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France,Sénégal,Nianing,France Mars à Juillet 1974,120° à 126 ° Bon°
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France,Sénégal,Nianing,France Mars à Juillet 1974,120° à 126 ° Bon°
Parfois, je me pose la question, tant je connais la sensibilité de nos deux enfants. Est-ce qu’ils ont, depuis ces deux ans, remarqué le désarroi de leur maman ? A aucun moment, ils ont fait des remarques. Songeant à ce que nous avons vécus, au bouleversement de notre vie, à ce choix vers l’Afrique Noire, qui reste à transformer sur le terrain, je réalise que le risque est grand. C’est vrai que j’ai mener le jeu, forcer le destin parfois et que Mathilde l’a accepter, malgré cette tentation, de nous quitter... Plus que trois semaines avant l’envol vers la terre rouge, l’océan vert du Sénégal. Pour rassurer Armande, je l’appelle de l’atelier. Plus je la connais, plus elle me donne l’impression d’un être tourmentée, ce qui ne l’empêche pas d’être performante, de connaître les dossiers à fond. A voir le travail de secrétariat qu’elle assume au niveau de mon matériel, la douane, la concession Hertz et tout le reste, je comprends qu’elle puisse être parfois soucieuse. Je lui pose néanmoins quelques questions… Ou en est la piscine ?...Et notre maison ?
--Marc, je sais que tu avais remarqué, que j’allais rarement au Domaine, et bien ça continu. Je suis trop occupé à Dakar. Mais les travaux avance, Apo y es actuellement. Il a du souci avec Philippe, le représentant Jet Tours, qui a très mal pris, qu’il serait remplacé par… Mathilde Tremsal ! Bon Marc, à bientôt et encore merci pour tout ce que tu as entrepris pour Apo.
Par rapport au courrier électronique de nos jours… le télex des années 70, semble une antiquité ! Mais ceux que j’ai là sous mes yeux, n’ont pas perdu de leurs couleurs noir et rouge. Ils sont intacts. Je poursuis le rangement de l’atelier, et décide de laisser sur les murs mes affiches de cinéma. J’avais fais un support pour superposer une dizaine de 120X160cm. Ce qui me permettait de les changer de temps en temps. C’est celle de « Que la Bête meurt » de Claude Chabrol, qui est en place.
Que de bons souvenirs avec ce grand cinéaste avec lequel j’avais noué des liens de sympathie et qui m’avait imposé dans le milieu très fermé du cinéma français ou plutôt parisien ! Lui apprenant il y a quelques temps, mon départ de Paris, sa surprise fut totale, mais il me souhaita bonne chance…en me demandant de le rappeler dés mon retour en France. Chabrol était un grand cinéaste, et un vrai spécialiste des films « dits policiers ». Son talent comme scénariste, directeur d’artistes et réalisateur, lui permettait de faire tourner les plus grands, comme les plus obscurs de nos acteurs. Toujours reviennent les souvenirs de nos repas copieux, joyeux, aux champs élysées, bien arrosés et ponctués de bonnes histoires.
Je profite de jeter des tas de vieux dossiers qui ne servent plus à rien. Le téléphone sonne. C’est mon beau père qui veut nous dire un petit bonjour. J’averti Ty par l’interphone.
--Je vous embrasse, cher papy Georges…
Demain samedi 6 juillet, c’est de bonne heure que nous irons à Orly. Christian veut m’accompagner. Il me tarde que cette journée soit derrière nous ! René Tabone m’a laissé entendre qu’il connaissait le commandant de bord et que cela facilitera les choses.
Ce soir, Il y a un bon film pour tous, « Chantons sous la pluie » avec Gene Kelly et Debbie Reynolds…Film culte, une des premières comédies musicales, mis en scène pour le cinéma et qui bâtit tous les records. Ty nous a préparé une grande omelette au fromage et une corbeille de fruits. On mange devant la télé. Isabelle adore cette comédie musicale, qu’elle a déjà vue. Elle se passionne pour tout ce qui touche à la danse, classique et moderne. Moi, je me souviens d’avoir vu ce film à Tunis, au Palmarium, en charmante compagnie, peut être en 1952. Ty aussi apprécie ce genre de film. De Tunis les nouvelles sont bonnes et Papy doit venir en France pour des examens médicaux annuels. C’est mon beau-frère le Docteur Marc Bartolo qui le suit, malgré la distance. Georges Rondeau l’apprécie et a confiance en lui. Mais je pense que nous serons partis… En chœur
--Merci maman.
--Merci Ty.
Après ce beau film, direction nos lits respectifs. Le train de marchandises me semble moins bruyant que les autres soirs. Je tire mon lit escamotable et Isabelle veut une histoire ou un poème. Christian lit et Ty nous dit bonsoir.
--Papa , lis moi le poème que mamy yette aime tant et qu’elle connait par cœur.Ca commence par…Les sanglots longs…
--Isabelle chérie, c’est de Verlaine : « Chanson d’automne ».
Nos mains se rejoignent et prenant le recueil de poésies, je trouve une sélection sur Verlaine et le poème si connu.
Les sanglots longs
Des violons
De l’Automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
--Papa, que c’est beau et triste aussi. On va dormir, bonne nuit mon papa, merci.
Mon père avait offert à maman dans les années soixante, « l’Anthologie de la Poésie française », de Georges Pompidou, essai, qui eut beaucoup de succès. Ce précieux ouvrage, son livre de chevet, ou j’ai pu dénombrer plus de cent signets, placés délicatement, me fut remis par elle, quelques jours avant qu’elle ne nous « quitte sereinement » en 1992. Sur la page de garde est écris, à l’attention de son Jean : merci mon amour. Je garde ce livre avec tendresse et j’aime y vagabonder, y retrouver les textes aimés et choisis par maman. Vers sept heures, je réveille Christian. Petit déjeuner copieux et nous voilà partis pour Orly. Je préfère arriver en avance. René m’a donné rendez-vous vers la zone du fret.
Orly, en 1974 est le seul grand aéroport en région parisienne. Son énorme trafic tous azimuts, laisse entrevoir le grand projet de Roissy. Nous sommes en avance et attendons René Tabone, devant le portail du fret. La radio crépite des infos inaudibles et Christian met une cassette de chanteurs yéyé !
--Papa, de dessinateur publicitaire, te voilà organisateur, animateur d’un village de vacances en Afrique Noire ! Mais comment peux-tu apprendre aussi vite un nouveau métier ?
--Tu sais que ma formation aux Beaux Arts à Tunis, mon attirance pour les sports et pour la nature, mes presque trois années d’armée dans les parachutistes…Y sont pour beaucoup. Et puis, ma facilité à dessiner et à apprendre en six mois à Paris, ce job de graphiste, a été déterminant pour que je m’installe en indépendant ? Ce parcours, a forgé l’homme que je suis, indépendant, curieux et passionné.
--Papa, je t’aiderais à Nianing.
Tabone arrive enfin. Nous voici à l’intérieur des grands hangars. Dans un grand box, tout mon matériel est là. René a mobilisé trois personnes et deux grandes remorques tractées. Il me demande un peu d’argent pour le pourboire. Le Boeing 747 est à cent mètres. Il nous faut attendre l’arrivée du commandant de bord que René a vu. René fait charger sur une remorque, en premier, les encombrants rouleaux de grillages de tennis, de quatre mètres de long et de soixante cm de diamètre. et les accessoires. Un responsable de la sécurité vient nous voir. En vrai pied noir organisateur René Tabone lui explique le détail l’opération. En une heure de temps, le matériel, bateau, moteur, sellerie, vélos, accessoires divers, ont rejoint les grillages sur le tarmac, à coté de l’avion. Avec Christian nous restons volontairement à l’ écart. Un panneau de Jet Tours et voici un gars qui s’approche de nous. René le salut et ils conviennent que pour charger l’appareil, on attendra l’équipage. Déjà arrive sur des chariots les bagages des voyageurs et d’autres palettes pleines. Cet avion blanc est impressionnant. René est allé vers le bâtiment principal et le voici de retour avec le commandant de bord. Au bout de quelques minutes, notre chargement commence et de loin, je vois rentrer dans la soute, sans difficultés, tout le matériel. René Tabone, discute avec les manutentionnaires et les remercie…Finalement tout s’est bien passé et le plus dur est fait.
Le fait que Jet Tours soit une filiale d’Air France, est pour beaucoup dans cette efficace opération, mais tout c’est bien passé grâce à René. Le bon café pris au bar, est le bienvenue. Christian prend un coca. Le représentant Jet Tours nous signale qu’il y a une bonne trentaine de passagers qui vont au Domaine.
J’en profite pour lui dire que je pars le 20 Juillet avec pas mal de bagages. Je suis conforté. C’est lui qui sera à l’embarquement ! Donc pas de problème. Il est au courant, que Mathilde et moi, arriveront en force, (mon investissement), à Nianing. J’ai oublié son nom, mais je le revois habiller en rangers, et fort sympathique. Nouvelle tournée, une bonne bière et un jus de fruit au bar d’Orly avec René que je remercie vivement avant de partir. Je lui rappelle, qu’il faut reprendre à Suresnes, la 403 d’Apo. Sur la route, de retour d’Orly, Christian me fait réaliser que tout s’est bien passé, en me disant :
--Papa, tu dois être satisfait, que le plus gros de ton matériel soit parti !
--Oui, tu as bien raison, et gratuitement !
C’est un vrai soulagement. Je n’ai pas eu besoin de louer un véhicule, puisque les cantines sont en attente de départ à Jet Tours. La dernière est à Suresnes et partira avec nous fin Juillet. Tout va se jouer à Dakar, ce soir, au débarquement de nuit à l’aéroport. Je fais confiance au commandant de bord, à Apo, à l’équipe Jet Tours, à Ali Kébé…
Nous voici à Suresnes. Il est midi et Ty a entrepris un grand ménage avec isabelle. On leur raconte notre matinée à Orly. Je crois que nous allons aller déjeuner au « Père Lapin », vu l’état de la maison.
Ensuite, on continuera les rangements à l’atelier. Je tiens à ce que le fils Sicard, trouve des locaux propres et en ordre.
--Marc, pour les dons à Notre dame de La Salette, c’est prêt, il y a deux valises.
--Merci Ty, on ira les donner tout à l’heure.
C’est à pied qu’on va au restaurant. Menu inchangé. Saucisses frites et salade verte. Un petit extra de vin rosé pour Ty et moi. Des bananes flambées en dessert et un gâteau d’anniversaire ! Il fait un temps superbe et le restaurant guinguette est très animé. Le récit de notre matinée intéresse bien ma petite Isabelle, qui regrette de n’être pas venue. Ty est détendue et je la regarde. Elle est belle et je l’aime. Christian et Isabelle iront voir cet après-midi leur entraineur de natation, pour un au revoir. Le bon niveau qu’ils ont, leur sera toujours un atout et nager dans l’océan est très agréable. Mathilde est prête à donner des jouets et des livres. Les enfants font le tri. Isabelle tient à garder certains ouvrages, qui iront à la cave. Peu à peu l’appartement s’est allégé et Hubert pourra ranger ses affaires.
Comme souvent en fin de semaine, les amis téléphonent. Après les Pernet, c’est le tour des Durtelle de Saint Sauveur. Jean-Yves était en Algérie, sergent comme moi, et s’est retrouvé assez actif dans l’OAS, en 61, ce qui lui a valu quelques années de prison. Il a fondé une famille, mais reste toujours instable et toujours marqué par ces événements douloureux de la fin de cette guerre. J’ai un peu perdu de vue Henri de Castelanne, l’ un « des quatre sergents », qui fait une belle carrière au groupe Martini, après un grand mariage avec une américaine. Quand à André Martinez, il est parait-il… en Afrique…
Les enfants étant à la piscine, je vais avec mes deux petites valises, à La Salette, chapelle qui se trouve à cinquante mètres du Donjon. Je m’en veux, malgré mon éducation religieuse, d’aller rarement à la messe. Parfois, comme aujourd’hui, j’irais dire une prière et brûler quatre cierges, en pensant à tous ceux que j’aime. Le samedi il y a une permanence et je confie les valises à une dame, en lui disant que j’aimerais les récupérer en début de semaine. Je lui explique que c’est un don de vêtements et de livres d’enfants, elle me remercie vivement. De retour à l’atelier, j’ai très envie d’appeler le Sénégal, pour dire que tout est bien parti, mais Tabone l’a surement fait. Le coût du téléphone est très élevé et j’attendrai demain. La famille Debroc, de Poissy, vient d’appeler pour nous inviter dimanche midi, Ty est d’accord. Jusqu’au soir je fais des rangements. J’installe dans la cave deux nouvelles étagères, que j’avais en réserve. Dans l’armoire blanche, où sont rangés des vieux livres de valeur ainsi que d'autres auxquels je tiens, Isabelle pourra y mettre sa bibliothèque rose au complet. La collection de Tintin et Milou d’Hergé de Christian, ira dans la dernière cantine, à moins que ce soit déjà parti ?
J’éprouve du plaisir à savoir que ce soir, tout mon matériel sera au Sénégal. Nous arrivons vers la fin de ce parcours du combattant, de cette période exaltante, qui s’est imposé à nous, révolutionnant nos vies, et qui va se poursuivre en famille, en Afrique Noire, au Sénégal, à Nianing. Les conseils de prudence de mon frère Paul, d’ Alain Tuil, sur la gestion de mes activités loisirs et sports, de mes revenus, me sont présents à l’esprit. Je reconnais que je ne suis pas un gestionnaire de premier plan, mais je trouverai bien un comptable au Domaine. Ce qui est le plus préoccupant, c’est le montant de mon chiffre d’affaire, son importance, compte tenu d’une clientèle pas très jeune, d’après ce que j’ai pu voir. Il est évident que je devrais faire face à des difficultés et la situation d’Apo, telle que je la connais, n’arrangera pas les choses. Mais, je me dis:
« Marc. Ton moral est au plus haut, malgré tout ce que tu as connu ces derniers mois. Ty, est partante et semble regarder définitivement devant elle. Tes enfants sont heureux de partir, tu ne dois pas noircir le tableau. Garde courage et foi, l’avenir nous sera favorable »
J’ai mis la radio à l’atelier et j’entends s’époumoner l’écologiste René Dumont, qui fut candidat à la présidentielle, et qui sur le devenir de la planète, est alarmant. J’en fais la synthèse…
…Guerres intestines, dictatures, démographie galopante, corruption, déforestation, déboisement, épidémies, pollution atmosphérique, industrielle, chimique..., A force de lire Levis Srauss, et ses réflexions sur la civilisation destructrice et les dégâts causés par la découverte des continents, par des soi-disant explorateurs-civilisateurs, je me pose des questions et oui, je pense seulement, je ne rêve pas et j’aimerais espérer qu’il existe quelque part. Le …
« …Pays, ou il n’y a pas de traces du passage des hommes ? Pays, ou la nature est reine ? Pays, ou les hommes vivent encore de cueillette et de chasse, juste en prélevant le nécessaire. Pays de celui qui a le savoir et qui enseigne la sagesse et la connaissance. Pays de la sagaie et de l’arc. Pays, au climat tempéré, chaud l’été et à peine froid l’hiver...Pays, où les forêts semblent éternelles, les arbres vénérés, et où les abeilles butinent des fleurs, pour faire le meilleur des miels. Pays, des mers au bleu limpide, remplies de poissons et de coquillages…
Pays où les fleuves, les rivières, les lacs, sont utiles à l’homme et désaltèrent des multitudes d’oiseaux et d’insectes. Pays, où les cultivateurs produisent du blé dur pour faire le pain, du fourrage pour leurs moutons. Pays du berger et de sa flûte. Pays, où les éleveurs sèment leur herbage et dont les vaches donnent du bon lait, du fromage et les bœufs, la meilleure des viandes. Pays où les vignerons cultivent la vigne et produisent du bon vin. Pays où les femmes sont belles et souriantes, actives et participant à la vie, en éduquant leurs enfants. Pays, où l’habitat se confond dans la nature, par des formes et des matériaux naturels. Pays où les vanniers, les potiers, les forgerons, fabriquent des merveilles pour les populations. Pays, où les jeunes écoutent les anciens en les respectant. Pays, où les musiques sont des mélopées se confondant avec les chants des oiseaux. Pays où le livre est Roi. Pays, sans télé, sans radio, sans auto ni moto, sans avion, ni TGV. Pays où le cheval, la plus belle conquête de l’homme, fait le bonheur des hommes. Pays où l’on protège les personnes âgées, et qui ne possède pas de maisons de retraites, car elles vivent avec leurs enfants et petits enfants … »
Et puis, comme dans « le Petit Prince » :
--Dis, monsieur, dis le moi, ce pays existe il ?
De temps à autre on se surprend à philosopher et à croire en l’humain…
[justify]On se retrouva tous à l’appartement. Christian avait gagné une course et une médaille. Ils ont donc, tous les deux, quittés leurs amis pour un certain temps, et leur moniteur. Un coup de fil de René Tabone, pour me dire qu’il a eu Apo et que l’avion s’est posé à l’heure. Toute l’équipe était à l’aéroport. Ty, nous a concocté une omelette aux lardons, salade verte et ce soir, à la télé on a, une émission de variétés françaises. Au programme, Aznavour, Dalida, Ferrat, Gainsbourg, Sardou etc. Isabelle adore ce genre d’émission. En attendant, on a eu droit à de très belles images, des véliplanchistes virtuoses, qui participaient à une course, vers St.. Tropez.
--Papa, tu as prévu des planches à voile pour le Domaine ?
Christian a raison de s’interroger ?
--Oui, c’est prévu, mais en deuxième temps.
Très certainement ce sera des Windsurfs, et le matériel partira par Jet Tours. J’ai une documentation et des tarifs. Une dizaine fera l’affaire, plus des accessoires. Par contre ce sport très technique nécessitera un moniteur à plein temps ? Je verrais avec les conseillers en sports de Jet Tours.
--Papa, il me tarde d’en faire, et toi Isabelle ?
--Oui, oui, on fera des courses !
Ambiance sympa, plateaux repas, et soirée télé. Vers vingt deux heures, un appel d’Apo, qui veut me rassurer :
--Marc, bonsoir, tout ton matériel est bien arrivé et a quitté l’aéroport. Pas de problème avec la douane. Le camion d’ Ali Kébé, était plein à ras bord. Je vais tout remiser dans les magasins. Bravo Marc.
--Merci d’avoir appelé Apo, Mathilde t’embrasse ainsi que Armande.
Très belle émission, avec Brassens et son éternel « Gorille », Léo Féré, Barbara…
C’est l’heure de faire dodo, Isabelle veut une petite histoire, malgré l’heure tardive.
Bonsoir maman, disent en chœur les enfants.
Isabelle, tu veux que je choisisse Amkoullel, l ’Enfant Peul ?
--Oui, Papa, la suite si tu retrouves de… Mon père Hampâté :
--Marc, je sais que tu avais remarqué, que j’allais rarement au Domaine, et bien ça continu. Je suis trop occupé à Dakar. Mais les travaux avance, Apo y es actuellement. Il a du souci avec Philippe, le représentant Jet Tours, qui a très mal pris, qu’il serait remplacé par… Mathilde Tremsal ! Bon Marc, à bientôt et encore merci pour tout ce que tu as entrepris pour Apo.
Par rapport au courrier électronique de nos jours… le télex des années 70, semble une antiquité ! Mais ceux que j’ai là sous mes yeux, n’ont pas perdu de leurs couleurs noir et rouge. Ils sont intacts. Je poursuis le rangement de l’atelier, et décide de laisser sur les murs mes affiches de cinéma. J’avais fais un support pour superposer une dizaine de 120X160cm. Ce qui me permettait de les changer de temps en temps. C’est celle de « Que la Bête meurt » de Claude Chabrol, qui est en place.
Que de bons souvenirs avec ce grand cinéaste avec lequel j’avais noué des liens de sympathie et qui m’avait imposé dans le milieu très fermé du cinéma français ou plutôt parisien ! Lui apprenant il y a quelques temps, mon départ de Paris, sa surprise fut totale, mais il me souhaita bonne chance…en me demandant de le rappeler dés mon retour en France. Chabrol était un grand cinéaste, et un vrai spécialiste des films « dits policiers ». Son talent comme scénariste, directeur d’artistes et réalisateur, lui permettait de faire tourner les plus grands, comme les plus obscurs de nos acteurs. Toujours reviennent les souvenirs de nos repas copieux, joyeux, aux champs élysées, bien arrosés et ponctués de bonnes histoires.
Je profite de jeter des tas de vieux dossiers qui ne servent plus à rien. Le téléphone sonne. C’est mon beau père qui veut nous dire un petit bonjour. J’averti Ty par l’interphone.
--Je vous embrasse, cher papy Georges…
Demain samedi 6 juillet, c’est de bonne heure que nous irons à Orly. Christian veut m’accompagner. Il me tarde que cette journée soit derrière nous ! René Tabone m’a laissé entendre qu’il connaissait le commandant de bord et que cela facilitera les choses.
Ce soir, Il y a un bon film pour tous, « Chantons sous la pluie » avec Gene Kelly et Debbie Reynolds…Film culte, une des premières comédies musicales, mis en scène pour le cinéma et qui bâtit tous les records. Ty nous a préparé une grande omelette au fromage et une corbeille de fruits. On mange devant la télé. Isabelle adore cette comédie musicale, qu’elle a déjà vue. Elle se passionne pour tout ce qui touche à la danse, classique et moderne. Moi, je me souviens d’avoir vu ce film à Tunis, au Palmarium, en charmante compagnie, peut être en 1952. Ty aussi apprécie ce genre de film. De Tunis les nouvelles sont bonnes et Papy doit venir en France pour des examens médicaux annuels. C’est mon beau-frère le Docteur Marc Bartolo qui le suit, malgré la distance. Georges Rondeau l’apprécie et a confiance en lui. Mais je pense que nous serons partis… En chœur
--Merci maman.
--Merci Ty.
Après ce beau film, direction nos lits respectifs. Le train de marchandises me semble moins bruyant que les autres soirs. Je tire mon lit escamotable et Isabelle veut une histoire ou un poème. Christian lit et Ty nous dit bonsoir.
--Papa , lis moi le poème que mamy yette aime tant et qu’elle connait par cœur.Ca commence par…Les sanglots longs…
--Isabelle chérie, c’est de Verlaine : « Chanson d’automne ».
Nos mains se rejoignent et prenant le recueil de poésies, je trouve une sélection sur Verlaine et le poème si connu.
Les sanglots longs
Des violons
De l’Automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
--Papa, que c’est beau et triste aussi. On va dormir, bonne nuit mon papa, merci.
Mon père avait offert à maman dans les années soixante, « l’Anthologie de la Poésie française », de Georges Pompidou, essai, qui eut beaucoup de succès. Ce précieux ouvrage, son livre de chevet, ou j’ai pu dénombrer plus de cent signets, placés délicatement, me fut remis par elle, quelques jours avant qu’elle ne nous « quitte sereinement » en 1992. Sur la page de garde est écris, à l’attention de son Jean : merci mon amour. Je garde ce livre avec tendresse et j’aime y vagabonder, y retrouver les textes aimés et choisis par maman. Vers sept heures, je réveille Christian. Petit déjeuner copieux et nous voilà partis pour Orly. Je préfère arriver en avance. René m’a donné rendez-vous vers la zone du fret.
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Commando pacifique à Orly ,
L’union fait la force.
Commando pacifique à Orly ,
L’union fait la force.
Orly, en 1974 est le seul grand aéroport en région parisienne. Son énorme trafic tous azimuts, laisse entrevoir le grand projet de Roissy. Nous sommes en avance et attendons René Tabone, devant le portail du fret. La radio crépite des infos inaudibles et Christian met une cassette de chanteurs yéyé !
--Papa, de dessinateur publicitaire, te voilà organisateur, animateur d’un village de vacances en Afrique Noire ! Mais comment peux-tu apprendre aussi vite un nouveau métier ?
--Tu sais que ma formation aux Beaux Arts à Tunis, mon attirance pour les sports et pour la nature, mes presque trois années d’armée dans les parachutistes…Y sont pour beaucoup. Et puis, ma facilité à dessiner et à apprendre en six mois à Paris, ce job de graphiste, a été déterminant pour que je m’installe en indépendant ? Ce parcours, a forgé l’homme que je suis, indépendant, curieux et passionné.
--Papa, je t’aiderais à Nianing.
Tabone arrive enfin. Nous voici à l’intérieur des grands hangars. Dans un grand box, tout mon matériel est là. René a mobilisé trois personnes et deux grandes remorques tractées. Il me demande un peu d’argent pour le pourboire. Le Boeing 747 est à cent mètres. Il nous faut attendre l’arrivée du commandant de bord que René a vu. René fait charger sur une remorque, en premier, les encombrants rouleaux de grillages de tennis, de quatre mètres de long et de soixante cm de diamètre. et les accessoires. Un responsable de la sécurité vient nous voir. En vrai pied noir organisateur René Tabone lui explique le détail l’opération. En une heure de temps, le matériel, bateau, moteur, sellerie, vélos, accessoires divers, ont rejoint les grillages sur le tarmac, à coté de l’avion. Avec Christian nous restons volontairement à l’ écart. Un panneau de Jet Tours et voici un gars qui s’approche de nous. René le salut et ils conviennent que pour charger l’appareil, on attendra l’équipage. Déjà arrive sur des chariots les bagages des voyageurs et d’autres palettes pleines. Cet avion blanc est impressionnant. René est allé vers le bâtiment principal et le voici de retour avec le commandant de bord. Au bout de quelques minutes, notre chargement commence et de loin, je vois rentrer dans la soute, sans difficultés, tout le matériel. René Tabone, discute avec les manutentionnaires et les remercie…Finalement tout s’est bien passé et le plus dur est fait.
Le fait que Jet Tours soit une filiale d’Air France, est pour beaucoup dans cette efficace opération, mais tout c’est bien passé grâce à René. Le bon café pris au bar, est le bienvenue. Christian prend un coca. Le représentant Jet Tours nous signale qu’il y a une bonne trentaine de passagers qui vont au Domaine.
J’en profite pour lui dire que je pars le 20 Juillet avec pas mal de bagages. Je suis conforté. C’est lui qui sera à l’embarquement ! Donc pas de problème. Il est au courant, que Mathilde et moi, arriveront en force, (mon investissement), à Nianing. J’ai oublié son nom, mais je le revois habiller en rangers, et fort sympathique. Nouvelle tournée, une bonne bière et un jus de fruit au bar d’Orly avec René que je remercie vivement avant de partir. Je lui rappelle, qu’il faut reprendre à Suresnes, la 403 d’Apo. Sur la route, de retour d’Orly, Christian me fait réaliser que tout s’est bien passé, en me disant :
--Papa, tu dois être satisfait, que le plus gros de ton matériel soit parti !
--Oui, tu as bien raison, et gratuitement !
C’est un vrai soulagement. Je n’ai pas eu besoin de louer un véhicule, puisque les cantines sont en attente de départ à Jet Tours. La dernière est à Suresnes et partira avec nous fin Juillet. Tout va se jouer à Dakar, ce soir, au débarquement de nuit à l’aéroport. Je fais confiance au commandant de bord, à Apo, à l’équipe Jet Tours, à Ali Kébé…
Nous voici à Suresnes. Il est midi et Ty a entrepris un grand ménage avec isabelle. On leur raconte notre matinée à Orly. Je crois que nous allons aller déjeuner au « Père Lapin », vu l’état de la maison.
Ensuite, on continuera les rangements à l’atelier. Je tiens à ce que le fils Sicard, trouve des locaux propres et en ordre.
--Marc, pour les dons à Notre dame de La Salette, c’est prêt, il y a deux valises.
--Merci Ty, on ira les donner tout à l’heure.
C’est à pied qu’on va au restaurant. Menu inchangé. Saucisses frites et salade verte. Un petit extra de vin rosé pour Ty et moi. Des bananes flambées en dessert et un gâteau d’anniversaire ! Il fait un temps superbe et le restaurant guinguette est très animé. Le récit de notre matinée intéresse bien ma petite Isabelle, qui regrette de n’être pas venue. Ty est détendue et je la regarde. Elle est belle et je l’aime. Christian et Isabelle iront voir cet après-midi leur entraineur de natation, pour un au revoir. Le bon niveau qu’ils ont, leur sera toujours un atout et nager dans l’océan est très agréable. Mathilde est prête à donner des jouets et des livres. Les enfants font le tri. Isabelle tient à garder certains ouvrages, qui iront à la cave. Peu à peu l’appartement s’est allégé et Hubert pourra ranger ses affaires.
*
Quatre gallons identiques.
Existe t’il, un pays encore vierge ?
Existe t’il, un pays encore vierge ?
Comme souvent en fin de semaine, les amis téléphonent. Après les Pernet, c’est le tour des Durtelle de Saint Sauveur. Jean-Yves était en Algérie, sergent comme moi, et s’est retrouvé assez actif dans l’OAS, en 61, ce qui lui a valu quelques années de prison. Il a fondé une famille, mais reste toujours instable et toujours marqué par ces événements douloureux de la fin de cette guerre. J’ai un peu perdu de vue Henri de Castelanne, l’ un « des quatre sergents », qui fait une belle carrière au groupe Martini, après un grand mariage avec une américaine. Quand à André Martinez, il est parait-il… en Afrique…
Les enfants étant à la piscine, je vais avec mes deux petites valises, à La Salette, chapelle qui se trouve à cinquante mètres du Donjon. Je m’en veux, malgré mon éducation religieuse, d’aller rarement à la messe. Parfois, comme aujourd’hui, j’irais dire une prière et brûler quatre cierges, en pensant à tous ceux que j’aime. Le samedi il y a une permanence et je confie les valises à une dame, en lui disant que j’aimerais les récupérer en début de semaine. Je lui explique que c’est un don de vêtements et de livres d’enfants, elle me remercie vivement. De retour à l’atelier, j’ai très envie d’appeler le Sénégal, pour dire que tout est bien parti, mais Tabone l’a surement fait. Le coût du téléphone est très élevé et j’attendrai demain. La famille Debroc, de Poissy, vient d’appeler pour nous inviter dimanche midi, Ty est d’accord. Jusqu’au soir je fais des rangements. J’installe dans la cave deux nouvelles étagères, que j’avais en réserve. Dans l’armoire blanche, où sont rangés des vieux livres de valeur ainsi que d'autres auxquels je tiens, Isabelle pourra y mettre sa bibliothèque rose au complet. La collection de Tintin et Milou d’Hergé de Christian, ira dans la dernière cantine, à moins que ce soit déjà parti ?
J’éprouve du plaisir à savoir que ce soir, tout mon matériel sera au Sénégal. Nous arrivons vers la fin de ce parcours du combattant, de cette période exaltante, qui s’est imposé à nous, révolutionnant nos vies, et qui va se poursuivre en famille, en Afrique Noire, au Sénégal, à Nianing. Les conseils de prudence de mon frère Paul, d’ Alain Tuil, sur la gestion de mes activités loisirs et sports, de mes revenus, me sont présents à l’esprit. Je reconnais que je ne suis pas un gestionnaire de premier plan, mais je trouverai bien un comptable au Domaine. Ce qui est le plus préoccupant, c’est le montant de mon chiffre d’affaire, son importance, compte tenu d’une clientèle pas très jeune, d’après ce que j’ai pu voir. Il est évident que je devrais faire face à des difficultés et la situation d’Apo, telle que je la connais, n’arrangera pas les choses. Mais, je me dis:
« Marc. Ton moral est au plus haut, malgré tout ce que tu as connu ces derniers mois. Ty, est partante et semble regarder définitivement devant elle. Tes enfants sont heureux de partir, tu ne dois pas noircir le tableau. Garde courage et foi, l’avenir nous sera favorable »
J’ai mis la radio à l’atelier et j’entends s’époumoner l’écologiste René Dumont, qui fut candidat à la présidentielle, et qui sur le devenir de la planète, est alarmant. J’en fais la synthèse…
…Guerres intestines, dictatures, démographie galopante, corruption, déforestation, déboisement, épidémies, pollution atmosphérique, industrielle, chimique..., A force de lire Levis Srauss, et ses réflexions sur la civilisation destructrice et les dégâts causés par la découverte des continents, par des soi-disant explorateurs-civilisateurs, je me pose des questions et oui, je pense seulement, je ne rêve pas et j’aimerais espérer qu’il existe quelque part. Le …
« …Pays, ou il n’y a pas de traces du passage des hommes ? Pays, ou la nature est reine ? Pays, ou les hommes vivent encore de cueillette et de chasse, juste en prélevant le nécessaire. Pays de celui qui a le savoir et qui enseigne la sagesse et la connaissance. Pays de la sagaie et de l’arc. Pays, au climat tempéré, chaud l’été et à peine froid l’hiver...Pays, où les forêts semblent éternelles, les arbres vénérés, et où les abeilles butinent des fleurs, pour faire le meilleur des miels. Pays, des mers au bleu limpide, remplies de poissons et de coquillages…
Pays où les fleuves, les rivières, les lacs, sont utiles à l’homme et désaltèrent des multitudes d’oiseaux et d’insectes. Pays, où les cultivateurs produisent du blé dur pour faire le pain, du fourrage pour leurs moutons. Pays du berger et de sa flûte. Pays, où les éleveurs sèment leur herbage et dont les vaches donnent du bon lait, du fromage et les bœufs, la meilleure des viandes. Pays où les vignerons cultivent la vigne et produisent du bon vin. Pays où les femmes sont belles et souriantes, actives et participant à la vie, en éduquant leurs enfants. Pays, où l’habitat se confond dans la nature, par des formes et des matériaux naturels. Pays où les vanniers, les potiers, les forgerons, fabriquent des merveilles pour les populations. Pays, où les jeunes écoutent les anciens en les respectant. Pays, où les musiques sont des mélopées se confondant avec les chants des oiseaux. Pays où le livre est Roi. Pays, sans télé, sans radio, sans auto ni moto, sans avion, ni TGV. Pays où le cheval, la plus belle conquête de l’homme, fait le bonheur des hommes. Pays où l’on protège les personnes âgées, et qui ne possède pas de maisons de retraites, car elles vivent avec leurs enfants et petits enfants … »
Et puis, comme dans « le Petit Prince » :
--Dis, monsieur, dis le moi, ce pays existe il ?
De temps à autre on se surprend à philosopher et à croire en l’humain…
*
[justify]On se retrouva tous à l’appartement. Christian avait gagné une course et une médaille. Ils ont donc, tous les deux, quittés leurs amis pour un certain temps, et leur moniteur. Un coup de fil de René Tabone, pour me dire qu’il a eu Apo et que l’avion s’est posé à l’heure. Toute l’équipe était à l’aéroport. Ty, nous a concocté une omelette aux lardons, salade verte et ce soir, à la télé on a, une émission de variétés françaises. Au programme, Aznavour, Dalida, Ferrat, Gainsbourg, Sardou etc. Isabelle adore ce genre d’émission. En attendant, on a eu droit à de très belles images, des véliplanchistes virtuoses, qui participaient à une course, vers St.. Tropez.
--Papa, tu as prévu des planches à voile pour le Domaine ?
Christian a raison de s’interroger ?
--Oui, c’est prévu, mais en deuxième temps.
Très certainement ce sera des Windsurfs, et le matériel partira par Jet Tours. J’ai une documentation et des tarifs. Une dizaine fera l’affaire, plus des accessoires. Par contre ce sport très technique nécessitera un moniteur à plein temps ? Je verrais avec les conseillers en sports de Jet Tours.
--Papa, il me tarde d’en faire, et toi Isabelle ?
--Oui, oui, on fera des courses !
Ambiance sympa, plateaux repas, et soirée télé. Vers vingt deux heures, un appel d’Apo, qui veut me rassurer :
--Marc, bonsoir, tout ton matériel est bien arrivé et a quitté l’aéroport. Pas de problème avec la douane. Le camion d’ Ali Kébé, était plein à ras bord. Je vais tout remiser dans les magasins. Bravo Marc.
--Merci d’avoir appelé Apo, Mathilde t’embrasse ainsi que Armande.
Très belle émission, avec Brassens et son éternel « Gorille », Léo Féré, Barbara…
C’est l’heure de faire dodo, Isabelle veut une petite histoire, malgré l’heure tardive.
Bonsoir maman, disent en chœur les enfants.
Isabelle, tu veux que je choisisse Amkoullel, l ’Enfant Peul ?
--Oui, Papa, la suite si tu retrouves de… Mon père Hampâté :
« Puisque tu m’as questionnée aujourd’hui sur ton père, c’est que le moment est venu pour toi de connaître son histoire… »
Je m’assis à côté d’elle, et c’est alors qu’elle me raconta pour la première fois, du début jusqu’à la fin, l’histoire incroyable de Hampâté, qui se racontait alors comme un roman dans notre famille et dans bien des foyers de Bandiagara. (ville principale du pays Dogon). J’en avais déjà entendu des bribes, mais cette fois-ci on me racontait pour moi tout seul, comme à une grande personne. Je n’ai certes pas tout retenu ce jour-là, mais je l’entendrai bien des fois par la suite : ce qui me permet d’introduire dans le récit de Niélé quelques précisions, notamment historiques, qui n’y figuraient sans doute pas au départ...
--Mon papa, je m’endors, n’oublie pas de mettre un signet dans ton livre, et à la bonne page, merci et bonne nuit papa.
Ce soir, on a veillé tard. Ayant dis bonne nuit à Ty, je regagne mon lit et je me sens plus tranquille, plus serein. Je n’ai pas sommeil et feuillète le livre d’Amadou Hampâté Bâ. Dans l’avant propos, je lis un texte de ce grand écrivain, (recueilli en 1986 par Héléne Heckmann, légataire littéraire de l’auteur). Je vous en fais part, car du peu que je connaisse de mon récent voyage au Sénégal, sur les traditions, les coutumes, ces quelques lignes ci-dessous, me font revivre un certain vécu…
Rêves et prédictions
« Une autre chose qui gêne parfois les Occidentaux dans les récits africains est l’intervention fréquente de rêves prémonitoires, de prédictions et autres phénomènes de ce genre. Mais la vie africaine est tissée de ce genre d’événements qui, pour nous, font partie de la vie courante et ne nous étonnent nullement.
Il n’était pas rare, jadis, de voir un homme arriver à pied d’un village éloigné uniquement pour faire part à quelqu’un d’annonces ou d’instructions qu’il avait reçues en rêve à son sujet ; puis il s’en retournait tout naturellement, comme un facteur venu apporter une lettre à son destinataire, en toute simplicité. Ne pas mentionner ce genre de phénomènes au cours du récit n’aurait pas été honnête de ma part, puisqu’ils faisaient – et font encore sans doute, dans une certaine mesure – partie de nos réalités vécues. »
Propos d’ Hampâté Bâ
Il n’était pas rare, jadis, de voir un homme arriver à pied d’un village éloigné uniquement pour faire part à quelqu’un d’annonces ou d’instructions qu’il avait reçues en rêve à son sujet ; puis il s’en retournait tout naturellement, comme un facteur venu apporter une lettre à son destinataire, en toute simplicité. Ne pas mentionner ce genre de phénomènes au cours du récit n’aurait pas été honnête de ma part, puisqu’ils faisaient – et font encore sans doute, dans une certaine mesure – partie de nos réalités vécues. »
Propos d’ Hampâté Bâ
*
Dans la nuit, je me réveille, au milieu d’un rêve mouvementé. Je suis en sueur, assoiffé. Après avoir bu un grand verre d’eau, selon mon habitude, j’écris sur quelques feuillets, ce dont je me souviens, il faut le faire à chaud, déjà l’oubli a fait en partie son œuvre…En fait, n’est-ce pas un peu normal que je rêve du Sénégal ?
…C’est à Nianing, que mon rêve nous transporte, mais pour qu’on découvre stupéfait et ensemble, un beau matin, un Domaine submergé par un raz de marée.
Celui-ci a atteint quand même, et dépassé, la route goudronnée et inondée en grande partie le parc forestier. Tennis, habitations, cases, cuisines, ateliers, plantations, tout a été envahi par un océan en colère. Tout le personnel fort heureusement s’est réfugié en brousse. Les touristes vers le fond du parc. Ty, a suivi le mouvement et avec le personnel blanc, s’installa dans le bus parisien ! Apo et Armande, eux, était à Dakar. Pas de noyés, ni de blessés. Les chevaux s’étaient détachés et dispersés un peu partout. L’eau salée, après avoir dépassée une hauteur de plus de trente centimètres, avait commencée à baissée puis à se retirer… Les jardiniers, le personnel étaient de retour et au travail de nettoyage…Mais moi, ou étais-je ? Cheihk Ba, mon marin, avait du mettre rapidement à l’abri les voiliers, vers les tennis, bien attachés...Et moi ? Je me trouvais à bord d’une grande pirogue, au large, car pour ce matin là, le patron pêcheur, m’avait proposé une pêche en mer ! Voyant de loin venir cette lame de fond de deux à trois mètres de hauteur, l’ adresse du piroguier, fût de se mettre face à la grande vague, moteur à fond, tous vers l’avant, de réussir à franchir la vague sans danger, et d’aller vers le large, attendre l’accalmie. Ce qui fut fait.
Ce récit est assez cohérent, et précis grâce aux quelques souvenirs de ce rêve que j’ai transcris.
…Quelques années plus tard, lors des marées d’équinoxes, doublées de forts vents, on se réveilla un matin au Domaine, avec de l’eau jusqu’à la route ! Mais l’inondation s’étendit sur plusieurs jours et fit de sérieux dégâts aux plantations. Plusieurs villes de la côte furent touchées, et des villages côtiers rasés. Certaines vieilles pirogues, naviguant au grand large, chavirèrent, corps et biens. D’années en années irrémédiablement le niveau de l’océan augmente de quelques centimètres, les plages sont mangées, et peu à peu certaines disparaissent…
[/justify]
*

tremsal- MacadAdo

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Date d'inscription: 12/08/2010
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