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Guerre de la joie (extrait)
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Guerre de la joie (extrait)
C'est-à-dire la joyeuse émergence de l'absurde, sur un sol où rien, en définitive, ne devrait pousser. L'écriture et la réflexion sont ces terres : mais pour y construire quelque chose, il faut avoir compris que rien de viable n'en sortira. L'utopie naît de racines malades. Les griffouillis en sont le diagnostic, et ces phrases l'ont en postulat. Reste à savoir ce qu'elle propose, consciente de n'être que malade, et en sursis.
___
Les griffouillis n'ont été, en un sens, que la facilité du cri. A l'instant où l'homme se réveille, pris à la gorge, et suffoque de son quotidien, la destruction est appelée pour fatiguer la haine. La haine comprend toute chose et se ramifie sans cesse : elle consume la condition, l'être en souffrance de cette condition, et ceux qui l'entourent. L'injustice est toujours individuelle : la mort est forcément plus douce aux autres.
Je suppose que les êtres malheureux sont forcément paranoïaques. Au jour où l'homme a écrit la première fois le mot 'condamné', celui-ci brille à tous les néons de la ville, à toutes les paires de bas, à toutes les assiettes garnies. Il en naît une atroce sensation de solitude où le monde entier, autour de soi, montre du doigt cette infamie. 'Condamné'.
De là aussi, cette impression de ridicule du geste : la condamnation érode toute aspiration au mouvement.
Je crois que le premier poète était un forçat. Arrimé à fond de cale, les chaînes écrasant ses chevilles et ses poignets, le ventre vide, les yeux crevés, il a entendu les voiles siffler, la mer s'écraser autour de lui. Je l'ai vu gonfler la bouche, et souffler comme le vent ; et soulever les bras, toucher le bois - s'il sentait la fraîcheur de l'écume ? Et tendre son corps aux cris des mouettes, et vivre leur vol. Mourant, il justifie son existence par le rêve.
Bien sûr, l'écriture est un rêve conscient. Idéalement, le cœur est à l'origine ; pratiquement, il ne livre qu'une version grotesque du propos. Le cerveau dégrossit le diamant brut d'une écriture qui, a la première giclée sensible, n'est qu'un fatras de bave et de sanglots. Ainsi, le rêve est forcément passé au tamis de l'expérience, de la conscience, et de l'intelligence. Cette hydre est la brute du pont supérieur, et son fouet creuse le flanc du rêve à toutes les lignes.
(..)
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Les griffouillis n'ont été, en un sens, que la facilité du cri. A l'instant où l'homme se réveille, pris à la gorge, et suffoque de son quotidien, la destruction est appelée pour fatiguer la haine. La haine comprend toute chose et se ramifie sans cesse : elle consume la condition, l'être en souffrance de cette condition, et ceux qui l'entourent. L'injustice est toujours individuelle : la mort est forcément plus douce aux autres.
Je suppose que les êtres malheureux sont forcément paranoïaques. Au jour où l'homme a écrit la première fois le mot 'condamné', celui-ci brille à tous les néons de la ville, à toutes les paires de bas, à toutes les assiettes garnies. Il en naît une atroce sensation de solitude où le monde entier, autour de soi, montre du doigt cette infamie. 'Condamné'.
De là aussi, cette impression de ridicule du geste : la condamnation érode toute aspiration au mouvement.
Je crois que le premier poète était un forçat. Arrimé à fond de cale, les chaînes écrasant ses chevilles et ses poignets, le ventre vide, les yeux crevés, il a entendu les voiles siffler, la mer s'écraser autour de lui. Je l'ai vu gonfler la bouche, et souffler comme le vent ; et soulever les bras, toucher le bois - s'il sentait la fraîcheur de l'écume ? Et tendre son corps aux cris des mouettes, et vivre leur vol. Mourant, il justifie son existence par le rêve.
Bien sûr, l'écriture est un rêve conscient. Idéalement, le cœur est à l'origine ; pratiquement, il ne livre qu'une version grotesque du propos. Le cerveau dégrossit le diamant brut d'une écriture qui, a la première giclée sensible, n'est qu'un fatras de bave et de sanglots. Ainsi, le rêve est forcément passé au tamis de l'expérience, de la conscience, et de l'intelligence. Cette hydre est la brute du pont supérieur, et son fouet creuse le flanc du rêve à toutes les lignes.
(..)

Zlatko- MacadAccro

- Messages: 1554
Date d'inscription: 30/08/2009
Age: 20
Localisation: Centre
re
J'avais lu les précédentes guerres (de la joie) sans commenter car parfois tout est là et il n'y a rien à dire...En revanche je vais prendre mon temps pour cet opus.
Je retiens néanmoins ceci :
Je crois que le premier poète était un forçat. Arrimé à fond de cale, les chaînes écrasant ses chevilles et ses poignets, le ventre vide, les yeux crevés, il a entendu les voiles siffler, la mer s'écraser autour de lui. Je l'ai vu gonfler la bouche, et souffler comme le vent ; et soulever les bras, toucher le bois - s'il sentait la fraîcheur de l'écume ? Et tendre son corps aux cris des mouettes, et vivre leur vol. Mourant, il justifie son existence par le rêve.
Sublime.
La suite prochainement...
Je retiens néanmoins ceci :
Je crois que le premier poète était un forçat. Arrimé à fond de cale, les chaînes écrasant ses chevilles et ses poignets, le ventre vide, les yeux crevés, il a entendu les voiles siffler, la mer s'écraser autour de lui. Je l'ai vu gonfler la bouche, et souffler comme le vent ; et soulever les bras, toucher le bois - s'il sentait la fraîcheur de l'écume ? Et tendre son corps aux cris des mouettes, et vivre leur vol. Mourant, il justifie son existence par le rêve.
Sublime.
La suite prochainement...

léo- MacadAccro

- Messages: 852
Date d'inscription: 25/03/2010
Age: 28
Localisation: Nord
Re: Guerre de la joie (extrait)
Très beau passage qu'a retenu Léo, et qui m'avait parlé aussi, tellement fort ! Mais ce n'est pas un cri, ni une révolte, ni un drame, c'est, c'est tout.
"Je laisse partir le rêve sans le laisser s'en aller."
Communiquer, partager, voilà la clef. Voilà l'élan salvateur.
Merci à toi, Z.
Dam.
"Je laisse partir le rêve sans le laisser s'en aller."
Communiquer, partager, voilà la clef. Voilà l'élan salvateur.
Merci à toi, Z.
Dam.
Re: Guerre de la joie (extrait)
la destruction est appelée pour fatiguer la haine
C'est le genre de sentence dont tu as le secret et qui font la force de ces pages que tu sais nous adresser, comme une exhortation à ne pas sombrer dans la facilité.
Nilo, pas facile.
C'est le genre de sentence dont tu as le secret et qui font la force de ces pages que tu sais nous adresser, comme une exhortation à ne pas sombrer dans la facilité.
Nilo, pas facile.
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Guerre de la joie (extrait)
Il est très difficile de citer des passages même si comme Léo et Dam, si je devais choisir, je choisirai les mêmes.
Ton écriture est vraiment un reflet dans les yeux et chaque fois, j'en ressors étonnée dans le bon sens .
Je suis vraiment admirative.
Merci de ce partage.
Sylvie
Ton écriture est vraiment un reflet dans les yeux et chaque fois, j'en ressors étonnée dans le bon sens .
Je suis vraiment admirative.
Merci de ce partage.
Sylvie
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Sylvie
J'aime vraiment faire tourner les aiguilles des horloges à l'envers
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