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Sénégal, Nianing, Hiver 76...316° à 320° Bon° FAIT

Message  tremsal le Mer 23 Nov - 8:53




63


L’harmattan, au printemps africain.
Un air de musique Grecque…
Les serpents…Une curiosité dévorante !








[justify]Comme à chaque mois de mai, nous avons subi hier soir, un sérieux et violent vent de sable,(harmattan), et avec Ali Kébé et sa citerne d’eau saumâtre, le grand nettoyage a commencé. Les allées, les arbustes, les abords de la piscine, commencent à retrouver un bel aspect. Il en est de même pour tous nos plans fleuris. A cette belle époque printanière où les fleurs des bougainvilliers de toutes couleurs, submergent leur feuillage, où partout s’épanouissent les coroles d’hibiscus et les arbustes d’orgueils de chine jaune et rouge, l’eau douce est rare. Les travaux de citernes en béton, pour le mélange des deux sources d’eau, celles de la ville et du forage, ne sont pas finis. Je sais que la facture d’eau est très élevée, ainsi que celle du courant électrique. Nous avons pris l’habitude des économies, surtout à cette saison. Ce matin en allant à M’Bour accompagner les enfants, j’ai constaté que pas mal de toitures de tôles, jonchaient le sol et que de jeunes arbres avaient été déracinés. Au Domaine, la régularité des arrivées nocturnes de petits groupes de vacanciers est encourageante. Apo est un peu plus visible et j’essaye de le voir plus souvent. Il a commencé à laisser pousser une barbe…blanche et avec son imposante stature, il ressemble à Zeus ! A son sujet, il me revient en tête un souvenir le concernant, que je vais vous raconter. Il m’avait remis une pile de disques 45 tours de musiques folkloriques Grecque, dont la plupart étaient rayés et inaudibles. Après avoir fait le tri, je donnais tous les mauvais à un jardinier, pour qu’il les jette dans une des poubelles de l’allée principale.

Deux trois jours passèrent, lorsque qu’on me fit appeler chez Apo, que je trouvais avec le plus jeune fils de monsieur Diop…Apo tenait en main deux, trois disques, que je reconnus de suite. En passant en jeep vers la plage il avait entendu une musique Grecque…venant de la maison forestière ! Le fils Diop avait un électrophone…
--Marc, tu as donné ces disques ?
--Apo, j’ai jeté une dizaine de tes disques, complètement rayés. J’ai gardé les bons.
Le fils Diop nous dit alors, qu’un jardinier sachant qu’il avait un appareil pour écouter les disques, lui avait remis ce paquet de disques. Apo, très contrarié, me dit alors :
--Marc, tu aurais dû les garder, ou me les rendre !
Il me fit la tête pendant huit jours…

*


Le sujet qui me ronge toujours, et qui crée un malaise entre nous, et que je n’ai toujours pas, à l’approche de mes deux ans à Nianing, de statut légal. Concernant mes revenus, ils sont toujours assurés par mes recettes loisirs, donc très aléatoires. J’ai finalement demandé à Apo, qu’il ne prenne plus de sous dans ma caisse et le comptable Diene, qui continue à suivre mon bilan, me dit toujours que je devrais être salarié du Domaine…De mon investissement de 74, toujours aucun remboursement. Armande de plus en plus à la comptabilité générale, a finalement assuré le paiement de pièces détachées et d’autres petits matériels. De Paris la noria de grosses valises vers Jet Tour, est assurée par Hubert et ma sœur Geneviève et René. Ainsi arrivent les médicaments, les pièces de vélos Gitane, raquettes de tennis, balles, etc et la collecte de vêtements divers, pour les villageois des alentours.
Notre dernière visite au village peulh, avait fait des heureux. Isabelle m’avait accompagné et sa sensibilité de petite fille, avait été encore mise à l’épreuve.
Elle n’avait pas cessé de me dire, que ce n’était pas possible de voir autant de réelle pauvreté, à deux pas d’un lieu de richesse. Isabelle m’avait surpris en donnant discrètement dans un sac, deux de ses petites robes, des stylos bic, à une petite fille du village.

Christian s’investissait beaucoup à mes cotés. Il avait fait des efforts à l’école, mais me disait souvent son inquiétude sur le niveau de l’enseignement, compte tenu de toutes les différences d’âge, de ses camarades, et malgré la qualité des professeurs. Mathilde dans sa dernière lettre, m’avait fait part une nouvelle fois de son désir d’accueillir à la fin de l’été, nos deux enfants, pour qu’il reprenne une scolarité en France. Je devinais parfois que Christian, malgré son attachement à notre vie ici et pour des raisons personnelles qu’il n’avouait pas, serait favorable à rejoindre sa maman. Isabelle, plus satisfaite à l’école des sœurs, et malgré son jeune âge, participait aux diverses activités du Domaine, à l’animation, et me donnait l’impression que sa vie va se déroulerait ici…Avec moi.

*


A l’animation Daniel Fillod, me donne un sérieux coup de main, mais s’occupe aussi de certaines excursions. IL n’a pas de statut particulier. Sa femme Françoise, représentante Jet Tours, assurait avec Moussa, cette fonction. Je n’arrête pas et anime toutes les activités de sports avec plaisir. Les distractions de soirées, que j’ai mises en place, je continue à les animer ainsi que les jeux apéros que je m’amuse à créer, en les changeant souvent, pour garder leurs originalités. La clientèle est sympathique et pas très exigeante. Nous sommes loin des prestations du Club Med, mais je sais que les efforts faits au Domaine, pour offrir des sports et des loisirs corrects, (certains payants), peu d’hôtels classiques ont fait de même. Mon but n’est pas de tenter de concurrencer le club Med, loin de là cette idée, mais d’avoir des prestations sportives de qualité, pour occuper la clientèle, la satisfaire, la distraire, sans imposer quoique que ce soit. Mon but est de contribuer à créer un lieu de villégiature s’adressant à tous et qui ne ressemblera à aucun autre. Je n’ai cessé depuis mon arrivée ici, dont vous connaissez en détail les péripéties, la motivation, et mon engagement financier, à croire et à m’investir totalement, pour réussir une première saison, puis une deuxième. Contre vents et marées, malgré le départ de Mathilde, ma situation financière précaire, le retard apporté par Apo à l’établissement de mon statut de travailleur expatrié, j’ai pu garder mon esprit combattif, le moral, pour toujours avancer, et rester dans l’action. Je tiens cela de mon père, peut être aussi de mon passage en tant qu’appelé chez les paras, et à l’école d’Antibes de moniteurs de sports.

*


Dans le cadre de l’animation j’ai avec pape Gaye, responsable du ballet Deguediou de M’Bour, adapté un nouveau spectacle. M’étant inspiré d’’un récit de Senghor, c’est l’histoire du faux lion, devenu une pratique dans les tournois de lutte Sénégalaise. (sport national).Leur interprétation fut parfaite. En fait c’est l’illustration d’un fait courant au Sénégal. Cela se déroule avant le combat. Un homme déguisé avec une tête de lion, tout en dansant, tente de voir les personnes qui resquillent, pour ne pas payer l’entrée, en les attrapant…sans méchanceté. Cela est drôle, fais rire et les tambours rythmes activement le tout. J’ai un plaisir réel à recevoir ce groupe, une vraie famille, avec un talent fou. Pape et très bel homme, ses frères l’admirent. Les danseuses sont jeunes et superbes. Je sais qu’ils apprécient notre façon de travailler. J’ai pu améliorer leur cachet, pour éviter la quête, qui ne plaisait pas aux vacanciers. Ainsi, à travers ces spectacles artistiques inspirés des traditions, j’essaie de montrer l’Afrique que j’aime, loin des clichés pessimistes. Isabelle a appris avec eux la danse de l’air, du ventilateur, qui consiste en se penchant vers l’avant, à faire onduler le bas du dos, de plus en plus rapidement. Une sorte de danse du « derrière », pour contraster avec la danse du ventre d’orient. Vu de dos par les spectateurs, toutes ces artistes en vêtement colorés, qui se déhanchent aux sons des tam-tams, c’est unique et surprenant. Leur soirée s’achève et nous parlons avec Pape. Le car va les raccompagner. Au moment de se séparer, il enlève de son poignet un bracelet brillant, et me le donne.
--C’est pour vous Monsieur Marc, cela me fait plaisir.
Dans mes regrets, lors de mon départ volontaire du Domaine en 1991, il y avait cet « adieu », avec ces gens si aimables, si courageux, si travailleurs, que je ne devais plus revoir…

*


En rentrant à vélo à la maison où les enfants m’attendaient, je devais faire une rencontre insolite. Au milieu de l’allée à peine éclairée, un serpent d’environ un mètre, de ton assez clair, de fort diamètre, (environ 12cm), semblait à l’arrêt. Une espèce inconnue pour moi. Descendant de vélo, je m’approchais pour voir de plus prés et il me donna l’impression d’être mort. Repérant le lieu, restant prudent, sachant la faculté des serpents à rester inertes parfois, en cas de danger, je me dirigeais vers chez moi, chercher l'une de mes grandes tiges d’aciers fourchées, qui me permettaient de les capturer, après strangulation. Je prenais une lampe de poche. En revenant, fort heureusement, je croisais un des gardiens de nuit, et ensemble on rejoignit cet endroit facilement. Plus de serpent ! Le gardien pris ma lampe et marcha prudemment vers les fourrés feuillus, puis me fit un signe pour que je m’approche.
--Là, là, sous les feuilles, regardez, très dangereux, grosse vipère africaine, pas morte. Serpent sacré…
En effet on pouvait apercevoir sa belle peau brillante, pas sa tête. L’idée me vint, de ne pas la tuer et après avoir récupérer un grand morceau de filet de pêche, je le mis largement autour et sur le serpent, avec des pierres pour le tenir. Ce que m’avait dit le gardien…Serpent sacré, m’intriguait. Je fis un repère sur un arbre bordant l’allée. Le gardien lui, ne comprenait pas et il voulait le tuer absolument, mais devant ma détermination, il me dit :
--Attention, monsieur Marc, serpent qui saute, qui saute ! Très dangereux. Les féticheurs en mettent dans les arbres sacrés, les vieux baobabs.
--Merci, j’ai compris, on verra au jour demain, il ne peut pas s’échapper.

Je racontais mon aventure aux enfants. Cherchant dans mes livres, je trouvais le nom de cette espèce de serpent. « Vipère heurtante », Bitis arietans, Très répandue dans la savane africaine. Terrain feuillu. Nocturne et crépusculaire. Particularité : bondit sur sa proie. Crochets pouvant atteindre sept centimètres. Pas d’antidote ! Taille adulte : le mètre à un mètre cinquante. Dans la nuit, il me vint l’idée de faire construire par Diallo le menuisier, une grande cage grillagée, bien sécurisée sur pilotis et, me levant de bonne heure, j’allais voir, si rien n’avait bougé…Je trouvais un vrai désordre dans mon piège, mais la bête était bien là. Après avoir replacé des pierres par sécurité, je filais prendre mon petit déjeuner. Bien entendu je gardais le silence. Après être allé à mon atelier pour crayonné le plan de la cage, grande d’un bon m2, j’interceptais Ali qui passait en 4X4, allant aux magasins. Je donnais mon plan à N’gom, le deuxième menuisier, en lui disant de faire ce travail tout de suite, discrètement. Sachant Apo, très précautionneux, et stressé par la présence de serpents au Domaine, je tenais à ne pas le contrarier. Je mis Ali dans la confidence. Il me dit qu’ Apo allait à Dakar deux jours. Ca tombait bien. Monsieur Diop le garde forestier, devait me dire que ce genre de serpent, avait une particularité d’avoir la queue très sensible, et qu’il attaquait l’homme que par accident. Ses proies étant, des rats des champs, des mulots, des oiseaux…Que ce serpent rampait sur le sol, cherchait à se dissimuler sous les feuilles, mais pouvait bondir à un mètre de haut…Il me dit aussi que pendant tout l’hiver, il était sous terre, l’approche du printemps avait mis un terme à son hibernation.
La journée fut toujours aussi active. Il me tardait d’avoir devant chez nous, bien fixée, la cage de ce serpent mythique. On n’avait prévu par le haut, une petite porte à verrou, pour mettre…Des proies. Un bassin pour de l’eau, à l’aide d’un tuyau. Christian fut mis au parfum et me dit que ce n’était pas prudent. Ce qui serait plus délicat était la capture et l’installation dans son futur habitat. Il me fallait quelqu’un de costaud et c’est avec Walli qu’on ferait l’opération. Quand tout fut prêt, m’étant procuré une bâche épaisse, une brouette, deux pelles, on alla rejoindre l’endroit et Walli, avec une pelle creusa tout autour du filet, assez profond. Le serpent ne bougeait pas. Il enleva les pierres, mis la bâche sur le filet et la fit glisser par-dessous, tout autour. Cela dura une bonne demi-heure. Ensuite lui d’un coté, moi de l’autre, avec nos deux pelles, on souleva le tout, doucement et on posa ce gros paquet dans la brouette. Toujours aucun signe de vie…Puis on alla chez nous. Il suffisait de soulever le paquet bâche filet-serpent, et de la placer dans la cage installée, fixée entre deux arbres. C’est ce que l’on fit, après avoir mis des feuilles, de la paille à l’intérieur. Toujours pas de signe de vie. Après avoir fermer avec un cadenas la porte, je devais attendre une journée, puis à la nuit, le gardien m’appela et on trouva notre serpent, libéré de tout, lové dans un coin. Sous le faisceau de la lampe, prudemment, la porte entrouverte, je tirais la bâche, le filet à l’extérieur, en me disant, Marc, pourquoi avoir gardé vivant ce serpent. Je restais à le regarder un moment et rentrer dormir.



*









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