes et exotiques au monde. On peut y voir certains arbres qui ont traversé les siècles.
Il y a beaucoup de monde et Christian veut aller voir les squelettes de Dinosaures dans la Galerie de Paléontologie. C’est très impressionnant, ces milliers de pièces préhistoriques, ces collections de Fossiles, ces animaux reconstitués. Isabelle observe et suit son frère à la trace. Nous voici dans les allées de l’immense jardin des Plantes, anciennement appelé Jardin Royal. Je voudrais montrer aux enfants, cet arbre de plus de cent cinquante ans, le Ginkgo Biloba, arbre dont je me souviens du nom, car il en avait un, bien plus que centenaire, à La Fabrique, à St Rémy de Provence, maison familiale des Valay-Mistral où a grandi ma chère maman. Plus loin, dans l’allée principale du jardin, le Robinier, faux acacia, planté en 1636. A cette saison, la plus-part des plantes exotiques sont à l’extérieur et en fleurs, et les palmiers de toutes sortes, les araucarias, bambous, me donnent des idées pour Nianing. Je prends des notes. La ménagerie est fermée aujourd’hui. Sa particularité est depuis toujours, d’accueillir des espèces protégées. (Singe Orang Outang). Des tortues Sulcata,etc. Christian et Isabelle qui connaissent le zoo de Vincennes, ne sont pas trop déçus. Après ce bain de verdure, de fleurs, d’histoires naturelles, de géologie, nous voilà à la voiture.
--Papa, je suis sûr que tu as pensé à l’Afrique au Jardin des Plantes ? Tu veux bien passer par les Champs Elysées, pour rentrer ?
--Oui, et cela m’a donné des idées !
D’accord mes chéris, on passe par les Champs. Vous pensez à maman qui a dû arriver au Maroc ?
--Oui papa…

Place de la concorde, les Champs, l’Etoile, le bois de Boulogne en fleurs et Suresnes. On n’a pas vu passer le temps. Ty ayant fait les courses, on va grignoter à la maison. Au menu, des pommes de terre au lard, salade et il y a des glaces pour le dessert. En attendant l’heure du repas, je demande aux enfants de voir dans leurs vêtements d’hiver, ceux qu’ils ne mettent plus, et qu’on donnera à la paroisse de La Salette. J’en profiterais pour allumer quelques cierges…De même pour des chaussures, des livres de classe et des jouets. Isabelle désire emmener ses poupées, ses boites de peintures....
Je suis conscient que nous sommes limités dans le poids de nos bagages, mais eux, mes chéris, je les trouve tellement raisonnables pour leur jeune âge... De mon côté, je vais également donner mes affaires d’hiver. Il faut réaliser qu’en Afrique et dans un village de vacances, au bord de l'océan, nous vivrons habillés avec des vêtements d’été, (jeans, chemises, tee schirt). Pour les soirées, il sera temps de faire travailler les tailleurs locaux. Je ne réalise pas encore que mon métier m’obligera à vivre chaque jour de la saison touristique, entièrement à la disposition des estivants. Que mes journées et mes soirées seront pleinement vécues avec eux…

Les enfants sont à la télé. Ils ont faim ! Me voici en cuisinier et ce plat qu’ils adorent, sera prêt dans une demi-heure. Coup de téléphone, c’est Mathilde et la joie d’Isabelle et de Christian est réelle.
--Papa, c’est maman, viens vite. Tout se passe bien à Agadir, temps splendide et bonne ambiance…
On parle quelques instants, tout se passe bien…
--A demain soir Ty, je t’embrasse.

A la télé il y a des variétés et une émission de Frédéric Rossif, sur des animaux observés dans un parc en Afrique du sud. Je prépare trois plateaux repas et nous voici bien installés dans le canapé. Isabelle me dit.
--Papa, c’est comme à Nompatelize, tes patates au lard sont comme celles de Mamyette ! Christian qui se régale :
--Celles de Mamyette sont un peu plus cuites , et avec du jambon! Mais c’est bon papa, c’est bon !
N’ayant pas de nouvelles d’Apo, j’appelle le Sénégal. Elisa est contente de m’entendre et j’ai de la chance Apo est au Domaine.
--Marc, bonsoir, est-ce que tout va bien ?
--Oui, Apo. Je suis content, tout le gros du matériel pars d’Orly très bientôt. Finalement tu ne viens pas à Paris ?
--Non, il y trop de boulot ici. Tu vas être content, la piscine avance bien.
--Apo, et notre maison au fond du parc ?
--Je m’en occupe.
--Et l’affaire Hertz ? Où en es tu ?
--Ca avance, mais il faut remettre en état tous les véhicules ! Alex a du boulot…
--Apo, à bientôt, bonne nuit.

Après la soirée télé, qui nous a transportés dans la savane Africaine, à la recherche de lions, de lionnes, de buffles et d’Antilopes cheval, Isabelle me demande une lecture avant de s’endormir. Christian est plongé dans un « Signe de Piste », souvenir de son court passage aux scouts…
Ce soir, Isabelle voudrait que je lui lise, la suite de « L’enfant Peul », d’Hampâté Bâ. Niélé était l’épouse et la mère d’Amkoullel, l’enfant peul. Ce récit se déroule en pays Dogon, au Mali, dans la ville de Bandiagara…

…A Bandiagara vivait alors en vieux boucher nommé Allamodio.Il appartenait à la classe des Rimaîbé (sing.dîmadjo), c’est à dire des « captifs de case »,ou serviteurs liés à la famille de génération en génération. En tant qu’ancien dîmadjo des Hamsalah, il était tout dévoué à leur famille. Or ce vieux boucher, réfugié à Bandiagara, était si bien entré dans les bonnes grâces du roi Tidjani, que celui-ci l’avait affranchi et lui avait confié la charge de fournir en viande tous les Toucouleurs. Mon père Pâté Poullo, qui était devenu le gestionnaire des troupeaux de Tidjani, avait reçu pour instruction de mettre chaque jour à la disposition d’Allamodio autant d’animaux qu’il en fallait pour couvrir les besoins des habitants.
Durant tout le règne de Tidjani, en effet, aucun Toucouleur, aucun Peul rallié ni aucun membre de l’entourage royal n’eut à payer quoi que soit pour sa subsistance. L’Etat leur fournissait viande et nourriture, et de grands repas gratuits étaient ouverts chaque jour aux pauvres.
Les abats des animaux revenaient à Allmodio qui tirait en bon profit de leur revente, mais il n’utilisait son argent que pour secourir les déshérités. Sa bonté était si proverbiale qu’elle lui avait valu son surnom d’Allmodio, mot qui, en Peul, signifie littéralement : « Dieu est bon ». Jamais homme n’avait mieux mérité son surnom !
Sa maison était devenue le refuge de tous les malheureux, orphelins de guerre ou victimes du sort, qui, arrivant à Bandiagara, ne savaient où aller ni comment vivre. Une bonne trentaine de garçonnets et une vingtaine d’adultes sans ressources vivaient ainsi dans sa vaste concession. Le Roi Tidjani, qui l’estimait beaucoup, avait déclaré sa demeure inviolable…


Selon son habitude, Isabelle venait de s’endormir et je lâchais sa petite main…A cette heure l’appartement est silencieux. Je vais dormir cette nuit au salon, Ty n’étant pas là, je me retrouve seul avec les enfants. La télé est restée allumée, sans le son. Il n’y a rien d’intéressant. Je m’empresse de l’éteindre. Après avoir ouvert, le canapé lit, la pièce sent le parfum que Ty aime mettre sur le col de ses chemisiers, « Eau Sauvage » de Dior. Parfois elle en met sur sa chemise de nuit, que je trouve bien pliée. Je la range dans l’armoire. Il y a tant de mois où je ne me suis pas couché dans ce lit… « Je l’imagine là, toute belle, je la regarde dormir », avant d’éteindre la lumière. Le train de nuit, de marchandises, avec sa locomotive à vapeur, fait un bruit d’enfer en passant en contre bas du Donjon. Il doit être vers les 22 heures et quelques minutes. La nuit et mes pensées, m’entraînent vers cette Afrique Noire que j’ai appris à aimer et qui m’attend, qui nous attend. Arriverons nous à accéder au bonheur dans cette nouvelle existence, où les moments de vie privée seront rares…Je vois les jours qui passent et la date de notre départ qui arrive. Il reste tant de choses à faire ! Demain soir, Ty, reviendra d’Agadir.



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