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carnets 2011-3
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carnets 2011-3
Lundi 14 février 2011
Passé à l'appartement faire un peu ménage. Le soleil s'est montré puis une épaisse couche de nuages est passée au premier plan. La journée sera grise sûrement.
Après ce peu de rangement, l'endroit semble vivable, presque agréable même. Je suis sorti dans ce temps pâle acheter des croissants et du jus d'orange pour un petit déjeuner.
Un type ressemblant a David à côté du chantier.
Un autre sortant de l'immeuble le visage apeuré, le corps maigre. La misère et la maladie lui emboîtent le pas.
…
je regarde la rangée de livres sur l'étagère du bureau : Hérodote, Kerouac, Whitman...etc.
De lourdes plaques du chantier font un bruit sourd en tombant. Il me reste une heure à attendre avant de partir chez mes parents.
///
st Hippolyte, fin d’après-midi. J'ai décidé d'y passer la nuit. Avec mes parents nous avons partagé le repas du midi. L'ambiance était conviviale. Le repas a tout de même était vite expédié a cause de la chaleur qu'impose ma mère dans cette pièce.
Heureux d'avoir quitté la ville ce matin.
Je ne suis passé voir personne au village. J'ai juste fais une brève promenade dans l'après-midi avant de m'allonger et de dormir un moment.
Écoute de Keith Jarrett.
J'en ai aussi profité pour ranger et balayer mon étage. Cela n'en change pas vraiment l'aspect « squat » auquel je suis depuis longtemps habitué mais on n'y croise plus de bouteilles vides et des tasses ou moisissent des fonds de cafés.
Est-ce que mon esprit tiendra sa culpabilité d'être là ?
Le soir : prunelles de mes yeux !
Le corps fatigué pourrait aller dans la nuit. Ne pas attendre que le couperet tombe.
Mon exil est d'essayer de revoir un passé auquel je n'appartiens plus. Vraiment ?!
Ce monde est-il encore le mien ? Je ne lui trouve plus d'excuses maintenant !
La mélancolie (quelques échos de voix au-dehors). N'ayant pas l'impression d'avoir progressé, j'en reviens a ces quelques fragments.
Le soir, Aude, le soir !
Le visage d'Artaud comme un aigle scrutant un monde intérieur et extérieur avant que les blessures ne l'envahissent...définitivement !
Ah recommencer la vie avec ses meurtres intimes, l'enthousiasme qui me portait à la sortie des écoles. Ô jeunesse !
Le village est désert maintenant. Il n'y a plus personne à croiser à cette heure. Peut-être deux trajectoires parallèles de personnes dont le visage est entier de nuit rejoignent leurs couches.
Jeudi 17 février 2011
je n'avais aucune envie de passer à Perpignan.
Thuir :
Je me suis assis à la terrasse d'un café prés de la place du marché. L'air est frais pourtant une belle lumière aujourd'hui. Un type balayait devant un restaurant proche. Son patron, personnage d'une cinquantaine d'années a discuté un moment avec lui puis est venu s’asseoir à une table pratiquement en face de moi. L'autre l'a rejoins au bout de quelques minutes. A les voir, je crois qu'il s'agit d'un couple homo.
Je n'essayais pas d'imaginer leurs rapports intimes. Je me demande lequel des deux a l'ascendant sur l'autre, le patron ou le jeune homme aux yeux globuleux. Tout d'un coup son rire a traversé la rue. De peur de me faire surprendre dans mon observation je me suis plongé dans mon livre, lisant quelques phrases puis reprenant mon observation.
Le jeune employé est assez mignon. Par ce terme je qualifie quelqu’un de normal, quelqu'un avec qui l'on coucherait sans répugnance mais sans enthousiasme non plus.
A la différence de la plupart des moments ou je prends un café dans un bar, j'étais assez détendu, sans « visions », ni « scénarios ». je ne sais pas si ce genre d'état est naturel chez moi. En tout cas avoir des blessures à l'âme ou se sentir en guerre et en train de démanteler des attaques imaginaires, imaginaires ?!
Je profitais de ce moment de calme avec moi-même et le monde extérieur.
Le restaurant avait deux étages avec des balcons donnant sur une des rues passantes de Thuir. J'imaginais le plaisir d'entendre et de regarder la foule les jours de marché quand la lumière est agréable. Au travers de cela, j'isole cette scène de spectateur et la transpose presque naturellement dans une autre époque, les années 50, 60.
Au sortir de cette brève rêverie, je regarde a nouveau le patron et lui trouve un air arrogant, presque agressif. On percevait chez lui ce désir de réduire les autres.
Qu'en était-il du balayeur-serveur-ami-amant ?
J'imaginais qu'il était plus complexe, un être désintéressé et pourtant...
J’imaginais me mettre en conflit avec ce patron gras du bide, a mon tour le réduire ; mon imagination allant jusqu'au meurtre ! Ce ne sont là que des automatismes de mon esprit, quasi-réflexes sans suite.
Je les regardais furtivement encore un instant puis rentrais au domicile d’Aude mes livres sous le bras.
En écoutant une sonate de Beethoven, je pensais a cette phrase de lui : « je prends le destin à la gorge ! ». Il me restait une heure avant de prendre le bus. J'avais le souffle court, l'esprit embué par les joints. Je n'avais aucune envie d'aller à Perpignan. Arriver avant l'aube à mon appartement était une autre histoire. Je m'y rendormais, écoutais un peu de musique. Dans ces débuts de journées, je m'habituais tranquillement à la ville.
Cette ville perdait peu à peu tout son charme, mon crédit s'y épuisait et pourtant les rêveries de foules, d'en être. Tout cela ne pesait plus lourd face a ce bonheur trouvé a l'écart avec Aude. Même si l'orgueil, l'angoisse étaient des états qui surgissaient régulièrement, je ne pouvais pas nommer ma vie, ici, avec Aude comme autre qu'une vie heureuse.
Samedi 19 février 2011
Une journée heureuse. J'imagine un bonheur plus grand encore a portée de mains. Pourtant je cherche des histoires, des assurances derrière les mots, l'absence de mots.
Nous décidons Aude et moi de ne pas sortir car le temps vire au gris. Le crépuscule approche. Nous marinons dans nos effluves. Fatigue et vertiges.
Dimanche 20 février 2011
Après m'être réveillé, je suis descendu à la cuisine. Je fais les cent pas, fume une cigarette.
Aude avait besoin de sommeil, je la laisse dormir donc. Il est bientôt 10h. Des choses s’achèvent dans mon esprit avant qu'elles ne commencent. Je finis par m'asseoir sur le pas de la porte, ouvre les volets. Lumière grise, journée probablement grise ou nous devrions aller du côté de Collioure.
La collègue d'Aude que j'héberge dans mon appartement quelques jours n'écoute pas, coupe la parole et blablate de longues phrases idiotes.
Je remonte dans la chambre-salon, coupe la tv. Puisque les choses ne se concrétisent pas, s’abolissent dés leurs créations, je me recouche, tente de replonger dans un monde de rêveries.
Immobile, habillé dans les draps depuis 2h
J’arrive enfin à me rendormir.
Passé à l'appartement faire un peu ménage. Le soleil s'est montré puis une épaisse couche de nuages est passée au premier plan. La journée sera grise sûrement.
Après ce peu de rangement, l'endroit semble vivable, presque agréable même. Je suis sorti dans ce temps pâle acheter des croissants et du jus d'orange pour un petit déjeuner.
Un type ressemblant a David à côté du chantier.
Un autre sortant de l'immeuble le visage apeuré, le corps maigre. La misère et la maladie lui emboîtent le pas.
…
je regarde la rangée de livres sur l'étagère du bureau : Hérodote, Kerouac, Whitman...etc.
De lourdes plaques du chantier font un bruit sourd en tombant. Il me reste une heure à attendre avant de partir chez mes parents.
///
st Hippolyte, fin d’après-midi. J'ai décidé d'y passer la nuit. Avec mes parents nous avons partagé le repas du midi. L'ambiance était conviviale. Le repas a tout de même était vite expédié a cause de la chaleur qu'impose ma mère dans cette pièce.
Heureux d'avoir quitté la ville ce matin.
Je ne suis passé voir personne au village. J'ai juste fais une brève promenade dans l'après-midi avant de m'allonger et de dormir un moment.
Écoute de Keith Jarrett.
J'en ai aussi profité pour ranger et balayer mon étage. Cela n'en change pas vraiment l'aspect « squat » auquel je suis depuis longtemps habitué mais on n'y croise plus de bouteilles vides et des tasses ou moisissent des fonds de cafés.
Est-ce que mon esprit tiendra sa culpabilité d'être là ?
Le soir : prunelles de mes yeux !
Le corps fatigué pourrait aller dans la nuit. Ne pas attendre que le couperet tombe.
Mon exil est d'essayer de revoir un passé auquel je n'appartiens plus. Vraiment ?!
Ce monde est-il encore le mien ? Je ne lui trouve plus d'excuses maintenant !
La mélancolie (quelques échos de voix au-dehors). N'ayant pas l'impression d'avoir progressé, j'en reviens a ces quelques fragments.
Le soir, Aude, le soir !
Le visage d'Artaud comme un aigle scrutant un monde intérieur et extérieur avant que les blessures ne l'envahissent...définitivement !
Ah recommencer la vie avec ses meurtres intimes, l'enthousiasme qui me portait à la sortie des écoles. Ô jeunesse !
Le village est désert maintenant. Il n'y a plus personne à croiser à cette heure. Peut-être deux trajectoires parallèles de personnes dont le visage est entier de nuit rejoignent leurs couches.
Jeudi 17 février 2011
je n'avais aucune envie de passer à Perpignan.
Thuir :
Je me suis assis à la terrasse d'un café prés de la place du marché. L'air est frais pourtant une belle lumière aujourd'hui. Un type balayait devant un restaurant proche. Son patron, personnage d'une cinquantaine d'années a discuté un moment avec lui puis est venu s’asseoir à une table pratiquement en face de moi. L'autre l'a rejoins au bout de quelques minutes. A les voir, je crois qu'il s'agit d'un couple homo.
Je n'essayais pas d'imaginer leurs rapports intimes. Je me demande lequel des deux a l'ascendant sur l'autre, le patron ou le jeune homme aux yeux globuleux. Tout d'un coup son rire a traversé la rue. De peur de me faire surprendre dans mon observation je me suis plongé dans mon livre, lisant quelques phrases puis reprenant mon observation.
Le jeune employé est assez mignon. Par ce terme je qualifie quelqu’un de normal, quelqu'un avec qui l'on coucherait sans répugnance mais sans enthousiasme non plus.
A la différence de la plupart des moments ou je prends un café dans un bar, j'étais assez détendu, sans « visions », ni « scénarios ». je ne sais pas si ce genre d'état est naturel chez moi. En tout cas avoir des blessures à l'âme ou se sentir en guerre et en train de démanteler des attaques imaginaires, imaginaires ?!
Je profitais de ce moment de calme avec moi-même et le monde extérieur.
Le restaurant avait deux étages avec des balcons donnant sur une des rues passantes de Thuir. J'imaginais le plaisir d'entendre et de regarder la foule les jours de marché quand la lumière est agréable. Au travers de cela, j'isole cette scène de spectateur et la transpose presque naturellement dans une autre époque, les années 50, 60.
Au sortir de cette brève rêverie, je regarde a nouveau le patron et lui trouve un air arrogant, presque agressif. On percevait chez lui ce désir de réduire les autres.
Qu'en était-il du balayeur-serveur-ami-amant ?
J'imaginais qu'il était plus complexe, un être désintéressé et pourtant...
J’imaginais me mettre en conflit avec ce patron gras du bide, a mon tour le réduire ; mon imagination allant jusqu'au meurtre ! Ce ne sont là que des automatismes de mon esprit, quasi-réflexes sans suite.
Je les regardais furtivement encore un instant puis rentrais au domicile d’Aude mes livres sous le bras.
En écoutant une sonate de Beethoven, je pensais a cette phrase de lui : « je prends le destin à la gorge ! ». Il me restait une heure avant de prendre le bus. J'avais le souffle court, l'esprit embué par les joints. Je n'avais aucune envie d'aller à Perpignan. Arriver avant l'aube à mon appartement était une autre histoire. Je m'y rendormais, écoutais un peu de musique. Dans ces débuts de journées, je m'habituais tranquillement à la ville.
Cette ville perdait peu à peu tout son charme, mon crédit s'y épuisait et pourtant les rêveries de foules, d'en être. Tout cela ne pesait plus lourd face a ce bonheur trouvé a l'écart avec Aude. Même si l'orgueil, l'angoisse étaient des états qui surgissaient régulièrement, je ne pouvais pas nommer ma vie, ici, avec Aude comme autre qu'une vie heureuse.
Samedi 19 février 2011
Une journée heureuse. J'imagine un bonheur plus grand encore a portée de mains. Pourtant je cherche des histoires, des assurances derrière les mots, l'absence de mots.
Nous décidons Aude et moi de ne pas sortir car le temps vire au gris. Le crépuscule approche. Nous marinons dans nos effluves. Fatigue et vertiges.
Dimanche 20 février 2011
Après m'être réveillé, je suis descendu à la cuisine. Je fais les cent pas, fume une cigarette.
Aude avait besoin de sommeil, je la laisse dormir donc. Il est bientôt 10h. Des choses s’achèvent dans mon esprit avant qu'elles ne commencent. Je finis par m'asseoir sur le pas de la porte, ouvre les volets. Lumière grise, journée probablement grise ou nous devrions aller du côté de Collioure.
La collègue d'Aude que j'héberge dans mon appartement quelques jours n'écoute pas, coupe la parole et blablate de longues phrases idiotes.
Je remonte dans la chambre-salon, coupe la tv. Puisque les choses ne se concrétisent pas, s’abolissent dés leurs créations, je me recouche, tente de replonger dans un monde de rêveries.
Immobile, habillé dans les draps depuis 2h
J’arrive enfin à me rendormir.

marc- MacadAccro

- Messages: 576
Date d'inscription: 03/09/2009
Re: carnets 2011-3
La poussière du ménage a caché le soleil, obscurci le ciel.
Dam, plein de petites choses comme ça qui font de grands mots.
Dam, plein de petites choses comme ça qui font de grands mots.
Re: carnets 2011-3
Tu nous racontes dans ces "carnets" des bouts de ta vie, avec un curieux mélange de pudeur et d'impudeur. Avce des mots de tous les jours, des humeurs de tout un chacun, même si tout un chacun n'a pas ta vie ni tes "aventures".
Et, pour ce qui me concerne au moins, je ne m'y ennuie jamais.
Ce doit être ça le talent, ou alors si ce n'est pas ça ça y ressemble.
Nilo, jour après jour.
Et, pour ce qui me concerne au moins, je ne m'y ennuie jamais.
Ce doit être ça le talent, ou alors si ce n'est pas ça ça y ressemble.
Nilo, jour après jour.
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... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
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