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Le goût du sel
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Le goût du sel
Le goût du sel
Je restais cloîtré dans mes appartements secrets ou dans mon masque sous une pellicule d’eau salée à la recherche d’un grand poisson qui montrera le bout de sa queue ; lui, il aura vu la flèche, le masque, la mauvaise intention du chasseur. Il aura tout vu quand je ne pourrai plus que le regretter et le maudire. Est-il beau ou laid, je ne sais pas. Mais il est le roi, moi le força...
En coupant du bois, ce lundi en juin, mon doigt a goûté au fil d’acier, et sa réaction fut un crachat rougeâtre ; en regardant la cicatrice, je me rappelle la chose en frissonnant, mais aussi un goût de sel m’envahit le palais, comme si, comme ça : salé. La mer recouvre les trois quarts de la planète, nous en sommes sortis un jour et il n’y a aucune preuve pour les scientifiques, mais cent autres pour moi, humble pêcheur. Reste dans l’univers marin, reste poisson.
Il serait pourtant plus juste de dire “retournes-y”, comme va voir ailleurs, et tu t’y trouveras, toi, une identité secrète et pendue au fil des temps, dans ton milieu d’origine en compagnie de tes ancêtres. Ton intrusion sera vite perçue comme une imposture, mal inspirée par l’envie de tuer ; malgré tout on te laissera y aller, par ce que deux tiers de mer n’a peur de rien ; la mer, elle a déjà tout vu. Lui reste à te connaître. T’ouvrira ses bras d’eaux qui se refermeront peu à peu sur ton âme pour te garder, comme une tenaille, comme elle a toujours convoité et entraîné tout ce qui flirtait à sa portée. Les amants ne me contrediront pas.
Tenaillé par le remords de devoir “vivre dans le système”, tu ne seras plus jamais performant au sec. Refuseras même de te doucher, le plaisir simple et légitime qui reste aux gens à la bourre, qui jouent le jeu, font du fric... des labours, des couloirs, des bureaux, des ateliers... Tu refuseras ce plaisir, cette détente car tu penses qu’ils ne te sont pas destinés. Tu refuses ce cadeau empoisonné par ce que tu as le goût du sel maintenant.
- Mais qu’y a-t-il d’empoisonné dans une douche ?
- Vas savoir ?
- Mais tu n’es pas un poisson !
- Je ne suis même pas ça, non, mais l’apparence n’est que l’écho du cri dans la forêt, un cri d’horreur comme l’apothéose du cauchemar. Je me sens perdu chez les miens, agonisant solitaire et rejeté, ça va sans dire ! Mais l’énergie que je tiens de ce constat, je la dois au milieu marin ; je suis prêt à soulever des montagnes pour y retourner et m’y perdre. Je ne dirai qu’une chose : les montagnes naissent et meurent sous la mer. >>
Dam.
Je restais cloîtré dans mes appartements secrets ou dans mon masque sous une pellicule d’eau salée à la recherche d’un grand poisson qui montrera le bout de sa queue ; lui, il aura vu la flèche, le masque, la mauvaise intention du chasseur. Il aura tout vu quand je ne pourrai plus que le regretter et le maudire. Est-il beau ou laid, je ne sais pas. Mais il est le roi, moi le força...
En coupant du bois, ce lundi en juin, mon doigt a goûté au fil d’acier, et sa réaction fut un crachat rougeâtre ; en regardant la cicatrice, je me rappelle la chose en frissonnant, mais aussi un goût de sel m’envahit le palais, comme si, comme ça : salé. La mer recouvre les trois quarts de la planète, nous en sommes sortis un jour et il n’y a aucune preuve pour les scientifiques, mais cent autres pour moi, humble pêcheur. Reste dans l’univers marin, reste poisson.
Il serait pourtant plus juste de dire “retournes-y”, comme va voir ailleurs, et tu t’y trouveras, toi, une identité secrète et pendue au fil des temps, dans ton milieu d’origine en compagnie de tes ancêtres. Ton intrusion sera vite perçue comme une imposture, mal inspirée par l’envie de tuer ; malgré tout on te laissera y aller, par ce que deux tiers de mer n’a peur de rien ; la mer, elle a déjà tout vu. Lui reste à te connaître. T’ouvrira ses bras d’eaux qui se refermeront peu à peu sur ton âme pour te garder, comme une tenaille, comme elle a toujours convoité et entraîné tout ce qui flirtait à sa portée. Les amants ne me contrediront pas.
Tenaillé par le remords de devoir “vivre dans le système”, tu ne seras plus jamais performant au sec. Refuseras même de te doucher, le plaisir simple et légitime qui reste aux gens à la bourre, qui jouent le jeu, font du fric... des labours, des couloirs, des bureaux, des ateliers... Tu refuseras ce plaisir, cette détente car tu penses qu’ils ne te sont pas destinés. Tu refuses ce cadeau empoisonné par ce que tu as le goût du sel maintenant.
- Mais qu’y a-t-il d’empoisonné dans une douche ?
- Vas savoir ?
- Mais tu n’es pas un poisson !
- Je ne suis même pas ça, non, mais l’apparence n’est que l’écho du cri dans la forêt, un cri d’horreur comme l’apothéose du cauchemar. Je me sens perdu chez les miens, agonisant solitaire et rejeté, ça va sans dire ! Mais l’énergie que je tiens de ce constat, je la dois au milieu marin ; je suis prêt à soulever des montagnes pour y retourner et m’y perdre. Je ne dirai qu’une chose : les montagnes naissent et meurent sous la mer. >>
Dam.
Re: Le goût du sel
"les gens vous regardent étrangement lorsque vous êtes un étranger"
il ne faut pas se leurrer sur les "siens"
alors on étouffe
même sous l'eau !
il ne faut pas se leurrer sur les "siens"
alors on étouffe
même sous l'eau !

marc- MacadAccro

- Messages: 576
Date d'inscription: 03/09/2009
Re: Le goût du sel
Encore un texte qui rappelle combien tu aimes la mer.
Les poissons "nous" ne sont libres que pour vire la pollution qui règne sur la terre comme dans les océans, les rivières et les rues.
Savoir nager ne suffit plus! hélas.
Les poissons "nous" ne sont libres que pour vire la pollution qui règne sur la terre comme dans les océans, les rivières et les rues.
Savoir nager ne suffit plus! hélas.
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Sylvie
J'aime vraiment faire tourner les aiguilles des horloges à l'envers
Re: Le goût du sel
Sommet des abysses.
Paradoxe ou oxymore, cet écrit creuse des trous dans l'eau.
Nilo, appelle et pioche.
Paradoxe ou oxymore, cet écrit creuse des trous dans l'eau.
Nilo, appelle et pioche.
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... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
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