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Guerre de la joie (extrait)
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Guerre de la joie (extrait)
J’aurais besoin d’une cigarette. J’ai envie d’y retrouver la joie d’écrire, où tout couine et flambe pour les besoins du récital : truck-whore, condamnation au chant ! Je ne sens pas que la carcasse, sans liquide dans les narines, puisse couler pour de bon.
J’ai conspiré pour trois faveurs : abnégation, masturbation, intifada. Comme un ouvrier intérieur pousserait, régulier, impitoyable, le même bouton, dans la même impitoyable chaîne de la honte. C’est que le corps appelle une flagellation, comme disait peut-être Lowry : le cadavre est debout par l’âme et seulement par elle. Le déplacement de la Tonne – à l'échelle du dégoût – par l’unique, prodigieuse et arbitraire volonté d’un Invisible.
Sans cette cigarette j’émerge du parloir sitôt le paragraphe malaxé. On dirait les poumons d’une conscience, qui se rempliraient pour la nécessité de conserver main-mise sur le noyau. On dirait que l’abandon à l’Invisible inquiète la Tonne.
Rappelle-toi qu’ensuite, ayant suffisamment conspiré, ni l’abnégation du cheval de guerre, ni la masturbation du clown, n’avaient suffit. J’ai voulu l’intifada profonde – moins simiesque ; il faut sentir qu’aux grimaces de la prose, aux premières rides même de syntaxe, n’émergent pas forcément le sens, ni la puissance des coups. Pour quantifier il faudrait, de la part d’esprits rationnels – donc trompés – ou de la part de la Tonne une capacité à la poésie : jamais, jamais ils n’entrent!
Je voudrais de ma langue une dissolution si complète, une cohérence dans le chaos telle qu’au chaos même, dans ce mot de Huysmans pour les tréfonds de l’Invisible et du mirage, ils ne soient qu’au marécage, et malades du fracas de mes marteaux !
La pensée, venue dans le joint d’une dalle, concerne la fatigue insensée du plongeon. Il semble que dans cette apnée – interruption volontaire de choix, de direction du cerveau, de réalités apparentes – la seconde respiration se trouve dans la cigarette. Possibilité donc, d’une dichotomie de la Tonne, calée dans quelque chambre froide, et de l’Invisible : dont la respiration, grasse et bleue, siffle, couine et flambe, justifie l’idiotie macabre de sa pompe.
Mais je n’ai rien fumé ce soir. Avec, la conscience régulière et morose du poids qui se déclenche ; avec, la possibilité de voir, sans pénétrer. C’est au mur et au miroir, selon la résistance des ongles. J’aspire au nid dans la falaise : l’odeur grise du ciel, et les pierres moisies de ma grotte ; souterrain où bruinent mes chimères.
Le parcours-créant impliquait aussi, dans la conspiration masturbatoire, la part de frustration délicieuse : la volonté consciente d'inconscient et cette position de vigie que le créant occupe. Il occupe, dans le pénitencier bidon, la place du Dieu quand il ne voudrait être que machine. C’est que l’Invisible, libéré du poids de la Tonne, cherche un corps : les mots ; d’éternité, de langueur, de violence ; fascinant et repoussant Palais de Soi, où peut-être, dans l’intifada, pourrais-je rencontrer autre chose ? Des amis ? Des survivants ?
J’ai conspiré pour trois faveurs : abnégation, masturbation, intifada. Comme un ouvrier intérieur pousserait, régulier, impitoyable, le même bouton, dans la même impitoyable chaîne de la honte. C’est que le corps appelle une flagellation, comme disait peut-être Lowry : le cadavre est debout par l’âme et seulement par elle. Le déplacement de la Tonne – à l'échelle du dégoût – par l’unique, prodigieuse et arbitraire volonté d’un Invisible.
Sans cette cigarette j’émerge du parloir sitôt le paragraphe malaxé. On dirait les poumons d’une conscience, qui se rempliraient pour la nécessité de conserver main-mise sur le noyau. On dirait que l’abandon à l’Invisible inquiète la Tonne.
Rappelle-toi qu’ensuite, ayant suffisamment conspiré, ni l’abnégation du cheval de guerre, ni la masturbation du clown, n’avaient suffit. J’ai voulu l’intifada profonde – moins simiesque ; il faut sentir qu’aux grimaces de la prose, aux premières rides même de syntaxe, n’émergent pas forcément le sens, ni la puissance des coups. Pour quantifier il faudrait, de la part d’esprits rationnels – donc trompés – ou de la part de la Tonne une capacité à la poésie : jamais, jamais ils n’entrent!
Je voudrais de ma langue une dissolution si complète, une cohérence dans le chaos telle qu’au chaos même, dans ce mot de Huysmans pour les tréfonds de l’Invisible et du mirage, ils ne soient qu’au marécage, et malades du fracas de mes marteaux !
La pensée, venue dans le joint d’une dalle, concerne la fatigue insensée du plongeon. Il semble que dans cette apnée – interruption volontaire de choix, de direction du cerveau, de réalités apparentes – la seconde respiration se trouve dans la cigarette. Possibilité donc, d’une dichotomie de la Tonne, calée dans quelque chambre froide, et de l’Invisible : dont la respiration, grasse et bleue, siffle, couine et flambe, justifie l’idiotie macabre de sa pompe.
Mais je n’ai rien fumé ce soir. Avec, la conscience régulière et morose du poids qui se déclenche ; avec, la possibilité de voir, sans pénétrer. C’est au mur et au miroir, selon la résistance des ongles. J’aspire au nid dans la falaise : l’odeur grise du ciel, et les pierres moisies de ma grotte ; souterrain où bruinent mes chimères.
Le parcours-créant impliquait aussi, dans la conspiration masturbatoire, la part de frustration délicieuse : la volonté consciente d'inconscient et cette position de vigie que le créant occupe. Il occupe, dans le pénitencier bidon, la place du Dieu quand il ne voudrait être que machine. C’est que l’Invisible, libéré du poids de la Tonne, cherche un corps : les mots ; d’éternité, de langueur, de violence ; fascinant et repoussant Palais de Soi, où peut-être, dans l’intifada, pourrais-je rencontrer autre chose ? Des amis ? Des survivants ?

Zlatko- MacadAccro

- Messages: 1554
Date d'inscription: 30/08/2009
Age: 20
Localisation: Centre
Re: Guerre de la joie (extrait)
Ça sonne comme des mots laissés dans une tranchée sur le champ de bataille - pas comme des mémoires de guerre - d’où mon intérêt à les lire. Je suis heureux de les avoir trouvés, moi, ces mots, qui augurent assurément de bien surprenantes et paradoxales découvertes ; Incarnées ou désincarnées, fruits d’une pensée fertile aspirant à la lumière-liberté.
Dam.
Dam.
Re: Guerre de la joie (extrait)
Un travail en profondeur à relire en heures plus claires.

Ratoune- MacadAccro

- Messages: 1618
Date d'inscription: 01/09/2009
Re: Guerre de la joie (extrait)
il faut sentir qu’aux grimaces de la prose, aux premières rides même de syntaxe, n’émergent pas forcément le sens, ni la puissance des coups.
Il faut dire que ces mots là sont d'une acuité qui rend inutil tour commentaire. Ici et ailleurs.
Mais il faut dire aussi que cette lucidité là donne la mesure de ce qu'écrire veut dire. Avec ou sans fumée, avec ou sans la légèreté d'être. Tonne ou pas Tonne.
Un bel essai aux résonances Platoniciennes.
Nilo, Mythologie du grot[t]esque.
Il faut dire que ces mots là sont d'une acuité qui rend inutil tour commentaire. Ici et ailleurs.
Mais il faut dire aussi que cette lucidité là donne la mesure de ce qu'écrire veut dire. Avec ou sans fumée, avec ou sans la légèreté d'être. Tonne ou pas Tonne.
Un bel essai aux résonances Platoniciennes.
Nilo, Mythologie du grot[t]esque.
_________________
... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche. - Léo Ferré, "La vie d'artiste"
Re: Guerre de la joie (extrait)
L'extrait - d'un roman ? d'une chronique ? je ne peux que reprendre cette image du champ de bataille, si juste, évoquée plus haut. D'autres extraits à suivre ?

franskey- MacadAccro

- Messages: 506
Date d'inscription: 23/03/2011
Re: Guerre de la joie (extrait)
Merci pour vos traces !
Oui franskey c'est extrait d'un essai en deux parties, les Griffouillis suivis de la Guerre de la joie. Ce sont deux recherches différentes. Les griffouillis ont été écrits vers mes 18-19 ans et la guerre de la joie se poursuit au présent, petit à petit. Ce n'est pas ce que j'écris de plus 'digeste' comme on me l'a fait remarquer, mais j'aime la profusion que permet la prose, pour ce genre de recherche.
Z.
Oui franskey c'est extrait d'un essai en deux parties, les Griffouillis suivis de la Guerre de la joie. Ce sont deux recherches différentes. Les griffouillis ont été écrits vers mes 18-19 ans et la guerre de la joie se poursuit au présent, petit à petit. Ce n'est pas ce que j'écris de plus 'digeste' comme on me l'a fait remarquer, mais j'aime la profusion que permet la prose, pour ce genre de recherche.
Z.

Zlatko- MacadAccro

- Messages: 1554
Date d'inscription: 30/08/2009
Age: 20
Localisation: Centre
Re: Guerre de la joie (extrait)
Je reconnaitrais cette plume sans signature car "ces images" elles sont à faire rêver et donnent envie de les voir se réaliser.
Un beau texte.
j'ai beaucoup apprécié de passage :
"Je voudrais de ma langue une dissolution si complète, une cohérence dans
le chaos telle qu’au chaos même, dans ce mot de Huysmans pour les
tréfonds de l’Invisible et du mirage, ils ne soient qu’au marécage, et
malades du fracas de mes marteaux !"
Un beau texte.
j'ai beaucoup apprécié de passage :
"Je voudrais de ma langue une dissolution si complète, une cohérence dans
le chaos telle qu’au chaos même, dans ce mot de Huysmans pour les
tréfonds de l’Invisible et du mirage, ils ne soient qu’au marécage, et
malades du fracas de mes marteaux !"
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Sylvie
J'aime vraiment faire tourner les aiguilles des horloges à l'envers
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