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Sénégal,Nianing,Janvier à...251° à 259° Bon°

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Sénégal,Nianing,Janvier à...251° à 259° Bon°

Message  tremsal le Sam 17 Sep - 9:57




Ces pêcheurs à la senne…Sans poissons…
Ces dunes qui disparaissent…
Follereau, quel travail !









Sans faire de bruit, je quittais la maison, et après l’habituel et si bon petit déjeuner, je retrouvais le fidèle Marcel et avec Hirondelle et Latdior, on rejoignit la plage. Déjà, quelques pêcheurs du village de Nianing, qui étaient à l’ouvrage depuis l’aube, s’apprêtaient à faire une seconde pêche, tant la première avait été médiocre. Nous le savions d’après ce qu’en disait la population, ce bel océan, que longeait la petite côte Sénégalaise, jadis si poissonneux, l’était de moins en moins. Les raisons étaient nombreuses, mais la motorisation des pirogues depuis quelques années, leur augmentation, les techniques plus modernes de pêche, notamment des filets aux mailles trop petites, en étaient les principales. En payant des royalties au Sénégal, il y avait la multitude de pays, venus des quatre coins de la planète, ratissant large les fonds marins, dans, ou à l’extérieur des eaux territoriales Sénégalaises. On encouragea notre petit groupe de pêcheurs en passant auprès d’eux. Ce matin là, Marcel, désirait me faire découvrir par la plage, le paysage encore méconnu par moi, le long de la côte, après le village de Nianing.

L’océan comme presque chaque matin, a des tons gris-blanc et il est peu agité. Sur le sable vierge, et au pas, nous laissons de belles traces derrière nous, et Hirondelle dès que nous galopons, est attiré par les vaguelettes de l’océan. Peu d’animation devant le village, sauf quelques femmes, faisant sécher et bruler les yaboy (sardines). Quelques gosses tapent dans un ballon à moitié crevé.
--C’est Marc, c’est Marc !
Je leur fais un petit bonjour. A force de se promener aux alentours du Domaine, je me suis fait des amis…On passe devant le centre de rééducation, devant l’école de Christian, les frères Canadiens et très vite, peu d’arbres, et de rares maisons. On a l’impression que sur plusieurs centaines de mètres, l’érosion a accompli son œuvre. D’ailleurs, l’océan a laissé des traces, la plage est sillonnée de crevasses, et une multitude de petits crabes jaunes,y jouent à cache-cache. Certaines clôtures en parpaings, qui avaient été construites sur la plage, gisent à même le sol. Marcel m'annonce que nous arrivons à Warang. Quelques grands filaos et deux trois maisons, bien entretenues, aux jardins verdoyants, d'où émergent des palmiers rôniers, des cocotiers, prouvent que ceux qui y habitent, sont amoureux de la nature.
Passé Warang, un semblant de dunes blanches, sur notre droite, assez basses et creusées de partout. Surprenants, un peu plus loin, quelques grands caïcédras, plantés jadis, ont résisté à la déforestation. Marcel me dit que nous ne sommes pas loin de l’ ORSTOM, (Office de la recherche scientifique et technique outre mer), aujourd’hui IRD, ce qui expliquerait cette protection ! Je connaissais l’appellation de cet organisme, pour y être passé souvent devant, coté route goudronnée et j’avais remarqué que c’était très boisé, immense, et clôturer. De nouveaux, mais plus hautes, des dunes, des arbustes, et une plage plus étroite. Des filets qui sèchent, de nombreuses pirogues sur le sable, côte à côte, d’autres s’apprêtent à sortir au large. Nous poursuivons notre balade quand Marcel, apercevant des ouvriers qui chargeaient un camion de sable blanc, me fît gravir la dune pour aller à leur rencontre. Ce chargement est destiné à la construction, me dit-il avec l’air navré. Enfin, nous arrivions à M’Balling.
--Monsieur Marc, attention ici ce sont des lépreux. C’est dangereux. Avant, chez nous, en brousse, les lépreux étaient chassés…

Ayant trouvé deux arbres, je dis à marcel, qu’on y attacherait nos chevaux avec leurs licous. Nous voici à pieds. Effectivement, nous croisons des villageois, dont certains cachent leurs visages, d’autres ont les mains bandées…Je dis à Marcel que depuis plus de vingt ans, grâce à un monsieur du nom de Raoul Follereau, au Sénégal et ailleurs dans le monde, il y a une politique de regroupement des lépreux. Recensés, installés dans des villages pilotes, Ils sont soignés, suivis médicalement, réinsérés pour combattre l’exclusion. En France, nous étions sensibilisés par la journée mondiale de la lèpre, sous l’égide de la fondation Follereau.
Tout en marchant vers le centre de ce grand village, je suis frappé par le nombre impressionnants d’enfants, sains. Sur un panneau, nous voyons écrit, « merci à la coopération allemande ». A l’ombre d’un arbre très feuillu, un forgeron répare une petite charrue à bras. Lui aussi est bien défiguré, mais il a l’air serein. Sur notre droite, une école, quelques bâtiments, et l’infirmerie. De la lèpre, je ne savais pas grand-chose, si ce n'était que cette maladie, plus ou moins contagieuse, due au bacille de Hansen, non soignée, laissait des lésions très importantes au niveau de la peau.

Puis je vis Guissé, l’infirmier qui, ayant été atteint aussi par cette affreuse maladie, et qui, me reconnaissant de loin, se dirigeait vers nous. Il nous restait peu de temps, mais il nous fit, quand même, visiter l’école. Il nous parla d’une dame, qui avait bien connu Monsieur Follereau, ici, lorsqu’il fonda ce village dans les années cinquante, qui devait devenir un modèle de réussite humaine. Cette dame, une allemande fortunée, finançait depuis des années, le secteur alimentaire, l’appoint en nourritures, surtout pour les enfants. J’appris aussi que cette forme de lèpre, dite, « sèche », la plus répandue ici, n’était pas contagieuse.. Prenant des notes, j’observais que si les médicaments étaient pris aussitôt l’apparition des petites taches brunes, en quelques années, la maladie pouvait être éradiquée. Sinon, il en résultait d’atroces mutilations.

L’infirmier Guissé, notre premier interlocuteur à M’Balling, devait avoir un peu plus de quarante ans, il boitait et avait plusieurs doigts en moins. Il avait du manquer de prévention, des premiers médicaments dans sa jeunesse. Avant que l’on parte, il voulu me présenter à une dame lépreuse, amputée de ses deux jambes, sous traitement, guérie et qui était mère de cinq enfants, suivis depuis leur naissance et heureux de vivre. Sur la porte intérieure de l’infirmerie était épinglée une note en caractère d’imprimerie :

« La bataille de la lèpre c’est : un peu d’argent, beaucoup de courage, et infiniment d’amour.» Raoul Follereau.

Impressionné par cette visite, « cette rencontre », par ces gens chaleureux, qui pratiquaient tous les métiers, pêcheurs, agriculteurs, artisans… Ces femmes, ces mères aussi, mutilées mais guéries, grâce aux progrès de la médecine, (une association d’antibiotiques, (la poly chimiothérapie). Je m’engageais à devenir leur ami, à tenter de les aider dans leur adversité, par un tourisme bien orienté. En les quittant, le cœur plein d'émotion, je me remémorais ce que j'avais lu, dans mes livres d' Histoire, au sujet de la lèpre, sous l’ Egypte pharaonique, à l’époque romaine, lors des épidémies en Europe au moyen âge, et je pensais au sort inhumain, qui était réservait aux lépreux et lépreuses.
Ayant retrouvé nos chevaux, très existés par la présence de juments aux alentours, on rejoignit la route à travers le village et les gens nous saluaient. Pour le retour, on le fit avec regret, par la piste longeant le goudron, car il était presque dix heures ! Loin des dunes blanches, en voie de disparition…

Nos deux chevaux, sentant l’écurie, galopaient bon train. En les ménageant, on arriva au Domaine avant onze heures. C’était la première fois que je revenais si tard d’une balade, et je ne le regrettais pas. J’aperçu isabelle et son professeur, et Ty était avec eux. Monsieur Tiss me fit un grand bonjour et je vis qu’il avait en main les plans de la future boutique. Puis il m’interpela :
--Marc, On va commencer la case « type », vous passerait voir les maçons ? Et pour la boutique, j’ai tout en main, venez me voir au bureau.
--D’accord Monsieur Tiss.

Les choses avançaient, et je ne pouvais qu’en être satisfait. A la réception, Elysa me remit le courrier, avec une lettre des Vosges, à l’écriture bleue. Puis elle me dit, qu’il y avait un monsieur au bar qui voulait me voir. Croisant Moussa, il m’informa que pour l’excursion de Dakar-Gorée, ils avaient rempli deux cars, avec plus de cinquante vacanciers. Les sports aujourd’hui… Ca allait être d’un calme ! Le monsieur au bar, se présenta comme étant ornithologue, et membre de l’ Orstom de M’Bour. Monsieur Rouchouge. Fait du hasard, je lui racontais notre balade du matin, devant leur propriété. Jumelle en bandoulière, bloc-notes, livre de Morel, sur les oiseaux d’Afrique de l’ouest, il me demanda s’il pouvait venir observer dans le parc, les oiseaux. Lui demandant si c’était sa première visite au Domaine, il me dit que oui, et qu’il avait entendu parler de ce lieu par des collègues.
Toujours, cette soif d’apprendre, me décida de lui proposer d’aller en sa compagnie au marigot, que je considérais comme un endroit exceptionnel. Chance ! Ali, avait la veille, déversé deux citernes d’eau du forage et nous pûmes observer ensemble, des martins pêcheurs pygmées et des cormorans. Le nombre important de varans, de grosses tailles, l'étonna un peu et l’inquiéta, car surtout carnivores, et très friands d’ œufs…Je dois dire, que cette fin de matinée fut enrichissante pour moi, tant par notre conversation, durant laquelle j’appris bien des choses nouvelles et utiles, que par ce contact avec cet homme qui aimait tant la nature et en savait long sur la vie des oiseaux.... Aussi, mes idées concordaient si bien avec les siennes, que je pensais être sur la bonne voie. Il falait poursuivre nos efforts, pour l’assainissement…des trois marigots ! Il considérait, un peu comme moi, que l’eau saumâtre de notre forage, bien utilisée, permettrait d’avoir en permanence une nappe d’eau conséquente, pour recréer « la vie ». L’urgence pour lui aussi, était d’enlever la porcherie de ce secteur, de la déplacer ailleurs. En fait, tout reposer sur une rapide décision d’Apo. En le raccompagnant, il me conseilla de noter de mon coté, les espèces nouvelles que je pourrais remarquer et il me fit comprendre qu’on se reverrait souvent.

Le chauffeur de service ramena Christian et on se retrouva tous pour déjeuner dans le restaurant presque vide !
Ty, avait battu tous les records de vente d’excursions. Je racontais notre longue promenade à cheval, la léproserie, etc. L’après-midi, dans mon atelier, je griffonnais un nouveau plan représentant, le premier marigot, recevant l’apport d’eau en saison sèche, relié par deux tuyauteries au second, et, s’écoulant naturellement sous le pont de la route goudronnée, vers ce qui allait devenir le troisième marigot. Je savais qu’Apo était sensible aux dessins, mais il fallait aussi des textes et je les écrivais de plus en plus gros et aux feutres.

Comme vous le savez, je garde tout cela précieusement, archives qu’il m’avait rendues, dessins…Ne sachant plus quoi en faire, devait-il me dire, puisque j’allais quitter le Domaine…
*


Domaine coté parc, commençait ça et là, à être un véritable chantier. Certes, mon secteur loisirs, reposait toujours, sur l’effort que j’avais entrepris personnellement. J’attendais toujours la suite, qu’Apo avait promis de faire, en assurant mon travail, avec un personnel que j’appréciais, qui me le rendait bien, mais avec un moral en dent de scie. Bien sûr, le faible chiffre d’affaire des sports et loisirs, ne me permettait toujours pas, de me verser un salaire décent.

Des cris, et un jardinier qui arrivait en courant pour me dire, serpent, serpent ! Effectivement, prés d’une villa, dans un vieux regard, était lové, (prêt à bondir), un beau naja ! Je ne vous explique pas les cris, les parlotes…L’idée me vint de l’arroser à distance, avec le premier tuyau disponible. Cela fit un certain effet, et se dressant, gonflant sa gorge, il cracha un beau jet de venin dans ma direction, puis il s’en alla calmement, vers les bois. Il faisait plus d’un mètre, et cela me décida à faire fabriquer deux grandes piques d’acier, fourchues, pour capturer le ou les prochains, à ma façon. Je me souvenais qu’une tête de naja complète, ça pouvait être utile à l’Institut Pasteur. Le fils de N’Diaye, amena trois petits lapins de sa part pour Isabelle. Avec des feuilles de salade, je les libérais dans leur nouveau logis.

La journée fut calme et l’arrivée des deux cars, changea l’atmosphère ! Le bar ne désemplissait pas, la piscine non plus. L’arrivée des musiciens peuls, de Wabili et familles, avec leurs chants et musiques lancinantes, dominées par le son des ritis, me fit me dépêcher, pour venir les présenter au public. Comme toujours, Wabili captivait l’assemblée, impressionnait les gens par son regard noir et pénétrant…Une dame, après le spectacle, vint me dire, avec de l’anxiété dans la voix :
--Marc, je n’avais pas d’argent sur moi et lorsque le féticheur arriva devant moi, dansant avec sa calebasse pleine de pièces de monnaie, touchant son collier talisman en me regardant fixement, j’ai eu très peur…Je la rassurais. C’était du spectacle avant tout, et Wabili, certes impressionnant, n’était pas méchant.

Après le diner, certains estivants restèrent sur la terrasse, jeux de cartes, scrabble, d’autres allèrent en boite de nuit. Avant de rentrer à la maison, Isabelle me demanda d’installer le piège. Vers dix heures, m’éclairant avec sa lampe de poche, on fixa la grosse chaîne, à un des poteaux de la cage à lapins et j’ouvrais et dissimulais le piège, sous de la paille, le long du grillage.
--Papa, tu crois qu’on va l’attraper, ce Lynx !
Etant un peu septique, je lui disais, que tout dépendait de sa taille. Le jardinier m’avait montré des traces dans la terre, comme des empreintes de chien. Le muret de la maison à lapins, avait été renforcé, ainsi que le grillage. Isabelle me dit que son travail se passait bien. Christian, qui était avec des amis, rentra et je leur disais de se coucher, vu l’heure.
--Papa, une histoire…
J’aimais aller dans leur chambre bleue, bien rangée. Leonie, sœur de Wali, était parfaite comme femme de ménage. Notre linge bien repassé, était soigneusement mises en place et elle était obsédée par l’ordre ! Prenant sur l’étagère, le livre de poche sur Léopold Sedar Senghor, Président du Sénégal, mais surtout grand poète, écrivain de la « Négritude », je disais à Isa et Chris, que j’allais leur lire un petit extrait d’un de ces poèmes.

[i]Ethiopiques, « L’Homme et la Bête ».
Je te nomme Soir ô Soir ambigu feuille mobile je te nomme.
Et c’est l’heure des peurs primaires, surgies des entrailles d’ancêtres.
Arrière inanes faces de ténèbres à souffle et mufle maléfiques !
Arrière par la palme et l’eau, par le Diseur-des-choses-très-cachées !
Mais informe la bête dans la boue féconde que nourrit tsétsés stegomyas…
[/i]

--Papa, c’est compliquer tous ces mots ? C’est difficile à comprendre…Surtout inanes ?
--Isabelle, inanes, c'est le mélange des lettres du mot naines, on appelle cela, anagramme. Mais, si tu essayes de comprendre la phrase, ça peut être, yennes…

Isabelle avait raison. Ce texte était très littéraire. Je les embrassais, leur souhaitant une bonne nuit. Avec le petit vent venu de l’océan, nous entendions jusque chez nous, un air disco du Merle Bleu…Ty s’était endormie et je me glissais sous le drap. Dehors le gardien de nuit, nous dit son habituel bonsoir. Je continuais à lire, ce long poème de Senghor, où il utilisait des mots parfois inconnus, inspirés de la Grèce antique, ou de notre vieille langue Française. Le dictionnaire ce soir, était pour moi, indispensable. J’éteignis la petite lampe de chevet.

*


Décidément chez nous, tout se passait la nuit ! C’est Isabelle qui me réveilla en criant presque :
--Papa, tout de suite, dehors, j’ai entendu très fort, comme un chien qui hurlait, qui hurlait !
Debout en un instant, ma lampe de poche en main, j’ouvrais notre porte et nous ne vîmes, aucun animal dans la nuit noire. Le gardien venu de nulle part, fit son apparition. En s’approchant de la maison des lapins, je vis le piège au bout de la chaîne, fermé et en approchant le faisceau, Christian nous dit :
--Papa, il y a plein de poils jaunes dans les dents du piège, et comme du sang dessus.
Coté lapins, ils étaient tous regroupés au fond de leur habitat. Le piège avait fonctionné, mais l’animal avait réussi à s’arracher et il devait être bien blessé. On verrait demain avec Monsieur Diop, car il connaissait bien ces fameux Lynx. Nouvelle péripétie nocturne, à mettre en compte, dans les souvenirs !
Isabelle remarqua alors les nouveaux lapins, et me demanda si on pouvait dans la semaine aller voir le vieux N’Diaye. C’est ainsi que les villageois l’appelaient à Nianing.

*












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