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Message  tremsal le Ven 16 Sep - 7:35



Une soirée mémorable.
Retour sur Dakar,
une écoute, une évasion…Un adieu.









La perspective de cette soirée qui, il faut le dire, n’était pas ordinaire, ne faisait pas que des satisfaits. Ma mission était de faire admettre, que si la raison avancée par les mécontents, était, qu’ils étaient venus découvrir une Afrique Noire authentique, et non entendre un chanteur français…Qu’Antoine, lui, d’après ce que j’avais lu et appris, fuyait notre monde moderne, vers des contrées lointaines, encore vierges…Satisfaire tout le monde était impossible, mais je comptais sur le charisme d’Antoine et le choix, la qualité des chansons qu’il interpréterait pour que tous y trouvent de la joie et du plaisir. Ali, avait fait le plein d’essence du petit car, et je ne tardais pas, après le déjeuner, de rappeler les dernières consignes à chacun, pour que tout soit prêt pour ce soir dix neuf heures. Avant de prendre la route, François du bar, me servit un grand café glacé. Christian me demanda de le déposer à l’école de Nianing. Isabelle, me rappela d’être prudent.
--A ce soir Isa, faites-vous belles ! Toi et Maman.

Je déposais Chris, ce jeune garçon blanc et blond, auprès de tous ses amis noirs. Ma route fut longue et je prenais en stop, à M’Bour, deux jeunes gens légèrement barbus, qui avaient loupé leur car. N’étant plus seul, le voyage fut moins monotone, d’autant qu’ils parlaient un très bon français. Le tourisme leur était assez étranger, et craignait que cette industrie, bouleverse les coutumes…Je tentais de leur dire, que les milliers d’emplois crées, du nord au sud du pays, amélioreraient le niveau de vie des gens…Mais, quand ils me dirent qu’ils étaient musulmans, croyants, et qu’ils n’admettaient pas que les femmes européennes, s’exposent dénudées sur les plages, que l’on vende de l’alcool, dans les hôtels, je cessais de les contredire, les trouvant trop radicaux. Bien que le Sénégal ait comme principale religion, l’Islam, à plus de quatre vingt dix pour cent, la laïcité, la tolérance, étaient omniprésentes, dans cette république. Leur premier Président, un catholique, Léopold Sedar Senghor, était l’exemple vivant, d’un pays, où les minorités étaient respectées. Ils descendirent à l’entrée de Rufisque, ville chargée d’hisoire coloniale, ou les premiers blancs, des Portugais avaient débarqués au quinzième siècle…

Dés mon arrivée, un des jeunes marins en faction à l’entrée, monta dans le car, pour me guider dans ce port militaire, interdit aux véhicules civils. Au même mouillage que la dernière fois, le beau voilier m’attendait. Antoine, ne tarda pas et me fit signe de monter à bord.
--Marc, c’est bien marc, on va trinquer à mon nouveau barbecue et à notre soirée.
Il s’absenta deux minutes et remonta avec deux verres de Whisky ! Et puis on bavarda un petit quart d’heure, en appréciant ce verre sympa, et la tranquillité de cet endroit…
…On rangea dans le car la batterie, deux guitares, un paquet de disques, deux cintres avec pantalons et chemises, deux paires de chaussures, une valisette…Antoine était en jean et chemisette blanche. Tout était ok pour le départ, et regardant son voilier, il me dit :
--Marc, n’oubliez pas, on prendra la route du retour, vers une heure du matin…Au revoir mon voilier ! Je n’aime pas t’abandonner.

Antoine en fait était peu sorti de l’arsenal et me posait des questions surprenantes, mais justifiaient. Je lui disais que ma présence au Sénégal était récente, et que ce pays, son histoire, m’intéressait. Il me dit que lui aussi, mais qu’il ne faisait que passer à Dakar, qu’un jour peut être il reviendrait…Et puis, je lui parlais de l’organisation de la soirée, de notre clientèle, de la présence d’une clientèle allemande. On a installé une grande estrade à l’extérieur pour vous, une bonne sono et un micro à pied. Les gens resteront à leurs tables. Vous leur ferez face…Antoine s’était assoupi et dormait, la tête en arrière, contre le dossier du fauteuil. Je réalisais que j’avais à mon coté, cette grande vedette, de la chanson française…J’essayais de me remémorer, des titres de ses chansons…J’avoue que je n’étais pas un de ses fans ! Mais il me revient, « J’aime le bon vin » et « La guerre ». C’est après une bonne demi-heure, qu’il fit surface, en s’excusant. Si je ne conduis pas en voiture, je dors ! C’est pendant mes tournées de villes en villes en France, que j’ai pris cette habitude, de me faire conduire.
Je lui parlais d’Apo, et lorsqu’il me dit :
--Mais comment es tu arrivé au Sénégal...On se tutoie Marc,
--Oui…Mais c’est une très longue histoire Antoine. Disons que c’est une histoire d’amour et… Une rencontre, ce grec, Apo, que vous allez voir. Que tu vas connaître ce soir…

Apo ne m’avait pas confirmé sa venue au Domaine, mais le connaissant, il ne manquerait
pas une soirée pareille !
Je lui proposais que l’on dîne ensemble au restaurant plus discret du personnel. Qu’il aurait une case pour se changer, se sentir à l’aise. Que le dessert ayant été servi, qu’il pourrait faire « son entrée », vers vingt et une heure trente. Antoine me demanda s’il pouvait s’installer de suite en arrivant, dans sa case. Dés notre arrivée, avec Ada on le conduisit chez lui, où il déposa ses affaires et garda une des guitares. Voulant garder l’effet de surprise, qu’on ne le vois pas, je lui disais que je viendrais vers vingt heures le chercher. Il était dix neuf heures et déjà une certaine effervescence régnait. Samba avait eu la confirmation de l’Aldiana et nous dépasserions largement les quatre vingt personnes. Avec nos clients Jet Tours, on ne serait pas loin de deux cents en tout. D’Apo, pas de nouvelles. Le temps de prendre une bonne douche, de retrouver les miens, qui se préparaient, je passais un pantalon noir et une chemise à manches longues, noire aussi. Mais je portais souvent un petit foulard au cou, à la Gary Cooper…Ce soir il serait rouge.

J’allais revoir si tout était bien au restaurant et dehors. Bernard avait bien fait les choses, et j’appréciais. La salle de restaurant était superbe. Le menu proposait, soupes de poissons ou légumes, au choix et une dorade grillée, pommes sautées, ou tranche de rôti de porc, haricots vert. Glaces en dessert. C’était parfait. Toutes les tables du jardin, étaient prêtes pour l’apéritif et ceux qui voulaient s’installer de suite au restaurant le feraient. J’allais prévenir Bernard que l’on mangerait un petit plat avec Antoine vers vingt heures trente au personnel. Le disjockey avait mis un des nouveaux enregistrements au revox et avait sélectionné quelques disques pour le Merle Bleu, qui ouvrirait dés la fin du spectacle. Sur l’estrade, la batterie discrète était mise, deux chaises pour les guitares.

L’heure passa très vite et à la terrasse, au restaurant, Mathilde, Moussa, accueillaient tous ceux et celles, qui allaient passer une bonne soirée. Samba et les maîtres d’hôtels, étaient à la manœuvre. A la porte de la case du chanteur, j’entendis un air de guitare et comme prévu, discrètement, je frappais à sa porte. Il me reçu avec le sourire et me demanda de suite :
--Marc, emmène moi voir avant la tombée du jour, l’océan que j’aime, il n’est pas loin ?
Notre détour à pied, pour ne pas être vus était digne du labyrinthe, et je le sentis ému, émerveillé par le caractère sauvage de notre plage, et malgré l’approche de la nuit, l’immensité grise argentée de l’océan.
--Surtout Marc, laissez cet environnement tel qu’il est, laissez votre hôtel là-bas…Ici, préservez le calme…
Antoine avait sans doute raison. C’était vrai. Mais sur une partie de cette concession maritime, nous avions l’obligation de faire des aménagements hôteliers. Tout résiderait dans la manière de le faire, et en respectant la nature. Comme moi, il devait avoir soif et faim. On ouvrit le portail sur la route, toujours fermé, qui donnait coté cuisines, et on s’installa à table. Bernard et sa femme, se présentèrent, dirent deux mots, et nous laissèrent-en tête à tête.
--On sera là tout à l’heure, dit Bernard !
Antoine, trouvait cet endroit attachant, tout en appréciant les bonnes dorades du jour. Samba nous servit un vin rosé bien frais, et puis le trio chéri arriva :
--Antoine voici ma petite famille, Mathilde, Isabelle et Christian.
Mathilde dit à Antoine :
--Vous êtes attendu comme le messie !
--Le messie ? Mais il faut qu’il aille se changer le messie.
Christian et Isabelle, ne disait mot, et le trouvèrent très grand, lorsqu’il se leva !
Et puis Antoine dit à Isa :
--Vous resterez prés de moi pour les refrains ! Tous les deux…
Il restait encore une bonne heure avant la fin du repas et le commencement de la soirée. On fit le même détour pour ne pas être vus et je laissais Antoine chez lui. De sa case il pouvait apercevoir la terrasse et l’estrade où il serait. Le comptable avait encaissé les entrées des clients de l’ Aldiana, et j’avais retiré la somme due à Antoine.
Nous avions remis au disjockey, le paquet de disques, pour qu’il fasse un choix, pour le Merle Bleu.
J’avais préparé un très court laïus, pour le présenter, juste avant qu’il arrive par le jardin. Le personnel serait aussi bon public. Arrivèrent les amis de l’Aldiana, avec quelques jeunes, qui avaient diné. Nous avions mis des chaises et des tables, prés du bar. Le repas terminé, les serveurs débarrassèrent les bouteilles, couverts, assiettes et verres des tables. Des enceintes extérieures, un medley africain en sourdine, nous imprégnait des musiques de cette grande Afrique, si diverses, si changeantes. Retrouvant le chanteur d’un soir, vêtu d’un pantalon blanc et d’une chemise à fleurs à vous couper le souffle, accordant sa guitare et fredonnant un air, j’étais heureux pour lui, en lui confirmant, qu’on avait atteint nos objectifs et qu’il recevrait bien son cachet !
--Ha, merci Marc, cela m’aidera bien, merci.
Lui ayant dit, qu’il ferait son entrée, dans une dizaine de minutes, dés la fin de mon annonce, je le quittais. Il ne me restait qu'à rejoindre l’estrade et dire quelques mots au public. La musique africaine s’estompa et je pris le micro :

Chers amis, du Domaine et de l’Aldiana…
Je ne serais pas long, car vous attendez tous, Antoine. Mais pourquoi, ici ce soir, est- il parmi vous et nous ? Et bien, parce que comme « vous », Antoine a eu besoin de « partir », de découvrir d’autres coins de notre planète…Et il a commencé par une halte au Sénégal, après des jours de navigation, à la barre de son voilier. Voilà. Le sachant si prés du Domaine, nous lui avons dit simplement, que nous serions heureux, qu’il vienne un soir, nous enchanter, en nous transportant dans son univers musical.
Mesdames, Messieurs, Antoine !

Il arriva, guitare en main, accueilli par des applaudissements sincères. Il se trouva sur l’estrade en un quart de tour et Je lui donnais le micro, qu’il plaça sur le pied, qu’il régla au niveau de sa tête, à la grande chevelure. De sa haute taille, il dominait tout le monde, et fit asseoir tous les jeunes autour de lui. De loin, j'aperçus Apo, dans l’obscurité, non loin de la piscine, lunettes noires sur le nez. Quelques accords de guitare et Antoine dit d’une voix forte et distincte :
--Oui, amis d’un soir, j’ai soif d’aventures. Dans peu de jours je poursuivrais mon aventure sur des mers, des océans, à ce jour encore inconnus de moi. Je me souviendrais de votre accueil à Nianing, merci.
Il demanda si dans l’assistance il n’y avait pas un batteur ? Un client de l’Aldiana se leva et Antoine l’installa devant les deux tambours, et les cymbales. Puis, pinçant et grattant ses cordes il entonna, « Parti pour l’été », et demandait aux jeunes de reprendre avec lui… les refrains.
Et puis, il chanta « Ra Ta Ta », « Si t’a levé le coude, lève le pied ». Il prit la chaise libre, régla le micro, et s’assit, faisant signe à Isabelle, à Christian, aux jeunes de venir plus prés de lui. Le public scandait « Elucubrations…Et ce succès planétaire, repris par tous, envahit notre assemblée…De temps à autre, le batteur d’un soir, suivait ou devançait le rythme, avec son tambour et ses cymbales…Samba amena un grand verre d’eau à Antoine, qu’il but d’une traite. Il demanda :
--Laquelle, laquelle, voulez-vous ?
On entendit ça et là… « j’ aime le bon vin » et puis… « Oh Julie »… Antoine, semblait heureux et participait pleinement à cette rencontre, il chanta ses deux chansons, que je ne connaissais pas…Et puis, le temps passant, il nous dit :
--Voici une chanson ancienne, mais qui est une de mes préférées…
Il fit ses accords, et d’une voix plus douce, commença à nous chanter, « Je l’appelle Cannelle »…. Quelle belle mélodie, et quels applaudissements ! Et puis Antoine annonça…
--La dernière, une plus drôle ?
--Oui, oui, oui, encore une !
… « S’cusez moi, M’sieur Antoine », conquit une nouvelle fois l’assistance, puis il finit par… « Pop Corn ».
Ensuite, Antoine posa sa guitare, pris le micro et salua tout l’équipe du personnel du Domaine, et son public. Je dois rentrer sur Dakar ce soir et il est bientôt minuit, merci de votre accueil dans ce cadre magnifique. Vraiment le public, ne ménageait pas ses applaudissements et la soirée fut une réussite.

Je l’accompagnais chez lui, pour qu’il se change. Lui remettais dans une enveloppe son cachet, et lui proposer un dernier verre au Merle Bleu, où je lui présenterais Apo, qui était arrivé pendant le spectacle. Marc me dit il, garder les disques, les vieux tubs ou quelques plus récents. Comme ça vous penserez à moi. Ada, frappa pour prendre ses affaires et les porter dans le car, et il ne resterait plus que la batterie. Il y avait déjà foule au Merle Bleu, et discrètement je disais au djidji, de nous mettre un truc D’Antoine, qui bouge ! Apo, qui était accoudé au bar, s’approcha de nous et lui dit un chaleureux :
--Monsieur Antoine, Vous m’avez fait l’honneur de venir chez moi, et je vous en remercie. Bien qu’arrivé tard, j’ai apprécié votre tour de chant.
Je reconnais que l’idée de Marc, d’aller vous extirper de votre voilier, était très bonne. Vous avez fait des heureux, encore merci.
Mathilde et les enfants, s’approchèrent pour nous dire bonsoir et au revoir. A ce moment, la chanson, « Les Elucubrations », s’échappa des enceintes et des bravos fusèrent de toutes parts. On avala notre scotch, Apo me dit d’être prudent, et un petit groupe nous accompagna jusqu’au car…

*


D’Antoine, et de ce long retour sur Dakar, vers son cher voilier, je garderais longtemps, le souvenir de l’homme vrai, sensible, que j’avais osé aborder. Si ce petit car pouvait parler, il ne dirait rien, tant les confidences qu'il me fit étaient pertinentes, ses blessures réelles. Le mal être, du mal aimer, d’un amour déçu, peut être d’une rupture…L’homme, le poète, ne voulant pas que l’on s’apitoie sur son sort, créait ses textes dans la dérision. Pendant notre voyage, je l’écoutais et sa voix entrecoupait de petits sommes, me berçait, et ses phrases, chantaient sa soif d’évasion, de fuir quelque part…
Dans la nuit noire, d’’un port presque silencieux, un marin, portant ses affaires, moi une de ses guitares, on ne tarda pas entendre, le clapotis de l’eau, le bruissement des haubans, dans la brise du petit matin…Son embrassade fut fraternelle, la mienne aussi. Du haut de son bastingage, il me se salua une dernière fois, et je lui criais : bon vent, poète des mers, bientôt tu chanteras Brel et sur la tombe de Gauguin aux Marquises…Pense à moi.

*











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