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....Paris, Mai 77 Pages 374° à 387° Bon°
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....Paris, Mai 77 Pages 374° à 387° Bon°
74
A nouveau…Vers l’Afrique Noire.
Une rencontre, un choc !
Ce précieux « talisman », qui ne me quittera plus !
De retour de ma migration Française…
A nouveau…Vers l’Afrique Noire.
Une rencontre, un choc !
Ce précieux « talisman », qui ne me quittera plus !
De retour de ma migration Française…
Comme prévu, nous quittons Suresnes de bonne heure. Voici bientôt, la route qui nous mène à Orly. Il fait un temps superbe. Dans le paysage plutôt bétonné, j’aime regarder ces grands et rares Cèdres du Liban, et me demande quel « original », les a plantés au hasard d’une route, il y a bien longtemps…Hubert me déposera devant l’aéroport et rejoindra son lieu de travail. Je lui confie ma voiture et nous convenons que je l’appellerai dans la soirée. Je n’ai que deux bagages. A cette heure matinale, il y a peu de monde. Au comptoir Jet Tours, il n’y a encore personne. En attendant que le marchand de journaux ouvre, et le bar qui est à coté, je m’installe dans un fauteuil et bouquine le nouveau guide sur le Sénégal. Je me remémore les souvenirs…Et le film de notre départ en famille en juillet 74… Cela m’émeut et constatant ma fragilité, je réalise encore plus, que toute « notre histoire familiale », que je voulais belle, romanesque, constructive, a été une succession d’échecs. Feuilletant le guide, me voici devant la carte du Sénégal qui fait penser à une tête de lion de profil. L’étrange et pénétrante Gambie, qui coupe le Sénégal en deux, symbolise la mâchoire. Cette ancienne et petite colonie Anglaise, isole géographiquement la région Casamançaise. Je me fais une joie d’aller découvrir la verte Casamance, et ses ethnies encore très fétichistes, dont la plus part sont chrétiennes.
Enfin je vais pouvoir prendre un café et un croissant. Les passagers commencent à arriver et j’aperçois une hôtesse au comptoir Jet Tours.
L’enregistrement Air France est prévu en fin de matinée. J’ai du temps devant moi et j’ai envie d’appeler mes parents. Je trouve une cabine et c’est ma chère maman qui décroche. Quelle joie de lui parler et d’entendre sa douce voix. Papa, est absent. Tout va bien au clos sur la route. Maman me recommande la prudence.
Le marchand de journaux, de livres est ouvert. C’est une habitude que j’ai pris à la FNAC, je feuillette un peu au hasard les livres exposés. Le dernier Antoine Blondin est mis en valeur, et s’intitule, « Quatre saisons ». Je suis sensible au dessin coloré de la couverture, représentant des fruits, des légumes, qui me rappelle les étales du marché de Tunis. Je l’achète, cela me fera de la lecture dans l’avion. Pour l’instant, le temps passe et je continue à bouquiner et trouve ce nouveau guide sur le Sénégal fort intéressant. Une page lexique de la langue majoritaire du Sénégal le wolof-français, me permet de retrouver avec plaisir, les mots et phrases courantes, comme…
Bonjour : Salam Maleikoum (arabe). Comment vas-tu ? Nackan’ga deff. Au revoir : Mangui dem. Merci : dieureudieuf. Oui : Wao. C’est combien ? Bi niata lé ? Je n’ai pas d’argent aujourd’hui : Amul khalis teye…Rien sur un lexique de la langue Diolas (ethnie), parlé en pays Casamançais.
Je me présente au représentant Jet tours, qui est nouveau et avec lequel j’échange quelques mots de sympathie, sans lui dire que je ne suis plus au Domaine, depuis plusieurs mois…Il me signale qu’il y a un groupe d’équipementiers automobile, qui y va et que personnellement, il lui tarde d’y aller, on lui en a dit que du bien. La zone d’enregistrement et de douane est assez loin. Prenant mes bagages, une valise et un bagage cabine, je me dirige vers les comptoirs Air France où il y a déjà du monde. Ce seul vol par semaine vers Dakar, fait que l’énorme Boeing, fait le plein en passagers et fret. Cela me rappelle des souvenirs ! Préférant être assis coté allée, et plutôt vers l’arrière, l’hôtesse, une belle brune, satisfait ma demande. Il me reste un moment avant de passer la douane, et je vais prendre un café-croissant. Dans la file d’attente, Il y a beaucoup de Sénégalaises, magnifiquement habillée de vêtements colorés, accompagnées d’enfants. Il me semble que le petit groupe de touristes est devant moi, et je constate que la moyenne d’âge est élevée.
Enfin, la douane passée nous voici arrivés vers la zone de départ et là, là…Un choc visuel, physique, moral, en reconnaissant, assis de dos le long de la grande vitre, devinez qui ? Apo ! Oui, c’est bien Apo, les cheveux blanchis, un barbe naissante et ayant pas mal pris de poids…Un long frémissement parcours mon corps. Je n’en crois pas mes yeux ! Mais c’est bien lui. Apo, là, à quelques mètres et qui va prendre le même vol que moi !
Le regardant, le film de ses derniers mois sans nouvelles de lui, repasse dans ma tête. Contournant les fauteuils, une force invisible m’attirant vers lui, je l’accoste en lui mettant énergiquement une main sur l’épaule ! Se retournant, et se levant d’un coup, d’une voix forte, sans perdre son accent il me dit :
--Ha Marc, Marc, oui je zais, je zais, tu vas en Cazamance, oui tu…
N’hésitant pas à lui couper la parole, et ayant tant de choses à lui dire, je commence
par lui dire brutalement, en cherchant son regard, qu’il m’a laissé tombé, sans tenir ses promesses, sans un sous en Octobre dernier et sans aucunes nouvelles de lui, du Domaine, depuis huit mois…
Je remarque que son accent Grec est plus fort qu’avant. La surprise peut être ?
Je garde la parole, et bien qu’il me dise des Marc, Marc à répétitions, j’enfonce le clou en lui rappelant son renoncement à l’époque au projet avec Jet Tours…
Je ne vais pas tout vous dire, mais Apo s’étant rassis, adoptant une mine décomposée, il m’apostropha en disant :
--Marc pardon, pardon, z’est vrai, j’ai mal azis, bon, on va parler…c’est important…
L’appel pour rejoindre l’avion se fit entendre et on se retrouva marchant cote à cote, pour aller vers l’appareil. Apo voulait absolument, qu’on se retrouve assis à coté, mais nous avions des places à l’opposées. Me trouvant en place économique, lui voyageant en première, je le laissais s’installer et regagnais ma place, survolté par cette rencontre. Instinctivement je trouve dans la poche de mon blouson, le talisman de Wabili…Et en un seul instant, je retrouve le calme…Et me pose des tas de questions…
Juste avant le décollage, je croise le regard d’une hôtesse marchant dans l’allée, en dévisageant les passagers, et qui m’interpelle:
--Monsieur, c’est grâce à votre chemise orange…Un monsieur en première, vous demande de le rejoindre, un monsieur très fort qui a un accent…Il y a une place pour vous, à ses cotés. Le temps de prendre mon bagage, je la suis et me retrouve face à Apo, qui arborant un grand sourire, me dit:
--Viens Marc, installe toi, ze me zuis bien débrouillé pour te placer izi avec moi !
J’avoue que mon stress m’a repris et qu’il va falloir que l’on parle sérieusement. Nous avons cinq heures de voyage et je me dois de dire à Apo, que j’ai une importante mission en Casamance et que s’est la raison de ma présence à bord de cet avion. Continuant mon propos, je veux qu’il comprenne combien j’ai été déçu par son attitude :
--Apo, il aura fallu encore un signe du destin, pour que nous nous rencontrions ! Moi qui est attendu des mois, un appel de toi, des excuses, une proposition et les virements promis, tu peux admettre que je sois terriblement déçu par ton attitude …
Apo, me coupe la parole, en me disant une nouvelle fois :
Marc, pardon, si tu zavais mes soucis, mais écoute moi, ça z’est du passé…
Reprenant mon propos, je veux qu’il comprenne que ce voyage au Sénégal, n’était pas mon fait et que je n’avais pas envisagé d’aller au Domaine, mais accomplir un travail en Casamance…
--Oui je zais, je zais tout, tu vas travailler pour Michel Couasnon…on m’ a tout dit à Jet Tours. Je zais tout…Toi qui était mon ami !
J’affiche ma surprise et écoute Apo, qui veut me troubler, voir inverser les rôles…
-- Apo, es tu conscient de la situation dans laquelle tu m‘as mis, m’obligeant à ne pas retourner au Domaine, où j’avais laissé une grande partie de moi-même, à trouver un job à Paris pour survivre…
Apo, poursuit sa discution en me parlant de mes enfants, de Mathilde. Il sait que c’est mon point faible et bien sur, je parle d’eux ave émotion…
L’hôtesse nous demande d’attacher nos ceintures et c’est le moment du décollage.
Je restais silencieux. Au fond de moi, je me demandais si Apo, allait me parler de Nianing et comment allait il le faire ?
J’avais remis au poignet mon talisman et Apo me demanda ce que c’était. Lui expliquant que c’était un « porte chance », il me dit :
--Mais Marc, tu ne crois pas en c’est zortilège !…
Ecoute moi Marc, tu vas revenir à Nianing…je me reproche…
Dans un long monologue, ou j’apprenais par sa bouche, combien il avait souffert de mon absence…Malgré la création de l’Eldorador Nianing ? Combien tout le personnel me regrettait….
--Apo, nous n’aurions jamais eu le label Eldorador, si je n’avais pas structuré, équipé et lancé le secteur sports et loisirs, dés mon arrivée en juillet 74…Au fait, qu’as-tu dit au personnel au sujet de mon absence, et de mon non retour ?…
Esquivant une réponse précise à ce sujet, il me dit :
--Marc, regardons devant. J’ai réfléchi, tu vas en Cazamance, d’accord, mais zeulement trois jours…Je te prends à Dakar au retour mardi soir, tu vas voir, on va refaire de grandes choses ensemble, tu auras tout ce que tu voudras !
C’est fou comme Apo avait un pouvoir de séduction et je sentais en moi, revivre cette passion pour Nianing, mais il fallait que je lui montre qu’il ne menait pas le jeu et que je gardais profondément en moi les graves blessures du passé.
--Apo, te souviens tu de notre alliance, et de toute la confiance que j’ai eu en toi, de tout ce que j’ai fais pour toi, de tes promesses…Comment te croirais- je, après tout ?...
Il fallait aborder sans tarder mes problèmes personnels financiers, qui étaient en grande partie la cause de nos désaccords et surtout qu’il me dise ses vrais raisons qui l’avaient poussé à faire échouer mon projet avec Jet Tours. C’est vrai, jet Tours avait créé depuis, deux ou trois Eldoradors, et l’intérêt de ce groupe, serait dans l’avenir que les prestations, soient correctement assurées. L’heure du repas arrivait et Apo fit servir deux coupes de champagne…
--Marc, nous voici réunis, buvons à tout ce que nous allons entreprendre.
Apo avait un appétit d’ogre et la conversation se porta sur sa santé. Il me confia qu’il avait souvent très mal au dos. L’ayant trouvé avec pas mal de kilos en plus, il m’annonça son poids, cent vingt huit kilos…Il s’assoupit de suite après le repas et « tout », alors, se bousculait en moi ! J’étais à nouveau sous l’emprise de cet homme et envouté par son Nianing, par mon Nianing !…
C’était décidé. J’assurerais ma mission en Casamance de dimanche à mardi soir. J’avais trois hôtels à voir, un à Zighinchor et deux au Cap Skiring. Ensuite, ce serait mon passage au Domaine, pendant quatre jours, le vol sur Paris étant samedi prochain. Mais il fallait au préalable, savoir sous quelles conditions, mon « retour », ma réinstallation, se ferait et quand ?. Comment allaient réagir mes associés d’HPC à Paris ?
Apo dormait, le Bordeaux faisait son effet.
Prenant mon bloc à écrire, je notais quelques réflexions et mon emploi du temps.
A voir le nouveau statut de Marc au Domaine. Paiement par Apo, des arriérés. Inventaire du secteur Sports et Loisirs, qui est tout à revoir. Un Eldorador, doit avoir une spécificité : nous c’est « l’environnement ». La qualité de la « Table », mais, il y a tant à faire encore !
Une concertation avec l’équipe des Eldoradors est évidente. Voir leurs propositions dans le secteur de l’animation. Je n’aurais que trois mois pour préparer les commandes des futurs investissements, etc.
Il me faudrait aussi Identifier le rôle nouveau, prépondérant de la direction de Jet Tours…Pour cela, je savais que mes relations anciennes à Jet Tours, Monsieur Pinson, mes divers amis, allaient être réactivées. Et qu’ils seraient satisfaits de mon retour…
Dans quel état, allais-je retrouver ce lieu, et ma maison au bois vert ? Je songeais à mes enfants et au bonheur d’Isabelle lorsqu’elle apprendrait ma nouvelle aventure…
Instinctivement j’avais dessiné de trois coups de plume, notre maison du fond du parc, entourée de filaos…
Apo se réveilla et m’interpella tout de Go !
--Marc, j’ai rêvé que l’on se baigner à Nianing…Donc on est bien d’accord, mon chauffeur te prendra mardi soir à l’aéroport de Yoff, et je t’attendrais pour diner.
Prenant mon bloc et regardant mes écrits et mon petit dessin…je vis son visage changer d’expression… Puis il poursuivit :
--Marc, je dois te dire, ne m’en veux pas…Votre maison…
Puis il se lança, me disant qu’il s’était installé chez moi, qu’il avait rangé toutes nos affaires dans une remise…
--Tu comprends, Mathilde, les enfants, toi…Etant partis…
Cela me fit mal. Cette maison que j’aimais, que les enfants aimaient, étaient comme ça, devenus sa demeure, sans que je sois mis au courant. Je ne trouvais pas les mots, mais je finis par lui dire, qu’il avait une nouvelle fois mal agit…
--Marc, je te construirais une habitation…
Notre conversation dura, puis il me parla d’Armande, envers laquelle… Il éprouvait un véritable amour, et appréciait les qualités professionnelles certaines… Et il s’assoupit à nouveau.
L’atterrissage fut assez mouvementé pour cause de vent, mais nous étions arrivés à bon port. Je fus submergé à la sortie de l’avion, par cette forte chaleur que je connaissais bien et par un doux plaisir et une folle espérance ! La fin du voyage, nous permis de rentrer plus en détail dans ce que l’on entreprendrait au Domaine et au sujet des fonds qu’il me devait… Nous verrions avec Armande. Plusieurs fois, je revenais sur un contrat à mon égard, d’expatrié, mais il restait équivoque, me disant que l’on trouverait la meilleure solution…
Mon vol sur la Casamance était prévu dimanche très tôt. Le chauffeur d’Apo, heureux de me voir, me déposa sur la route de Yoff, à l’hôtel le plus proche. Apo avait retrouvé sa pleine forme et dit à Ibou n’diaye :
--Monsieur Marc Tremsal, va revenir travailler au Domaine…
Ibou, me regardant me dit combien il était content et que beaucoup de personnes allaient être heureuses…
Apo m’embrassa et me rappela, que son chauffeur serait bien à l’aéroport mardi soir. Bien installé, réalisant que j’étais au Sénégal, que j’avais revu Apo…Par hasard !
J’étais bien. Ayant une petite faim, Je commandais un plat traditionnel et une bière dans ma chambre. Je ne tardais pas à m’endormir, la tête remplie de nouveaux rêves, c’est vrai, de questions sans réponses, mais une certitude, de retrouver dans l’avenir, la belle aventure interrompue, commencée en mars 74…
Mon vol était à huit heures et d’un coup de taxi, j’allais à Yoff. Peu de passagers à bord de cet avion à hélices et d’un âge certain. Nous avions une heure et demie de temps avant d’atterrir à Zighinchor, et, sans perdre de temps je me devais de commencer mon travail. Je garde cette forte impression, avant d’atterrir, d’un immense paysage de verdure, du magnifique fleuve bleuté Casamance aux centaines de Bo longs, (petits cours d’eau).
Mes premiers pas vers une calèche, une foule de marchands, de véhicules, d’animaux et dans le ciel une multitude de cigognes, j’étais dans ce pays particulier, on disait un peu rebelle ? Le premier hôtel, était situé au centre ville et je fus très bien reçu. La direction était au courant de ma venue et on établi mon programme. C’était le même groupe qui dirigeait les deux autres produits au Cap-Skiring, et j’aurais une voiture avec chauffeur pour y aller. J’expliquais que je devais prendre l’avion de mardi après-midi sur Dakar. En fait, je devais établir un diagnostic non-exhaustif, mais précis. A première vue, ce produit en pleine ville, concernait une clientèle d’affaires ou de passages…Je pu accéder, visiter tout le secteur hôtelier, dont les bureaux, les cuisines, le restaurant, les chambres, les dépendances, (lingerie etc.) Le jardin ou parc était assez limité. Quand aux activités de loisirs, elles étaient inexistantes, mis à part un mini terrain de boules…Une table de ping-pong délavée,. Mon rôle était de voir, de constater et de réfléchir à de possibles améliorations.
Cette première journée passée dans cette ville de Zighinchor, chef lieu de la région, s’étirant le long du fleuve, aux verts palétuviers, devait me séduire. Ce qui m’impressionna, ce fut les grands arbres fromagers, les Caïcédras centenaires qui bordaient les principales rues. Mon appareil de photos en main, en calèche, à pied, je visitais les marchés, dont un appelé « St Maur des Fossés », cause du jumelage avec la ville. Un jeune guide m’accompagna une petite heure. Je vis plusieurs chantiers de fabrication de pirogues, très animés. Aux étals de pêche, l’abondance et la variété des poissons, notamment d’énormes Barracudas, (le fleuve fait plus de trois cents kilomètres), étaient impressionnant. La profusion d’un bel artisanat local, composé surtout d’objets de curiosités en bois, de tambours, de vêtements traditionnels et de bijoux, démontrait la capacité artistique des Diolas. Il me tardait de quitter la ville, pour voir le monde paysan, les cultures de riz, (or blanc des casamançais), les cases à impluvium, (récupération de l’eau de pluie), et les légendaires cocotiers du Cap-Skiring. Une très grande église, un carillon de cloches, me rappela que nous étions Dimanche. Beaucoup de monde, une messe qui était célébrée, des chants rythmés par les Balafons…
Retrouvant mon guide, il me parla des coutumes animistes, (Forme de croyance qui attribut une âme à tous les phénomènes naturels, cherchant à les maîtriser par des pratiques magiques), des rites initiatiques, des Conseils des anciens et du grand respect témoigné aux femmes.
Ma déception fut d’apprendre que la faune sauvage avait disparu, hippopotames, crocodiles, dont les rares survivants étaient réfugiés dans des Bo longs inaccessibles au cœur du fleuve.
Rejoignant l’Hôtel, je pris des notes, en attendant le diner. Je fus distrait par des bavardages à l’extérieur et découvrit au fond d’une fosse, un petit crocodile d’environ un mètre, dans un triste état. Une forte odeur, pratiquement pas d’eau…Le jardinier de service n’osait pas descendre nettoyer…
Enlevant mon blouson, je récupérais une corde, un bâton fourche et après avoir bien inondé la fosse, je me laissais glisser vers le fond. Le crocodile ne bougea pas et par précaution je mis rapidement un nœud coulant à sa mâchoire, ce qui le surpris…Puis un autre à la queue. Mon « nouvel ami », me laissa tout nettoyer sous les applaudissements des curieux. Grace aux barreaux d’aciers et après avoir délesté ma corde très vite, je remontais ! Mon premier conseil au Directeur fut de lui dire de libérer le crocodile dans un bolong, ou de lui confectionner un petit marigot artificiel et grillagé.
Le soir venu, je fus gâté avec un menu exclusivement de langoustes et de poissons, accompagné d’un rosé frais. On dina à l’extérieur sous un beau ciel rosacé, envahi de chauves souries…Il y avait peu de monde et le directeur, Sénégalais du nord, me présenta son épouse. La soirée se poursuivit dans un salon, autour d’un Thé vert et d’un verre de bière de mil. Le lendemain, je devais partir par la route, et faire les quatre vingt kilomètres qui nous séparaient du Cap-Skiring. J’avais bien rempli ma journée, appris des choses et constaté combien cette région séduisante, était différente sur tous les plans, du Nord du Sénégal.
C’est dans une Land Rover ancienne que je quittais l’Hôtel avec le chauffeur. Très vite je ressentis le dépaysement. Des premières palmeraies, des cultivateurs labourant leurs champs, charrues tractées par des petits chevaux, et beaucoup d’oiseaux. Ma surprise fut de voir autant d’enfants auprès des parents. Le chauffeur est très prudent, car la route est sérieusement abimée. Il m’explique que ce sont les gros camions qui approvisionnent la région du Cap. Oussouye est la première ville traversée et des plantations rectilignes d’Anacardiers (noix de Cajoux), un panneau publicitaire vantant la récolte, et la transformation de ce fruit. Bientôt la présence de cocotiers, explique que l’on se rapproche du fleuve. La direction du lieu touristique connu « La pointe Saint Georges », est indiquée, mais ce n’est pas notre route. Le chauffeur a pris la route de M’Loup, avide de me montrer les cases à étages, à colonnades, uniques en Afrique. D’immenses Fromagers plus que centenaires,(faux Kapokier), s’imposent dans le paysage. Un autre clocher dans le paysage, rappelle la religion dominante, le catholicisme.
Nous passons Elinkine, village de pêcheurs et lieu d’embarquement pour l’Ile de Karabane. Sur des étals, d’énormes poissons tout recouverts de glace, tels que les « Capitaines» du fleuve.., des « Barracudas » …Des 404 bâchées sont lourdement chargées des produits de cette pêche miraculeuse. Partout des femmes vendent des légumes, proposent des plats, tout cela dans un brouhaha joyeux indescriptible.
De nouvelles rizières et des femmes qui portent un grand chapeau de paille conique, pratiquent le désherbage. La piste sablonneuse nous emmène vers les deux Hôtels qui sont proches. L’un porte le nom du village de pêcheurs. De la petite colline, l’océan verdâtre me semble un continent. La large plage de sable blanc, s’étend à l’infini…Des cocotiers jeunes et vieux, s’offrent aux blancs embruns, venus du large.
Je prends des photos. L’accueil est aimable et de magnifiques bougainvilliers de toutes couleurs, recouvrent à chaque niveau, les balcons et fenêtres en bois sombre.
Le Directeur qui m’attendait, me présente un vieillard distingué et sans âge, qui est le chef du village de Kabrousse. La visite des lieux se fera après le déjeuner, servi à l’ombre d’une grande paillotte. L’abondance des plats me stupéfie ainsi que la qualité. Un petit nombre de vacanciers bruyants, revient d’excursion. Prenant des notes, j’apprends que dans cette région, il y a des revendications, et un réel esprit réactionnaire par rapport à la politique menée par Dakar. Un animateur se présente et c’est un Diolas. Nous abordons le type d’animation proposée. C’est assez limité.
Il me donnera des bonnes informations sur la possibilité de sports nautiques, notamment la planche à voile et la pêche. Si cet hôtel s’équipe bien, il est question qu’il devienne Eldorador…Poursuivant mes questionnements, faisant des photos, je ne peux m’empêcher de penser à Nianing, et à cette rencontre avec Apo, fruit d’un heureux hasard. Une nouvelle fois ma vie va changer de cap, et je vais remettre en question mon job à Paris et me lancer dans un nouveau challenge !
Ici, c’est un endroit charmant, dépaysant. Deux courts de tennis corrects, et un programme varié pour les excursions. Seul point noir, la nuisance phonique des vols en provenance de Dakar, en vieux avions à hélices, aux correspondances douteuses. Je prends un bain de soleil après avoir nagé, plongé dans d’imposantes vagues.
Le deuxième Hôtel qui est implanté un peu plus loin, bénéficie des mêmes atoûts. Son style est plus dépouillé, le béton assez choquant. Des palmiers Rôniers, des cocotiers sont les arbres typiques qui embellissent ce lieu. C’est la même Direction qui le gère, il offre plus de lits, donc s’adresse à des groupes de touristes. Là-aussi, je constate un faible remplissage. Les groupes électrogènes tournent et il est fréquent d’avoir des coupures de courant. Nous parlons du tourisme en général. Mes hôtes, me disent que du bien du Club Med, construit et ouvert en 1973 et qui est à peu de kilomètres d’ici. Pouvant accueillir environ six cent clients, lui aussi subit le transport aérien aléatoire et avec le syndicat des hôteliers, suggère aux autorités, l’implantation d’un aéroport international au Cap-Skiring.
Mon bloc est bien rempli et me permettra d'établir un rapport détaillé que je ferai taper par la secrétaire d’HPC. La journée s'est très vite passée et je retrouve au bar, des touristes en conversation. Le mot Nianing, parvint à mon oreille…En effet, un couple très disert en vient…Il semble qu’ils ont passé un bon séjour et qu’ils y retourneront l’année prochaine. Ce sont des médecins et je décide de me présenter comme ayant fait partie de l’équipe d’Apo. A l’annonce de mon prénom, la dame me dit qu’elle a entendu parler de moi, par un dés chauffeur Ali Kébé ! Que de bons souvenirs avec Ali et sa famille de M’Bour.
Mes pas laissent des traces sur le sable blanc et chaud. Dans le ciel, des sternes virevoltent et plongent vers l’océan. Le décor est tout autre que sur la petite côte, les couleurs du ciel aussi. Mes notes se complètent par les données comptables, le nombre d’employés et l’organisation des achats alimentaires. Dans les deux « produits » les cuisines sont correctes et les menus assez variés. De bonnes chambres froides, sont garant des moindres risques et c’est le cas.
La nuit tomba vite et les cris stridents des roussettes, (chauve-souris), aboiements de chiens, sons de tambours et leurs messages codés, témoignaient de l’activité nocturne. J’avais pratiquement terminé ma mission et demain nous retournerions à Zighinchor, pour prendre mon avion.
Ce soir, un diner est prévu avec les responsables des directions des deux produits, le guide d’excursions, l’animateur….Un joueur de grand balafon traditionnel, et un griot, agrémenteront la soirée. Je me réfère au Guide Touristique, et remarque combien « l’eau », est la richesse de cette luxuriante Casamance. Tout ici, est différent qu’au Nord du Sénégal, non loin su sahel ! Ici on est chrétien et animiste, on parle le français, le wolof, le diola, l’agriculture est riche, variée, le bétail abondant ainsi que le poisson…
Des campements, des projets de futurs hôtels, sont présentés à la fin du Guide.
Après m’être changé, je retrouve le petit groupe et apprécie un pastis frais, et des noix de cajous. Conversation animée sur les rites animistes très répandus chez les diolas. Le Talisman que je porte au poignet intrigue l’animateur, qui me questionne.
--Monsieur, ce n’est pas un grigri à touriste, c’est un vrai que vous avez-là !
En peu de mots, je lui dis mon amitié avec un féticheur peulh….
Ce diner est excellent et je fais la connaissance des deux chefs Sénégalais des cuisines. Un wolof et un Diola. Un musulman et un catholique. Voilà la richesse de cette laïcité Sénégalaise, si forte, si marquée par la culture républicaine française…Et la présence de grandes confréries musulmanes et un clergé catholique. Un Président respecté catholique, dans un pays islamisé à quatre vingt pour cent. L’absence de discothèque est à noter. Nous prenons un verre dans un salon intérieur et je ne tarde pas à aller dans ma chambre. Avant de partir demain, nous irons voir des vanniers à Kabrousse, parait-il, très adroits, qui réalisent des prouesses à l’aide des feuilles de palmiers rôniers.
Spectacle rarissime, un Tortue luth est échoué sur la plage. Des pêcheurs ou artisans en quête de carapace, et de nourriture, la tire vers une paillote…J’ai juste te temps de les rejoindre, de parler avec eux…Et me voici avec cette tortue dans les bras, dont l’espèce est rare. Je rentre dans l’eau, et allant vers le large….Un peu désorientée, au bout de quelques minutes, elle nage, elle plonge et disparait.
En rangeant ma petite valise, j’y place les quatre pellicules photos Kodack. Je garde mon bloc ou j’ai dessiné les artisans de vannerie à l’œuvre. Peu de gens savent que tos ces paniers, cordelettes, etc, sont fabriqués avec les découpent de lanières, dans la grande feuille de palmier toute fraîche, verte, et qu’en séchant, le ton blanc cassé apparait.
Nous reprenons la route vers Ziguinchor, croisant de très jeunes enfants en robes de bure, en bonnets… des candidats à la circoncision, m’explique le chauffeur qui lui a été circoncis….A dix huit ans ! Ici, les chrétiens Diolas pratiquent ce rite depuis toujours, raison d’hygiène, qui n’est pas exclusivement réservé à l’Islam ou au Judaïsme.
A Ziguinchor, mon vol est prévu en début d’après-midi, et je remercie toute l’équipe de l’hôtel de leur disponibilité. Déjà mon esprit se projette sur NIaning, et le hasard incroyable de mes retrouvailles avec Apo à Orly ! Ce nouveau choc, totalement, ne m’ébranle pas trop, et je ne cesse de penser à l’impact de mon « retour » prochain au Domaine, et aux promesses d’Apo pour ma nouvelle situation. J’ai tellement revu ces jours-ci dans ma tête, ca que fut notre belle aventure…Je sais, ce que j’ai accompli pour lui, pour le Domaine…J’ai toujours eu du respect à son égard car malgré des divergences normales, dés mon arrivée, il m’a laissé m’exprimer, créer, en me faisant confiance….Si nous avions parfois des rapports tendus, des hauts et des bas dans nos relations, les causes furent presque toujours, de son refus de m’établir un statut légal, et surtout d’ordre financier.
Dans l’avion, je classe mes notes et complète mon diagnostic sur cette mission en Casamance, qui m’aura permis de découvrir cette belle et luxuriante région. Je réalise que dans quelques heures, je retrouverai la terre ocre rouge de Nianing, son manteau de verdure…Et la gentillesse du personnel. Comme toujours, l’arrivée sur Dakar est mouvementée, dans un ciel trouble et nuageux. Atterrissage brusque, mais sûr. Dans le flot des passagers, en provenance de destination différentes, je passe la douane et aperçois le chauffeur du Domaine. Salutations et à bord de la 4L, chargée à bloc, nous voici en route. En écoutant le chauffeur Ibou, je ressens combien mon absence effective de plusieurs mois, a provoqué un malaise et de sérieux soucis à Apo. Mais j’attends de voir de moi-même l’état des lieux, d’écouter, de ressentir, d’analyser, afin de repartir sur des bases solides. Au marché de poisson de M’Bour, on s’arrête pour l’achat de Thiofs (mérous), et pour commander de la glace. Nous voici sur la route qui nous mène à ce cher Domaine et je ressens une véritable angoisse, mais doublée d’une folle espérance…
Le film de ma vie, de notre arrivée en famille ici, repasse en boucle dans mon esprit, et je réalise que je suis et que je serai dorénavant, « seul » ici, loin des miens.
Me voici de retour, tel un Loriot migrateur, vers le Sud et son lieu de nidification…
Les Flamboyants à l’entrée du parc sont déjà en fleurs, et les cris assourdissants d’oiseaux, leurs chants, semblent être un « hymne d’accueil », une symphonie…
A hauteur de la boutique, je descends de voiture et remercie le chauffeur. Puis j’entends des…Marc, c’est Marc… Je salue Madame N’Diaye, Baldé…Françoise la représentante Jet Tours…Je me dois d’aller au bureau de la réception, voir Armande restait silencieuse pendant ces longs mois…
J’ai droit à un bonjour sonore et à :
--Je savais qu’on se reverrait, pardon de ne t’avoir pas appelé à Paris, mais Apo m’a raconté vos retrouvailles…
On parla quelques instants, et elle me remit une clef de case, m’expliquant sans détour, qu’Apo…Et elle, avaient décidé de s’installer chez moi ?…Que toutes mes affaires avaient été rangées au magasin. Je trouvais celà choquant, pas très correct…
--Marc on va déjeuner ensembles, va chez toi, la case est prés du restaurant.
Contournant la réception, je frappais à la porte d’Apo, qui m’accueilli les bras ouverts, en disant :
--Ze suis heureux, très zeureux Marc, je t’ai attendu pour déjeuner ! Quelle joie, on va tout revoir Marc, pendant ces deux jours…
Ne pas retrouver ma « maison » au bois vert, de m’y installer, de pouvoir y dormir, m’attrista et il me tardait d’aller la voir. Il était plus d’une heure et après une bonne douche, prenant mon appareil de photos, j’allais au bar, et y fus accueilli et entouré, par ce cher Isidore, toujours joyeux, Edouard, et d’autres serveurs du restaurant. Thiam ! Korba…
En écrivant ces lignes aujourd’hui, j’ai du mal à décrire précisément, ces moment chaleureux, ces revoir inoubliables, tant je suis ému…
En attendant Apo, écoutant encore et toujours, les cris des milliers d’oiseaux… Je me dis : Oui, Marc, tu es de retour à Nianing ! Ce n’est pas un rêve ! Mon regard, mes sens se portaient partout, il me semblait que rien n’avait changé. Dans le parc, sur la terrasse ombragée, les merles bleus, les tisserins, chapardaient bruyamment les restes de boissons et de pastels, (petits beignets au poisson), laissaient sur les tables blanches. Servi par François, le Pastis frais accompagné d’olives de Grèce, fut un régal. Il y avait en salle environ une soixantaine de personnes et la table d’Apo était prête à l’entrée de la paillote. Armande le précéda, et lorsqu’il arriva il y eu des applaudissements. Au menu, crevettes et langoustes, vin rosé à discrétion…Apo parlait, parlait. L’ambiance était bonne et des tas de questions fusèrent sur la Casamance et mon voyage… Je me devais la discrétion et ne rentrais pas dans les détails. Je rassurais Apo, lorsque je lui dis que son beau Domaine, n’avait pas d’équivalent là-bas.
Une surprise, Georges Estival accompagné d’une personne, vient nous voir et me gratifia d’ un sonore, « Marc est de retour » ! Et s’adressant à la tablée…
--C’était écrit ! Je savais qu’il reviendrait…Enfin il est de retour, et j’en suis heureux.
Il me présenta à Daniel Fillod, animateur et compagnon de Françoise. On parla un peu de ces mois passés où j’étais absent du Domaine. Armande était discrète, mais à un moment, elle trouva la phrase qui me réconforta :
--Marc, tu viendras au bureau, on fera le point financier à ton sujet.
Après un bon café, Apo me proposa de le retrouver vers dix huit heures, pour un tour du Domaine. On se sépara, mais à cet instant, le désir d’aller à la plage fut plus fort que tout, et la douce Elysa, me proposa un vélo. J’avais l’impression que je n’avais pas quitté Nianing tant, tout semblait en place comme avant… C’est en voyant mon bateau blanc sous les filaos, dans un triste état, que j’ai eu le premier choc. Cheikh Ba me raconta, que suite à un grand vent, et ayant de nuit rompu son amarre, bousculé par les vagues, il l’avait trouvé échoué, coque, moteur pneumatique sous l’eau ! Et qu’il était inutilisable…Un des voiliers Hobie cat démâté, et plusieurs planches à voile, poussiéreuses, non rangées et éparses, complétaient le spectacle !
Dans le magasin, un désordre indescriptible… Cheikh Ba, me dit alors :
--Sans vous ici, nous avons perdu notre envie de bien travaillé…Personne ne vous a remplacé…
Je ne pouvais lui caché ma déception et mon désarroi, mais mon moral aidant, la perspective certaine de mon retour, les nouveaux moyens promis, l’emportèrent :
--Cheikh Ba, je reviens au Domaine pour la fin septembre. D’ici là, je vous demande de mettre de l’ordre, de réparer ce que vous pourrez. Les patrons pécheurs, de vrais jumeaux, manifestèrent leur plaisir de me revoir en me promettant de nettoyer les abords de la plage, les restes de poissons séchés…
Je fis quelques prises de vues et en rentrant je passais voir Daouda aux chevaux. Son grand sourire me fit du bien. Ici tout était propre, bien entretenu, les quelques chevaux avaient de l’allure. Le jeune Marcel sortant du magasin de paille d’arachide, me fit de loin un grand signe de sympathie.
Sur les bas-côtés de la route à l’entrée du Domaine, plusieurs taxis étaient stationnés. Je pris une vieille 404, et en une petite heure, j’allais voir mon ami le vieux N’Diaye à Nianing. Entouré des siens, je le retrouvais avec joie. Déjà, le bruit avait couru au village de mon « retour » et un groupe d’enfants, composé de filles et de garçons, scandait des Marc, Marc, Marc est revenu !
Au retour, un groupe de singes Patass, traversa la route en hurlant, car un petit était tombé à terre et des gamins continuaient à leur lancer des pierres ! Le taxi freina, s’arrêta et je pris le petit singe effrayé ! Un nouveau pensionnaire en perspective…
Lui consacrant du temps à l’infirmerie pour le soigner, je l’installe dans un grand carton. Il fallait voir si à l’enclos des singes captifs, je ne trouverais pas une « maman », pour l’allaiter ? Ayant récupéré mon trousseau de clef, j’allais voir dans mon local sono, pharmacie, réserve diverses, si je retrouverais le petit biberon…
J’avoue que je m’attendais au pire…Mis à part un désordre indescriptible, peu de choses avaient disparues. Je constatais la bonne marche du Revox et l’état des bandes que j’avais faites l’année dernière. Je changeais la bande et entendis la voix de Ferrat, par le petit haut parleur de contrôle…« Aimer à perdre la raison »…Sur le mur une photo de moi en brousse à cheval, entouré d’enfants.
Demain matin à l’aurore, après un tour du Domaine, je partirai avec Hirondelle, revoir Koumba au village peulhs. D’un coup de vélo, je file voir ce qui fut « notre maison »…
En arrivant, Badara le jardinier court vers moi, et me prenant la main, il l’embrasse.
--Monsieur Marc, tout le monde vous attendez, merci, merci d’être revenu, vous aviez fait tant de bonnes choses pour nous et le Domaine.
Je découvre plusieurs cages à oiseaux, où perruches, perroquets, baragouinent tant et plus ! D’autres avec des Calaos ? Cela m’attriste de voir ces oiseaux enfermés.
-- Mais Badara, que sont devenus les lapins d’Isabelle ? Où est passé ma vipère ?
Bon, j’ai vite compris à la mine de Badara…
--Quand Monsieur Apo s’est installé chez vous, il a fait enlever la cabane d’Isabelle et tuer votre vipère ! Et puis, presque chaque mois, il fait installer une nouvelle cage.
--Badara, j’ai un bébé singe, un Patas, vas voir si il n’y a pas de maman nourricière aux cages…
J’ai le cœur serré…En regardant la chère maison au bois vert… Et je me souviens des nuits étoilés et calmes, au fond de cet immense parc, de nos conversations sur la petite terrasse, heureux, en famille, après les journées de travail, profitant de nos rares moments de détente.
Badara me confirme, qu’il y a deux maman Patas. Nous sommes accueillis par des cris, aboiements des babouins. Avec délicatesse, prudence je dépose par le sas, danse une boite, le bébé singe. Il s’ensuit une bagarre très courte entres les deux femelles, et l’une d’elle après avoir attrapé le petit singe, le plaquant contre son ventre, va se percher sur le plus haut barreau de la cage
Je constate que j’ai retrouvé tous mes réflexes et je ressens à nouveau cette passion pour la nature.
De retour à la réception, je rends mon vélo. Je croise Apo, qui me dit de monter dans sa jeep. Il est imposant, et porte son incontournable paire de lunette noire. Avec sa barbe et sa veste boubou blanche, il a tout d’un acteur de cinéma américain ou d’un armateur Grec !
Pendant l’heure de parcours en Jeep de son Domaine, Apo ne cesse de me dire qu’il est heureux de nos retrouvailles et que l’avenir sera meilleur. Ses propos laissent entrevoir… qu’il savait peut être, que je prenais le vol vers Dakar ?...Par Jet Tours ? Je ne saurai jamais, s’il a fait exprès de prendre le même vol…
Vers la plage, j’en profite pour lui dire qu’il va falloir de nouveaux équipements et devant mon bateau abandonné…Il me dit que son frère Alex va s’en occupé ! Non loin du terrain de volley, il m’interpelle :
--Marc, dés que nous aurons terminé les investissements du parc coté route, nous
continuerons ici, ou j’envisage… L’extension future du Domaine. Mais ce n’est pas pour demain !
En arrivant vers les chevaux, il me promet d’en acheter d’autres chez son ami Sénégalais de Dakar. Un vol de merles bleus à longues queues, tente, dans un grand vacarme, de rentrer dans le magasin à arachide.
La visite nous mène aux marigots, ou je constate avec tristesse, un manque d’eau évident et des mauvaises odeurs, couleur verdâtre de cet étang, branchages morts, et peu d’oiseaux…Apo, me dit qu’il n’a pas eu le temps de venir ici ?…Il est désolant de voir, que tout le travail accomplit la saison dernière, n’ a pas été poursuivi. Je dis à Apo, de mettre une équipe, et de faire un grand nettoyage avant les pluies. Il est d’accord. Aux ateliers, je vois le Bus Parisien en travaux et Alex , le frère ainé d’Apo, affairé sur un nouveau camion citerne d’occasion. Le personnel technique est content de me revoir, ainsi que ce brave Monsieur Tiss, déjà un peu « flou »…J’en profite pour lui dire, que je vais faire avec lui, un nouvel inventaire de tout le matériel loisir qui est en stock. Alex, à qui j’avais confié l’entretien de mon bateau PB, me promets de remettre en service le moteur 75ch. Mercury, et de reconstituer les pneumatiques, sérieusement dégradés.
Au retour, à l’approche de mon ancienne maison, je dis à Apo, au moment ou il accélèrait en regardant devant lui, ce désintéressant de ce lieu, devenu sa demeure :
--Apo, arrête, arrête toi, stop ! Tu n’aurais pas du Apo, t’accaparer notre maison ! J’en déduis, que tu avais fait une croix sur mon retour ?
--Mais non Marc, tu n’étais plus en famille…
Une longue litanie, où Apo tentait de trouver des excuses, pour conclure…
--Je te construirais une nouvelle maison.
Il me déposa devant la réception en me rappelant qu’on dinerait ensemble. Je téléphonais aux enfants. Isabelle intarissable, me posait des tas de questions. Christian, lui aussi, me dit qu’il serait heureux de revenir en vacances. Ma case était toute proche, et en attendant le diner, je prenais des notes. Me remémorant ces dernières heures le plus calmement possible, je réalisais que ce qui m’arrivait était bien réel et qu’une nouvelle fois, la main du destin m’avait entrainé et guidé vers ce lieu, si cher à mon cœur.
Il me restait deux journées à vivre à Nianing, et nous n’avions pas encore eu une entrevue sérieuse avec Apo, sur mon futur statut. Vers dix neuf heures, je décidais de voir Armande au bureau et de provoquer une discussion au sujet des remboursements de dépenses courantes, pièces détachées, etc. je la trouvais réceptive et, elle me remit deux chèques. J’eus la bonne surprise de voir qu’elle avait rajouté le solde de revenus de vente de loisirs…Elle fit une réflexion au moment où je quittais le bureau :
--Marc, je sais que j’aurais du t’appeler. Je comprends tout ce que tu as du vivre, ces moments de désarroi et d’attente. Mais Apo, me disait, attends, attends, je vais l’appeler….
Avec, un certain soulagement, et un désir de boire une bière fraîche, j’allais m’installer au bar, après avoir changé la bande du Revox. Sirtaki, les Platter, (On ly You), Aznavour…
Le restaurant se remplissait et l’animateur Daniel, proposa quelques jeux apéritifs. Thiam, me fit signe et j’aperçu Apo et Armande qui arrivaient vers la table réservée, et garnie de fleurs d’Orgueil de Chine jaune et rouge. Rituel d’applaudissements, dés que le personnage hellénique entra en salle.
Enfin je vais pouvoir prendre un café et un croissant. Les passagers commencent à arriver et j’aperçois une hôtesse au comptoir Jet Tours.
L’enregistrement Air France est prévu en fin de matinée. J’ai du temps devant moi et j’ai envie d’appeler mes parents. Je trouve une cabine et c’est ma chère maman qui décroche. Quelle joie de lui parler et d’entendre sa douce voix. Papa, est absent. Tout va bien au clos sur la route. Maman me recommande la prudence.
Le marchand de journaux, de livres est ouvert. C’est une habitude que j’ai pris à la FNAC, je feuillette un peu au hasard les livres exposés. Le dernier Antoine Blondin est mis en valeur, et s’intitule, « Quatre saisons ». Je suis sensible au dessin coloré de la couverture, représentant des fruits, des légumes, qui me rappelle les étales du marché de Tunis. Je l’achète, cela me fera de la lecture dans l’avion. Pour l’instant, le temps passe et je continue à bouquiner et trouve ce nouveau guide sur le Sénégal fort intéressant. Une page lexique de la langue majoritaire du Sénégal le wolof-français, me permet de retrouver avec plaisir, les mots et phrases courantes, comme…
Bonjour : Salam Maleikoum (arabe). Comment vas-tu ? Nackan’ga deff. Au revoir : Mangui dem. Merci : dieureudieuf. Oui : Wao. C’est combien ? Bi niata lé ? Je n’ai pas d’argent aujourd’hui : Amul khalis teye…Rien sur un lexique de la langue Diolas (ethnie), parlé en pays Casamançais.
Je me présente au représentant Jet tours, qui est nouveau et avec lequel j’échange quelques mots de sympathie, sans lui dire que je ne suis plus au Domaine, depuis plusieurs mois…Il me signale qu’il y a un groupe d’équipementiers automobile, qui y va et que personnellement, il lui tarde d’y aller, on lui en a dit que du bien. La zone d’enregistrement et de douane est assez loin. Prenant mes bagages, une valise et un bagage cabine, je me dirige vers les comptoirs Air France où il y a déjà du monde. Ce seul vol par semaine vers Dakar, fait que l’énorme Boeing, fait le plein en passagers et fret. Cela me rappelle des souvenirs ! Préférant être assis coté allée, et plutôt vers l’arrière, l’hôtesse, une belle brune, satisfait ma demande. Il me reste un moment avant de passer la douane, et je vais prendre un café-croissant. Dans la file d’attente, Il y a beaucoup de Sénégalaises, magnifiquement habillée de vêtements colorés, accompagnées d’enfants. Il me semble que le petit groupe de touristes est devant moi, et je constate que la moyenne d’âge est élevée.
Enfin, la douane passée nous voici arrivés vers la zone de départ et là, là…Un choc visuel, physique, moral, en reconnaissant, assis de dos le long de la grande vitre, devinez qui ? Apo ! Oui, c’est bien Apo, les cheveux blanchis, un barbe naissante et ayant pas mal pris de poids…Un long frémissement parcours mon corps. Je n’en crois pas mes yeux ! Mais c’est bien lui. Apo, là, à quelques mètres et qui va prendre le même vol que moi !
Le regardant, le film de ses derniers mois sans nouvelles de lui, repasse dans ma tête. Contournant les fauteuils, une force invisible m’attirant vers lui, je l’accoste en lui mettant énergiquement une main sur l’épaule ! Se retournant, et se levant d’un coup, d’une voix forte, sans perdre son accent il me dit :
--Ha Marc, Marc, oui je zais, je zais, tu vas en Cazamance, oui tu…
N’hésitant pas à lui couper la parole, et ayant tant de choses à lui dire, je commence
par lui dire brutalement, en cherchant son regard, qu’il m’a laissé tombé, sans tenir ses promesses, sans un sous en Octobre dernier et sans aucunes nouvelles de lui, du Domaine, depuis huit mois…
Je remarque que son accent Grec est plus fort qu’avant. La surprise peut être ?
Je garde la parole, et bien qu’il me dise des Marc, Marc à répétitions, j’enfonce le clou en lui rappelant son renoncement à l’époque au projet avec Jet Tours…
Je ne vais pas tout vous dire, mais Apo s’étant rassis, adoptant une mine décomposée, il m’apostropha en disant :
--Marc pardon, pardon, z’est vrai, j’ai mal azis, bon, on va parler…c’est important…
L’appel pour rejoindre l’avion se fit entendre et on se retrouva marchant cote à cote, pour aller vers l’appareil. Apo voulait absolument, qu’on se retrouve assis à coté, mais nous avions des places à l’opposées. Me trouvant en place économique, lui voyageant en première, je le laissais s’installer et regagnais ma place, survolté par cette rencontre. Instinctivement je trouve dans la poche de mon blouson, le talisman de Wabili…Et en un seul instant, je retrouve le calme…Et me pose des tas de questions…
Juste avant le décollage, je croise le regard d’une hôtesse marchant dans l’allée, en dévisageant les passagers, et qui m’interpelle:
--Monsieur, c’est grâce à votre chemise orange…Un monsieur en première, vous demande de le rejoindre, un monsieur très fort qui a un accent…Il y a une place pour vous, à ses cotés. Le temps de prendre mon bagage, je la suis et me retrouve face à Apo, qui arborant un grand sourire, me dit:
--Viens Marc, installe toi, ze me zuis bien débrouillé pour te placer izi avec moi !
J’avoue que mon stress m’a repris et qu’il va falloir que l’on parle sérieusement. Nous avons cinq heures de voyage et je me dois de dire à Apo, que j’ai une importante mission en Casamance et que s’est la raison de ma présence à bord de cet avion. Continuant mon propos, je veux qu’il comprenne combien j’ai été déçu par son attitude :
--Apo, il aura fallu encore un signe du destin, pour que nous nous rencontrions ! Moi qui est attendu des mois, un appel de toi, des excuses, une proposition et les virements promis, tu peux admettre que je sois terriblement déçu par ton attitude …
Apo, me coupe la parole, en me disant une nouvelle fois :
Marc, pardon, si tu zavais mes soucis, mais écoute moi, ça z’est du passé…
Reprenant mon propos, je veux qu’il comprenne que ce voyage au Sénégal, n’était pas mon fait et que je n’avais pas envisagé d’aller au Domaine, mais accomplir un travail en Casamance…
--Oui je zais, je zais tout, tu vas travailler pour Michel Couasnon…on m’ a tout dit à Jet Tours. Je zais tout…Toi qui était mon ami !
J’affiche ma surprise et écoute Apo, qui veut me troubler, voir inverser les rôles…
-- Apo, es tu conscient de la situation dans laquelle tu m‘as mis, m’obligeant à ne pas retourner au Domaine, où j’avais laissé une grande partie de moi-même, à trouver un job à Paris pour survivre…
Apo, poursuit sa discution en me parlant de mes enfants, de Mathilde. Il sait que c’est mon point faible et bien sur, je parle d’eux ave émotion…
L’hôtesse nous demande d’attacher nos ceintures et c’est le moment du décollage.
Je restais silencieux. Au fond de moi, je me demandais si Apo, allait me parler de Nianing et comment allait il le faire ?
J’avais remis au poignet mon talisman et Apo me demanda ce que c’était. Lui expliquant que c’était un « porte chance », il me dit :
--Mais Marc, tu ne crois pas en c’est zortilège !…
Ecoute moi Marc, tu vas revenir à Nianing…je me reproche…
Dans un long monologue, ou j’apprenais par sa bouche, combien il avait souffert de mon absence…Malgré la création de l’Eldorador Nianing ? Combien tout le personnel me regrettait….
--Apo, nous n’aurions jamais eu le label Eldorador, si je n’avais pas structuré, équipé et lancé le secteur sports et loisirs, dés mon arrivée en juillet 74…Au fait, qu’as-tu dit au personnel au sujet de mon absence, et de mon non retour ?…
Esquivant une réponse précise à ce sujet, il me dit :
--Marc, regardons devant. J’ai réfléchi, tu vas en Cazamance, d’accord, mais zeulement trois jours…Je te prends à Dakar au retour mardi soir, tu vas voir, on va refaire de grandes choses ensemble, tu auras tout ce que tu voudras !
C’est fou comme Apo avait un pouvoir de séduction et je sentais en moi, revivre cette passion pour Nianing, mais il fallait que je lui montre qu’il ne menait pas le jeu et que je gardais profondément en moi les graves blessures du passé.
--Apo, te souviens tu de notre alliance, et de toute la confiance que j’ai eu en toi, de tout ce que j’ai fais pour toi, de tes promesses…Comment te croirais- je, après tout ?...
Il fallait aborder sans tarder mes problèmes personnels financiers, qui étaient en grande partie la cause de nos désaccords et surtout qu’il me dise ses vrais raisons qui l’avaient poussé à faire échouer mon projet avec Jet Tours. C’est vrai, jet Tours avait créé depuis, deux ou trois Eldoradors, et l’intérêt de ce groupe, serait dans l’avenir que les prestations, soient correctement assurées. L’heure du repas arrivait et Apo fit servir deux coupes de champagne…
--Marc, nous voici réunis, buvons à tout ce que nous allons entreprendre.
Apo avait un appétit d’ogre et la conversation se porta sur sa santé. Il me confia qu’il avait souvent très mal au dos. L’ayant trouvé avec pas mal de kilos en plus, il m’annonça son poids, cent vingt huit kilos…Il s’assoupit de suite après le repas et « tout », alors, se bousculait en moi ! J’étais à nouveau sous l’emprise de cet homme et envouté par son Nianing, par mon Nianing !…
C’était décidé. J’assurerais ma mission en Casamance de dimanche à mardi soir. J’avais trois hôtels à voir, un à Zighinchor et deux au Cap Skiring. Ensuite, ce serait mon passage au Domaine, pendant quatre jours, le vol sur Paris étant samedi prochain. Mais il fallait au préalable, savoir sous quelles conditions, mon « retour », ma réinstallation, se ferait et quand ?. Comment allaient réagir mes associés d’HPC à Paris ?
Apo dormait, le Bordeaux faisait son effet.
Prenant mon bloc à écrire, je notais quelques réflexions et mon emploi du temps.
A voir le nouveau statut de Marc au Domaine. Paiement par Apo, des arriérés. Inventaire du secteur Sports et Loisirs, qui est tout à revoir. Un Eldorador, doit avoir une spécificité : nous c’est « l’environnement ». La qualité de la « Table », mais, il y a tant à faire encore !
Une concertation avec l’équipe des Eldoradors est évidente. Voir leurs propositions dans le secteur de l’animation. Je n’aurais que trois mois pour préparer les commandes des futurs investissements, etc.
Il me faudrait aussi Identifier le rôle nouveau, prépondérant de la direction de Jet Tours…Pour cela, je savais que mes relations anciennes à Jet Tours, Monsieur Pinson, mes divers amis, allaient être réactivées. Et qu’ils seraient satisfaits de mon retour…
Dans quel état, allais-je retrouver ce lieu, et ma maison au bois vert ? Je songeais à mes enfants et au bonheur d’Isabelle lorsqu’elle apprendrait ma nouvelle aventure…
Instinctivement j’avais dessiné de trois coups de plume, notre maison du fond du parc, entourée de filaos…
Apo se réveilla et m’interpella tout de Go !
--Marc, j’ai rêvé que l’on se baigner à Nianing…Donc on est bien d’accord, mon chauffeur te prendra mardi soir à l’aéroport de Yoff, et je t’attendrais pour diner.
Prenant mon bloc et regardant mes écrits et mon petit dessin…je vis son visage changer d’expression… Puis il poursuivit :
--Marc, je dois te dire, ne m’en veux pas…Votre maison…
Puis il se lança, me disant qu’il s’était installé chez moi, qu’il avait rangé toutes nos affaires dans une remise…
--Tu comprends, Mathilde, les enfants, toi…Etant partis…
Cela me fit mal. Cette maison que j’aimais, que les enfants aimaient, étaient comme ça, devenus sa demeure, sans que je sois mis au courant. Je ne trouvais pas les mots, mais je finis par lui dire, qu’il avait une nouvelle fois mal agit…
--Marc, je te construirais une habitation…
Notre conversation dura, puis il me parla d’Armande, envers laquelle… Il éprouvait un véritable amour, et appréciait les qualités professionnelles certaines… Et il s’assoupit à nouveau.
*
L’atterrissage fut assez mouvementé pour cause de vent, mais nous étions arrivés à bon port. Je fus submergé à la sortie de l’avion, par cette forte chaleur que je connaissais bien et par un doux plaisir et une folle espérance ! La fin du voyage, nous permis de rentrer plus en détail dans ce que l’on entreprendrait au Domaine et au sujet des fonds qu’il me devait… Nous verrions avec Armande. Plusieurs fois, je revenais sur un contrat à mon égard, d’expatrié, mais il restait équivoque, me disant que l’on trouverait la meilleure solution…
Mon vol sur la Casamance était prévu dimanche très tôt. Le chauffeur d’Apo, heureux de me voir, me déposa sur la route de Yoff, à l’hôtel le plus proche. Apo avait retrouvé sa pleine forme et dit à Ibou n’diaye :
--Monsieur Marc Tremsal, va revenir travailler au Domaine…
Ibou, me regardant me dit combien il était content et que beaucoup de personnes allaient être heureuses…
Apo m’embrassa et me rappela, que son chauffeur serait bien à l’aéroport mardi soir. Bien installé, réalisant que j’étais au Sénégal, que j’avais revu Apo…Par hasard !
J’étais bien. Ayant une petite faim, Je commandais un plat traditionnel et une bière dans ma chambre. Je ne tardais pas à m’endormir, la tête remplie de nouveaux rêves, c’est vrai, de questions sans réponses, mais une certitude, de retrouver dans l’avenir, la belle aventure interrompue, commencée en mars 74…
Mon vol était à huit heures et d’un coup de taxi, j’allais à Yoff. Peu de passagers à bord de cet avion à hélices et d’un âge certain. Nous avions une heure et demie de temps avant d’atterrir à Zighinchor, et, sans perdre de temps je me devais de commencer mon travail. Je garde cette forte impression, avant d’atterrir, d’un immense paysage de verdure, du magnifique fleuve bleuté Casamance aux centaines de Bo longs, (petits cours d’eau).
Mes premiers pas vers une calèche, une foule de marchands, de véhicules, d’animaux et dans le ciel une multitude de cigognes, j’étais dans ce pays particulier, on disait un peu rebelle ? Le premier hôtel, était situé au centre ville et je fus très bien reçu. La direction était au courant de ma venue et on établi mon programme. C’était le même groupe qui dirigeait les deux autres produits au Cap-Skiring, et j’aurais une voiture avec chauffeur pour y aller. J’expliquais que je devais prendre l’avion de mardi après-midi sur Dakar. En fait, je devais établir un diagnostic non-exhaustif, mais précis. A première vue, ce produit en pleine ville, concernait une clientèle d’affaires ou de passages…Je pu accéder, visiter tout le secteur hôtelier, dont les bureaux, les cuisines, le restaurant, les chambres, les dépendances, (lingerie etc.) Le jardin ou parc était assez limité. Quand aux activités de loisirs, elles étaient inexistantes, mis à part un mini terrain de boules…Une table de ping-pong délavée,. Mon rôle était de voir, de constater et de réfléchir à de possibles améliorations.
Cette première journée passée dans cette ville de Zighinchor, chef lieu de la région, s’étirant le long du fleuve, aux verts palétuviers, devait me séduire. Ce qui m’impressionna, ce fut les grands arbres fromagers, les Caïcédras centenaires qui bordaient les principales rues. Mon appareil de photos en main, en calèche, à pied, je visitais les marchés, dont un appelé « St Maur des Fossés », cause du jumelage avec la ville. Un jeune guide m’accompagna une petite heure. Je vis plusieurs chantiers de fabrication de pirogues, très animés. Aux étals de pêche, l’abondance et la variété des poissons, notamment d’énormes Barracudas, (le fleuve fait plus de trois cents kilomètres), étaient impressionnant. La profusion d’un bel artisanat local, composé surtout d’objets de curiosités en bois, de tambours, de vêtements traditionnels et de bijoux, démontrait la capacité artistique des Diolas. Il me tardait de quitter la ville, pour voir le monde paysan, les cultures de riz, (or blanc des casamançais), les cases à impluvium, (récupération de l’eau de pluie), et les légendaires cocotiers du Cap-Skiring. Une très grande église, un carillon de cloches, me rappela que nous étions Dimanche. Beaucoup de monde, une messe qui était célébrée, des chants rythmés par les Balafons…
Retrouvant mon guide, il me parla des coutumes animistes, (Forme de croyance qui attribut une âme à tous les phénomènes naturels, cherchant à les maîtriser par des pratiques magiques), des rites initiatiques, des Conseils des anciens et du grand respect témoigné aux femmes.
Ma déception fut d’apprendre que la faune sauvage avait disparu, hippopotames, crocodiles, dont les rares survivants étaient réfugiés dans des Bo longs inaccessibles au cœur du fleuve.
Rejoignant l’Hôtel, je pris des notes, en attendant le diner. Je fus distrait par des bavardages à l’extérieur et découvrit au fond d’une fosse, un petit crocodile d’environ un mètre, dans un triste état. Une forte odeur, pratiquement pas d’eau…Le jardinier de service n’osait pas descendre nettoyer…
Enlevant mon blouson, je récupérais une corde, un bâton fourche et après avoir bien inondé la fosse, je me laissais glisser vers le fond. Le crocodile ne bougea pas et par précaution je mis rapidement un nœud coulant à sa mâchoire, ce qui le surpris…Puis un autre à la queue. Mon « nouvel ami », me laissa tout nettoyer sous les applaudissements des curieux. Grace aux barreaux d’aciers et après avoir délesté ma corde très vite, je remontais ! Mon premier conseil au Directeur fut de lui dire de libérer le crocodile dans un bolong, ou de lui confectionner un petit marigot artificiel et grillagé.
Le soir venu, je fus gâté avec un menu exclusivement de langoustes et de poissons, accompagné d’un rosé frais. On dina à l’extérieur sous un beau ciel rosacé, envahi de chauves souries…Il y avait peu de monde et le directeur, Sénégalais du nord, me présenta son épouse. La soirée se poursuivit dans un salon, autour d’un Thé vert et d’un verre de bière de mil. Le lendemain, je devais partir par la route, et faire les quatre vingt kilomètres qui nous séparaient du Cap-Skiring. J’avais bien rempli ma journée, appris des choses et constaté combien cette région séduisante, était différente sur tous les plans, du Nord du Sénégal.
C’est dans une Land Rover ancienne que je quittais l’Hôtel avec le chauffeur. Très vite je ressentis le dépaysement. Des premières palmeraies, des cultivateurs labourant leurs champs, charrues tractées par des petits chevaux, et beaucoup d’oiseaux. Ma surprise fut de voir autant d’enfants auprès des parents. Le chauffeur est très prudent, car la route est sérieusement abimée. Il m’explique que ce sont les gros camions qui approvisionnent la région du Cap. Oussouye est la première ville traversée et des plantations rectilignes d’Anacardiers (noix de Cajoux), un panneau publicitaire vantant la récolte, et la transformation de ce fruit. Bientôt la présence de cocotiers, explique que l’on se rapproche du fleuve. La direction du lieu touristique connu « La pointe Saint Georges », est indiquée, mais ce n’est pas notre route. Le chauffeur a pris la route de M’Loup, avide de me montrer les cases à étages, à colonnades, uniques en Afrique. D’immenses Fromagers plus que centenaires,(faux Kapokier), s’imposent dans le paysage. Un autre clocher dans le paysage, rappelle la religion dominante, le catholicisme.
Nous passons Elinkine, village de pêcheurs et lieu d’embarquement pour l’Ile de Karabane. Sur des étals, d’énormes poissons tout recouverts de glace, tels que les « Capitaines» du fleuve.., des « Barracudas » …Des 404 bâchées sont lourdement chargées des produits de cette pêche miraculeuse. Partout des femmes vendent des légumes, proposent des plats, tout cela dans un brouhaha joyeux indescriptible.
De nouvelles rizières et des femmes qui portent un grand chapeau de paille conique, pratiquent le désherbage. La piste sablonneuse nous emmène vers les deux Hôtels qui sont proches. L’un porte le nom du village de pêcheurs. De la petite colline, l’océan verdâtre me semble un continent. La large plage de sable blanc, s’étend à l’infini…Des cocotiers jeunes et vieux, s’offrent aux blancs embruns, venus du large.
Je prends des photos. L’accueil est aimable et de magnifiques bougainvilliers de toutes couleurs, recouvrent à chaque niveau, les balcons et fenêtres en bois sombre.
Le Directeur qui m’attendait, me présente un vieillard distingué et sans âge, qui est le chef du village de Kabrousse. La visite des lieux se fera après le déjeuner, servi à l’ombre d’une grande paillotte. L’abondance des plats me stupéfie ainsi que la qualité. Un petit nombre de vacanciers bruyants, revient d’excursion. Prenant des notes, j’apprends que dans cette région, il y a des revendications, et un réel esprit réactionnaire par rapport à la politique menée par Dakar. Un animateur se présente et c’est un Diolas. Nous abordons le type d’animation proposée. C’est assez limité.
Il me donnera des bonnes informations sur la possibilité de sports nautiques, notamment la planche à voile et la pêche. Si cet hôtel s’équipe bien, il est question qu’il devienne Eldorador…Poursuivant mes questionnements, faisant des photos, je ne peux m’empêcher de penser à Nianing, et à cette rencontre avec Apo, fruit d’un heureux hasard. Une nouvelle fois ma vie va changer de cap, et je vais remettre en question mon job à Paris et me lancer dans un nouveau challenge !
Ici, c’est un endroit charmant, dépaysant. Deux courts de tennis corrects, et un programme varié pour les excursions. Seul point noir, la nuisance phonique des vols en provenance de Dakar, en vieux avions à hélices, aux correspondances douteuses. Je prends un bain de soleil après avoir nagé, plongé dans d’imposantes vagues.
Le deuxième Hôtel qui est implanté un peu plus loin, bénéficie des mêmes atoûts. Son style est plus dépouillé, le béton assez choquant. Des palmiers Rôniers, des cocotiers sont les arbres typiques qui embellissent ce lieu. C’est la même Direction qui le gère, il offre plus de lits, donc s’adresse à des groupes de touristes. Là-aussi, je constate un faible remplissage. Les groupes électrogènes tournent et il est fréquent d’avoir des coupures de courant. Nous parlons du tourisme en général. Mes hôtes, me disent que du bien du Club Med, construit et ouvert en 1973 et qui est à peu de kilomètres d’ici. Pouvant accueillir environ six cent clients, lui aussi subit le transport aérien aléatoire et avec le syndicat des hôteliers, suggère aux autorités, l’implantation d’un aéroport international au Cap-Skiring.
Mon bloc est bien rempli et me permettra d'établir un rapport détaillé que je ferai taper par la secrétaire d’HPC. La journée s'est très vite passée et je retrouve au bar, des touristes en conversation. Le mot Nianing, parvint à mon oreille…En effet, un couple très disert en vient…Il semble qu’ils ont passé un bon séjour et qu’ils y retourneront l’année prochaine. Ce sont des médecins et je décide de me présenter comme ayant fait partie de l’équipe d’Apo. A l’annonce de mon prénom, la dame me dit qu’elle a entendu parler de moi, par un dés chauffeur Ali Kébé ! Que de bons souvenirs avec Ali et sa famille de M’Bour.
Mes pas laissent des traces sur le sable blanc et chaud. Dans le ciel, des sternes virevoltent et plongent vers l’océan. Le décor est tout autre que sur la petite côte, les couleurs du ciel aussi. Mes notes se complètent par les données comptables, le nombre d’employés et l’organisation des achats alimentaires. Dans les deux « produits » les cuisines sont correctes et les menus assez variés. De bonnes chambres froides, sont garant des moindres risques et c’est le cas.
La nuit tomba vite et les cris stridents des roussettes, (chauve-souris), aboiements de chiens, sons de tambours et leurs messages codés, témoignaient de l’activité nocturne. J’avais pratiquement terminé ma mission et demain nous retournerions à Zighinchor, pour prendre mon avion.
Ce soir, un diner est prévu avec les responsables des directions des deux produits, le guide d’excursions, l’animateur….Un joueur de grand balafon traditionnel, et un griot, agrémenteront la soirée. Je me réfère au Guide Touristique, et remarque combien « l’eau », est la richesse de cette luxuriante Casamance. Tout ici, est différent qu’au Nord du Sénégal, non loin su sahel ! Ici on est chrétien et animiste, on parle le français, le wolof, le diola, l’agriculture est riche, variée, le bétail abondant ainsi que le poisson…
Des campements, des projets de futurs hôtels, sont présentés à la fin du Guide.
Après m’être changé, je retrouve le petit groupe et apprécie un pastis frais, et des noix de cajous. Conversation animée sur les rites animistes très répandus chez les diolas. Le Talisman que je porte au poignet intrigue l’animateur, qui me questionne.
--Monsieur, ce n’est pas un grigri à touriste, c’est un vrai que vous avez-là !
En peu de mots, je lui dis mon amitié avec un féticheur peulh….
Ce diner est excellent et je fais la connaissance des deux chefs Sénégalais des cuisines. Un wolof et un Diola. Un musulman et un catholique. Voilà la richesse de cette laïcité Sénégalaise, si forte, si marquée par la culture républicaine française…Et la présence de grandes confréries musulmanes et un clergé catholique. Un Président respecté catholique, dans un pays islamisé à quatre vingt pour cent. L’absence de discothèque est à noter. Nous prenons un verre dans un salon intérieur et je ne tarde pas à aller dans ma chambre. Avant de partir demain, nous irons voir des vanniers à Kabrousse, parait-il, très adroits, qui réalisent des prouesses à l’aide des feuilles de palmiers rôniers.
Spectacle rarissime, un Tortue luth est échoué sur la plage. Des pêcheurs ou artisans en quête de carapace, et de nourriture, la tire vers une paillote…J’ai juste te temps de les rejoindre, de parler avec eux…Et me voici avec cette tortue dans les bras, dont l’espèce est rare. Je rentre dans l’eau, et allant vers le large….Un peu désorientée, au bout de quelques minutes, elle nage, elle plonge et disparait.
En rangeant ma petite valise, j’y place les quatre pellicules photos Kodack. Je garde mon bloc ou j’ai dessiné les artisans de vannerie à l’œuvre. Peu de gens savent que tos ces paniers, cordelettes, etc, sont fabriqués avec les découpent de lanières, dans la grande feuille de palmier toute fraîche, verte, et qu’en séchant, le ton blanc cassé apparait.
Nous reprenons la route vers Ziguinchor, croisant de très jeunes enfants en robes de bure, en bonnets… des candidats à la circoncision, m’explique le chauffeur qui lui a été circoncis….A dix huit ans ! Ici, les chrétiens Diolas pratiquent ce rite depuis toujours, raison d’hygiène, qui n’est pas exclusivement réservé à l’Islam ou au Judaïsme.
A Ziguinchor, mon vol est prévu en début d’après-midi, et je remercie toute l’équipe de l’hôtel de leur disponibilité. Déjà mon esprit se projette sur NIaning, et le hasard incroyable de mes retrouvailles avec Apo à Orly ! Ce nouveau choc, totalement, ne m’ébranle pas trop, et je ne cesse de penser à l’impact de mon « retour » prochain au Domaine, et aux promesses d’Apo pour ma nouvelle situation. J’ai tellement revu ces jours-ci dans ma tête, ca que fut notre belle aventure…Je sais, ce que j’ai accompli pour lui, pour le Domaine…J’ai toujours eu du respect à son égard car malgré des divergences normales, dés mon arrivée, il m’a laissé m’exprimer, créer, en me faisant confiance….Si nous avions parfois des rapports tendus, des hauts et des bas dans nos relations, les causes furent presque toujours, de son refus de m’établir un statut légal, et surtout d’ordre financier.
*
Dans l’avion, je classe mes notes et complète mon diagnostic sur cette mission en Casamance, qui m’aura permis de découvrir cette belle et luxuriante région. Je réalise que dans quelques heures, je retrouverai la terre ocre rouge de Nianing, son manteau de verdure…Et la gentillesse du personnel. Comme toujours, l’arrivée sur Dakar est mouvementée, dans un ciel trouble et nuageux. Atterrissage brusque, mais sûr. Dans le flot des passagers, en provenance de destination différentes, je passe la douane et aperçois le chauffeur du Domaine. Salutations et à bord de la 4L, chargée à bloc, nous voici en route. En écoutant le chauffeur Ibou, je ressens combien mon absence effective de plusieurs mois, a provoqué un malaise et de sérieux soucis à Apo. Mais j’attends de voir de moi-même l’état des lieux, d’écouter, de ressentir, d’analyser, afin de repartir sur des bases solides. Au marché de poisson de M’Bour, on s’arrête pour l’achat de Thiofs (mérous), et pour commander de la glace. Nous voici sur la route qui nous mène à ce cher Domaine et je ressens une véritable angoisse, mais doublée d’une folle espérance…
Le film de ma vie, de notre arrivée en famille ici, repasse en boucle dans mon esprit, et je réalise que je suis et que je serai dorénavant, « seul » ici, loin des miens.
Me voici de retour, tel un Loriot migrateur, vers le Sud et son lieu de nidification…
Les Flamboyants à l’entrée du parc sont déjà en fleurs, et les cris assourdissants d’oiseaux, leurs chants, semblent être un « hymne d’accueil », une symphonie…
A hauteur de la boutique, je descends de voiture et remercie le chauffeur. Puis j’entends des…Marc, c’est Marc… Je salue Madame N’Diaye, Baldé…Françoise la représentante Jet Tours…Je me dois d’aller au bureau de la réception, voir Armande restait silencieuse pendant ces longs mois…
J’ai droit à un bonjour sonore et à :
--Je savais qu’on se reverrait, pardon de ne t’avoir pas appelé à Paris, mais Apo m’a raconté vos retrouvailles…
On parla quelques instants, et elle me remit une clef de case, m’expliquant sans détour, qu’Apo…Et elle, avaient décidé de s’installer chez moi ?…Que toutes mes affaires avaient été rangées au magasin. Je trouvais celà choquant, pas très correct…
--Marc on va déjeuner ensembles, va chez toi, la case est prés du restaurant.
Contournant la réception, je frappais à la porte d’Apo, qui m’accueilli les bras ouverts, en disant :
--Ze suis heureux, très zeureux Marc, je t’ai attendu pour déjeuner ! Quelle joie, on va tout revoir Marc, pendant ces deux jours…
Ne pas retrouver ma « maison » au bois vert, de m’y installer, de pouvoir y dormir, m’attrista et il me tardait d’aller la voir. Il était plus d’une heure et après une bonne douche, prenant mon appareil de photos, j’allais au bar, et y fus accueilli et entouré, par ce cher Isidore, toujours joyeux, Edouard, et d’autres serveurs du restaurant. Thiam ! Korba…
En écrivant ces lignes aujourd’hui, j’ai du mal à décrire précisément, ces moment chaleureux, ces revoir inoubliables, tant je suis ému…
En attendant Apo, écoutant encore et toujours, les cris des milliers d’oiseaux… Je me dis : Oui, Marc, tu es de retour à Nianing ! Ce n’est pas un rêve ! Mon regard, mes sens se portaient partout, il me semblait que rien n’avait changé. Dans le parc, sur la terrasse ombragée, les merles bleus, les tisserins, chapardaient bruyamment les restes de boissons et de pastels, (petits beignets au poisson), laissaient sur les tables blanches. Servi par François, le Pastis frais accompagné d’olives de Grèce, fut un régal. Il y avait en salle environ une soixantaine de personnes et la table d’Apo était prête à l’entrée de la paillote. Armande le précéda, et lorsqu’il arriva il y eu des applaudissements. Au menu, crevettes et langoustes, vin rosé à discrétion…Apo parlait, parlait. L’ambiance était bonne et des tas de questions fusèrent sur la Casamance et mon voyage… Je me devais la discrétion et ne rentrais pas dans les détails. Je rassurais Apo, lorsque je lui dis que son beau Domaine, n’avait pas d’équivalent là-bas.
Une surprise, Georges Estival accompagné d’une personne, vient nous voir et me gratifia d’ un sonore, « Marc est de retour » ! Et s’adressant à la tablée…
--C’était écrit ! Je savais qu’il reviendrait…Enfin il est de retour, et j’en suis heureux.
Il me présenta à Daniel Fillod, animateur et compagnon de Françoise. On parla un peu de ces mois passés où j’étais absent du Domaine. Armande était discrète, mais à un moment, elle trouva la phrase qui me réconforta :
--Marc, tu viendras au bureau, on fera le point financier à ton sujet.
Après un bon café, Apo me proposa de le retrouver vers dix huit heures, pour un tour du Domaine. On se sépara, mais à cet instant, le désir d’aller à la plage fut plus fort que tout, et la douce Elysa, me proposa un vélo. J’avais l’impression que je n’avais pas quitté Nianing tant, tout semblait en place comme avant… C’est en voyant mon bateau blanc sous les filaos, dans un triste état, que j’ai eu le premier choc. Cheikh Ba me raconta, que suite à un grand vent, et ayant de nuit rompu son amarre, bousculé par les vagues, il l’avait trouvé échoué, coque, moteur pneumatique sous l’eau ! Et qu’il était inutilisable…Un des voiliers Hobie cat démâté, et plusieurs planches à voile, poussiéreuses, non rangées et éparses, complétaient le spectacle !
Dans le magasin, un désordre indescriptible… Cheikh Ba, me dit alors :
--Sans vous ici, nous avons perdu notre envie de bien travaillé…Personne ne vous a remplacé…
Je ne pouvais lui caché ma déception et mon désarroi, mais mon moral aidant, la perspective certaine de mon retour, les nouveaux moyens promis, l’emportèrent :
--Cheikh Ba, je reviens au Domaine pour la fin septembre. D’ici là, je vous demande de mettre de l’ordre, de réparer ce que vous pourrez. Les patrons pécheurs, de vrais jumeaux, manifestèrent leur plaisir de me revoir en me promettant de nettoyer les abords de la plage, les restes de poissons séchés…
Je fis quelques prises de vues et en rentrant je passais voir Daouda aux chevaux. Son grand sourire me fit du bien. Ici tout était propre, bien entretenu, les quelques chevaux avaient de l’allure. Le jeune Marcel sortant du magasin de paille d’arachide, me fit de loin un grand signe de sympathie.
Sur les bas-côtés de la route à l’entrée du Domaine, plusieurs taxis étaient stationnés. Je pris une vieille 404, et en une petite heure, j’allais voir mon ami le vieux N’Diaye à Nianing. Entouré des siens, je le retrouvais avec joie. Déjà, le bruit avait couru au village de mon « retour » et un groupe d’enfants, composé de filles et de garçons, scandait des Marc, Marc, Marc est revenu !
Au retour, un groupe de singes Patass, traversa la route en hurlant, car un petit était tombé à terre et des gamins continuaient à leur lancer des pierres ! Le taxi freina, s’arrêta et je pris le petit singe effrayé ! Un nouveau pensionnaire en perspective…
Lui consacrant du temps à l’infirmerie pour le soigner, je l’installe dans un grand carton. Il fallait voir si à l’enclos des singes captifs, je ne trouverais pas une « maman », pour l’allaiter ? Ayant récupéré mon trousseau de clef, j’allais voir dans mon local sono, pharmacie, réserve diverses, si je retrouverais le petit biberon…
J’avoue que je m’attendais au pire…Mis à part un désordre indescriptible, peu de choses avaient disparues. Je constatais la bonne marche du Revox et l’état des bandes que j’avais faites l’année dernière. Je changeais la bande et entendis la voix de Ferrat, par le petit haut parleur de contrôle…« Aimer à perdre la raison »…Sur le mur une photo de moi en brousse à cheval, entouré d’enfants.
Demain matin à l’aurore, après un tour du Domaine, je partirai avec Hirondelle, revoir Koumba au village peulhs. D’un coup de vélo, je file voir ce qui fut « notre maison »…
En arrivant, Badara le jardinier court vers moi, et me prenant la main, il l’embrasse.
--Monsieur Marc, tout le monde vous attendez, merci, merci d’être revenu, vous aviez fait tant de bonnes choses pour nous et le Domaine.
Je découvre plusieurs cages à oiseaux, où perruches, perroquets, baragouinent tant et plus ! D’autres avec des Calaos ? Cela m’attriste de voir ces oiseaux enfermés.
-- Mais Badara, que sont devenus les lapins d’Isabelle ? Où est passé ma vipère ?
Bon, j’ai vite compris à la mine de Badara…
--Quand Monsieur Apo s’est installé chez vous, il a fait enlever la cabane d’Isabelle et tuer votre vipère ! Et puis, presque chaque mois, il fait installer une nouvelle cage.
--Badara, j’ai un bébé singe, un Patas, vas voir si il n’y a pas de maman nourricière aux cages…
J’ai le cœur serré…En regardant la chère maison au bois vert… Et je me souviens des nuits étoilés et calmes, au fond de cet immense parc, de nos conversations sur la petite terrasse, heureux, en famille, après les journées de travail, profitant de nos rares moments de détente.
Badara me confirme, qu’il y a deux maman Patas. Nous sommes accueillis par des cris, aboiements des babouins. Avec délicatesse, prudence je dépose par le sas, danse une boite, le bébé singe. Il s’ensuit une bagarre très courte entres les deux femelles, et l’une d’elle après avoir attrapé le petit singe, le plaquant contre son ventre, va se percher sur le plus haut barreau de la cage
Je constate que j’ai retrouvé tous mes réflexes et je ressens à nouveau cette passion pour la nature.
De retour à la réception, je rends mon vélo. Je croise Apo, qui me dit de monter dans sa jeep. Il est imposant, et porte son incontournable paire de lunette noire. Avec sa barbe et sa veste boubou blanche, il a tout d’un acteur de cinéma américain ou d’un armateur Grec !
Pendant l’heure de parcours en Jeep de son Domaine, Apo ne cesse de me dire qu’il est heureux de nos retrouvailles et que l’avenir sera meilleur. Ses propos laissent entrevoir… qu’il savait peut être, que je prenais le vol vers Dakar ?...Par Jet Tours ? Je ne saurai jamais, s’il a fait exprès de prendre le même vol…
Vers la plage, j’en profite pour lui dire qu’il va falloir de nouveaux équipements et devant mon bateau abandonné…Il me dit que son frère Alex va s’en occupé ! Non loin du terrain de volley, il m’interpelle :
--Marc, dés que nous aurons terminé les investissements du parc coté route, nous
continuerons ici, ou j’envisage… L’extension future du Domaine. Mais ce n’est pas pour demain !
En arrivant vers les chevaux, il me promet d’en acheter d’autres chez son ami Sénégalais de Dakar. Un vol de merles bleus à longues queues, tente, dans un grand vacarme, de rentrer dans le magasin à arachide.
La visite nous mène aux marigots, ou je constate avec tristesse, un manque d’eau évident et des mauvaises odeurs, couleur verdâtre de cet étang, branchages morts, et peu d’oiseaux…Apo, me dit qu’il n’a pas eu le temps de venir ici ?…Il est désolant de voir, que tout le travail accomplit la saison dernière, n’ a pas été poursuivi. Je dis à Apo, de mettre une équipe, et de faire un grand nettoyage avant les pluies. Il est d’accord. Aux ateliers, je vois le Bus Parisien en travaux et Alex , le frère ainé d’Apo, affairé sur un nouveau camion citerne d’occasion. Le personnel technique est content de me revoir, ainsi que ce brave Monsieur Tiss, déjà un peu « flou »…J’en profite pour lui dire, que je vais faire avec lui, un nouvel inventaire de tout le matériel loisir qui est en stock. Alex, à qui j’avais confié l’entretien de mon bateau PB, me promets de remettre en service le moteur 75ch. Mercury, et de reconstituer les pneumatiques, sérieusement dégradés.
Au retour, à l’approche de mon ancienne maison, je dis à Apo, au moment ou il accélèrait en regardant devant lui, ce désintéressant de ce lieu, devenu sa demeure :
--Apo, arrête, arrête toi, stop ! Tu n’aurais pas du Apo, t’accaparer notre maison ! J’en déduis, que tu avais fait une croix sur mon retour ?
--Mais non Marc, tu n’étais plus en famille…
Une longue litanie, où Apo tentait de trouver des excuses, pour conclure…
--Je te construirais une nouvelle maison.
Il me déposa devant la réception en me rappelant qu’on dinerait ensemble. Je téléphonais aux enfants. Isabelle intarissable, me posait des tas de questions. Christian, lui aussi, me dit qu’il serait heureux de revenir en vacances. Ma case était toute proche, et en attendant le diner, je prenais des notes. Me remémorant ces dernières heures le plus calmement possible, je réalisais que ce qui m’arrivait était bien réel et qu’une nouvelle fois, la main du destin m’avait entrainé et guidé vers ce lieu, si cher à mon cœur.
Il me restait deux journées à vivre à Nianing, et nous n’avions pas encore eu une entrevue sérieuse avec Apo, sur mon futur statut. Vers dix neuf heures, je décidais de voir Armande au bureau et de provoquer une discussion au sujet des remboursements de dépenses courantes, pièces détachées, etc. je la trouvais réceptive et, elle me remit deux chèques. J’eus la bonne surprise de voir qu’elle avait rajouté le solde de revenus de vente de loisirs…Elle fit une réflexion au moment où je quittais le bureau :
--Marc, je sais que j’aurais du t’appeler. Je comprends tout ce que tu as du vivre, ces moments de désarroi et d’attente. Mais Apo, me disait, attends, attends, je vais l’appeler….
Avec, un certain soulagement, et un désir de boire une bière fraîche, j’allais m’installer au bar, après avoir changé la bande du Revox. Sirtaki, les Platter, (On ly You), Aznavour…
Le restaurant se remplissait et l’animateur Daniel, proposa quelques jeux apéritifs. Thiam, me fit signe et j’aperçu Apo et Armande qui arrivaient vers la table réservée, et garnie de fleurs d’Orgueil de Chine jaune et rouge. Rituel d’applaudissements, dés que le personnage hellénique entra en salle.
*

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