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Le rat de Boston
Macadam :: MacadaTextes :: Nouvelles
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Le rat de Boston
Le rat de Boston
« Y aurait-il un Bon Dieu ? Même pour les rats ? »
Cette question a traversé un instant l’esprit de Gérald, mais bien vite il s’est ressaisi,
la tension qu’il devait maintenir pour maîtriser son chien ne permettait pas de telles divagations mentales.
« Ma foi, non, les rats n’ont pas besoin de Bon Dieu, ils se sortent de toutes les situations.
C’est ahurissant. Quel flegme ! Quelle intelligence ! »
Gérald pensait revenir tranquillement vers Down Town où il habitait en empruntant l’avenue du Commonwealth. Il avait couru le long de Charles River et était fier de lui
car il avait tenu un bon rythme, malgré son chien qui parfois freinait des quatre coussinets, et qu’il devait traîner sur plusieurs foulées. L’animal n’était peut-être pas
un bon compagnon de course, mais d’instinct il savait identifier une présence indésirable.
Le croisement de Commonwealth Avenue et d’Exeter Street faillit être fatal pour Gérald.
En même temps qu’il perçut le cri : « Oh, my God ! », il entendit un bruit de freinage terrible et réalisa qu’une voiture arrivait sur lui.
Mon Dieu se pouvait-il que ce soit sa fin ?!
Non, la voiture s’était arrêtée juste devant lui et le chien de Gérald tirait sur sa laisse en aboyant. D’ailleurs, son chien n’était pas seul à aboyer, d’autres aboiements et des cris de stupeur, de dégoût, se propageaient autour de lui. Mais ce n’était pas lui qui était à l’épicentre de ce mouvement de panique, non, ce n’était pas vers lui que les regards convergeaient.
Un peu plus loin, sur la chaussée, un rat immobile les regardait.
...
Gérald retourna sur le trottoir où les piétons s’étaient tous arrêtés pour regarder le spectacle incongru d’un rat qui s’était matérialisé au milieu de la chaussée.
Durant quelques minutes la circulation était devenue un véritable capharnaüm. Le rat figé attendait que la vie urbaine s’organise autour de sa personne ; chaque véhicule devait contourner l’obstacle, et les cyclistes l’éviter. Il attendit jusqu’à ce que tous reprennent leur rythme. Les voitures, les vélos, leur trajectoire, droite. Les piétons, leurs déambulations bavardes, celui-ci avec son voisin, celui-là avec son iPhone.
Dès qu’un premier véhicule sembla ignorer sa présence, le rat se mit en mouvement, il partit d’abord en diagonale rapide, et s’arrêta – s’il avait poursuivi au même rythme et dans la même direction, il aurait fini sous les roues d’une Dodge qui passait. Elle ne réussit pas à mordre dans sa vie car le rat s’était arrêté, juste à temps, puis il avait bifurqué.
Il allait et venait sur la chaussée, sans jamais s’approcher du caniveau qui devait pourtant être son objectif.
En marchant ainsi par avancées, arrêts, retours, en lignes droites ou en diagonales, l’animal cherchait sa route dans un labyrinthe mental connu de lui seul.
Pour Gérald qui l’observait, ce n’était qu’une progression hasardeuse dont l’issue fatale était prévisible.
Si l’on avait dessiné le trajet du rongeur à la craie sur le bitume, une spirale sénestrogyre serait apparue, une spirale au tracé certes tremblotant, mais qui se rapprochait à coup sûr de la bouche d’égout.
À aucun moment l’animal n’est passé sous une voiture. Comme pourvu d’un radar, il créait son parcours entre les véhicules en mouvement. Sa démarche saccadée, faite d’arrêts brusques et de reprises spontanées ressemblait à une danse bien orchestrée avec les monstres de la technologie montés sur roues, une danse dont la chorégraphie tenait compte de l’obstacle juste avant l’instant où il surgissait. Le rat montrait à Gérald, qui l’observait, une improvisation ingénieuse et impeccable face au danger.
C’est ainsi que le guerrier-rongeur sut maîtriser cette périlleuse situation dans l’apparente indifférence générale. Gérald, lui, n’avait rien perdu de la scène et son chien en grognait d’indignation…
(à suivre)
Dernière édition par Carmen P. le Lun 31 Oct - 18:45, édité 2 fois

Carmen P.- MacadAccro

- Messages: 1066
Date d'inscription: 18/11/2009
Re: Le rat de Boston
Je viens de poursuivre cette première partie.
Je ne sais toujours pas si ce sujet peut intéresser les lecteurs.
Les critiques seraient les bienvenues.
Bon dimanche !
Carmen
Je ne sais toujours pas si ce sujet peut intéresser les lecteurs.
Les critiques seraient les bienvenues.
Bon dimanche !
Carmen

Carmen P.- MacadAccro

- Messages: 1066
Date d'inscription: 18/11/2009
Re: Le rat de Boston
bien moi j'ai hâte de savoir ce qui arrivera au rat...

printemps d'avril- MacadMalade

- Messages: 209
Date d'inscription: 09/01/2011
Age: 54
Localisation: québec au québec
Re: Le rat de Boston
Merci printemps d' Avril. Je poursuivrai, mais je n'écris pas vite les nouvelles.

Carmen P.- MacadAccro

- Messages: 1066
Date d'inscription: 18/11/2009
Re: Le rat de Boston
Ce rat équipé comme tous ses congénères de ce GPS interne qui les fait retrouver le chemin des catacombes en toutes situations a bien faillir causer des catastrophes mais finalement tout s'arrange.
Et c'est tant mieux, ainsi peut-être y aura-t-il une suite à ce début d'histoire.
Nilo, tournez à droite, tournez à gauche, mais tournez bordel de merde !
Et c'est tant mieux, ainsi peut-être y aura-t-il une suite à ce début d'histoire.
Nilo, tournez à droite, tournez à gauche, mais tournez bordel de merde !
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Le rat de Boston
« Il y a un Bon Dieu pour les ivrognes… » Gérald, en revoyant la trajectoire empruntée par le rat, se souvint de cette sentence prononcée immanquablement par sa grand-mère lorsqu’elle évoquait la vie de Germain, un lointain cousin. Sa spécialité étant de zigzaguer, ivre, sur son antique bicyclette pour rentrer chez lui sauf, à défaut d’être sain et même saint !
Tout semblait stabilisé au carrefour de Commonwealth Avenue et d’Exeter Street. Et pourtant Gérald, visiblement choqué, ne bougeait pas d’un pouce sur le trottoir où il s’était réfugié lors de l’embouteillage monstre provoqué par le rongeur, ce « Gaspard », ainsi qu’il l’avait déjà surnommé.
Le chien, lui, vexé par l’attitude de son maître, se prélassait à ses pieds, trop content de cette pause inespérée…
Le rat perturbateur défiait Gérald en mimant son immobilité. Il se cantonnait sur le trottoir d’en face, distant tout de même de trente yards, en position d’attente à proximité d’une bouche d’égout, comme s’il redoutait de prendre une inexorable décision.
Gérald ne croyait pas au Bon Dieu pour Germain. Il penchait, évidemment, pour la providence alliée à l’attention des autres usagers de cette route pastorale. Mais le Tout-Puissant évoqué par Marthe, l’aïeule, se confondait sans doute avec cette salutaire association suggérée par son petit-fils. En ce qui concernait LE RAT,… Gérald n’eut pas le temps d’affiner sa position, son chien aboyait puissamment et… « Oh, My God » hurla le jeune homme, en découvrant que le rongeur s’engageait sur le chemin inverse et, sans l’ombre d’une hésitation, fonçait dans sa direction, à une vitesse étonnante pour un animal si court sur pattes.
Personne ne remarqua la panique de Gérald - il faut reconnaître qu’il fit preuve d’un flegme remarquable - il sut rester stoïque même quand l’animal entreprit de le contourner par trois fois, avant de revenir, en passant entre ses jambes, se planter juste en face de lui.
Le rat dressé sur ses pattes arrière, regardait Gérald.
Gérald, debout, rigidifié dans un aplomb théâtral, ne tenait que par la puissance d’un regard.
Coup de foudre à Commonwealth Avenue ! Coup de foudre par rat prémonitoire !
Gérald était dans une confusion extrême. L’ivresse de son cousin, sans doute, c’est cela qui lui faisait prendre un écureuil pour un rat, à moins que…oui, voilà l’explication, il était en plein rêve ! Il aurait suffi d’une simple sensation physique - un pincement - pour sortir de ce cauchemar dont il ne voyait pas l’issue.
Sensation physique… passer en revue le corps… crispation à droite… d’une poigne de fer, sa main serrait la laisse du chien, au plus près de son collier.
Sensation physique… trois impacts sur sa jambe gauche ; petits bonds du rat qui tentait de s’agripper à la jambe de son jogging.
« Putain de rongeur ! »
Là, endormi ou pas Gérald sortit de sa torpeur et attrapa l’animal par la peau du cou, comme il l’aurait fait d’un chaton, et l’amena face à son visage pour le foudroyer de son regard d’homme. Envolée la peur, yeux dans les yeux à trois pouces de distance l’homme et le rat se comprirent.
- OK, dit Gérald, allons à la maison ! et il mit le rat, qui ne broncha pas dans son sac à dos.
Une jeune femme, que Gérald n’avait pas remarquée auparavant, s’approcha de lui et souffla à son oreille.
- Thanks ! et elle lui glissa dans la main une carte de visite avant de traverser au feu en courant.
Gérald ouvrit sa main et lut :
Kathleen Singer
Havard Museum of Natural History
Department of Organismic and Evolutionary Biology
Tout semblait stabilisé au carrefour de Commonwealth Avenue et d’Exeter Street. Et pourtant Gérald, visiblement choqué, ne bougeait pas d’un pouce sur le trottoir où il s’était réfugié lors de l’embouteillage monstre provoqué par le rongeur, ce « Gaspard », ainsi qu’il l’avait déjà surnommé.
Le chien, lui, vexé par l’attitude de son maître, se prélassait à ses pieds, trop content de cette pause inespérée…
Le rat perturbateur défiait Gérald en mimant son immobilité. Il se cantonnait sur le trottoir d’en face, distant tout de même de trente yards, en position d’attente à proximité d’une bouche d’égout, comme s’il redoutait de prendre une inexorable décision.
Gérald ne croyait pas au Bon Dieu pour Germain. Il penchait, évidemment, pour la providence alliée à l’attention des autres usagers de cette route pastorale. Mais le Tout-Puissant évoqué par Marthe, l’aïeule, se confondait sans doute avec cette salutaire association suggérée par son petit-fils. En ce qui concernait LE RAT,… Gérald n’eut pas le temps d’affiner sa position, son chien aboyait puissamment et… « Oh, My God » hurla le jeune homme, en découvrant que le rongeur s’engageait sur le chemin inverse et, sans l’ombre d’une hésitation, fonçait dans sa direction, à une vitesse étonnante pour un animal si court sur pattes.
Personne ne remarqua la panique de Gérald - il faut reconnaître qu’il fit preuve d’un flegme remarquable - il sut rester stoïque même quand l’animal entreprit de le contourner par trois fois, avant de revenir, en passant entre ses jambes, se planter juste en face de lui.
Le rat dressé sur ses pattes arrière, regardait Gérald.
Gérald, debout, rigidifié dans un aplomb théâtral, ne tenait que par la puissance d’un regard.
Coup de foudre à Commonwealth Avenue ! Coup de foudre par rat prémonitoire !
Gérald était dans une confusion extrême. L’ivresse de son cousin, sans doute, c’est cela qui lui faisait prendre un écureuil pour un rat, à moins que…oui, voilà l’explication, il était en plein rêve ! Il aurait suffi d’une simple sensation physique - un pincement - pour sortir de ce cauchemar dont il ne voyait pas l’issue.
Sensation physique… passer en revue le corps… crispation à droite… d’une poigne de fer, sa main serrait la laisse du chien, au plus près de son collier.
Sensation physique… trois impacts sur sa jambe gauche ; petits bonds du rat qui tentait de s’agripper à la jambe de son jogging.
« Putain de rongeur ! »
Là, endormi ou pas Gérald sortit de sa torpeur et attrapa l’animal par la peau du cou, comme il l’aurait fait d’un chaton, et l’amena face à son visage pour le foudroyer de son regard d’homme. Envolée la peur, yeux dans les yeux à trois pouces de distance l’homme et le rat se comprirent.
- OK, dit Gérald, allons à la maison ! et il mit le rat, qui ne broncha pas dans son sac à dos.
Une jeune femme, que Gérald n’avait pas remarquée auparavant, s’approcha de lui et souffla à son oreille.
- Thanks ! et elle lui glissa dans la main une carte de visite avant de traverser au feu en courant.
Gérald ouvrit sa main et lut :
Kathleen Singer
Havard Museum of Natural History
Department of Organismic and Evolutionary Biology

Carmen P.- MacadAccro

- Messages: 1066
Date d'inscription: 18/11/2009
Re: Le rat de Boston
Quelques instants plus tard le trio entrait dans l’appartement de Gérald. Celui-ci s’adressa au rat, tout en prenant soin de l’enfermer dans l’ancienne cage de son canari envolé vers d’autres cieux ; « je m’occuperai de toi à la première heure demain, ne t’en déplaise, Monsieur Gaspard ». Puis le chien reçut, accompagné de quelques caresses, sa ration de croquettes préférées. Le jeune homme inspira profondément, expira pleinement : la journée avait été chargée en émotions… Avachi dans un canapé très fatigué, lui aussi, il dévorait un énorme Bun’s tout en regardant distraitement les infos en continu. Malgré une flagrante apathie, son attention fut retenue par un visage en gros plan sur l’écran : ce personnage, en conférence de presse, lui ressemblait tellement, tellement, qu’il se releva d’un bond, affolant son chien… c’était son sosie face à lui : Oh My God !!!
En sous-titrage il lut que ce Douglas Dumbley était un éminent spécialiste des rongeurs de Boston. Quelle coïncidence ! Oh, My…et là à quel saint se vouer ?
Le petit bristol de K.Singer se retrouva comme par magie dans sa main gauche, la droite tenait le Bun’s, et ce fut la révélation : la jeune femme qui l’avait remercié pour la capture du rat l’avait manifestement confondu avec M. Dumbley ! C’en était trop ! Il s’écroula sur le vieux canapé, pourtant squatté par le chien et s’endormit de nouveau.
Le lendemain Gérald se réveilla en catastrophe. Il ne devait prendre son poste de travail qu’à dix heures, ce qui lui laissait le temps d’éclaircir cette affaire de rat qui décidément prenait une drôle de tournure.
Gérald mit le rat au cagibi car il se méfiait des instincts de son chien, de plus il savait intuitivement qu’il devait préserver la sécurité du rongeur pour des raisons qui lui échappaient encore.
Il prendrait le bus pour aller à Cambridge, il pesta car il ne retrouvait pas sa Charlie Card, il chercha de la monnaie ; il lui faudrait payer cash le trajet.
Arrivé à Cambridge, il traversa le site de l’université de Harvard et eut bien du mal à se frayer un chemin devant l’imposante statue de John Harvard qu’une délégation d’étudiants japonais mitraillait avec force exclamations. Gérald sourit ; que d’honneurs pour une statue qui de notoriété publique est le symbole d’une triple imposture… il leva les yeux vers le visage de bronze impassible du pasteur qu’il ne s’était jamais donné la peine de regarder, et quelle ne fut pas sa surprise d’y découvrir ses propres traits ! Statue des trois mensonges, ok, mais statue apte à provoquer la confusion dans un esprit jusqu’à ce jour sain, c’est une autre affaire ! Non, c’en était trop, dans quel univers évoluait-il depuis sa rencontre avec le rat ?
Gérald se ressaisit, il avait une première énigme à résoudre. « Harvard, on règlera ce problème plus tard ! »
Il arriva au Musée des Sciences et demanda à l’accueil un entretien avec K. Singer.
« Mais Monsieur Dumbley vous pouvez aller dans son bureau ! » répondit la secrétaire.
Gérald allait s’empêtrer dans des explications quand il vit arriver la jeune femme.
« Ah, vous êtes l’inconnu à qui j’ai remis ma carte hier. Je vous avais tout d’abord pris pour M. Dumbley, vous lui ressemblez tellement, mais devant votre attitude face à Z.one, j’ai compris ma méprise. Même Z vous a confondus ! »
à suivre
En sous-titrage il lut que ce Douglas Dumbley était un éminent spécialiste des rongeurs de Boston. Quelle coïncidence ! Oh, My…et là à quel saint se vouer ?
Le petit bristol de K.Singer se retrouva comme par magie dans sa main gauche, la droite tenait le Bun’s, et ce fut la révélation : la jeune femme qui l’avait remercié pour la capture du rat l’avait manifestement confondu avec M. Dumbley ! C’en était trop ! Il s’écroula sur le vieux canapé, pourtant squatté par le chien et s’endormit de nouveau.
Le lendemain Gérald se réveilla en catastrophe. Il ne devait prendre son poste de travail qu’à dix heures, ce qui lui laissait le temps d’éclaircir cette affaire de rat qui décidément prenait une drôle de tournure.
Gérald mit le rat au cagibi car il se méfiait des instincts de son chien, de plus il savait intuitivement qu’il devait préserver la sécurité du rongeur pour des raisons qui lui échappaient encore.
Il prendrait le bus pour aller à Cambridge, il pesta car il ne retrouvait pas sa Charlie Card, il chercha de la monnaie ; il lui faudrait payer cash le trajet.
Arrivé à Cambridge, il traversa le site de l’université de Harvard et eut bien du mal à se frayer un chemin devant l’imposante statue de John Harvard qu’une délégation d’étudiants japonais mitraillait avec force exclamations. Gérald sourit ; que d’honneurs pour une statue qui de notoriété publique est le symbole d’une triple imposture… il leva les yeux vers le visage de bronze impassible du pasteur qu’il ne s’était jamais donné la peine de regarder, et quelle ne fut pas sa surprise d’y découvrir ses propres traits ! Statue des trois mensonges, ok, mais statue apte à provoquer la confusion dans un esprit jusqu’à ce jour sain, c’est une autre affaire ! Non, c’en était trop, dans quel univers évoluait-il depuis sa rencontre avec le rat ?
Gérald se ressaisit, il avait une première énigme à résoudre. « Harvard, on règlera ce problème plus tard ! »
Il arriva au Musée des Sciences et demanda à l’accueil un entretien avec K. Singer.
« Mais Monsieur Dumbley vous pouvez aller dans son bureau ! » répondit la secrétaire.
Gérald allait s’empêtrer dans des explications quand il vit arriver la jeune femme.
« Ah, vous êtes l’inconnu à qui j’ai remis ma carte hier. Je vous avais tout d’abord pris pour M. Dumbley, vous lui ressemblez tellement, mais devant votre attitude face à Z.one, j’ai compris ma méprise. Même Z vous a confondus ! »
à suivre

Carmen P.- MacadAccro

- Messages: 1066
Date d'inscription: 18/11/2009
Re: Le rat de Boston
J'étais passé à côté de ce texte, mais j'ai fait amende honorable en relisant le tout ce soir. J'aime l'ambiance et l'écriture épurée, et les choses se mettent petit à petit en place. J'attends de voir la suite !
Z, (le seul l'unique).
Z, (le seul l'unique).

Zlatko- MacadAccro

- Messages: 1537
Date d'inscription: 30/08/2009
Age: 20
Localisation: Centre
Re: Le rat de Boston
Je réalise maintenant !
Je ne pensais pas à toi, Zlatko.
Z., celui de mon histoire est un rat très vieux qui est observé dans le cadre d'une recherche sur la longévité.
Je ne pensais pas à toi, Zlatko.
Z., celui de mon histoire est un rat très vieux qui est observé dans le cadre d'une recherche sur la longévité.

Carmen P.- MacadAccro

- Messages: 1066
Date d'inscription: 18/11/2009
Re: Le rat de Boston
Aucun problème, je suis juste un peu mégalo pour le coup
D'autant que je préfèrerais faire l'objet d'une étude sur la brièveté.
Z.
D'autant que je préfèrerais faire l'objet d'une étude sur la brièveté.
Z.

Zlatko- MacadAccro

- Messages: 1537
Date d'inscription: 30/08/2009
Age: 20
Localisation: Centre
Le rat de Boston (suite)
Kathleen était une très belle femme et Gérald ne restait pas insensible à son charme, à ses charmes ; elle lui expliquait le parcours de Z.one, et lui n’avait d’yeux que vers ce chemisier en satin gonflé comme un spi en pleine mer. Au moment où notre ami comprit que ce Z.one et Gaspard, le rat bouclé chez lui, n’étaient qu’un seul et même personnage, il se ressaisit et releva les yeux vers ceux de Mlle Singer très consciente de son effet produit sur les hommes :
-« Vous étiez égaré Mr le Sosie »
Gérald piqua son fard mais se reprit à temps pour éviter de sombrer dans le ridicule :
-« Pardon Mademoiselle, je préfère ces égarements disons…esthétiques à ceux infligés par la rencontre avec ce drôle de rongeur inconnu des égoutiers de Boston. »
Ce fut au tour de « La Sirène » de s’excuser. Elle éprouva aussi le besoin d’éclaircir le cerveau visiblement embrumé de ce jeune homme sympathique mais troublé par la conjoncture de la situation.
-« Venez, je vous offre un café et quelques explications pour le sucrer. »
Face à face à la Cafetaria, cette fois Gérald était entièrement à l’écoute de la magnifique scientifique…
-« Z.one est un très vieux rat de laboratoire issu d’un clonage involontaire. Vous pourrez voir dans notre musée un spécimen de Rattus norvegicus qui n’est autre que notre Z.one naturalisé. - vraiment !
- Eh oui ! Les rats sont, pour nous scientifiques, des organismes modèles dont nous étudions la longévité. Nous répertorions les facteurs qui favorisent le rallongement de leur espérance de vie. Z. s’est révélé être un individu particulièrement intéressant, il nous a étonnés par son intelligence qui dépassait largement celle des autres individus. Le groupe est très hiérarchisé, vous savez, et Z avait pris un tel ascendant sur les autres rats, que ceux-ci en étaient arrivé à ne plus prendre aucune initiative. Ils se laissaient vivre, et ils vivaient bien. Ils abandonnaient à Z toutes les prises de risques ! La situation au labo devenait critique ; les rats se multipliaient et le fait même d’avoir des descendants prolongeait la vie des vieux rongeurs qui continuaient de plus belle à procréer. Vous souriez, mais nous avons dû euthanasier des rats en nombre ! C’est là que le stress s’est installé chez les rongeurs, à un point tel que le travail de plusieurs années allait être anéanti. Nous avons décidé de nous séparer de Z. en le remettant en liberté dans les rues de Boston, une liberté surveillée. Nous savons la formidable capacité d’adaptation de ce rat, son ascendant sur ses congénères, avec lui nous allons prolonger nos expériences de labo sur le terrain.
J’ai un service à vous demander, dit-elle avec un sourire à faire fondre une armée de glaçons en Sibérie.
Pourriez vous garder Z. quelque temps. Il reviendra vers vous puisqu’il sait où vous habitez, et qu’il ne fait pas de différence entre vous et M. Dumbley. Nous vous demanderons juste de le laisser sortir durant la nuit et de noter vos observations quotidiennement. Vous verrez combien il est facile de communiquer avec Z.
- Mais vous oubliez que j’ai un chien ! protesta-t-il.
- Votre chien n’a rien à craindre de Z.
- Ce n’est pas ce que je voulais dire !
- Je sais ! Affaire conclue ?! dit Kathlenn en se levant et en déroulant sa longue silhouette. »
Gérald se leva comme hypnotisé, il suivit la silhouette et devant « Le bon pain », le snack-bar où ils s’étaient posés, il se surprit à serrer la main de Kathleen en lui promettant de prendre bien soin de Gaspard-Z. La jeune femme s’éloigna de lui, elle traversa en courant, Harvard square puis disparut…et Gérald se retrouva avec un rat sur les bras et cet espoir fou de la revoir.
-« Vous étiez égaré Mr le Sosie »
Gérald piqua son fard mais se reprit à temps pour éviter de sombrer dans le ridicule :
-« Pardon Mademoiselle, je préfère ces égarements disons…esthétiques à ceux infligés par la rencontre avec ce drôle de rongeur inconnu des égoutiers de Boston. »
Ce fut au tour de « La Sirène » de s’excuser. Elle éprouva aussi le besoin d’éclaircir le cerveau visiblement embrumé de ce jeune homme sympathique mais troublé par la conjoncture de la situation.
-« Venez, je vous offre un café et quelques explications pour le sucrer. »
Face à face à la Cafetaria, cette fois Gérald était entièrement à l’écoute de la magnifique scientifique…
-« Z.one est un très vieux rat de laboratoire issu d’un clonage involontaire. Vous pourrez voir dans notre musée un spécimen de Rattus norvegicus qui n’est autre que notre Z.one naturalisé. - vraiment !
- Eh oui ! Les rats sont, pour nous scientifiques, des organismes modèles dont nous étudions la longévité. Nous répertorions les facteurs qui favorisent le rallongement de leur espérance de vie. Z. s’est révélé être un individu particulièrement intéressant, il nous a étonnés par son intelligence qui dépassait largement celle des autres individus. Le groupe est très hiérarchisé, vous savez, et Z avait pris un tel ascendant sur les autres rats, que ceux-ci en étaient arrivé à ne plus prendre aucune initiative. Ils se laissaient vivre, et ils vivaient bien. Ils abandonnaient à Z toutes les prises de risques ! La situation au labo devenait critique ; les rats se multipliaient et le fait même d’avoir des descendants prolongeait la vie des vieux rongeurs qui continuaient de plus belle à procréer. Vous souriez, mais nous avons dû euthanasier des rats en nombre ! C’est là que le stress s’est installé chez les rongeurs, à un point tel que le travail de plusieurs années allait être anéanti. Nous avons décidé de nous séparer de Z. en le remettant en liberté dans les rues de Boston, une liberté surveillée. Nous savons la formidable capacité d’adaptation de ce rat, son ascendant sur ses congénères, avec lui nous allons prolonger nos expériences de labo sur le terrain.
J’ai un service à vous demander, dit-elle avec un sourire à faire fondre une armée de glaçons en Sibérie.
Pourriez vous garder Z. quelque temps. Il reviendra vers vous puisqu’il sait où vous habitez, et qu’il ne fait pas de différence entre vous et M. Dumbley. Nous vous demanderons juste de le laisser sortir durant la nuit et de noter vos observations quotidiennement. Vous verrez combien il est facile de communiquer avec Z.
- Mais vous oubliez que j’ai un chien ! protesta-t-il.
- Votre chien n’a rien à craindre de Z.
- Ce n’est pas ce que je voulais dire !
- Je sais ! Affaire conclue ?! dit Kathlenn en se levant et en déroulant sa longue silhouette. »
Gérald se leva comme hypnotisé, il suivit la silhouette et devant « Le bon pain », le snack-bar où ils s’étaient posés, il se surprit à serrer la main de Kathleen en lui promettant de prendre bien soin de Gaspard-Z. La jeune femme s’éloigna de lui, elle traversa en courant, Harvard square puis disparut…et Gérald se retrouva avec un rat sur les bras et cet espoir fou de la revoir.

Carmen P.- MacadAccro

- Messages: 1066
Date d'inscription: 18/11/2009
Re: Le rat de Boston
Le rat de Boston – chapitre 2 –
Gérald ne souhaitait pas bouleverser sa vie sur un coup de tête : ses expériences amoureuses lui dictaient de laisser passer la prime exaltation. Pendant une semaine il essaya d’oublier cette femme à la beauté peut-être fatale, afin de retrouver un tantinet de sérénité. Il s’occupa de son nouveau pensionnaire avec soin, comme promis, et fut surpris de l’indifférence de son chien Melchior vis-à-vis du rat Gaspard. Il reçut la visite de M. Dumbley entièrement satisfait du traitement dispensé par son sosie à Gaspard. Les deux hommes eurent même des mots d’humour au sujet de leur frappante ressemblance. Après le départ de Douglas, Gérald ne put s’empêcher de repenser, non pas à Kathleen, mais à la statue de Harvard ! Il se souvint avoir été, une fois encore, mis en présence de son double face à cette sculpture !
Sa décision était prise : il retournerait demain matin à Cambridge pour élucider cette nouvelle énigme, sans oublier sa Charlie Card cette fois.
Dans le bus il ne pensa pas une seconde à John…Toutes ses pensées couraient vers Kathleen et sa plastique inoubliable. Un brutal coup de frein le ramena sur terre. Dans son rêve il serrait la jeune femme contre son torse glabre et sentait sa « gorge embrasée » contre sa peau… Beaucoup moins audacieux au sortir de son fantasme, il se sentit rougir, notre ami amoureux, en découvrant la passagère assise face à lui qui le dévisageait sévèrement.
Quelques instants plus tard, planté devant la statue de J.H., Gérald constata, un miroir à la main, une parfaite ressemblance entre cet imposteur érigé sur cette stèle et …lui-même… mais que lui-même…oui… il ne revoyait plus le visage de Douglas, ni dans le miroir, ni à travers celui du soi-disant Harvard !!!
Le visage, les visages face à lui en cet instant étaient celui de la photo en noir et blanc trônant depuis longtemps sur un buffet de la maison familiale sur la côte…Mais au fait, était-ce lui sur cette photo ou ce « frère », le banni de la famille ?
Comment avait-il pu oublier cette photo. Les souvenirs tout à coup revenaient à sa mémoire…et l’image de la maison dans la pinède vint lui chatouiller l’âme, cette maison où il passait, enfant, ses vacances chez sa grand-mère paternelle ; un grand chalet qui avait vu grandir son père et ses frères. Un coin hors du temps où il avait vécu de belles excursions dans la nature, des aventures autour du lac de Great Pond et où, le long de Cape Cod Bay, il aimait guetter les phoques.
Sa grand-mère était une femme énergique qui avait élevé seule ses garçons, elle tenait sa maison d’une main de fer, c’était une femme de bon sens, qui savait retourner la terre, fleurir sa maison, saigner et plumer les poulets, préparer une cuisine raffinée pour sa famille et ses hôtes.
Elle ne s’épanchait jamais et avait toujours refusé de répondre aux questions de son petit fils qui faisait mille suppositions sur sa ressemblance avec l’ado de la photo. Qui était-il ? Même son père, à l’époque, gardait le silence. Que de non-dits dans cette famille !
La photo prise avant 1960, représentait grandma Hoar avec tous ses fils ; Gérald en avait conclu que ce garçon qui lui ressemblait devait être son oncle.
Plus tard, et sans donner trop de détails, son père lui avait confié que ce frère, qui aimait beaucoup s’isoler et lire lorsqu’il était enfant, était devenu un fervent admirateur de la pensée de Henri David Thoreau, il se heurtait souvent avec sa mère, une méthodiste convaincue qui, ne s’était pas délivrée du joug des années maccarthystes, elle considérait toujours dangereuses ces idées. La preuve, disait-elle, « La désobéissance civile » n’avait-elle pas été interdite dans les bibliothèques !
« Deux êtres entiers, intransigeants, qui n’ont pas su faire coïncider leurs compréhensions de la morale au cœur de leur existence…et cela a détruit l’amour, oui détruit l’amour ! » pensait tout haut le père de Gérald.
Le jeune homme chassa ces souvenirs et, pour conjurer le malaise qui s’était installé, il frotta le soulier gauche de la statue ; geste stupide en soi que les étudiants font pour favoriser leur succès aux examens. Le modèle, qui avait posé pour le sculpteur, pourrait bien être un de ses ancêtres, certains traits ne peuvent trahir. « Je ne serais pas étonné que vous soyez un Hoar, cher Harvard ! »

Carmen P.- MacadAccro

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Date d'inscription: 18/11/2009
Re: Le rat de Boston
Comment entamer cette enquête ? Gérald ne répondit pas à cette interrogation. Il se dirigeait d’un bon pas vers les bâtiments administratifs. Après avoir usé d’une force de persuasion qu’il ne se connaissait pas, auprès de l’hôtesse, il se retrouva dans une arrière-salle, propre, avec sur les bras un énorme document contenant les patronymes des étudiants ayant fréquentés Harvard depuis 1850. Il n’y avait rien avant cette date et, bien sûr, ces données n’étaient pas informatisées…
« C’est en 1862 » qu’il fut prié de quitter les lieux : « Déjà 17 h, bonsoir et à demain »
Il passa une soirée, seul, sans prêter attention, ni à Melchior ni à Gaspard ; Gérald était concentré devant son écran : il consultait une biographie de H.D. Thoreau et sourit en voyant que la date de sa mort coïncidait avec celle où il avait interrompu ses recherches : 1862 !
Le lendemain, peu avant midi, il se fit remarquer par les autres visiteurs des archives, en poussant un petit cri de satisfaction : Sherman Hoar, date entrée 1884 ! Voilà donc cette recherche couronnée de succès et notre ami Gérald ne pensait qu’à fêter cette victoire, mais cette fois il y associerait ses deux pensionnaires. Il s’arrêta chez « Mark and Spencer » pour faire des provisions alimentaires dignes de ce nom !
Ce fut certes un bon repas mais ce soir-là, la réalité de la solitude frappa Gérald de plein fouet. Il aurait bien aimé partager ses réflexions avec un ami ou mieux avec une compagne.
« C’est sûrement ce Sherman qui aura servi de modèle au sculpteur, et après ? Cela peut-il servir comme sésame pour ouvrir le coffre où sont enfermés les arcanes de la famille Hoar ?
"Ne pas penser à Kathleen ! » songea-t-il dans un soupir et il se resservit un verre de cet excellent petit vin californien. Le breuvage n’allait certes pas contribuer à lui éclaircir les idées, mais à chacun sa vie, et les distractions qui lui sont accessibles ! Gaspard était parti, après sa collation digne d’un trois macarons, pour une virée nocturne. Il ne reviendrait pas gratter à la porte avant l’aube. Melchior, lui, comme un bienheureux ronflait aux pieds de son maître. « Hhhum… » gémit Gérald en s’étirant, les animaux, mieux que les hommes, savent profiter du moment présent !
Qu’espérait-il trouver dans les archives ? Le nom de son ancêtre suivi du nom de tous ses descendants ! Quelle idée puérile !
Aurait-il aimé découvrir le nom du bateau qui avait conduit son aîné sur cette terre de Nouvelle Angleterre ? Cela lui aurait fait une belle jambe ! Tout au plus ce savoir aurait alimenté ses pensées poétiques !
Non, vraiment, ces recherches manquent de logique. Si depuis l’année 1850 il n’a rien trouvé, c’est que son aïeul est arrivé avant, bien avant en Amérique. Sans doute faisait-il parti des premiers colons, cette communauté de Quakers qui, passé le temps des persécutions, avait contribué à la construction de la ville et à la propagation des plus belles idées, notamment contre l’esclavage et aussi pour l’égalité des femmes.
Sa grand-mère lui disait parfois qu’il descendait d’une lignée remarquable, qu’il devrait être fier d’être le descendant d’un « Père Fondateur », et ne devrait pas se montrer à la table familiale négligé comme un enfant sauvage à chaque fois qu’il revenait de ses expéditions nature.
Elle lui tendait alors un savon et une serviette et lui indiquait d’un doigt autoritaire la direction de la salle d’eau.
Il était hermétique aux directions imposées par sa grand-mère, autant les directions des pièces incontournables de la maison l'agaçaient, autant celles des allusions à ses ascendants l'horripilaient. Il se sentait plus proche de l’idée d’être le descendant d’un chimpanzé que de la pensée d’être dans la filiation d’un homme illustre.
Il lui revint en mémoire que sa grand-mère l’appelait parfois d’un prénom qui n’était pas le sien. Mais oui, comment avait-il pu l’oublier !
Quand le geste de l’index ne suffisait pas à faire bouger son garnement de petit-fils, qui parfois la narguait en s’emparant à la volée - d'’une main à la saleté évidente – d’un morceau de potato roll, Grandma disait d’une voix excédée : « Edward Hoar, arrête tout de suite ! » et souvent, quand Gérald ne parvenait pas à l’éviter, une tape vigoureuse sur sa main faisait choir la nourriture convoitée au sol et il ne lui restait plus qu’a s’exécuter en grimpant l’escalier quatre à quatre s’il voulait éviter de s’attirer les foudres de sa grand-mère.
Il faudra vraiment que son père lui parle de cet Edward ; un prénom qui sonnait aux oreilles de Gérald comme un reproche !
Demain il inviterait son paternel à la Cheescake Factory du Prudential center…
Rassuré par cette décision, il se détendit tant et si bien qu’il piqua du nez. Encore une fois il passa la nuit tout habillé sur son canapé… jusqu’au retour de Gaspard.
« C’est en 1862 » qu’il fut prié de quitter les lieux : « Déjà 17 h, bonsoir et à demain »
Il passa une soirée, seul, sans prêter attention, ni à Melchior ni à Gaspard ; Gérald était concentré devant son écran : il consultait une biographie de H.D. Thoreau et sourit en voyant que la date de sa mort coïncidait avec celle où il avait interrompu ses recherches : 1862 !
Le lendemain, peu avant midi, il se fit remarquer par les autres visiteurs des archives, en poussant un petit cri de satisfaction : Sherman Hoar, date entrée 1884 ! Voilà donc cette recherche couronnée de succès et notre ami Gérald ne pensait qu’à fêter cette victoire, mais cette fois il y associerait ses deux pensionnaires. Il s’arrêta chez « Mark and Spencer » pour faire des provisions alimentaires dignes de ce nom !
Ce fut certes un bon repas mais ce soir-là, la réalité de la solitude frappa Gérald de plein fouet. Il aurait bien aimé partager ses réflexions avec un ami ou mieux avec une compagne.
« C’est sûrement ce Sherman qui aura servi de modèle au sculpteur, et après ? Cela peut-il servir comme sésame pour ouvrir le coffre où sont enfermés les arcanes de la famille Hoar ?
"Ne pas penser à Kathleen ! » songea-t-il dans un soupir et il se resservit un verre de cet excellent petit vin californien. Le breuvage n’allait certes pas contribuer à lui éclaircir les idées, mais à chacun sa vie, et les distractions qui lui sont accessibles ! Gaspard était parti, après sa collation digne d’un trois macarons, pour une virée nocturne. Il ne reviendrait pas gratter à la porte avant l’aube. Melchior, lui, comme un bienheureux ronflait aux pieds de son maître. « Hhhum… » gémit Gérald en s’étirant, les animaux, mieux que les hommes, savent profiter du moment présent !
Qu’espérait-il trouver dans les archives ? Le nom de son ancêtre suivi du nom de tous ses descendants ! Quelle idée puérile !
Aurait-il aimé découvrir le nom du bateau qui avait conduit son aîné sur cette terre de Nouvelle Angleterre ? Cela lui aurait fait une belle jambe ! Tout au plus ce savoir aurait alimenté ses pensées poétiques !
Non, vraiment, ces recherches manquent de logique. Si depuis l’année 1850 il n’a rien trouvé, c’est que son aïeul est arrivé avant, bien avant en Amérique. Sans doute faisait-il parti des premiers colons, cette communauté de Quakers qui, passé le temps des persécutions, avait contribué à la construction de la ville et à la propagation des plus belles idées, notamment contre l’esclavage et aussi pour l’égalité des femmes.
Sa grand-mère lui disait parfois qu’il descendait d’une lignée remarquable, qu’il devrait être fier d’être le descendant d’un « Père Fondateur », et ne devrait pas se montrer à la table familiale négligé comme un enfant sauvage à chaque fois qu’il revenait de ses expéditions nature.
Elle lui tendait alors un savon et une serviette et lui indiquait d’un doigt autoritaire la direction de la salle d’eau.
Il était hermétique aux directions imposées par sa grand-mère, autant les directions des pièces incontournables de la maison l'agaçaient, autant celles des allusions à ses ascendants l'horripilaient. Il se sentait plus proche de l’idée d’être le descendant d’un chimpanzé que de la pensée d’être dans la filiation d’un homme illustre.
Il lui revint en mémoire que sa grand-mère l’appelait parfois d’un prénom qui n’était pas le sien. Mais oui, comment avait-il pu l’oublier !
Quand le geste de l’index ne suffisait pas à faire bouger son garnement de petit-fils, qui parfois la narguait en s’emparant à la volée - d'’une main à la saleté évidente – d’un morceau de potato roll, Grandma disait d’une voix excédée : « Edward Hoar, arrête tout de suite ! » et souvent, quand Gérald ne parvenait pas à l’éviter, une tape vigoureuse sur sa main faisait choir la nourriture convoitée au sol et il ne lui restait plus qu’a s’exécuter en grimpant l’escalier quatre à quatre s’il voulait éviter de s’attirer les foudres de sa grand-mère.
Il faudra vraiment que son père lui parle de cet Edward ; un prénom qui sonnait aux oreilles de Gérald comme un reproche !
Demain il inviterait son paternel à la Cheescake Factory du Prudential center…
Rassuré par cette décision, il se détendit tant et si bien qu’il piqua du nez. Encore une fois il passa la nuit tout habillé sur son canapé… jusqu’au retour de Gaspard.
Dernière édition par Carmen P. le Mer 7 Déc - 22:13, édité 2 fois

Carmen P.- MacadAccro

- Messages: 1066
Date d'inscription: 18/11/2009
Re: Le rat de Boston
J'ai besoin d'un peu de temps pour lire l'ensemble
Juste une remarque:
Le dernier est écrit un peu petit...je vais m'équiper
A suivre.....
Juste une remarque:
Le dernier est écrit un peu petit...je vais m'équiper
A suivre.....
_________________
Sylvie
J'aime vraiment faire tourner les aiguilles des horloges à l'envers
Re: Le rat de Boston
Sylvie, j'ai agrandi la police mais la fin du texte est pourtant en caractères plus petits. Je ne saurais te dire pourquoi !

Carmen P.- MacadAccro

- Messages: 1066
Date d'inscription: 18/11/2009
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