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NIANING, fin de saison 76, 332° à 335° Bon° Marc Tremsal

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NIANING, fin de saison 76, 332° à 335° Bon° Marc Tremsal

Message  tremsal le Jeu 12 Jan - 15:05


66

Pour les paysans, première pluie dévastatrice !
Pour notre forêt, le salut !
Pour le marigot et sa faune, le bonheur !
Un départ…

















Dans la nuit, il ne cesse pas de pleuvoir et le vent, lui aussi, est de la partie…Christian s’étant réveillé, on n’a mis nos impers couleur vert olive, et on est sorti de notre maison de bois pour voir de plus prés cet orage. Avec la lampe de poche, on regarda notre grosse vipère dans sa demeure bien sécurisée. Elle était toute éveillée…De violentes bourrasques et la pluie à verse, nous firent renoncer à notre tentative.
De la brousse, nous entendions les battements de tambours et comprenions qu’il s’agissait d’appels de détresse. Christian me proposa que dés le lendemain et la fin du mauvais temps, que l’on aille au village voir si les gens n’avaient besoin de rien. Notre nuit s’acheva et le grand calme étant au rendez-vous, avec Isabelle, on alla prendre un bon petit déjeuner, en évitant les flaques d’eau… Les derniers touristes s’apprêtant à partir, ils s’étaient levés tôt et découvraient la beauté du paysage, de la végétation toute nettoyée, et des variétés de tons vert, jusque là invisible…Comme toujours après le mauvais temps, le parc était silencieux.
Mais où étaient donc passés ces milliers d’oiseaux…Une grande partie des femelles, avait du consolidé les nids dans la nuit, s’y étaient abritées, d’autres oiseaux avaient trouvé refuge sous les toits de chaume des habitations, et attendaient l’accalmie totale…Christian me dit :
--Papa, on va prendre la jeep ?
D’un coup de vélo, on alla aux ateliers, découvrant quelques tôles, bois divers au sol…Ce samedi, pas ou peu d’employés à l’ouvrage. Apo, toujours à Dakar, viendrait-il aujourd’hui !
Une forte et chaude humidité se faisait sentir de bon matin. Le ciel était bleu intense et d’une pureté surprenante. Les rayons du soleil apparaissaient. Dans le parc, Isabelle me demanda de conduire et se mit assise sur mes jambes. Elle essayait d’esquiver les flaques boueuses. Dehors sur la piste longeant le goudron, Christian, prit la relève, en conduisant comme un chef ! S’arrêtant chez N’Diaye, on constata les premiers dégâts, surtout dans les toitures de tôles et de pailles. Certains moutons s’étaient échappés, une jument pleine, avait mis bas, le plus naturellement du monde. N’Diaye était encore fatigué, mais ses fils étaient là ! Plus loin, l’effervescence était t’elle, pour causes de tant de palissades effondrées, de toitures envolées, d’animaux dispersés, de champs inondés…que nous nous arrêtions pour donner un coup de main. Certains greniers à mil de la saison dernière, malgré leur solidité, étaient éventrés et les femmes, œuvraient avec des bassines pour récupérer le plus possible de graines.

Les enfants courraient de partout et les plus âgés des hommes, abrités sous le grand baobab, palabraient en fumant la pipe…Isabelle donna son chapeau bleu à une petite fille, et Christian me fit signe de me délester de mon large imper, qu’il remit à un paysan de ma taille, seulement vêtu d’une grande et longue chemise trempée. Une femme nous offrit du café chaud et des beignets de mil. J’aperçu un tout petit singe vert d’à peine un mois, attaché à un poteau et mouillé jusqu’aux os. Un gamin le détacha et me le donna dans les bras…me racontant que sa mère l’avait perdu…Un nouveau locataire à prendre en charge.
Quel « dépaysement » entre notre existence au Domaine et la dure réalité de la vie en brousse, à moins de deux kilomètres de distance. Certes quelques salaires, apportaient une régularité de revenus dans quelques familles, mais il y avait tant de bouches à nourrir, de personnes âgées à soigner, d’animaux à garder en forme ! Toujours au loin, de villages en villages nous percevions le son des tambours…Et imaginions les épreuves rencontrées. Au retour Isabelle reprit le volant.

*


Au Domaine, la journée s’annonçait toute chargée de corvées de nettoyages et de ramassage de branches cassées. Les jardiniers auraient du travail ! On s’arrêta à la réception pour prendre le courrier et voir les dernières réservations de cette fin de saison. Quelques Dakarois et familles de militaires s’étaient annoncés. La piscine était à la limite de perdre sa belle couleur, tant il y avait de feuilles d’arbres et de branchages à l’intérieur. Samba le préposé avait du boulot !
On croisa Armande, qui revenait de la lingerie et elle semblait préoccupée, car deux machines à laver étaient en panne. Elle nous proposa de déjeuner ensemble au restaurant du personnel ce qui me permit de lui révèler mes projets, malgré les consignes d’Apo, de voir « tout » avec lui. Au fil de mes propos, je sentis une certaine réserve, quand au plan que j’envisageais, à ce que je devienne un salarié de Jet Tours. Pour le reste, elle restait prudente. J’essayais de lui faire comprendre que cela résoudrait pas mal de problèmes et que ma situation serait enfin légale. Je lui demandais de garder le silence sur notre conversation, Apo m’ayant demandé la discrétion…
Les enfants riaient de voir à quelques mètres de nous, deux chiens errants Laobés, (gardiens de troupeaux), tendrement enlacés…Si j’ose dire. Armande me rassura en me disant qu’elle me réglerait avant de partir, un remboursement d’achats de petits matériels…Quand aux promesses d’Apo, j’espérais qu’il tiendrait parole
Ce samedi soir, pour les derniers résidents essentiellement la clientèle de Dakar, nous organisions une soirée dansante « style rétro », avec un concours de danse. Ce genre de soirée avait beaucoup de succès. J’avais toujours deux à trois prix à décerner et Air France Dakar, me faisait toujours confiance en me remettant des coupes ou objets divers de qualité, que je gardais pour certaines occasions. Mon ami Gazy Chams était des nôtres et il avait apporté comme toujours, deux trois bons disques, style reggae et une cassette de musique orientale pour satisfaire les belles Libanaises aux hanches généreuses. Nous commencions à avoir un bon stock de disques au Merle Bleu et la clientèle était satisfaite. De Gazy, le grand nageur vétéran, pour le fameux Dakar-Gorée, la renommée n’était plus à faire et je l’admirais beaucoup. De lui peu de nouvelles, mais je sais qu’il vit et travaille toujours au Sénégal, souffrant d’une mauvaise arthrose des genoux. Grand croyant, cet ami, ce Chiite Libanais, m’a offert plusieurs fois sont hospitalité à Dakar, lors de mes très rares voyages au Sénégal, dans les années deux mille…Nous avions aussi comme habitué un horloger libanais de Dakar, et sa famille, tous très sympathique.

Une semaine avant le départ, la préparation des bagages, nos conversations, me donnaient l’impression que les enfants, s’étaient fait à l’idée que s’achevait ces jours-ci, une partie de l’aventure. Mais la certitude de savoir qu’ils reviendraient au Domaine, à Noël, à Pâques et l’été, atténuait fortement le fait que nous serions séparés. Jusque là, ils avaient été épargnés, mis à l’abri, par notre choix de ne rien leur dire, de ce qui avait été à l’origine de notre grand saut vers l’Afrique, notre « drame conjugale ». Je n’ai pas souvenance jusqu’à aujourd’hui, de les avoir vu tristes, perturbés, ni nous posant des questions…Le départ de Ty du Domaine, son rapatriement était d’ordre médical, naturel. Depuis, cette gaité, cette joie de vivre permanente, qui jaillissaient à chaque instant, par leurs rires, dans leurs regards, me faisaient oublier la réalité de notre situation, qui finirait bien à éclater au grand jour.
Dans une nouvelle lettre à Mathilde, je lui avais demandé d’être très prudente, délicate, qu’elle ne précipite rien, dans son approche vers nos enfants et le moment où elle leur parlerait directement...de son ami ? Son compagnon.
Je ne regrette pas, étant donné l’âge de nos enfants, d’avoir choisi le secret, la patience, l’espérance et la rupture parisienne. Le destin Africain qui nous fut favorable au début, nous a conduit dans un autre sens, et il nous faudra, à nous adultes, chacun de notre coté, les aimer toujours, les guider dans la vie, sans que jamais, ils ne doutent de notre amour envers eux.

Nos trois derniers jours au Domaine, consistèrent pour Christian et Isabelle, à dire au revoir aux amis Sénégalais, et avec moi, faire tôt le matin, une superbe balade à cheval à l’intérieur du Domaine. J’eus la visite surprise, du Père Bouteiller, de la sœur Jeanne Prigent de M’Bodiene, qui me remit une liste de médicaments rares, si possible à ramener. Dans l’après-midi, en jeep, on alla jusqu’à Nianing, voir le jardinier N’Diaye, le professeur de Christian, Léopold et dire au revoir aux sœurs de l’école d’Isabelle à M’Bour. On croisa Ali Kébé, qui m’assura qu’il irait à l’aéroport…
Apo arriva enfin, trainant une mauvaise grippe et me sollicita pour le soigner. Une bonne dose de vitamine C, de l’aspirine et de la nivaquine, et l’homme fut d’attaque. Son projet était de partir après nous et il me rassura en me disant qu’il passerait à Paris et à Jet Tours. J’avais rangé notre maison, mis nos affaires dans trois cantines. Apo, voulu que l’on fasse un tour en quatre x quatre de son Domaine, et il me donna l’impression d’être peu bavard sur mon projet avec jet Tours… J’abordais le problème financier et il me coupa la parole en disant :
--Marc, tu recevras ton virement…

En arrivant à la plage, il laissa entendre dans son propos, qu’il vendrait peut être son fort d’Albertville…Une merveille fortifiée par Vauban. Dans la soirée, je lui remettais l’inventaire sports et loisirs et du secteur environnement. Cela correspondait à mon dernier rapport. Nous eûmes la surprise d’être ses invités vers vingt heures trente, et Armande nous rejoignit avec un paquet de courriers à remettre à Jet tours et à poster. Les enfants en forme, ne s’arrêtaient pas de parler et de dire à Apo, que leur papa avait fait beaucoup de choses nouvelles au Domaine, et qu’il avait plein de futurs projets…
Le lendemain, avant de monter dans le petit car conduit par… Ali ! C’est l’au revoir aux animaux qui fut émouvant. Les lapins, quelques oiseaux à l’infirmerie, les singes, surtout celui de Christian, le babouin, qui deviendra plus tard… « Attila ». J’aperçu deux petites larmes sur la joue d’Isa, lorsque l’on ferma notre maison au bois vert. Devant le car un petit groupe d’employés était venu nous saluer…Apo et Armande n’étaient pas là. Nous étions tous les quatre avec Ali Kébé et au loin derrière nous, s’estompait ce lieu si cher à nos cœurs.




*












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