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Sénégal,Nianing, Janvier 1975 à...227° à 233° Bon°
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Sénégal,Nianing, Janvier 1975 à...227° à 233° Bon°
Des dunes de Gammarth, à l’ Avenue Gambetta…
Isabelle, huit ans, quel aplomb !
Apo et Antoine ? D’accord !
Isabelle, huit ans, quel aplomb !
Apo et Antoine ? D’accord !
Je mis un certain temps à trouver le sommeil. J’étais encore plongé dans cette époque exaltante et douloureuse, de mon service militaire, et de mon long séjour en Algérie, dans un régiment prestigieux : Le Premier régiment de chasseurs parachutistes. En Tunisie, ma formation prémilitaire parachutiste avant mes dix huit ans, mes premiers sauts en Junker dans les dunes blanches de Gammarth, déterminèrent, mon appel dans les paras. La résiliation d’un sursis d’étude, qui m’avait permis jusqu’à vingt ans, de finir mes études aux Beaux Arts de Tunis, se fit dans un besoin d’évasion, de rupture, avec ma petite vie protégée et confortable. Mes parents, un peu surpris, mais compréhensifs, m’accompagnèrent avenue Gambetta, non loin du port de Tunis, pour mon incorporation. A ce sujet, peu de personnes savent, que plus de quatre vingt pour cent de soldats sous les drapeaux, entre 1954 et 1962, étaient des appelés du contingent. La plupart furent maintenus sous les armes, au-delà de la durée légale. Christian Jolivot était de ceux là…Christian mon regretté, frère d’arme.
Nous faisions toujours lits séparés avec Ty, et bien que nous ayons retrouvé un certain équilibre dans notre vie de couple et de parents, je ne voulais pas précipiter les choses. Je n’avais rien à lui reprocher, je lui faisais confiance. Certes il y avait quelques lettres, dans les deux sens, des appels vers les Alpes, que j’étais obligé de remarquer sur mes justificatifs téléphoniques. Mais cela se faisait plus rare.
Sans faire trop de bruits, on quitta la maison tous les trois avec nos vélos, pour notre balade à cheval. Déjà, sept heures du matin, la bonne odeur des croissants de Camara, parvenait jusqu’à nous. On parla avec Jean-Pierre du village de M’Bodiene, et on retrouva Marcel aux chevaux. Noiraud pour Isa, Tango pour Christian, et moi, Hirondelle.
--Respectons bien les distances, vous êtes prêts ?
Après un oui massif, notre balade à l’intérieur du Domaine, fut très agréable. Du pas, du trot, peu de galop, Isabelle était aux anges.je les emmenais au marigot et voir l’unique grand baobab du parc. On fit un détour vers la plage, en passant vers le deuxième baobab, plus modeste. Christian s’élança au galop sur le sable. Isa eut un peu de mal à retenir son cheval, mais galopa à sa mesure. Je retenais Hirondelle, furax, qui se cabrant, n’avait qu’une idée, celle de me virer…Et puis on rentra au pas, au centre équestre.
Nous avions le pot d’accueil, le volley, la plage à animer et un dimanche avec beaucoup de visiteurs. Christian avec Cheick Ba, feraient comme d’habitude faire du ski, l’océan était d’huile. Apo arriva comme prévu et je passais le voir aux cuisines, son quartier général. Tout de blanc vêtu, il mangeait seul à la table du personnel, et semblait apprécier des rougets de méditerranée, de son ami grec, armateur, transporteur et pêcheur, Chritikos.
--Tiens, Marc, veux-tu goûter de ce poisson, cela te rappellera la Tunisie ! Comment s’est passé la vie au Domaine en mon absence?
Une conversation détendue s’engagea, on fit le tour des questions, et il
finit par me dire, de ne pas perdre de temps, de voir… Où en était le stock d’arachide ?…C’était Apo.
Cette journée fut marquée par un incident, que j’aurais pu garder pour moi, mais dont je veux vous parler, car cela peut arriver à n’importe qui…Le début d’après-midi battait son plein, j’étais rentré une petite demi-heure m’allonger, lorsqu’Isabelle ouvrit la porte et entra, toute essoufflée, tentant de me dire à demi-mot, que pendant qu’elle était aux toilettes… Quelqu’un avait forçé sa porte, la toucha, en essayant de lui faire des choses, lui montra son…
--Mais papa, j’ai réussi très vite à m’échapper, mais j’ai eu peur. Je l’ai reconnu, il travaille aux cuisines…
Je l’interrompais volontairement, lui disant de se détendre, de bien respirer. L’important était qu’elle ai pu s’enfuir, et qu’elle soit venue à la maison, ou je me trouvais par chance, et de m’avoir tout dit, en confiance, le plus simplement du monde.
--Papa, je vais prendre une bonne douche.
--Mon Isa, Je te demande de rester ici jusqu’à mon retour. Ferme le verrou, dés que je serais sorti. Ne t’inquiètes pas.
Je vis dans son regard, qu’elle se demandait peut être, ce que j’allais faire, mais elle resta silencieuse. Je l’embrassais. J’entendis le petit bruit du loquet du verrou, et à pied, je me mis à marcher dans l’allée qui débouchait aux cuisines. J’étais convaincu qu’Isabelle m’avait dit la vérité.
Mon but était de voir cet individu, de le confondre. Mais comme toujours, les événements ne se passent pas toujours, comme on le voudrait. Déjà, le fait que j’aille dans les cuisines était rare et dés mon apparition, les quelques personnes présentes, me saluèrent, surprises, sauf une.
Mon regard ne quitta pas ce nouvel employé, au teint mat, et apparemment originaire d’Afrique du Nord. Je vis très vite dans ses yeux, son expression, « qu’il savait, que j’étais » au courant de ce qui s’était passé. Et puis, il commit l’erreur de s’exprimer en arabe en me regardant, avec une partie de phrase insultante…Nardinamouk ! (maudit soit ta mère), que je connaissais bien, car très prisée en Tunisie. Mon sang ne fit qu’un tour. Je n’avais qu’une envie, lui flanquer une bonne rouste. Une grande table me séparait de lui, avec des couteaux, de la vaisselle…et si Eléphant, et Sy, ne m’avait pas retenu fermement, je ne sais pas ce qui serait arrivé …Puis Eléphant s’exprima :
--Monsieur Marc, qu’y a-t-il, pourquoi cette colère. Qu’a t’il fait ?
--C’est une affaire personnelle, il sait, lui, pourquoi je suis ici. Lâchez-moi, je lui donne une heure pour prendre ses affaires et quitter le Domaine. Tu as bien compris ?
--Mais, Monsieur Marc, c’est Apo qui l’a engagé. Il est là que depuis une semaine.
Je dis à Eléphant, en tournant les talons, que ce qui s’était passé, était très grave, et que je l’avais averti. Où Apo, avait il trouver ce gars ? Bernard arrivant à ce moment là, voulut savoir de quoi il s’agissait. Je ne m’arrêtais pas et allais tout droit à la case Jet tours. Moussa me dit, que Ty était à la maison. Prenant le premier vélo à portée de main, je filais chez nous. Isa, toute fraîchement douchée, était assise auprès de sa maman. Je me doutais qu’elles avaient parlé de ce qui s’était passé. Ty me dit que la réaction d’ Isabelle, de fuir cet individu, avait été saine et courageuse et qu’elle avait évité le pire.
--Allez, on ne parle pus de cela, c’est du passé.
On s’apprêtait à repartir lorsque, j’entendis la même voix que dans les cuisines, de l’autre coté de la porte, baragouinant un français douteux :
--Ti va voir, moi, ji ni pars pas, ci missier Apo qui m’engagi, ji ni pars pas ! Ti va voir…
Il était là, le même homme, je l’apercevais, à travers les larmiers de la porte, et sans réfléchir, sans aucune hésitation, je pris mon Darne, calibre douze mm, qui était posé dans l’angle de la pièce et lui criais :
--Ecoute bien, je te vois, ouvre tes oreilles, je mets les cartouches dans mon fusil, et je te donne une minute pour filer d’ici, tu as compris, ne me parle pas d’ Apo, et je répétais…
Ty, essayait de me calmait, mais j’étais déterminé. Voyant qu’il avait reculé, mais qu’il était toujours là, j’ouvris en grand les deux portes de la maison, et le fusil en main, je le mis en joue. J’avais déjà vu détaler un gibier aux abois, mais là, l’individu battit tous les records. Je remis en place, l’arme et les cartouches, et on parla un peu, avant de rejoindre le monde civilisé…
Apo étant au Domaine, j’imagine que l’affaire, si elle s’ébruitait, allait faire jaser !. Et puis était il vraiment parti ? Ramenant le vélo emprunté, Elysa, m’appela en me faisant des signes de la main :
--Monsieur Marc, vite, vite, Apo vous cherche, il est au bureau.
La boucle se bouclait, et frappant à la porte de Dieu le père…
--Oui, entrez, ha, c’est toi.
Bernard présent, blanc comme un linge se leva, et sortit sans me dire un mot. Me trouvant en tête à tête, en trois phrases, j’expliquais, j’arrivais à convaincre Apo…Il m’assura qu’il veillerait à ce que cet employé quitte le Domaine immédiatement. Je lui recommandais la prudence, et qu’il s’entoure du chef du personnel, du chef des cuisines, du gérant, pour lui signifier son renvoi, pour causes…
L’histoire raconte que cet employé, avait bel et bien disparu, sans toucher ses gages, et que personne ne l'avait revu…Jamais.
Mais, il m’arriva souvent de penser à cet individu, à ce qu’il était devenu. Le secret fut bien gardé, car les heures s'égraînant, rien de cet événement ne paru perturber la vie du Domaine. Pour Isabelle, le silence s’imposait et nous ne parlions jamais de cet incident. Quand à Christian, il fut totalement préservé de ce grave souci, sa présence à la plage à ce moment, et la discrétion de sa sœur, la notre, furent respectées.
Apo, avait laissé entendre qu’il resterait la soirée et je devais lui soumettre mon idée, de faire venir le chanteur Antoine. Les touristes présents, avaient un programme d’excursions bien chargé. Cette soif de découvrir un pays, à faire malgré tout un choix, dans ce qui était proposé, fautes de temps ou de moyens, était une évidence. Peu de gens restaient deux semaines, très rarement trois. Nous restions sur la base d’une semaine en moyenne. Je voulais profiter de mon voyage à Dakar pour ramener les cocotiers et des bananiers. N’Diaye avant son accident, m’avait montré l’endroit à la pépinière, où il voulait expérimenter ce type de plantations pour me faire plaisir.
En passant devant la piscine, avec encore pas mal de monde, je la trouvais parfaitement intégrée dans ce coin volontairement déboisé, pour cause, du parc forestier. Estival et Tiss, avaient fait du bon travail.
Apo, dinerait au personnel et par le biais de l’interphone téléphonique, je lui demandais si on se verrait avant son départ. Spontanément il me dit, si vous voulez on peut diner au personnel, toi et Mathilde, avec les enfants aussi. Je savais que Christian et Isa, avaient des amis, et qu’ils ne seraient pas des nôtres. Ty, acquiesça et vers dix neuf heures, on le retrouva entrain de goûter la soupe de poissons. Il ne tarit pas d' éloges sur le travail de Mathilde, l'informant même avec plaisir, que les retombées de Jet tours étaient positives depuis sa prise de fonction. On aborda le problème sensible de l’animation et du manque d’effectif…
--Marc tu te débrouilles très bien, tout le monde le dit !
Il se lança ensuite, dans une prospective, que je trouvais hasardeuse, étant donné les soucis financiers, sur l’extension possible de nouvelles cases. Je me permis de lui dire, qu’il était lié par le projet de la vente de Hertz, du remboursement, de ses dettes…
Le poulet Yassa servit, était succulent, et on apprécia le petit rosé. J’en venais à ce qui pouvait peut être l’intéresser : proposer au Chanteur Antoine, de passage au Sénégal, une soirée chez nous. Pour cela je devais aller à Dakar, le rencontrer à l’arsenal français. Je lui montrais l’article du « Soleil ». Apo fut d’accord sur le principe, j’avais carte blanche. Pour mes plans d’arbres exotiques, pour que ça « passe », je lui rappelais qu’on en avait parlé et qu’il n’était pas contre. Constatant l’absence des enfants, on lui en dit la raison.
Les Bernard n’étant pas présents, Apo nous demanda où nous en étions au point de vue relationnel. Mathilde répondit à ma place, qu’il y avait moins de tensions, mais que ça pourrait aller mieux. Et puis le moment délicat, que j’appréhendais un peu, arriva.
--Marc, Mathilde, et la petite Isabelle, ça va ?
--La consigne Apo, est le silence, pour elle, pour nous, pour toi, qui est dans la confidence. C’est une page déjà tournée.
En se levant, il embrassa Ty, et on se quitta.
La soirée était libre, et après mes annonces, on alla un petit moment à la table des enfants. Isabelle était rayonnante et me promis de ne pas rentrer trop tard. Cette journée, n’avait pas manqué de péripéties. La soirée était au Merle Bleu, et je remis au disjockey, les quelques disques de Jet Tours. De Carlos, Senor méteo, de Julio Iglesias, Manuela, de Dave, Vanina, de Claude François, le Téléphone pleure, de Frédéric François, Si je te demande…Et puis, un James Brown. Je prenais deux eaux minérales, pour notre frigo. Le long chemin à pied pour rentrer, la faiblesse de l’éclairage, sans lampe de poche, inquiétait Ty. Les jardiniers avaient signalé des serpents, et nous avions été servis ! Vers dix heures, les enfants rentrèrent et l'on éteignit les lumières.
Nous faisions toujours lits séparés avec Ty, et bien que nous ayons retrouvé un certain équilibre dans notre vie de couple et de parents, je ne voulais pas précipiter les choses. Je n’avais rien à lui reprocher, je lui faisais confiance. Certes il y avait quelques lettres, dans les deux sens, des appels vers les Alpes, que j’étais obligé de remarquer sur mes justificatifs téléphoniques. Mais cela se faisait plus rare.
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Sans faire trop de bruits, on quitta la maison tous les trois avec nos vélos, pour notre balade à cheval. Déjà, sept heures du matin, la bonne odeur des croissants de Camara, parvenait jusqu’à nous. On parla avec Jean-Pierre du village de M’Bodiene, et on retrouva Marcel aux chevaux. Noiraud pour Isa, Tango pour Christian, et moi, Hirondelle.
--Respectons bien les distances, vous êtes prêts ?
Après un oui massif, notre balade à l’intérieur du Domaine, fut très agréable. Du pas, du trot, peu de galop, Isabelle était aux anges.je les emmenais au marigot et voir l’unique grand baobab du parc. On fit un détour vers la plage, en passant vers le deuxième baobab, plus modeste. Christian s’élança au galop sur le sable. Isa eut un peu de mal à retenir son cheval, mais galopa à sa mesure. Je retenais Hirondelle, furax, qui se cabrant, n’avait qu’une idée, celle de me virer…Et puis on rentra au pas, au centre équestre.
Nous avions le pot d’accueil, le volley, la plage à animer et un dimanche avec beaucoup de visiteurs. Christian avec Cheick Ba, feraient comme d’habitude faire du ski, l’océan était d’huile. Apo arriva comme prévu et je passais le voir aux cuisines, son quartier général. Tout de blanc vêtu, il mangeait seul à la table du personnel, et semblait apprécier des rougets de méditerranée, de son ami grec, armateur, transporteur et pêcheur, Chritikos.
--Tiens, Marc, veux-tu goûter de ce poisson, cela te rappellera la Tunisie ! Comment s’est passé la vie au Domaine en mon absence?
Une conversation détendue s’engagea, on fit le tour des questions, et il
finit par me dire, de ne pas perdre de temps, de voir… Où en était le stock d’arachide ?…C’était Apo.
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Cette journée fut marquée par un incident, que j’aurais pu garder pour moi, mais dont je veux vous parler, car cela peut arriver à n’importe qui…Le début d’après-midi battait son plein, j’étais rentré une petite demi-heure m’allonger, lorsqu’Isabelle ouvrit la porte et entra, toute essoufflée, tentant de me dire à demi-mot, que pendant qu’elle était aux toilettes… Quelqu’un avait forçé sa porte, la toucha, en essayant de lui faire des choses, lui montra son…
--Mais papa, j’ai réussi très vite à m’échapper, mais j’ai eu peur. Je l’ai reconnu, il travaille aux cuisines…
Je l’interrompais volontairement, lui disant de se détendre, de bien respirer. L’important était qu’elle ai pu s’enfuir, et qu’elle soit venue à la maison, ou je me trouvais par chance, et de m’avoir tout dit, en confiance, le plus simplement du monde.
--Papa, je vais prendre une bonne douche.
--Mon Isa, Je te demande de rester ici jusqu’à mon retour. Ferme le verrou, dés que je serais sorti. Ne t’inquiètes pas.
Je vis dans son regard, qu’elle se demandait peut être, ce que j’allais faire, mais elle resta silencieuse. Je l’embrassais. J’entendis le petit bruit du loquet du verrou, et à pied, je me mis à marcher dans l’allée qui débouchait aux cuisines. J’étais convaincu qu’Isabelle m’avait dit la vérité.
Mon but était de voir cet individu, de le confondre. Mais comme toujours, les événements ne se passent pas toujours, comme on le voudrait. Déjà, le fait que j’aille dans les cuisines était rare et dés mon apparition, les quelques personnes présentes, me saluèrent, surprises, sauf une.
Mon regard ne quitta pas ce nouvel employé, au teint mat, et apparemment originaire d’Afrique du Nord. Je vis très vite dans ses yeux, son expression, « qu’il savait, que j’étais » au courant de ce qui s’était passé. Et puis, il commit l’erreur de s’exprimer en arabe en me regardant, avec une partie de phrase insultante…Nardinamouk ! (maudit soit ta mère), que je connaissais bien, car très prisée en Tunisie. Mon sang ne fit qu’un tour. Je n’avais qu’une envie, lui flanquer une bonne rouste. Une grande table me séparait de lui, avec des couteaux, de la vaisselle…et si Eléphant, et Sy, ne m’avait pas retenu fermement, je ne sais pas ce qui serait arrivé …Puis Eléphant s’exprima :
--Monsieur Marc, qu’y a-t-il, pourquoi cette colère. Qu’a t’il fait ?
--C’est une affaire personnelle, il sait, lui, pourquoi je suis ici. Lâchez-moi, je lui donne une heure pour prendre ses affaires et quitter le Domaine. Tu as bien compris ?
--Mais, Monsieur Marc, c’est Apo qui l’a engagé. Il est là que depuis une semaine.
Je dis à Eléphant, en tournant les talons, que ce qui s’était passé, était très grave, et que je l’avais averti. Où Apo, avait il trouver ce gars ? Bernard arrivant à ce moment là, voulut savoir de quoi il s’agissait. Je ne m’arrêtais pas et allais tout droit à la case Jet tours. Moussa me dit, que Ty était à la maison. Prenant le premier vélo à portée de main, je filais chez nous. Isa, toute fraîchement douchée, était assise auprès de sa maman. Je me doutais qu’elles avaient parlé de ce qui s’était passé. Ty me dit que la réaction d’ Isabelle, de fuir cet individu, avait été saine et courageuse et qu’elle avait évité le pire.
--Allez, on ne parle pus de cela, c’est du passé.
On s’apprêtait à repartir lorsque, j’entendis la même voix que dans les cuisines, de l’autre coté de la porte, baragouinant un français douteux :
--Ti va voir, moi, ji ni pars pas, ci missier Apo qui m’engagi, ji ni pars pas ! Ti va voir…
Il était là, le même homme, je l’apercevais, à travers les larmiers de la porte, et sans réfléchir, sans aucune hésitation, je pris mon Darne, calibre douze mm, qui était posé dans l’angle de la pièce et lui criais :
--Ecoute bien, je te vois, ouvre tes oreilles, je mets les cartouches dans mon fusil, et je te donne une minute pour filer d’ici, tu as compris, ne me parle pas d’ Apo, et je répétais…
Ty, essayait de me calmait, mais j’étais déterminé. Voyant qu’il avait reculé, mais qu’il était toujours là, j’ouvris en grand les deux portes de la maison, et le fusil en main, je le mis en joue. J’avais déjà vu détaler un gibier aux abois, mais là, l’individu battit tous les records. Je remis en place, l’arme et les cartouches, et on parla un peu, avant de rejoindre le monde civilisé…
Apo étant au Domaine, j’imagine que l’affaire, si elle s’ébruitait, allait faire jaser !. Et puis était il vraiment parti ? Ramenant le vélo emprunté, Elysa, m’appela en me faisant des signes de la main :
--Monsieur Marc, vite, vite, Apo vous cherche, il est au bureau.
La boucle se bouclait, et frappant à la porte de Dieu le père…
--Oui, entrez, ha, c’est toi.
Bernard présent, blanc comme un linge se leva, et sortit sans me dire un mot. Me trouvant en tête à tête, en trois phrases, j’expliquais, j’arrivais à convaincre Apo…Il m’assura qu’il veillerait à ce que cet employé quitte le Domaine immédiatement. Je lui recommandais la prudence, et qu’il s’entoure du chef du personnel, du chef des cuisines, du gérant, pour lui signifier son renvoi, pour causes…
L’histoire raconte que cet employé, avait bel et bien disparu, sans toucher ses gages, et que personne ne l'avait revu…Jamais.
Mais, il m’arriva souvent de penser à cet individu, à ce qu’il était devenu. Le secret fut bien gardé, car les heures s'égraînant, rien de cet événement ne paru perturber la vie du Domaine. Pour Isabelle, le silence s’imposait et nous ne parlions jamais de cet incident. Quand à Christian, il fut totalement préservé de ce grave souci, sa présence à la plage à ce moment, et la discrétion de sa sœur, la notre, furent respectées.
Apo, avait laissé entendre qu’il resterait la soirée et je devais lui soumettre mon idée, de faire venir le chanteur Antoine. Les touristes présents, avaient un programme d’excursions bien chargé. Cette soif de découvrir un pays, à faire malgré tout un choix, dans ce qui était proposé, fautes de temps ou de moyens, était une évidence. Peu de gens restaient deux semaines, très rarement trois. Nous restions sur la base d’une semaine en moyenne. Je voulais profiter de mon voyage à Dakar pour ramener les cocotiers et des bananiers. N’Diaye avant son accident, m’avait montré l’endroit à la pépinière, où il voulait expérimenter ce type de plantations pour me faire plaisir.
En passant devant la piscine, avec encore pas mal de monde, je la trouvais parfaitement intégrée dans ce coin volontairement déboisé, pour cause, du parc forestier. Estival et Tiss, avaient fait du bon travail.
Apo, dinerait au personnel et par le biais de l’interphone téléphonique, je lui demandais si on se verrait avant son départ. Spontanément il me dit, si vous voulez on peut diner au personnel, toi et Mathilde, avec les enfants aussi. Je savais que Christian et Isa, avaient des amis, et qu’ils ne seraient pas des nôtres. Ty, acquiesça et vers dix neuf heures, on le retrouva entrain de goûter la soupe de poissons. Il ne tarit pas d' éloges sur le travail de Mathilde, l'informant même avec plaisir, que les retombées de Jet tours étaient positives depuis sa prise de fonction. On aborda le problème sensible de l’animation et du manque d’effectif…
--Marc tu te débrouilles très bien, tout le monde le dit !
Il se lança ensuite, dans une prospective, que je trouvais hasardeuse, étant donné les soucis financiers, sur l’extension possible de nouvelles cases. Je me permis de lui dire, qu’il était lié par le projet de la vente de Hertz, du remboursement, de ses dettes…
Le poulet Yassa servit, était succulent, et on apprécia le petit rosé. J’en venais à ce qui pouvait peut être l’intéresser : proposer au Chanteur Antoine, de passage au Sénégal, une soirée chez nous. Pour cela je devais aller à Dakar, le rencontrer à l’arsenal français. Je lui montrais l’article du « Soleil ». Apo fut d’accord sur le principe, j’avais carte blanche. Pour mes plans d’arbres exotiques, pour que ça « passe », je lui rappelais qu’on en avait parlé et qu’il n’était pas contre. Constatant l’absence des enfants, on lui en dit la raison.
Les Bernard n’étant pas présents, Apo nous demanda où nous en étions au point de vue relationnel. Mathilde répondit à ma place, qu’il y avait moins de tensions, mais que ça pourrait aller mieux. Et puis le moment délicat, que j’appréhendais un peu, arriva.
--Marc, Mathilde, et la petite Isabelle, ça va ?
--La consigne Apo, est le silence, pour elle, pour nous, pour toi, qui est dans la confidence. C’est une page déjà tournée.
En se levant, il embrassa Ty, et on se quitta.
La soirée était libre, et après mes annonces, on alla un petit moment à la table des enfants. Isabelle était rayonnante et me promis de ne pas rentrer trop tard. Cette journée, n’avait pas manqué de péripéties. La soirée était au Merle Bleu, et je remis au disjockey, les quelques disques de Jet Tours. De Carlos, Senor méteo, de Julio Iglesias, Manuela, de Dave, Vanina, de Claude François, le Téléphone pleure, de Frédéric François, Si je te demande…Et puis, un James Brown. Je prenais deux eaux minérales, pour notre frigo. Le long chemin à pied pour rentrer, la faiblesse de l’éclairage, sans lampe de poche, inquiétait Ty. Les jardiniers avaient signalé des serpents, et nous avions été servis ! Vers dix heures, les enfants rentrèrent et l'on éteignit les lumières.
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